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  Hydro-Québec
La privatisation, une solution?


 
Mario Cloutier
LE DEVOIR

Le samedi 17 janvier 1998

La tempête de verglas et la crise qui en découle posent les questions de notre grande dépendance à l'endroit de l'électricité, des solutions de rechange valables et, au bout du compte, de l'avenir d'Hydro-Québec. Un spécialiste, Robert Blohm, prône la décentralisation, c'est-à-dire la fin du monopole hydroélectrique et, encore une fois, la privatisation.

Devant la remise en cause de la fiabilité de notre réseau électrique par la crise du verglas, les partisans de la privatisation d'Hydro-Québec reviennent à la charge. L'offre paraîtra plus qu'alléchante aux sinistrés et probablement aussi aux partisans du déficit zéro. Vendre Hydro-Québec pourrait signifier des milliards de dollars pour le trésor québécois et des baisses d'impôt pour les contribuables.

«On ferait d'énormes profits, souligne le conseiller financier new-yorkais Robert Blohm. Si le gouvernement obtenait 20 milliards pour Hydro-Québec, il pourrait diminuer les impôts de chaque contribuable québécois de 3000 $, ce qui serait excellent pour la croissance économique. Et on gagnerait également en efficacité et en fiabilité du réseau électrique au bout du compte. Hydro-Québec a besoin de la concurrence.»

Ce spécialiste des question énergétiques, qui a notamment conseillé le gouvernement ontarien en cette matière, reconnaît toutefois que la facture électrique des consommateurs québécois ferait un bond avec la privatisation. Mais, ajoute-t-il, la concurrence ferait en sorte que les prix se rajusteraient à la baisse après un certain temps.

Selon lui, la crise actuelle doit à tout le moins servir à remettre en question le monopole hydro-québécois, à repenser son modèle centralisé, à diversifier les sources d'énergie utilisées, bref, à changer quelques mentalités au Québec.

«La crise actuelle n'affectera pas la satisfaction des consommateurs. Hydro-Québec est déjà réputée pour sa capacité de rectifier les choses du genre. Mais avouons que la fiabilité du système en a pris un coup. Cette image n'est pas très bonne à l'étranger et les dollars américains demeurent plus que jamais précieux pour Hydro-Québec.»

Pour augmenter la part du marché américain d'Hydro-Québec, M. Blohm pense que la déréglementation devra s'accélérer au Québec. La mise à mort du monopole hydro-québécois est plus que jamais nécessaire selon lui.

«Une utilisation accrue du gaz naturel apporterait une saine diversité dans l'économie énergétique québécoise. Le Québec ne consomme que 10 % du gaz naturel canadien. On a négligé le gaz au Québec. Si on avait complété le réseau partout au Québec et jusqu'à la frontière du Nouveau-Brunswick, imaginez la rentabilité... »

En ce qui concerne notre réseau électrique actuel, il le décrit comme unique au monde mais, par contre, tout aussi délicat. Hydro-Québec a favorisé des techniques de pointe de haut voltage extrêmement rentables lors de ventes à l'étranger. Toutefois, il s'agit également d'une technologie à haut risque, ce qui représente également des investissements et des coûts en réparation.

«Les pannes coûtent cher, dit M. Blohm. Prenez par exemple l'instabilité des lignes dans le Grand Nord. Cela a un certain potentiel, mais on risque gros en raison d'une foule d'inconnues, de l'apprentissage nécessaire à la maîtrise des éléments et d'autres variables incontrôlables.»

Bref, le modèle hydro-québécois manque de diversification selon lui. La chaîne décisionnelle est trop centralisée et n'implique qu'un petit nombre de personnes. Les responsabilités ne sont pas partagées et les risques d'autant plus grands.

Citant en exemple l'Ontario, où l'on enfouit deux fois plus de câbles électriques qu'au Québec et où des compagnies locales sont souvent responsables de la distribution de l'électricité, le conseiller financier insiste sur la nécessité de diversifier et de partager les risques. Moins de risques signifie plus de fiabilité, ajoute-t-il.

«À ce point de vue, M. Bouchard a fait un très bon coup en nommant André Caillé, quelqu'un qui connaît bien la question du gaz. C'est le meilleur choix pour diriger Hydro-Québec dans cette ère de déréglementation et vers une plus grande utilisation du gaz. Et c'est aussi quelqu'un que la politique n'intéresse pas, ce qui est très bien.»

Une chose est également certaine, il faut oublier l'idée des grands projets au Québec. «C'est plus sûr et moins risqué de construire des petites centrales», dit-il.

On parle ici de petites centrales situées plus près des lieux de consommation pour éviter les longues lignes de transport. Par rapport au Grand Nord d'ailleurs, il considère même que le réseau électrique du sud du Québec devrait être synchronisé pour être davantage relié aux réseaux américains et ontariens.

«Au lieu d'isoler le système québécois à la frontière des États-Unis, on devrait le synchroniser avec celui des Américains. Ce serait plus sécuritaire. Si c'était déjà le cas, la crise actuelle n'aurait pas connu cet ampleur. Les Québécois auraient immédiatement eu accès à l'énergie de leurs voisins... »

©Le Devoir


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