Québec dans le monde
Cent ans de présence québécoise au Japon


Des Lys à l'ombre du mont-Fuji : Cent ans de présence québécoise au Japon
par Richard Leclerc, conseiller en affaires internationales
Direction Asie-Pacifique

Préface
Introduction
Chap. 1 Les évangélisateurs (1898 - 1945)
Chap. 2 La construction du Japon moderne (1945 - 1960)
Chap. 3 L'État du Québec et le Japon (1960 - 1995)
Chap. 4 Entre Québécois et Japonais...
Conclusion


 

PRÉFACE

Le père Claude Roberge, jésuite

Le premier citoyen québécois à venir demeurer au Japon était une femme. Cette Québécoise, Hélène Paradis, a inauguré les cent ans de présence québécoise en terre nippone que ce livre relate brièvement.

Le père Claude Roberge de la Société de Jésus, qui l’a connue, lui rend hommage :

" L’année 1998 marque le centième anniversaire de l’arrivée au Japon de la première missionnaire québécoise, Marie Hélène Paradis. Née à Charlesbourg, le 9 octobre 1874, elle entrait chez les Franciscaines Missionnaires-de-Marie à Québec, le 8 septembre 1895. Elle prit l’habit une année plus tard sous le nom en religion de Marie Beata de l’Immaculée-Conception, à Ploufragan, Bretagne, France.

Elle arriva au Japon le 19 octobre 1898, munie de consignes simples, mais lourdes de conséquence : " Soyez courageuse, lui conseilla sa supérieure. Dieu vous aidera. Apprenez la langue du pays et, dès le début, tâchez de vous habituer à vivre à la japonaise ". On la retrouve par la suite à Kumamoto, ville située à l’ouest de l’île de Kyushu. Avec quatre compagnes, la jeune sœur Beata, âgée de 24 ans, entreprend alors de s’occuper des lépreux et fonde, dans ce but, la léproserie de Biwasaki qui existe encore de nos jours. Pour nous donner une vague idée des patients dont elles prenaient soin, relisons ce qu’écrit la chroniqueuse du groupe à la mère générale : " Plusieurs malades sont venus augmenter notre hôpital ; un homme bien malade, mais pas encore tout à fait impotent, s’est présenté, accompagné de sa pauvre femme qui fait pitié. Son corps n’est qu’une plaie ; un œil est perdu et l’autre vaut bien peu ; plus de doigts, plus d’orteils. Mais son cœur, resté bon, comprend ce que l’on fait pour elle et elle ne sait comment nous exprimer sa profonde reconnaissance ".

En 1929, après trente et une années d’un travail humble et dévoué, mais repoussant pour la nature, la sœur Beata fut appelée à Tokyo pour ouvrir une maison d’accueil destinée aux dames âgées. Elle en fut la directrice-fondatrice jusqu’en septembre 1945. Enfin, ses supérieures la ramenèrent à Kumamoto où elle entra dans la gloire le 19 avril 1960, jour de Pâques cette année-là, après soixante-deux années passées au service des personnes les plus délaissées du Pays du Soleil-Levant.

Quelques jours après son décès, un représentant de la famille impériale se présenta à Kumamoto et déposa sur sa tombe deux gerbes de chrysanthèmes blancs en reconnaissance pour le bien accompli par la fondatrice du home et de la léproserie.

Hélène Paradis est la première de cordée de tous les missionnaires québécois venus par la suite en terre nipponne ".

Et, ajouterons-nous, elle est la première de tous les Québécois, hommes et femmes, venus par la suite en terre nippone et dont le nombre continue d’augmenter.

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INTRODUCTION
Aux quatre coins de l’archipel

En Asie, au milieu du xixe siècle, les Frères des Écoles chrétiennes fondent une mission dans la colonie britannique de Hong Kong. Même si la communauté n’œuvre pas dans l’archipel japonais, le frère Xavier Gendreau s’y rend en 1887 afin d’être hospitalisé à Yokohama (Kanagawa), avoisinant le sud de Tokyo, pour soigner une dysenterie. Malheureusement, il n’atteint jamais sa destination finale, rendant l’âme à Kobé (Hyogo). Malgré cette tournure dramatique, ce citoyen de Montmagny (Chaudière-Appalaches) peut s’enorgueillir d’être le premier ressortissant du Québec à fouler le sol nippon. D’autres religieux en transit vers leur mission d’Orient suivent ses traces en y effectuant de courts séjours.

En octobre 1892, un groupe de touristes deviennent les premiers laïcs du Québec à visiter le Japon. Honoré Beaugrand (1848-1906), romancier, journaliste et ancien maire de Montréal, son épouse, ainsi que Virginie et Olivier Faucher, accompagnés de leur fille adoptive Flora Frappier, visitent ce pays lors d’un périple autour du monde. Quinze ans plus tard, Rodolphe Lemieux (1866-1937), ministre fédéral des Postes, séjourne un mois à Tokyo, pour y négocier une entente sur l’immigration japonaise au Canada. Sa présence démontre la volonté du Canada de mener des discussions avec le Japon sans recourir totalement aux services de la diplomatie britannique.

À la suite de ces premiers visiteurs, des centaines de religieux québécois viendront vivre au Japon. En octobre 1898, c’est la volonté d’évangéliser les Japonais qui amène sœur Hélène Paradis à participer avec des consœurs françaises à la fondation de la mission des Franciscaines Missionnaires-de-Marie. Elle est la première Québécoise à s’établir au pays du Soleil-Levant.

Depuis l’arrivée de sœur Hélène Paradis, près de mille Québécois se sont disséminés sur le territoire. L’Église du Québec, à l’exception de quelques régions déjà sous la juridiction de communautés catholiques européennes où elle n’a pas étendu son apostolat, a jeté des bases solides dans les principales villes de Honshu et de Kyushu. Plus récemment, les laïcs, affranchis des contraintes territoriales imposées par le clergé, atténuent le regroupement traditionnel des ressortissants québécois dans certains pôles de développement missionnaire, modifiant ainsi la géographie de cette présence au Japon.

De tous les pays d’évangélisation, l’archipel est l’un de ceux qui attirent le plus de Québécois. Plus de cent communautés religieuses catholiques, venues principalement d’Europe et d’Amérique du Nord, sont établies au Japon depuis la fin du xixe siècle. Au sein de l’organisation ecclésiastique nippone, le pays de Jacques Cartier peut se glorifier de la fondation de 24 missions et d’avoir contribué aux œuvres de sept communautés internationales par l’apport individuel de ses citoyens.

Les premiers missionnaires s’installent sur les îles de Kyushu, centre historique de la chrétienté japonaise. Les contraintes imposées dans les années 1930 et 1940 par les problèmes domestiques et internationaux, le climat ainsi que la volonté de diffuser la foi contribuent à la dispersion des effectifs vers les territoires plus hospitaliers du nord.

Jusqu’à la fin des années 1960, la quasi-totalité des ressortissants québécois sont des religieux. En effet, en raison d’une politique d’immigration sélective de la part du Japon et du contexte historique, ils ne sont pas portés à y œuvrer en dehors des cadres de l’Église. L’expansion économique, l’ouverture du Japon et du Québec sur le monde changent les choses.

La sécularisation de la société québécoise, la démocratisation des voyages outre-mer, grâce à l’apparition des avions gros-porteurs long-courriers et l’accès du Japon au rang de puissance économique concourent à modifier le profil des ressortissants québécois. L’impulsion créée par la participation du Québec à l’Exposition universelle de 1970, à Osaka, aide au développement de liens plus étroits entre les deux nations.

Le gouvernement japonais favorise ce mouvement par différentes initiatives qui visent à accroître les contacts avec les autres nations, tout en contribuant au progrès de l’humanité. Les bourses d’études du ministère de l’Éducation (Mombusho) et le programme Japan Exchange and Teaching (JET), qui permet à de jeunes étrangers d’enseigner l’anglais ou le français dans les écoles nippones, attirent des Québécois, surtout depuis la décennie 1980.

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CHAPITRE 1
Les évangélisateurs (1898-1945)

Il y a cent ans, soit le 19 octobre 1898, Hélène Paradis arrive au Japon pour participer à la création d’une mission des religieuses françaises. Âgée de 24 ans à son arrivée à Kumamoto, elle y réside de 1898 à 1929 et de 1945 à 1960, année de son décès à l’âge de 85 ans. L’intermède de 1929 à 1945, elle le passe à Tokyo où elle a fondé et dirigé une maison pour dames âgées.

Arrivée durant l’ère Meiji, la religieuse est témoin des réformes qui ont modifié profondément l’organisation socio-économique et politique du Japon. La question de l’ouverture du pays aux étrangers se pose alors de façon aigue.

Hélène Paradis vit dans un univers totalement différent du sien. Les réformes favorisant une certaine ouverture du Japon ont peu d’influence sur la vie paysanne de la préfecture de Kumamoto.

La religieuse doit s’adapter à une société dont les fondements sont à l’antipode de ce qu’elle a connu. Toutefois, le soutien de ses consœurs facilite son adaptation et lui permet de traverser les étapes difficiles. Pour communiquer avec la population, elle se met à l’étude de la langue japonaise tout en s’occupant des lépreux, pour lesquels elle est venue.

Pendant quelques années, les religieuses sont les seules envoyées de l’Église québécoise dans l’archipel. La situation change en 1907. Après un interminable périple, Maurice Bertin, un prêtre français ayant œuvré au Québec, établit à Sapporo (Hokkaido) avec le père Wenceslas Kinold, une mission relevant des Franciscains allemands. Devant l’ampleur de l’apostolat, le père Pierre Gauthier, le frère Gabriel Godbout et d’autres membres de l’Ordre de Saint-François viennent se joindre à eux.

Durant plus d’une décennie, les Franciscains québécois œuvrent sous autorité germanique. Leur rêve d’obtenir leur propre région apostolique commence à se concrétiser en 1921, lorsque le Saint-Siège leur confie un territoire d’évangélisation situé dans le diocèse de Nagasaki. Ce privilège les affranchit des missions contrôlées par des étrangers.

 

Le vent de la guerre

Durant la décennie 1930, le clergé québécois travaille à l’œuvre de la propagation de la foi, rempart contre la diffusion du communisme. Le Japon est considéré dans certains milieux comme la vigie de l’Asie qui peut repousser les idées athées de Moscou. Dans ce contexte, l’invasion du territoire chinois par l’armée impériale semble justifiée si l’on veut neutraliser la menace des troupes de Mao Tsé-Toung (1893-1976). L’escalade du militarisme nippon et la Seconde Guerre mondiale vont toutefois faire obstacle au labeur des missionnaires.

 

Dans l’œil du typhon

Afin de ménager la susceptibilité des éléments les plus réactionnaires, l’Église s’engage dans la japonisation de ses structures et de ses activités. En mars 1942, le Japon et l’État du Vatican établissent des relations diplomatiques, amenant du même coup sa reconnaissance officielle dans l’archipel. Par ce geste, le Saint-Siège espère obtenir l’indulgence des Japonais et préserver ses acquis sur le territoire de l’Empire.

Le 7 décembre 1941, l’attaque des forces impériales contre la base navale de Pearl Harbor (Hawaii) annonce le début d’une période sombre pour les missionnaires. Quelques heures après l’offensive, le Canada déclare la guerre au Japon et les religieux doivent vivre en résidence surveillée.

Les missionnaires préfèrent oublier cette époque, mais ils estiment, compte tenu du contexte, qu’ils ont partagé les sacrifices du peuple japonais. La vie quotidienne est une souffrance que seule la prière soutient. L’alimentation et l’hygiène déficientes, doublées de l’atmosphère explosive, infligent des séquelles physiques et psychologiques qui les marquent.

Les commentaires de certains rapatriés religieux se distinguent de la propagande alliée qui se fait virulente à l’égard des Japonais. Bien que tous s’entendent pour dire que la vie d’interné n’a rien de réjouissant, la plupart estiment, dans les circonstances, avoir été traités raisonnablement.

De retour au pays, certains, comme le père Émilien Tétreault, considèrent ces événements comme étant la résultante directe des années d’humiliation imposée par les nations occidentales au Japon. Même s’il supporte l’effort de guerre du Canada contre les extrémistes de droite qui ont dénaturé la société japonaise, le Franciscain se scandalise des attaques malicieuses propagées par les services de publicité des gouvernements alliés dans les médias.

 

La fin d’un calvaire

L’événement le plus marquant et le plus pénible de la guerre est probablement vécu par les sept Sœurs de l’Enfant-Jésus de Chauffailles emprisonnées à Nagasaki. En ce matin ensoleillé du 9 août 1945, le bruit de puissants moteurs déchire le silence précaire du ciel nippon sillonné depuis des semaines par des bombardiers américains. Habituées à ce manège, les religieuses ne prêtent pas attention à un avion qui, pourtant, allait précipiter la fin de la guerre. Quelques minutes plus tard (11 h 02), un éclair lumineux foudroie le ciel et diffuse dans l’atmosphère une chaleur intense. La seconde bombe atomique à terrasser l’archipel en trois jours vient de s’écraser près de la mission. L’effroi s’empare de la ville. Frappant de plein fouet le foyer du catholicisme, l’explosion sur le quartier d’Urakami tue 10 000 fidèles, soit 10 % des catholiques du pays. L’arrivée des troupes américaines marque la fin d’un conflit qui laisse des séquelles dans la population et chez les religieux. Il faudra mettre rapidement au rancart les horreurs qui ont envahi la mémoire collective pour reconstruire la nation.

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CHAPITRE 2
La construction du Japon moderne :
l’éducation et les services sociaux (1945-1960)

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, s’amorce la période la plus effervescente de l’évangélisation du Japon. Jamais le catholicisme n’a bénéficié de conditions aussi favorables. Privilégié par le Saint-Siège, l’archipel est, en Asie, le pays de mission qui accueille le plus de religieux québécois.

Dans un pays où l’empereur n’est plus considéré comme un dieu et le shintoïsme comme un dogme national, plusieurs défis se présentent, tant pour le clergé que pour une nation désorganisée. Il va sans dire que les nouvelles autorités japonaises et le gouvernement des États-Unis accueillent avec joie l’assistance des religieux qui allègent la misère. À l’appel du Saint-Siège, des Québécois partent à l’aventure pour donner un coup de main à un pays ruiné.

Une mission de liaison est établie à Tokyo par le ministère des Affaires extérieures du Canada pour défendre les intérêts canadiens et assurer le rétablissement du service diplomatique dans l’archipel. Ce support est reçu avec une grande satisfaction dans le milieu missionnaire québécois, dont les 59 membres sont les seuls Canadiens, à l’exception de deux laïcs, à être demeurés au Japon pendant les hostilités.

Malgré le vent de liberté qui souffle, le quotidien est loin d’être agréable. Plusieurs années d’effort militaire et de raids aériens américains ont réduit en cendres les infrastructures du Japon. La pénurie de nourriture, de vêtements, de carburants et les restrictions imposées sur les transactions bancaires avec l’étranger compliquent l’existence d’un peuple affaibli. En dépit de ces conditions précaires, les changements politiques et technologiques favorisent l’afflux de missionnaires qui contribuent humblement à amoindrir les souffrances.

Pour répondre à l’appel papal, onze communautés québécoises s’implantent au Japon entre 1947 et 1960. L’action des missionnaires s’oriente vers l’éducation, le travail social et paroissial.

Piliers des œuvres apostoliques, les religieuses débarquent en grand nombre pour appuyer le labeur des prêtres. Les Clarisses (1947), les Rédemptoristines (1950), les Petites-Filles-de-Saint-Joseph (1951), dont les activités sont acclamées, arrivent pleines d’espoir. Les Sœurs de la Présentation-de-Marie (1948) et de la Charité de Québec (1953) sont appelées en renfort pour mettre leurs connaissances pédagogiques au service de la restauration du système scolaire catholique. Quant aux Sœurs Missionnaires de Notre-Dame-des-Anges (1949) et de la Charité d’Ottawa (1960), elles investissent leurs énergies dans le travail social.

Les communautés masculines sont moins nombreuses à s’installer au pays du Soleil-Levant, mais très dynamiques. En 1948, les Clercs de Saint-Viateur, les Rédemptoristes et les prêtres de la Société des Missions étrangères du Québec fondent des missions. Trois ans plus tard, les Frères de l’Instruction chrétienne arrivent dans la région du Kanto.

 

Les activités des communautés religieuses

Au lendemain de la guerre, pour apprivoiser un peuple méfiant à l’égard de ces " Nord-Américains ", la stratégie adoptée est d’apporter le réconfort par des activités éducatives et sociales. Cette tâche est ardue, mais elle permet d’établir des liens avec des familles japonaises, ce que le travail paroissial n’avait pas réussi à faire. Chaque paroisse compte désormais au moins une maternelle.

Dans certains cas, le travail des religieux prend des formes qui paraissent éloignées des méthodes traditionnelles de prédication. Mais ils propagent les valeurs de partage et de charité chrétienne, tout en offrant aux Japonais une fenêtre sur le monde extérieur. Au cœur des régions isolées où les soins de santé laissent à désirer, l’ouverture d’un dispensaire suscite la joie et rend possible l’évangélisation.

C’est sans nul doute dans le domaine des services à la communauté que les Québécois ont le mieux réussi à établir des liens solides avec le peuple.

 

L’éducation

Les missionnaires s’accordent pour dire que c’est dans le domaine de l’éducation que les Québécois ont fait leur marque au sein de l’Église et de la société nippones. Par l’accent qui est mis sur la formation intégrale de l’individu, ils s’attirent les louanges du peuple. Le développement de ces écoles renommées est largement imputable à l’apport financier des Québécois.

Ce n’est donc pas un hasard si le premier ministre du Québec, M. René Lévesque (1922-1987), lors de sa visite au Japon à l’automne de 1984, se rend à l’école secondaire Rakusei de Kyoto, célèbre école fondée par les Clercs de Saint-Viateur du Québec et dirigée par le père François Allard.

Devant l’urgence de réorganiser un pays affaibli, l’accent est mis sur la fondation de maternelles, d’écoles et d’orphelinats, si nécessaires pour porter secours aux jeunes victimes de la guerre.

Les familles soucieuses de léguer une instruction de qualité à leurs enfants s’efforcent de les faire inscrire dans ces écoles. Meilleure est la réputation d’une institution, supérieures sont les chances d’être admis dans une des grandes universités nationales dont les diplômes pavent la voie aux carrières supérieures.

Dans un pays où l’éducation est une priorité, l’Église a fondé des établissements répondant aux aspirations des Japonais. Dans les grandes villes, la demande est tellement élevée que l’on doit refuser des candidats. La sélection des meilleurs éléments de la société et la qualité de l’enseignement qui y est dispensé, aident à leur reconnaissance dans leur milieu. Il est clair que pour asseoir sa réputation auprès des décideurs, le clergé mise sur l’éducation d’une élite. Hors des principaux centres urbains, les écoles privées s’adressent à une clientèle féminine, socialement diversifiée, qui demande une éducation terminale plutôt qu’une formation menant aux études supérieures.

Les contributions les plus significatives des missionnaires québécois méritent d’être signalées. Après 1945, les Sœurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception ne se font pas prier pour reprendre leurs œuvres au Japon. Leur retour sera fécond si l’on en juge par les réalisations accomplies. Elles offrent une formation complète à l’école Xaverio de Aizu-Wakamatsu (Fukushima), ouverte en avril 1949, et à celle de Koriyama (Fukushima), fondée en 1958.

Comme la plupart des institutions privées, les Sœurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception reçoivent des subventions du ministère de l’Éducation et appliquent le régime pédagogique national. Toutefois, l’enseignement qu’on y dispense témoigne des valeurs catholiques et cherche à développer une conscience internationale. Chaque année, par le biais d’activités diverses où citoyens, élèves et religieux unissent leurs efforts, des fonds sont amassés pour la construction d’une école ou pour veiller à l’instruction des enfants des Philippines et du Malawi. Par ces actions, les futures générations participent activement et pacifiquement à la construction du monde de demain.

Favorisant les contacts avec l’extérieur, leurs programmes d’études font une place particulière à l’apprentissage des langues et des cultures étrangères. Dans les écoles gérées par les Québécois, l’accent est mis sur les langues française et anglaise, reflétant ainsi la réalité linguistique du Canada. L’anglais exerce une force d’attraction énorme, mais le français occupe une place de choix.

Le contact avec les religieux québécois amène des Japonais à s’éprendre de la culture française et, dans certains cas, à poursuivre des études supérieures au Québec plutôt qu’en France.

D’autres communautés, comme celle des Sœurs de la Présentation-de-Marie répondant à l’appel lancé par le Saint-Siège, arrivent au Japon le 6 juin 1948. Après avoir assimilé la langue, elles ouvrent à Himeji (Hyogo) une institution dispensant l’enseignement collégial. Plus au nord, les Ursulines de l’Union canadienne se dévouent auprès des gens de la région du Tohoku. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, leur apport est salutaire. Elles inaugurent, à partir de 1948, des classes maternelles, primaires et secondaires dans les villes d’Hachinohé (Aomori) et de Sendaï.

L’œuvre éducative de Caritas est aussi l’un des fleurons glorieux de la vivacité québécoise au Japon. Cette institution des Sœurs de la Charité de Québec, située dans la préfecture de Kanagawa, accueille plus de 2 000 filles réparties dans différents ordres d’enseignement. Réputé pour ses cours de langues anglaise et française, l’établissement attire des jeunes désireuses de recevoir une formation de calibre international, afin de pouvoir poursuivre des études dans les universités japonaises et étrangères les plus compétitives.

Les Frères de l’Instruction chrétienne établissent une égale crédibilité avec l’École internationale Saint-Mary’s de Tokyo (1954), la maternelle Sayuri (Yokohama) (1953) et les écoles secondaires Seiko de Yokohama (1958) et de Shizuoka (1969). L’École internationale Saint-Mary’s de Tokyo reçoit surtout des enfants étrangers résidant dans l’archipel en raison du travail des parents, notamment des diplomates. Les élèves américains constituent le groupe le plus nombreux. Mais avec ses 70 nationalités, cette école constitue une véritable mosaïque multiculturelle qui se reflète également dans son corps enseignant. Des enfants japonais ayant vécu à l’étranger y étudient aussi pour faciliter leur réintégration à la mère patrie.

Les autres établissements sont fréquentés par une clientèle nippone et font leur marque dans la société japonaise. Plusieurs des anciens ont accédé aux meilleures universités publiques et privées du pays et sont aujourd’hui influents et actifs dans de nombreuses sphères de la société. Ce qui a contribué à la renommée de ces écoles.

S’appuyant sur une solide expérience, les Frères des Écoles chrétiennes créent en 1950, l’école La Salle de Kagoshima. Son fondateur, Marcel Petit, qui fut directeur des écoles de la communauté et supérieur régional pendant près de deux décennies, a été récompensé par l’empereur pour son dévouement envers la nation. L’établissement de Kagoshima est très réputé au Japon. Le taux de succès de ses élèves aux examens d’admission des grandes universités le positionne au cinquième rang des meilleures écoles du pays.

Dès son ouverture, les parents de 600 enfants déposent une demande d’admission en première année. Cent cinquante places sont disponibles. Après une sélection rigoureuse, les candidats avec le meilleur potentiel sont choisis. Parmi eux se retrouvent les fils des notables de la région, comme ceux du gouverneur de la préfecture et du maire de Kagoshima.

L’œuvre des Frères ne se limite pas à cette réussite éclatante sur l’île Kyushu. En 1960, l’école La Salle de Hakodaté est inaugurée. L’année suivante, un foyer est fondé à Tokyo pour les anciens élèves des établissements de la communauté qui doivent quitter leur région pour étudier dans la capitale.

Dans la ville historique de Kyoto, les Clercs de Saint-Viateur se sont acquis une réputation enviable auprès de la population. Depuis 1952, ils s’occupent de l’école secondaire Rakusei, le premier établissement scolaire catholique pour garçons de l’ancienne capitale japonaise. Cette école est reconnue pour son enseignement qui prépare les élèves à accéder aux institutions supérieures les mieux cotées.

Son succès repose sur l’attention qui est portée à la formation personnelle et intellectuelle des élèves. Le développement des valeurs humaines est l’objectif qui unit le travail des enseignants. L’école compte plus de 7 000 anciens, dont près de 10 % sont médecins. Fières de leur alma mater, ces personnes, pour la plupart non chrétiennes, financent généreusement l’institution. Grâce à ces appuis, Rakusei bénéficie d’installations modernes pour mener à bien son mandat.

 

Le travail social

En raison de la pénurie de ressources qui affecte l’archipel, le Japon accueille volontiers les actions supplétives de l’Église dans les domaines de la santé et de l’aide aux nécessiteux. Les actions gouvernementales se bornent à la distribution de subsides. Le travail des religieux démontre qu’il est nécessaire, pour l’État, de s’occuper des indigents.

La guerre ayant décimé plusieurs familles, les Sœurs Missionnaires du Christ-Roi recueillent à l’Orphelinat Saint-Joseph, situé à Minami-Sakuraï (Saïtama), des dizaines d’enfants abandonnés. Afin de créer un esprit familial dans l’établissement, les fondatrices Julia Godin et Antoinette Fournier regroupent les jeunes par petits groupes. Sous la supervision d’une religieuse qui se substitue à la mère, les enfants disposent de locaux destinés à leur seul usage. Ce modèle de fonctionnement qui impressionne le gouvernement est étendu à l’ensemble des orphelinats du pays. Quelques années plus tard, les Sœurs achètent une maison d’été dans la préfecture de Kanagawa afin que leurs protégés profitent des belles journées ensoleillées à la mer.

Suite à la requête de l’évêque de Yokohama, sœur Godin s’intéresse aussi à la reconstruction de l’Hôpital-de-la-Résurrection, de Koyama (Shizuoka), qui s’occupe des lépreux. Fondé en 1889, par la Société des Missions étrangères de Paris, l’établissement souffre des séquelles de la guerre. Pour rénover le bâtiment, la religieuse dirige une levée de fonds qui la mène jusqu’aux États-Unis.

Autre groupe très dynamique, la Société des Missions étrangères du Québec se fixe sur le territoire d’Aomori. Ses prêtres fondent des paroisses, des maternelles, des maisons pour handicapés, des centres d’accueil pour personnes âgées et s’occupent d’une léproserie. Ils développent aussi des caisses populaires destinées à soustraire les paysans des usuriers qui profitent de la conjoncture dans laquelle est plongé le pays au lendemain de la guerre.

Durant la décennie 1950, l’arrivée de renfort permet d’étendre l’action de la Société au domaine social. De nombreux cas de tuberculose, de lèpre, et l’absence de refuges pour les orphelins exigent des gestes immédiats. Jusque dans les années 1970, alors que les Japonais prennent en charge ces activités, les prêtres se concentrent dans le Tohoku.

Mais à partir de ce moment, les missionnaires de la Société des Missions étrangères du Québec rayonnent dans les villes de Kawasaki, Sendaï et Tokyo et prennent part aux œuvres gérées par l’Église japonaise. Leur objectif est d’aider les personnes négligées par le miracle économique. Les démunis et les travailleurs étrangers qui occupent une place importante dans les œuvres catholiques, révèlent aux privilégiés des problèmes sociaux que leur vie d’abondance élude. Seuls dans la rue, les marginaux n’ont pas l’attention d’une société préoccupée par la croissance économique.

Cette revue sur le travail missionnaire des Québécois au pays du Soleil-Levant montre bien que les religieux sont allés au-delà du prosélytisme. Ils se retrouvent dans différentes œuvres qui apportent une discrète mais salutaire contribution au développement spirituel du Japon. Présents dans un large éventail d’activités, c’est en éducation qu’ils s’illustrent le mieux, en étant les porte-étendards des connaissances de l’Amérique.

Au-delà de la participation à l’expansion de sa doctrine, l’Église québécoise a généreusement investi dans la reconstruction de l’archipel d’après-guerre. Il s’est agi de la plus vaste campagne missionnaire jamais menée par le Québec dans un seul pays.

Discret, leur travail a plus souvent qu’autrement été relégué derrière l’image anonyme de l’Église. Le bilan démontre l’importance qu’ils jouent dans l’essor des échanges transpacifiques.

Les religieux sont d’efficaces ambassadeurs des valeurs collectives de la mère patrie. Au-delà de la participation à l’expansion de sa doctrine, l’Église québécoise a investi à foison, dans l’après-guerre, pour la reconstruction de l’archipel. Jusqu’à ce jour, les entreprises laïques québécoises n’ont jamais pu surpasser au Japon ce déploiement de ressources humaines et financières de l’Église du Québec.

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CHAPITRE 3
L’État du Québec et le Japon (1960-1995) :
le jeu de l’économique et du politique

Le Québécois de l’après-guerre a une vie bien différente de son ancêtre du xixe siècle. Si, en 1871, seulement 23 % des citoyens résident en ville, la modernisation de la société modifie cette réalité. Le nombre d’agriculteurs diminue au profit des salariés œuvrant dans les secteurs d’activités économiques secondaires (fabrication et construction) et tertiaires (service et commerce), un mouvement irréversible que la Seconde Guerre mondiale accélère. Quatre-vingt-dix ans plus tard, la population est urbaine à 74 %.

Malgré tout, la culture traditionnelle a encore des racines profondes. En 1960, encore peu de jeunes se destinent aux études supérieures ; parmi ceux qui y accèdent, une majorité s’oriente vers les professions libérales et les vocations religieuses. L’enseignement que l’on dispense dans les écoles véhicule toujours les valeurs conservatrices chères à l’Église, bien plus que les idéaux du modernisme. Devant ce constat, il devient impératif d’adapter la société au monde actuel.

Le 7 septembre 1959, après avoir régné dix-neuf ans sur le Québec, le premier ministre Maurice Duplessis (1890-1959) meurt à Schefferville, une ville minière du Nord québécois. Paul Sauvé (1907-1960) lui succède.

Il entreprend de corriger les lacunes qui deviennent évidentes et de sortir le Québec des structures archaïques qui freinent son développement. Malheureusement, en janvier 1960, Sauvé décède. Même s’il n’est resté qu’une centaine de jours au pouvoir, son administration a proposé des mesures législatives qui amorcent la reconstruction du système scolaire.

Dans l’opposition depuis 1944, le Parti libéral, dirigé par Jean Lesage (1912-1980), propose des changements socio-économiques majeurs. L’élection générale du 22 juin 1960 qu’il remporte lui permet d’offrir aux citoyens un projet de société innovateur. La réforme scolaire est la grande entreprise collective de la décennie 1960.

Au lendemain de la prise du pouvoir, les nouveaux dirigeants sont à l’œuvre. Un ensemble de lois connu sous le nom de la Grande Charte de l’éducation est approuvé par le Parlement du Québec, à partir de juillet 1960. Elles ont pour effet d’étendre à 16 ans l’âge de la fréquentation scolaire obligatoire, de rendre l’accès à l’école gratuite et d’obliger les commissions scolaires à dispenser le cours secondaire. La Révolution tranquille est lancée. La structure gouvernementale est modernisée et s’élargit à de nouvelles missions, comme la culture.

Les changements que connaît le système scolaire ne sont qu’un aspect de ce vaste projet. Le Québec s’ouvre sur la scène internationale en inaugurant sur le continent européen des représentations qui défendent les intérêts de la nation à l’étranger. Dans le domaine économique, il se donne des outils pour stimuler son autonomie dans les secteurs stratégiques pour son avenir, comme l’énergie et la sidérurgie.

La Révolution tranquille marque le début de la laïcisation d’une société qui a vu le clergé dominer son quotidien depuis un siècle. Bien que les religieux demeurent les plus nombreux représentants du Québec dans l’archipel japonais, ils perdent graduellement ce monopole au profit des laïcs. La vision d’avenir des missionnaires les pousse à former une relève japonaise qui, progressivement, prend la place de leurs effectifs vieillissants. Grâce à cette initiative, les efforts investis par des centaines de Québécois porteront fruits encore longtemps.

 

L’Exposition universelle d’Osaka : la sécularisation
des relations Québec-Japon

Jusqu’en 1970, l’engagement des Québécois au Japon se limite au travail apostolique qui est largement, comme on l’a vu, éducatif et social. Dans les territoires de mission, les religieux s’identifient rarement comme citoyens du Québec. Ils sont d’abord des ambassadeurs de l’Église universelle. Leur mère patrie n’a jamais pu profiter directement de leur présence outre-mer pour appuyer son rayonnement international, préoccupation qui est absente du discours politique traditionnel.

Dans le courant des bouleversements qui affectent la société québécoise, l’Église n’est pas épargnée par la remise en question de son rôle dans un État laïque en essor. Elle est désertée par ceux qui n’y trouvent plus de sens à vivre dans un cadre moral rigide. De nombreux religieux retournent à la vie civile. Quelques-uns, en raison de leurs connaissances du milieu japonais, s’impliquent activement dans la sécularisation des relations nippo-québécoises. Leurs compétences sont d’un grand secours, car peu de Québécois sont familiarisés avec le Japon.

Le premier ministre Daniel Johnson (1915-1968), motivé par l’intérêt suscité par Expo 1967, assure le prince Takamatsu (1905-1987), lors de sa visite à Montréal commémorant la Journée du Japon, que son gouvernement participera à l’Exposition universelle d’Osaka en 1970. Ce vœu se concrétise par l’adoption, le 22 novembre 1967, d’un arrêté en conseil qui engage le Québec dans sa première activité officielle au pays du Soleil-Levant.

Avec la montée du sentiment nationaliste qui stimule l’émancipation du Québec, l’Union nationale, élue en juin 1966, veut utiliser les tribunes internationales pour dire au Canada et à la planète que le peuple québécois existe. Elle affirme son autonomie face au gouvernement canadien de M. P.E. Trudeau, élu en 1968.

L’action sur la scène japonaise se justifie aussi par des raisons économiques. Contrairement au solde commercial Japon-Canada qui favorise ce dernier, le Québec importe davantage qu’il n’exporte vers l’archipel, d’autant plus que la production québécoise expédiée possède une faible valeur ajoutée. Pour le ministère de l’Industrie et du Commerce du Québec, qui songe à l’ouverture d’un bureau dans la capitale nippone, l’Exposition est une occasion unique pour faire connaître le Québec.

Plus qu’une opération de relations publiques d’envergure, Osaka est une étape dans le processus de reconnaissance que le Québec tente d’obtenir des nations où le Canada ne démontre pas de sollicitude à l’égard de ses intérêts. C’est l’époque où l’on prend conscience que la diplomatie canadienne, dominée par des anglophones, se préoccupe peu des aspirations québécoises. Pour contrebalancer cette apathie, un réseau de représentations du Québec à l’étranger se développe.

Le Japon est le premier territoire d’Asie à être l’objet de la diplomatie québécoise. À l’occasion de l’Exposition universelle d’Osaka, dès 1968, le gouvernement amorce l’élaboration de sa stratégie de pénétration de l’archipel. Peu connu au Japon en dehors des cercles catholiques, le Québec doit présenter le portrait d’un État moderne et vigoureux, apte à relever les défis que son partenaire japonais lui propose.

 

L’organisation de la participation québécoise à l’Exposition universelle

En raison de ses responsabilités, c’est au ministère de l’Industrie et du Commerce que revient le mandat d’organiser la première participation québécoise à une exposition universelle tenue à l’étranger. Ce vaste programme, qui s’étend de la conception architecturale au choix de la thématique en passant par la logistique, est confié à une unité administrative temporaire, le Commissariat du Pavillon du Québec à l’Exposition universelle d’Osaka.

Durant deux ans, le Commissariat s’affaire à la réussite de l’entreprise. Au plus fort de l’Exposition, 60 personnes, dont une dizaine de Japonais, travaillent à ce projet. Cette aventure permet à de jeunes Québécois de vivre une expérience inoubliable en travaillant comme hôtes. Parmi les 1 212 candidats, 22 furent choisis pour représenter leur nation. Tous reçoivent des cours intensifs de japonais, non seulement pour atténuer les problèmes de communication, mais aussi pour marquer leur respect à l’égard du pays d’accueil. Arrivés à Osaka à la mi-février, ils ont pour mission, comme l’indique Jean-Paul Beaudry (1924-1980), ministre de l’Industrie et du Commerce, de " présenter l’image du Québec au 20e siècle, [celle] d’un peuple dynamique qui sans cesse s’affirme aux quatre coins du monde ".

L’Exposition universelle a pour thème le Progrès humain dans l’harmonie et dure 183 jours, soit du 15 mars au 13 septembre 1970. Le ministre des Travaux publics, Armand Russell, qui inaugure le Pavillon, est le premier membre de l’Assemblée nationale du Québec à visiter officiellement le Japon.

Vitrine du Québec contemporain, le Pavillon permet à cinq millions de personnes de découvrir l’Amérique française ; il constitue un outil précieux de relations publiques auprès des investisseurs nippons. La thématique retenue, Le Québec, terre d’entreprises, ne laisse aucun doute sur cette intention et met en valeur les atouts qu’offre le territoire, comme les richesses naturelles et l’énergie hydroélectrique. Le visiteur en ressort avec une image du Québec actuel, où la qualité de vie est exceptionnelle. Dans cette mosaïque, l’industrie de pointe figure en première place, que ce soit dans l’aérospatiale, l’électronique ou l’industrie automobile.

L’élection générale du 29 avril, qui se solde par la victoire du Parti libéral de Robert Bourassa, bouleverse la composition de la délégation québécoise qui visitera Osaka durant l’été. Alors que l’administration sortante avait prévu que le premier ministre, le chef de l’Opposition officielle et plusieurs dignitaires se rendraient au Japon, le nouveau gouvernement, davantage attaché au fédéralisme canadien, modifie le symbolisme de l’événement et lui donne un caractère moins solennel.

Le 25 juin, un groupe dirigé par le ministre de l’Industrie et du Commerce et des Affaires intergouvernementales, Gérard D. Lévesque (1926-1993), assiste à la Journée nationale du Québec. Durant ces vingt-quatre heures de festivités, la troupe folklorique les Feux Follets, l’Orchestre symphonique de Montréal et le chanteur Gilles Vigneault communiquent l’esprit de la Fête nationale du Québec. Point culminant de la présence québécoise, cette activité démontre à des milliers de spectateurs la vitalité culturelle des francophones nord-américains.

La contribution du Québec à Expo 1970 coûte trois millions de dollars, une somme record pour une seule activité de promotion à l’étranger. Malgré le budget limité dont dispose le gouvernement, des rencontres sont organisées à Osaka et à Tokyo entre des fonctionnaires et des représentants de multinationales, comme Hitachi, Matsushita et Sanyo, afin de discuter des avantages industriels qu’offre le Québec.

Le Pavillon attire l’attention. Parmi les personnalités qui s’y arrêtent, signalons les membres de la famille impériale. En juillet, le prince héritier Akihito et son épouse, la princesse Michiko, visitent la maison du Québec. À cette occasion, le commissaire remet au futur souverain un livre d’art illustrant les coins pittoresques de la ville de Québec.

Lorsque Expo 1970 ferme ses portes, la contribution québécoise rapporte
déjà : le public, les milieux des affaires et les médias japonais ont fait connaissance avec un Québec tourné vers le xxie siècle. Le ministère de l’Industrie et du Commerce entend profiter de ces retombées. La voie est ouverte à une présence officielle et permanente qui va se concrétiser bientôt.

 

Deux solitudes à la recherche de la croissance économique

Pour des motifs géopolitiques et historiques, l’Amérique du Nord et l’Europe occupent une place considérable dans les échanges extérieurs du Québec. À l’exception des religieux qui œuvrent au pays du Soleil-Levant et de quelques immigrants japonais qui s’établissent au Québec, les liens avec l’archipel sont modestes et, jusqu’en 1970, se limitent à des initiatives privées.

Au début du xxe siècle, l’industrialisation du Japon génère une forte demande pour plusieurs matières brutes.

Pendant longtemps, l’aluminium et l’amiante représentent l’essentiel des ventes destinées à l’archipel. Les gisements d’Asbestos (Estrie) et de Thetford-Mines (Chaudière-Appalaches), qui contribuent à plus de la moitié de la production mondiale de l’amiante, attirent l’attention. Les Japonais achètent des tonnes de cet or blanc pour la fabrication de divers produits.

Avec la prolifération des usages de l’aluminium, l’Alcan a été la première compagnie établie au Québec à s’enraciner au Japon. Le 2 décembre 1901, son usine d’électrolyse de Shawinigan (Mauricie) expédie à Yokohama 30,5 tonnes du précieux métal. C’est le début d’une longue histoire de relations cordiales, que seule la tourmente guerrière suspend provisoirement.

Grand consommateur d’aluminium, l’archipel est un débouché majeur pour la multinationale. D’abord sous l’égide de l’Aluminium Company of America (Alcoa) qui, jusqu’en 1928, la contrôle directement, elle maintient un bureau qui a pour mission de promouvoir son produit et de conquérir de nouveaux segments de marché. En 1931, fort de cette présence, l’Alcan crée, avec le puissant groupe financier Sumitomo, la fabrique de laminage de Yao (Osaka) où son savoir-faire est mis à contribution.

À l’exemple des États-Unis et de la Grande-Bretagne, l’effort de guerre amène le Canada à imposer des restrictions sur l’exportation de matières stratégiques pour l’industrie militaire alliée. L’alliance Alcan-Sumitomo est secouée par le conflit mondial, puis par l’occupant américain qui remet en question le rôle de l’associé japonais dans l’usine de laminage.

Après la guerre, l’Alcan revient en force par l’acquisition de la moitié du capital-actions de Toyo Aluminium, dont le cœur des activités se concentrent à Yao, et de Nippon Light Metal. Elle aide ses partenaires à relancer leurs activités pour répondre aux défis qui pointent à l’horizon. Peu d’entreprises étrangères ont fait preuve d’un aussi grand dynamisme pour s’intégrer au Japon. Aujourd’hui, les activités nippones de l’Alcan vont de la production d’aluminium à sa mise en marché.

Durant les années 1950, une infrastructure industrielle se développe, apte à répondre aux nouveaux défis, souvent avec l’apport de technologies étrangères. Avec l’aide des leviers administratifs, législatifs et financiers à sa disposition, le gouvernement japonais crée un environnement socio-économique favorable. La réalisation de ce projet de société s’appuie sur une planification flexible du développement national, ainsi que sur des contraintes réglementaires et des tarifs douaniers qui protègent les secteurs industriels naissants.

Le Japon devient rapidement une puissance économique capable de rayonner sur tous les continents. Devant composer avec la pauvreté minérale du sous-sol et une géographie contraignante, les Japonais misent sur l’ingéniosité pour créer des produits de qualité offerts à des prix compétitifs. Leur richesse collective repose sur la capacité d’innover dans des secteurs en croissance qui ont apporté l’abondance en Amérique du Nord et en Europe. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les biens à valeur ajoutée venus de l’étranger soient vus comme une menace pour la nouvelle économie.

Cœur de la stratégie économique des décennies 1960 et 1970, le partenariat du gouvernement japonais et des grands conglomérats favorise l’émergence d’un secteur industriel échafaudé autour des produits de l’acier et de ses dérivés. Face à la demande croissante des sidérurgies, des chantiers navals et des constructeurs d’automobiles, le Japon devient en quelques années le plus important importateur mondial de fer.

De 1965 à 1985, les carnets de commandes des entreprises minières profitent de la croissance nippone. En plus de se procurer du minerai de qualité en achetant québécois, l’archipel diversifie ses sources d’approvisionnement et atténue du même coup sa dépendance à l’égard d’un nombre limité de fournisseurs. Cette prudence assure une stabilité des importations, tout en profitant de l’évolution des taux de change et de la concurrence internationale.

Depuis le début du xxe siècle, le commerce Québec-Japon est marqué par la complémentarité des échanges. Tandis que le premier vend des matières non transformées, une activité qui génère peu d’emplois et peu de richesses collectives, le second exporte des produits finis. Ainsi, le fer de la Côte-Nord est acheté par les grands conglomérats japonais qui le transforment en acier puis en automobiles, lesquelles sont vendues au consommateur québécois avec une valeur ajoutée. Ce type de transactions n’est pas unique. Il prévaut entre le Japon et ses autres partenaires disposant de vastes réserves en ressources naturelles.

À la fin des années 1960, l’archipel est un important partenaire commercial. Alors qu’en 1965, il se situe au neuvième rang des pays de destination des exportations québécoises, cinq ans plus tard, le Japon détrône l’Italie de sa sixième place. À l’image de son succès, les exportations vers le Japon explosent entre 1965 et 1970, phénomène qui se poursuit à un rythme moins intense jusqu’en 1980, où s’amorce une période de stagnation.

Les années 1990 sont marquées par une reprise de la croissance des exportations du Québec. Les conditions structurelles favorisent la diversification des échanges. L’émergence d’une économie québécoise orientée vers les secteurs de la transformation et des services, ainsi que la volonté politique d’appuyer les exportations de produits finis créent des conditions susceptibles de modifier la nature des expéditions.

Au Québec, à partir de 1977, des efforts sont entrepris pour bonifier les livraisons internationales à valeur ajoutée. La diversification vers l’agro-alimentaire porte fruit. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation appuie avec succès les entreprises qui s’activent au Japon. La participation aux foires et l’organisation de missions promotionnelles sont des vitrines pour les victuailles du Québec, ce qui consolide les marchés existants, tout en offrant de nouvelles occasions d’affaires. Cette stratégie repose sur l’apport précieux de la Délégation du Québec à Tokyo qui s’enrichit, à partir de l’automne 1981, d’un conseiller chargé de ce secteur.

L’exportation de viandes porcines connaît une croissance fulgurante. Au début des années 1980, cette viande représente 90 % des ventes agro-alimentaires du Québec au pays du Soleil-Levant. Les dérivés du lait et le sirop d’érable s’accaparent le reste.

 

Les placements japonais de la Caisse de dépôt et placement du Québec

Depuis la Révolution tranquille, le gouvernement thésaurise des capitaux colossaux dans des caisses sociales publiques, telles que la Régie des rentes du Québec. En 1965, l’Assemblée législative crée la Caisse de dépôt et placement, dont la mission est d’investir les fonds de ses déposants dans des placements fructueux pour l’économie québécoise.

Les ambitions de la Caisse de dépôt et de placement à l’égard de certains joyaux de l’élite financière canadienne, comme le Canadien Pacifique, suscitent une forte opposition de la part du Canada anglais.

Face à cette méfiance, en 1983, la Caisse diversifie à l’étranger ses placements pour apaiser la tempête dans un pays où sa marge de manœuvre est limitée. Elle investit dans des entreprises susceptibles de générer un rendement optimal et œuvrant dans des secteurs peu développés au Québec. Le Japon reçoit une part de ses liquidités. Ce portefeuille dont la valeur est de 54 millions de dollars en 1984, atteint, dix ans plus tard, 1,3 milliard. Les meilleures performances sont enregistrées en 1989, quelques mois avant la dégringolade des valeurs boursières nippones, puis en 1994 suite à la flambée du yen.

En une décennie, la Caisse investit dans des centaines de compagnies évoluant au sein de secteurs aussi hétérogènes que le transport ferroviaire, la métallurgie, l’électronique et la pharmaceutique. Durant les premiers mois de cette diversification à l’étranger, l’institution compte sur le soutien précieux de l’ancien délégué du Québec à Tokyo, Normand Bernier, qui est son mandataire auprès des entreprises asiatiques convoitées par les deniers québécois.

La société d’État est le plus important gestionnaire canadien de fonds publics détenant des actions japonaises. Elle participe humblement à l’économie de l’archipel en investissant dans des compagnies prestigieuses comme Mitsubishi, Sony et Toyota. Ce fait détruit le mythe que les flux monétaires circulent dans une direction unique, au détriment du Québec.

La Caisse profite de ses relations pour encourager les Japonais à investir au Québec ou à y nouer des alliances. L’exode de ces capitaux peut paraître ambivalent, alors que le gouvernement doit financer sa dette par des emprunts à l’étranger. Toutefois, cette stratégie de placement permet de tirer un rendement élevé de compagnies performantes qui contribuent déjà à l’essor économique du Québec ou qui sont susceptibles de le faire. Ce n’est pas un hasard si, durant la décennie 1984-1994, la Caisse possède des actions dans plus de la moitié des entreprises nippones établies sur son territoire.

 

La diplomatie québécoise : à l’ombre du Fuji et des Rocheuses

L’enthousiasme, suscité par les expositions d’Osaka et de Montréal, conscientise les Québécois à l’influence grandissante du Japon sur l’échiquier mondial. Soucieux de réduire le déficit commercial du Québec, le ministère de l’Industrie et du Commerce délègue un conseiller économique à Expo 1970.

Le développement de relations nippo-québécoises s’inscrit dans les desseins politiques de Robert Bourassa, soucieux de donner un essor économique sans précédent au Québec. Selon les promesses électorales de 1970, l’exploitation du potentiel hydroélectrique et minier du Nord-du-Québec constitue la clé de cette prospérité devant créer 100 000 emplois. En l’absence de capitaux suffisants, le gouvernement effectue un emprunt de 10 milliards de yens (33 millions de dollars) auprès d’institutions nippones pour financer le mégaprojet. Ce geste est historique. Depuis la fin de la guerre, le Québec est un des premiers États à emprunter des devises japonaises. Pour souligner l’événement et pour remercier les bailleurs de fonds de la confiance qu’ils expriment ainsi, le ministre des Finances, Raymond Garneau, se rend à Tokyo en septembre 1972.

Dans la perspective du programme économique libéral, il devient impératif d’ouvrir une délégation à Tokyo pour établir la crédibilité du Québec auprès des investisseurs japonais. Leur participation financière est nécessaire pour que se concrétisent les ambitions du premier ministre.

En raison de ses priorités et de son allégeance au système fédéral, l’administration Bourassa n’octroie à la représentation que le rôle de promouvoir les intérêts économiques du Québec, afin de compléter le travail fragmentaire de la diplomatie canadienne.

Bien que la balance commerciale du Québec soit déficitaire, le Canada bénéficie d’un solde positif dans ses échanges avec le Japon jusqu’en 1984. Les provinces de l’Ouest, par leurs exportations, neutralisent les déficits régionaux. Leurs livraisons de matières premières contrebalancent l’entrée massive de produits japonais sur les marchés lucratifs des provinces centrales. Malgré les demandes de l’Ontario et du Québec pour corriger la situation, le Canada n’a pas avantage à renégocier ses accords commerciaux pour satisfaire ces requêtes.

Comme principale conséquence de ce choix politique et malgré le maintien d’une mission permanente, le Québec profite faiblement de l’augmentation des exportations canadiennes au Japon. Les ventes canadiennes au Japon proviennent surtout de l’Alberta, du Manitoba, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique. Cette dernière est devenue un bassin d’approvisionnement en richesses naturelles. Elle détient sur le Québec l’avantage de la proximité et des coûts de transport.

Cette conjoncture, qui prévaut déjà en 1970, pousse le ministère des Affaires intergouvernementales à placer la création d’un bureau au Japon dans ses priorités. À l’hiver 1972, le gouvernement demande à Normand Bernier de préparer sur place l’ouverture de sa représentation. Le 5 septembre 1973, le Conseil des ministres crée la Maison du Québec à Tokyo. À partir du 1er octobre, son mandataire dans la capitale japonaise agit comme conseiller économique ayant le titre de chef de poste. Attaché au ministère de l’Industrie et du Commerce, il relève du ministère des Affaires intergouvernementales dans l’exercice de ses fonctions diplomatiques.

Les 6 et 7 mars, l’événement est souligné avec faste et constitue une occasion pour rapprocher les hommes d’affaires québécois et japonais susceptibles de nouer des liens. Durant deux jours, la rencontre Tokyo ‘74 offre à la délégation de 200 personnes dirigée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Guy Saint-Pierre, un avant-goût succinct de la réalité nippone. Des séminaires sur les possibilités d’investissements au Québec et des contacts multilatéraux sont organisés. Jamais un gouvernement canadien n’a investi autant dans une opération aussi grandiose.

Disposant de peu de moyens, le délégué défend avec acharnement les intérêts économiques du Québec. Grâce à son dynamisme, le Québec accroît sa visibilité. Durant la première moitié de 1974, 160 articles de journaux et de magazines s’y intéressent. Des industriels québécois participent à des missions exploratoires, tandis que d’autres exposent leurs meubles et leurs fourrures dans des foires à Tokyo et à Osaka. Pour réduire l’excédent commercial, l’approche retenue cherche à attirer au Québec des investisseurs japonais et, en second lieu, à promouvoir les produits québécois.

Cette présence coïncide avec la réorganisation du ministère des Affaires intergouvernementales qui se voit confier la responsabilité de coordonner l’action extérieure de l’État québécois. Une direction Afrique, Asie et Océanie est créée au sein de la Direction générale des relations internationales et le Bureau de Tokyo accède au rang de délégation. Malgré l’étendue des champs d’actions qu’accorde le titre, la priorité demeure économique.

 

L’épanouissement des relations nippo-québécoises

Le 15 novembre 1976, l’élection du Parti québécois bouleverse l’échiquier politique canadien. Élu avec le mandat d’être un bon gouvernement, ce parti promet la tenue d’un référendum sur l’avenir constitutionnel du Québec. La nouvelle administration dirigée par René Lévesque, qui ne cache pas ses convictions sociales-démocrates et souverainistes, suscite l’inquiétude dans les milieux financiers qui craignent l’instabilité.

Parallèlement, l’effectif et le budget de la délégation augmentent. Des ressources sont allouées pour soutenir et élargir les échanges existants ; des postes de conseillers et d’attachés spécialisés sont créés.

Pour se démarquer du parapluie canadien, la mission de Tokyo s’active à faire connaître aux Japonais le point de vue gouvernemental dans plusieurs dossiers domestiques ; des activités sont organisées pour rapprocher les deux pays.

C’est une période d’effervescence où les fonctions de la délégation débordent la dimension économique. La mission se voulant le véritable porte-parole du peuple québécois, elle dresse une liste de ses ressortissants vivant au Japon.

Les mandats commerciaux et financiers demeurent toutefois ses priorités. Les accords industriels privés dans les secteurs de la biotechnologie, de la pharmaceutique, de l’optique et de l’électronique occupent son personnel. Ces ententes permettent l’acquisition de technologies japonaises qui viennent appuyer l’essor des exportations québécoises à valeur ajoutée.

L’administration Lévesque, plus que tout autre gouvernement, exprime le désir de diversifier la base industrielle du Québec, trop liée aux matières brutes. Ses orientations contemporaines constituent une innovation dans le discours politique et s’inscrivent dans le mouvement de modernisation amorcé en 1960.

Depuis la Révolution tranquille, les partis politiques qui se succèdent à la tête de l’État s’entendent sur le fait que l’intervention gouvernementale est nécessaire pour assurer le progrès socio-économique du Québec. Le Gouvernement met en œuvre divers moyens pour aider les entreprises à affronter la compétition internationale. En favorisant la naissance de forces économiques nationales et dynamiques, on offre aux francophones un levier pour se positionner dans l’ensemble nord-américain et assurer leur survivance.

 

Plus d’affaires, moins de politique

Sous le second mandat du Parti québécois (1981-1985), le gouvernement du Québec, sans délaisser les dossiers culturels et éducatifs, redouble d’énergie pour accroître les relations économiques avec le Japon.

Plutôt que d’autoriser le gouvernement Lévesque à négocier une nouvelle entente constitutionnelle avec le Canada, la population vient d’opter, par référendum, pour le maintien du Québec au sein du régime fédéral. Ce choix démocratique, exprimé le 20 mai 1980, modifie les responsabilités et le symbolisme octroyés à la Délégation du Québec à Tokyo.

Par ailleurs, la récession de 1982 accapare l’attention du gouvernement. Le commerce international devient plus que jamais une priorité pour un territoire où 40 % du produit intérieur brut est imputable aux ventes à l’étranger. Face à cette problématique, les entreprises doivent prendre le virage technologique et exporter davantage. Pour atteindre ces buts, on entend maximiser les retombées économiques générées par les délégations, ce qui apaise les critiques qui se lèvent quant à l’utilité de la diplomatie québécoise dans un contexte de restrictions budgétaires et d’allégeance au Canada.

En juin 1982, un plan d’action international est présenté par le ministère des Affaires intergouvernementales pour soutenir la relance. Ce document, qui esquisse les attentes du Québec dans un monde en évolution, souligne qu’il faut bonifier les échanges économiques et technologiques avec le Japon, notamment dans les secteurs des communications, de l’énergie, de l’environnement et des mines. Pour parvenir à ces fins, les deux peuples doivent mieux se connaître.

Pour appuyer ce tournant, l’administration Lévesque souhaite participer aux divers programmes et comités canado-japonais. De plus, elle entend prendre les moyens pour que le Québec dispose de citoyens " capables d’avoir un accès direct par ses connaissances linguistiques à la civilisation technologique qui se développe au Japon ". Pour soutenir ce souhait, une subvention est versée à l’Université de Montréal pour que soient offerts des cours sur le Japon, tandis que le ministère des Affaires intergouvernementales appuie l’essor des études québécoises à l’Université Sophia de Tokyo.

En vue de réaliser ces défis, l’Office québécois du commerce extérieur, créé en 1980 au sein du ministère de l’Industrie et du Commerce, accède au rang de ministère le 16 décembre 1982. Ce nouveau ministère du Commerce extérieur veille à la prospection des investissements à l’étranger et à la ratification d’accords industriels. Les conseillers économiques et les attachés commerciaux en fonction à l’étranger passent sous sa juridiction. Sous la gouverne de Bernard Landry, le Japon devient un élément essentiel de la politique de commerce international.

À l’automne 1983, le dixième anniversaire de la délégation de Tokyo est célébré par une Semaine du Québec, à laquelle participe le chansonnier Gilles Vigneault. C’est une période d’enthousiasme où un personnel dynamique œuvre avec enthousiasme à faire une place aux Québécois dans l’archipel. Québec s’ouvre à l’Asie et en particulier au Japon.

En 1985-1986, près de 100 missions individuelles et collectives québécoises, avec l’appui de la délégation, viennent prospecter le marché, attirer des investisseurs ou ratifier des accords industriels. Dans un pays où les voyages outre-mer sont en expansion, plusieurs séminaires de promotion touristique sont organisés à l’attention des intervenants de cette industrie.

L’expansion des activités et la croissance des effectifs obligent le Ministère à déplacer ses services dans des locaux adaptés aux nouveaux défis. Après avoir logé pendant douze ans au Sanno Grand, la représentation emménage dans l’édifice Kojimachi Hiraoka, dans le quartier Chiyoda, à quelques pas du Palais impérial.

La décennie 1980 est celle où l’on prend conscience des enjeux sous-jacents à cette présence. L’accession de Bernard Landry à la tête des ministères du Commerce extérieur et des Relations internationales contribue à l’évolution des mentalités. Son enthousiasme est communicatif.

Les visites ministérielles deviennent plus fréquentes. Le ministre Jean Garon, vient faire la promotion des denrées agro-alimentaires ; le ministre Rodrigue Biron vient inviter les constructeurs d’automobiles à s’établir sur le territoire.

Dans le domaine scientifique, l’on tente d’arrimer des institutions qui s’avèrent être complémentaires l’économie mondiale. Ce voyage démontre la volonté du Gouvernement d’intégrer l’Orient dans la sphère d’échanges du Québec.

Accompagné de Bernard Landry, de fonctionnaires, d’hommes d’affaires et d’universitaires, ce voyage s’inscrit dans les efforts investis pour relancer l’économie québécoise. Le Japon, devenu premier créancier mondial et premier client du Québec en Asie, est un partenaire convoité pour la réalisation de projets conjoints d’investissements.

Durant ce séjour qui le mène à Kyoto et à Tokyo, le premier ministre René Lévesque rencontre des parlementaires et des journalistes. Il participe à un déjeuner-conférence donné en son honneur par la Fédération des organisations économiques (Keidanren). À ses hôtes, il fait valoir que le Québec est désireux de fortifier ses liens économiques avec l’Asie, tout en voulant mieux s’y faire connaître. René Lévesque constate que ce travail est amorcé.

Le premier ministre en profite pour corriger les inexactitudes répandues au Japon par certains émissaires nord-américains à l’égard de la réalité québécoise. Il retrace l’évolution de son peuple depuis la Révolution tranquille jusqu’au rêve de la souveraineté. C’est pour lui l’occasion d’affirmer qu’il dirige une société démocratique où les investisseurs bénéficient d’un climat politique stable.

René Lévesque souligne que la spécificité culturelle de son peuple va de pair avec l’ouverture sur le monde et que le Québec offre des produits renommés, des ressources naturelles abondantes et des travailleurs compétents. L’électricité, offerte à des tarifs inférieurs à ceux en vigueur dans l’archipel, constitue un attrait pour les entreprises énergivores. Le premier ministre invite les grands de l’automobile à établir des usines au Québec en vue de profiter du savoir-faire québécois dans l’aluminium. Au-delà de ces considérations, ce choix est justifié pour des raisons commerciales et politiques, car plus de 30 % des livraisons du Japon au Canada sont destinées au Québec.

Reflet de la volonté politique d’appuyer des transferts technologiques fructueux, des ententes sont ratifiées le 2 octobre 1984, à Tokyo. Ces accords correspondent aux attentes du gouvernement, qui favorise l’essor des biotechnologies et la diversification des sources énergétiques du Québec. L’Institut Armand-Frappier et la Fondation pour la recherche sur les protéines se concèdent des droits exclusifs pour commercialiser dans leur pays les produits de leur associé. Par ailleurs, ils s’engagent à collaborer à des projets conjoints de recherche. Dans le secteur énergétique, Gaz Métropolitain obtient de Gaz d’Osaka le droit de vendre au Québec une gamme étendue d’appareils gaziers manufacturés par son partenaire.

Au cours des années de pouvoir du Parti québécois, plusieurs missions ministérielles et commerciales visitent le Japon. En parallèle, des liens culturels, éducatifs et scientifiques sont noués pour la première fois. En moins d’une décennie, le Gouvernement renforce sa présence dans l’archipel même s’il reste beaucoup à faire pour stabiliser ces rapports dans les secteurs non économiques.

Ces intentions culminent, en juin 1985, lorsque Bernard Landry innove en dévoilant une politique de relations internationales qui réaffirme la légitimité des compétences de l’État québécois dans ce domaine. Bien que ce document ne bouleverse pas la configuration des liens existants, le Gouvernement dispose d’un énoncé de politique à l’égard de son précieux partenaire. En plus des relations commerciales, il entend appuyer les échanges scientifiques et les transferts technologiques, tout en favorisant " une meilleure connaissance mutuelle " des peuples québécois et japonais par le biais d’activités de rapprochement entre les deux communautés.

En décembre 1985, l’élection du Parti libéral ramène au pouvoir Robert Bourassa qui renoue avec une diplomatie plus centrée sur les échanges économiques. Le nouveau ministre des Relations internationales, Gil Rémillard, précise que les activités à l’étranger seront conformes aux intérêts du Québec, dans un contexte d’appartenance au Canada et en fonction des restrictions budgétaires.

Avec le Japon, une relation mercantile qui s’appuie sur trois axes est souhaitée. Il faut d’abord s’assurer que des entreprises nippones injectent des fonds sur le territoire. Les industries du magnésium, des nouveaux matériaux et de la biotechnologie sont privilégiées, car le gouvernement veut concentrer son action dans quelques sphères prometteuses, compte tenu des " difficultés inhérentes aux différences culturelles et linguistiques ". Dans ces secteurs, il faut tirer parti de la technologie japonaise pour accroître la compétitivité de l’économie québécoise. Finalement, le Ministère entend soutenir la promotion des exportations vers l’archipel. Toutefois, cette activité n’est pas au premier rang des priorités.

En décembre 1991, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Technologie, Gérald Tremblay, présente sa stratégie des grappes industrielles. S’appuyant sur les forces nationales, la concrétisation de la politique fait appel à l’expertise étrangère. Pour ce faire, le Ministère encourage les entreprises à ratifier des accords industriels avec des firmes japonaises dont les fruits contribueront à l’application de la vision ministérielle.

Le responsable des Relations internationales, Gil Rémillard, effectue en février 1987 une visite au Japon pour rapprocher les institutions des deux pays. Il en profite pour faire connaître la position de son administration sur l’avenir politique du Québec. Le gouvernement japonais, désireux de faire connaissance avec Robert Bourassa, lui transmet une invitation officielle par l’entremise du ministre. Ce séjour, d’abord prévu pour octobre 1990, est reporté indéfiniment dû aux dossiers domestiques qui occupent le chef d’État.

L’élection du Parti québécois en 1994 indique un retour à une promotion accrue des objectifs non seulement économiques, mais aussi culturels et institutionnels du Québec.

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CHAPITRE 4
Entre Québécois et Japonais : éducation, science, culture, gastronomie

Au-delà d’une présence et d’activités dictées par des prérogatives religieuses, économiques et politiques, la décennie 1970 s’impose comme celle où les relations volontaires fleurissent entre le Québec et le Japon. L’amélioration des moyens de communication et l’élection du Parti québécois amènent les Japonais à s’intéresser à la réalité francophone en Amérique. Au Québec, l’image de l’archipel comme terre d’évangélisation cède la place à une vision moderne, mais toujours ambiguè d’un pays où le progrès est fulgurant.

Bien que l’affiliation des Québécois avec la francophonie domine ses rapports extérieurs, le Japon se positionne comme un lieu d’apprentissage et d’échanges aussi valable que la France. Aujourd’hui, des artistes, des étudiants, des professeurs, des chercheurs et des athlètes s’intéressent aux fruits de cette civilisation millénaire.

 

Les échanges éducatifs et scientifiques

En 1977, la naissance de l’Association japonaise d’études canadiennes donne aux chercheurs intéressés par le Québec un point de rencontre qui les tire de l’isolement.

C’est l’époque où les gouvernements canadiens et japonais commencent à soutenir les études régionales et les activités culturelles à l’étranger. Pour la première fois, la contribution fédérale donne aux universitaires japonais des outils pour mener des travaux sur le Canada. Cet appui, motivé par des raisons politiques et économiques, propulse du même coup les études québécoises.

Devant un État fédéral qui entend diffuser sa vision de la réalité canadienne, l’administration Lévesque ne veut pas demeurer impassible en dépit de ses moyens limités. Comme peu de Japonais se consacrent aux études québécoises, la Délégation du Québec identifie rapidement les personnes susceptibles de les promouvoir dans leur milieu.

Face à la curiosité que suscite son pays d’origine, le père Conrad Fortin, jésuite québécois rattaché à l’Université Sophia à Tokyo, soumet au ministère des Affaires intergouvernementales un projet de centre de documentation et un programme d’activités visant à diffuser différents aspects de la civilisation québécoise. Au printemps 1981, le Ministère offre à ce missionnaire des livres et une subvention de démarrage.

Ces rapprochements s’inscrivent dans la stratégie politique du Québec qui désire s’affirmer et se distinguer du monolithisme culturel nord-américain, tout en nouant des liens éducatifs et scientifiques avec le Japon.

Des ententes entre des universités japonaises et québécoises sont signées à la suite d’initiatives venues du milieu et de l’État qui encouragent ces mariages. La conjoncture est favorable, car elle coïncide avec l’internationalisation de l’activité scientifique au Japon qui donne lieu à une intensification de la coopération avec le Canada. L’archipel accroît ses investissements dans ce domaine, à la suite des pressions des pays industrialisés qui dénotent que sa contribution au progrès scientifique mondial est minime par rapport à l’effort financier mis dans l’achat de technologies étrangères.

En plus des relations amorcées avec des partenaires de la région du Kanto, la coopération scientifique avec des institutions de Kyoto et d’Osaka est souhaitée. Face à l’ouverture manifestée dans le Kansaï, les ministères des Affaires internationales et de l’Éducation secondent une action concertée des intervenants québécois. Entre 1990 et 1993, des rencontres permettent aux institutions impliquées de discuter de leurs attentes. En mars 1994, un accord est signé entre la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) et l’Université de Kyoto.

Le Kansaï prend une grande place dans la stratégie d’implantation dans l’archipel. En plus d’offrir des infrastructures de qualité, ce territoire est moins sujet à la concurrence que se livrent les institutions étrangères pour obtenir les faveurs des universités de la capitale nationale. Dans cet esprit de déconcentration géographique, une entente de coopération est conclue, en septembre 1990, entre les Chambres de commerce de Montréal et d’Osaka pour aider aux échanges technologiques.

Deux mois plus tard, Hydro-Québec s’associe avec la compagnie Yuasa d’Osaka pour fonder Acep. Cette cœntreprise a le mandat de commercialiser une pile à électrolyte polymère développée par la société d’État québécoise. Soucieuse de profiter de l’expérience de son associé japonais, l’entreprise québécoise met toutes les chances de son côté pour conquérir les marchés mondiaux.

Depuis 1985, le Québec privilégie, dans ses relations éducatives et scientifiques, les domaines qui concourent à son développement économique et technologique. Toutefois, un travail de promotion auprès des professeurs de français de l’archipel a permis de faire connaître les programmes qu’offrent ses universités pour l’apprentissage de la langue française, programmes reconnus pour leur excellence. Grâce au soutien du ministère des Affaires internationales, certains professeurs effectuent des stages linguistiques au Québec.

 

La culture

Depuis le début du xxe siècle, les religieux contribuent discrètement à faire connaître la culture québécoise en fusionnant leurs talents avec ceux du pays d’accueil. Hormis quelques concerts du ténor Paul Dufault (1871-1930), en mai 1917, à Yokohama et celui de la Musique du Royal 22e Régiment, donné à l’Ambassade du Canada, le 2 août 1952, l’apport culturel des laïcs ne prit son envol qu’avec Expo ‘70.

Paul Dufault est le premier artiste québécois ayant atteint une réputation internationale. Entre 1912 et 1917, il parcourt l’Asie et le Pacifique pour donner des centaines de concerts en Australie, en Chine, à Hong Kong, en Inde, en Indochine, en Indonésie, au Japon, en Malaisie, en Nouvelle-Guinée, en Nouvelle-Zélande, aux Philippines et à Singapour. Lors de sa dernière tournée au profit des œuvres de la Croix-Rouge destinées aux prisonniers de guerre, il séjourne brièvement au Japon. Le ténor, originaire de Sainte-Hélène-de-Bagot (Montérégie), découvre un pays moderne, fier de son passé, où l’élite est à l’écoute du monde.

En 1970, le programme culturel du Pavillon canadien permet pour la première fois à des artistes québécois de faire connaître la vitalité de leur culture à l’occasion des spectacles qu’ils donnent lors de l’Exposition d’Osaka.

Dans les années 1970, des artistes, comme Nicole Martin, Jacques Michel et Ginette Reno ont le privilège de donner des prestations dans l’archipel à l’occasion de concours où ils représentent leur pays. Ces événements donnent une grande visibilité à ceux qui savent utiliser ce tremplin pour conquérir le marché japonais. Même si tous se démarquent par leur performance, un seul voit l’émoi occasionné au Festival international de la chanson de Tokyo se répandre dans le grand public. Adulé au Québec, René Simard, âgé de 13 ans, remporte, le 30 juin 1974, le premier prix d’interprétation et le trophée Frank Sinatra pour Non, ne pleure pas (Midori iro no yane), qu’il chante en français et en japonais. Céline Dion sera la seule à surpasser la popularité du jeune chanteur.

Lors de la finale, sa prestation est regardée par 97 millions de téléspectateurs qui lisent le lendemain dans les grands quotidiens les faits saillants de sa carrière et de sa victoire. Au Québec, la nouvelle sème l’euphorie dans la population et les médias parlent amplement du jeune prodige qui reçoit un télégramme de félicitations du premier ministre Robert Bourassa. Le p’tit Simard était devenu une célébrité internationale. Quelques semaines après son passage, un million d’exemplaires du 45 tours Midori iro no yane se retrouvent dans les foyers nippons, une performance amorcée avant son arrivée par la vente de 60 000 disques, alors qu’il était encore inconnu. Toujours présent dans la mémoire des Japonais, une équipe de télévision lui rend visite en 1994 pour connaître ce qui est advenu du petit gars de l’île d’Orléans.

Deux décennies plus tard, le Cirque du Soleil propose une formule originale qui attire des milliers de gens qui quittent le chapiteau éblouis par la performance unique des saltimbanques québécois. Invité pour la première fois en 1992, le Cirque connaît un immense succès avec Fascination, présenté à Tokyo, Nagoya, Hiroshima, Osaka, Sapporo, Yokohama, Sendaï et Kita-Kyushu (Fukuoka), avec le soutien financier du réseau de télévision Fuji. Grâce au succès obtenu, l’entreprise investit 30 millions de dollars américains pour la présentation, entre mars et septembre 1994, du spectacle Saltimbanco.

Que ce soit Mon Oncle Antoine, Kamouraska ou Le Déclin de l’Empire Américain, les grands succès du septième art québécois ont été projetés dans l’archipel. Par son acharnement, le cinéaste Claude Gagnon contribue à cette présence. Au Japon, les efforts qu’il investit depuis plusieurs années dans la production cinématographique sont couronnés en février 1979. L’Association des réalisateurs japonais lui décerne le prix du meilleur réalisateur pour la production Keiko, le premier film réalisé dans ce pays par des indépendants.

Dans les années 1980 et 1990, quelques films se retrouvent dans les salles commerciales (Léolo) et à la télévision (Pouvoir intime). Pour sa part, l’Office national du film réussit à se faire un nom auprès des cinéphiles avertis, avec ses courts métrages d’animation souvent primés. En décembre 1979, les meilleures productions du Québec sont à l’honneur à l’Institut franco-japonais de Tokyo. Des films demeurés jusque là inconnus dans l’archipel sont projetés. Quatre mois plus tard, en collaboration avec le Conseil japonais des cinémathèques, la Délégation du Québec profite du succès du cinéaste Gagnon pour organiser une rétrospective de l’œuvre de Claude Jutra (1930-1986) au Centre national du cinéma de Tokyo.

La littérature québécoise est également connue au Japon. Elle s’est bâti une modeste place parmi les titres proposés par les professeurs de français. Les œuvres de grands auteurs, comme Yves Thériault, se retrouvent sur les rayons des bibliothèques scolaires et publiques en versions originale et japonaise. Chaque année, ils sont appréciés par de nombreux lecteurs.

Aux ouvrages littéraires, s’ajoutent les grands vendeurs, comme Le Visuel : dictionnaire thématique, anglais-japonais, commandé à plus de 140 000 exemplaires par les librairies. Ce succès démontre encore une fois que l’innovation ouvre les portes de l’archipel. Le dictionnaire de Québec-Amérique, contenant 25 000 mots et des illustrations de haute qualité, s’écoule rapidement dès sa mise en vente par la maison d’édition Dohosha.

 

D’autres contributions québécoises

Pays de neige, les capitales du Québec et de la préfecture d’Hokkaido partagent des fêtes qui célèbrent les beautés hivernales et divertissent des populations que les rigueurs du climat isolent pendant plusieurs mois. Durant les années 1970 et 1980, des représentants de ces villes se visitent et accueillent des sculpteurs sur neige. À Sapporo, des équipes québécoises sont récompensées pour le charme de leurs monuments éphémères. En décembre 1975, la Semaine du Québec permet de promouvoir les Jeux olympiques de Montréal (17 juillet au 1er août 1976), ainsi que la culture et les produits québécois. À cette occasion, une Association d’amitié Sapporo-Québec est fondée pour resserrer les liens entre les deux peuples.

Onze ans après l’expérience de Sapporo, la délégation récidive, cette fois-ci dans la préfecture de Yamagata, une région qui partage avec le Québec un climat et un mode de vie semblables. Du 4 au 9 septembre 1986, la ville de Yamagata accueille la Semaine du Québec. Les arts visuels, le cinéma, la littérature, la cuisine, les produits agro-alimentaires et les beautés touristiques sont à l’honneur dans cette fête suivie avec attention par les médias locaux.

Cet événement s’harmonise avec la politique d’internationalisation du Japon, dont le but est de conscientiser les Japonais aux réalités culturelles extérieures pour en faire de meilleurs citoyens du monde. Pour le ministère des Relations internationales, c’est l’occasion de vérifier si l’arrière-pays ne constitue pas une alternative valable aux canaux d’accès traditionnels déjà saturés de la région du Tokaïdo pour prendre pied dans la nation avec plus d’efficacité.

Au-delà des activités institutionnelles qui dominent les relations nippo-québécoises, des individus contribuent à leur solidification. Depuis mars 1980, le sculpteur Claude Descôteaux, un ardent souverainiste, fait la promotion de sa patrie par le biais d’un salon de coiffure et d’écoles de langue. Rayonnant sur Tachikawa et ses environs, une ville-dortoir située à 38 km de Tokyo, il fait connaître le Québec avec ses cours de langue française et de culture destinés au grand public.

De tous les laïcs qui ont résidé au Japon, Marie Desjardins est celle qui communique le mieux la joie de vivre du Québec au peuple japonais. Née à Saint-Jérôme (Laurentides), elle arrive au Japon en 1976 et s’inscrit à l’Université Sophia. Cinq ans plus tard, ses progrès linguistiques sont tellement fulgurants qu’elle joue un rôle principal dans le drame Mariko, produit par la télévision nationale.

Mariée en février 1981 à Utaka Hasegawa, elle s’installe dans le village de Hara (Nagano), où le couple ouvre le Restaurant québécois. Ils acquièrent une grande popularité en raison de la qualité de leur cuisine, ainsi que de la publicité qui vante l’excellence et l’originalité de leur établissement.

Depuis plusieurs années, son rêve de publier en japonais ses meilleures recettes la hantait. Ce projet se concrétise en janvier 1994 avec la parution de Cuisine traditionnelle du Québec. Par ses activités, Marie Desjardins transmet les habitudes culinaires du Québec à un nouveau public, tout en soutenant la commercialisation des produits agro-alimentaires québécois.

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CONCLUSION

Ce survol des cent années de présence québécoise au Japon est succinct et loin d’être exhaustif. Cependant il permet de prendre connaissance de la haute qualité, de l’abondance et de la diversité des activités des Québécoises et des Québécois dans ce pays qui a traversé de si profondes tribulations et transformations de 1898 à 1998, c’est-à-dire de l’ère Meiji à nos jours.

Pour ce qui est de leur qualité, quelle appréciation plus évidente peut-il y avoir que les deux gerbes de chrysanthèmes blancs qu’un représentant de la famille impériale a déposé sur la tombe de sœur Hélène Paradis, quelques jours après son décès à Kumamoto, en 1960, en reconnaissance du dévouement et de l’abnégation de cette missionnaire québécoise, fondatrice d’une léproserie et d’un foyer pour personnes âgées à Tokyo ? Et, au cours des années, les onze autres missionnaires québécois, suivis d’un laïc en 1996, M. Normand Bernier, premier délégué du gouvernement du Québec à Tokyo (1973-1979), qui ont été décorés de l’Ordre du Soleil-Levant par l’empereur du Japon, pour services rendus à la société japonaise, principalement depuis la Deuxième Grande Guerre mondiale. Pour se faire une idée de l’importance de cette décoration impériale comme signe de la plus haute appréciation de la qualité de l’activité québécoise au Japon, il est bon de souligner que souvent cette Québécoise ou ce Québécois était la seule personne étrangère à être ainsi décorée au cours de la cérémonie, toutes les autres étant des Japonais.

L’espace forcément restreint de cette brochure ne permet pas d’étaler tous les secteurs diversifiés où se déploie la présence du Québec au Japon. Ce n’est qu’un rapide coup d’œil très incomplet qui met en lumière l’importance du Japon pour le Québec.

En terminant, il est tout naturel de souhaiter vivement que ce Centenaire ne soit pas un point d’arrivée, mais bien plutôt un solide point de départ vers un avenir de plus en plus prometteur dans les relations nippo-québécoises.

Pour ceux intéressés à approfondir toutes les facettes des relations Japon-Québec au cours de ces cent dernières années, il serait profitable de lire " Des Lys à l’ombre du mont Fuji ", un livre récent de Richard Leclerc, paru aux Éditions du Bois-de-Coulonge, à Québec. Cette brochure est en fait un condensé de ce volume qui est le résultat de recherches intenses et méticuleuses de l’auteur. Ce dernier mérite toutes les félicitations pour avoir si bien réussi à attirer l’attention sur ce Centenaire à hautes incidences historiques.

 

Paul Trahan
Ministère des Relations internationales
Québec

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