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#10 - Juin 1997
Documentation - Toutes viandes

Le loucherbem

Le loucherbem est l'argot des bouchers parisiens.

Citons ce texte extrait de l'ouvrage d'Albert Dauzat, Les argots (Paris, Delagrave, 1946, pp. 121-122) : « L'anagramme qui a trouvé son expression la plus complète dans le loucherbem ou largonji (ancien argot des bouchers de la Villette) apparaît d'abord dans quelques mots isolés du jargon des malfaiteurs chez Vidocq : Lorcefé (la Force, prison parisienne) dans ses Mémoires (1828), puis linspré (prince) dans son vocabulaire (1837) ; si l'on y joint loupel, « terme des floueurs parisiens », qui paraît être une déformation assez gauche de « pouilleux », on voit que l'argot a tâtonné au début, avant de trouver la formule qui devait triompher chez les bouchers de la Villette. L'exemple de Lorcefé, premier en date, montre que l'article doit être à l'origine de la déformation.

Dans le largongi de la Villette (seconde moitié du XIXE siècle), l'anagramme se présente comme suit : remplacée par l, la consonne ou le groupe de consonnes initiales est rejeté à la fin du mot, additionné d'un élément é d'abord, puis, em, i, etc. : pr-ince devient l-inspr-é ; bouchers l-oucher-bem ; j-argon, l-argon-j-i, qu-arante, l-arante-qu-é , v-ingt, l-in-v-é, etc. Ce qui prouve que le procédé est oral et non graphique, c'est que les sons seuls entrent en ligne de compte (le ce de prince traité comme s) et que les lettres qui ne se prononcent pas, comme gt dans vingt, sont négligées. C'est là l'altération la plus violente qu'ait mise en oeuvre l'argot. Comme l'a écrit spirituellement M. Gaston Esnault (préface de la Bibliographie de l'argot de M. Yves-Plessis), c'est « le coup du père François pour le malheureux substantif, bâillonné par devant, offusqué par derrière, étripé jusqu'au coeur . »

Ce procédé, nous l'avons dit, a passé dans le langage des malfaiteurs contemporains. Mais une double dégradation s'est produite. Au point de vue du sens, une série de noms de nombre, symbolisant le chiffre en sous, deviennent noms de monnaies (ce sont ceux-là surtout que le langage des malfaiteurs a adoptés). D'autre part, comme les malandrins ont emprunté plutôt des mots qu'un procédé, les premiers se cristallisent en se déformant, tandis que le second se stérilise et cesse d'être créateur : la finale é s'abrège souvent ; parfois on observe une intercalation irrégulière d'r. Voici la liste des noms de monnaie relevée peu avant la guerre ; leude (pièce de deux sous), latqué (pièce de 20 centimes anagramme de « quatre » prononcé kat'), lincsé (cinq sous), lidré (dix sous) l'r est parasite) ; linve (vingt sous), laranque, parfois simplement larante (quarante sous).

Quelques mots ont passé dans la langue populaire, voire familière, tel loufoque qui est bien une anagramme récente de « fou », l'existence antérieure d'un mot loffe (et non loufe), de sens voisin, ne prouve rien là-contre, si ce n'est qu'on est en présence, une fois de plus, d'une rencontre homonymique.

L'argot de la guerre a connu quelques altérations de ce genre, formes très localisées et apportées visiblement par des contingents parisiens : lacsé (sac) ; lageopem (=pageot, lit) ; lopé, peu (on s'attendait à leupé : comparer grelot abrégé en grole). Une dégénérescence nous est fournie par urénoque, curé, qui a perdu 1'l initial de rigueur.- A l'inverse, lacson (pacson, paquet), cité par le docteur Lacassagne, on n'observe plus le rejet de l'initiale en fin de mot.

La disparition de largonji chez les bouchers de la Villette, son foyer - milieu restreint, propice à la conservation d'un procédé délicat - paraît bien avoir porté le coup de mort à cette création, dont il ne reste plus que les épaves, à titre de curiosa, et dont Larchey, Schwob et Guieysse avaient singulièrement exagéré l'importance. On avait surtout le tort de projeter dans le passé un phénomène contemporain et de lui demander l'explication de mots qui lui sont totalement étrangers. »

Comme je l'ai mentionné dans ma thèse, « en dehors de quelques mots saisis par-ci, par-là, dans la bouche d'anciens détaillants venus au monde des abattoirs, j'ai rarement entendu parler loucherbem à La Villette. Peut-être suis-je arrivé trop tard dans le métier. »


La photo est celle de la boucherie Lazard, sise Rue Monge à Paris. G. Lazard est le grand-père de Pierre Haddad, auteur de l'article. (ndlr)

[ILLUST]

Auteur : Pierre Haddad
Dernière modification : 14/12/98

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