livres

librairies
bibliotheques

Act Up,
une histoire

Didier Lestrade

[Denoël Impact, 1999]


Act Up : L’épopée rose et noire de Didier Lestrade.

 « Je sais que j’ai raison », cette phrase, martelée tout au long du bouquin de Didier Lestrade, co-fondateur de l’association de lutte contre le sida Act Up, est aussi la dernière. Vous fermez ce livre en acquiesçant, c’est plus fort que vous. Ca vous prend à la gorge, impossible d’éteindre la lumière ou de descendre boire un café : Lestrade, comme Act Up depuis des années, vous a une fois de plus sonné.

En 1987, alors qu’on parle encore du bout des lèvres d’un « cancer homosexuel », que les hémophiles se font transfusés sans plus d’histoire et que le fameux « jouir sans entrave » tient toujours le haut du pavé, Didier Lestrade découvre qu’il est séropositif. Au lieu d’admettre bêtement que c’est le début de la fin, Lestrade décide que c’est la fin du début : ses copains activistes-gays qui, face à l’hécatombe, viennent de monter Act-up New-York, achèvent de le convaincre. Après deux ans d’hésitation et face à l’inertie ambiante dans les milieux gays en France, Lestrade, entouré de Pascal Loubet et de Luc Coulavin, ouvre l’antenne d’Act Up-Paris. On est en 1989, et en effet, ce n’est que la fin du début…

Pendant les dix ans qui suivent, Act Up va être l’électron libre de la communauté sida en France, une communauté que l’association a largement contribuée à construire aux yeux du public. C’est cette histoire là, une histoire de peur et de colère, que vient nous raconter son fondateur, sans concession. Parce qu’Act Up est d’abord pour lui une affaire d’amour, quasiment de foi, parce que sur un sujet comme celui-là, il est impossible de mettre l’affectif de côté, Lestrade a choisi de construire son livre comme une épopée, à mi chemin entre le journal intime et le carnet de bord.

Au fil des pages, il retrace les spécificités de l’association, sa genèse, ses méthodes, ses combats en les mêlant sans ambage à son parcours intime et intellectuel. « J’ai eu dix années de thérapie de groupe qui s’appellent Act Up » nous glisse-t-il au détour d’une page. Ce qui défile alors devant nous ce n’est pas seulement l’aventure d’un groupe, mais à travers elle, la plus périlleuse et la plus poignante des luttes identitaires de ces dernières années; celle du droit à la visibilité pour les séropositifs, les gays et, petit à petit, pour tous les freaks de la terre comme l’auteur les appelle lui-même. Cette nécessité de vivre fièrement et dignement, quelques soient les choix sexuels, le style de vie, ou le statut sérologique des individus, s’accompagne d’une lutte acharnée pour pouvoir rester maître de son destin de malade face à la toute puissance des laboratoires pharmaceutiques obsédés par le fric et d’institutions médicales défaillantes. Loin des pleurnicheries complaisantes, ce qu’on retrouve dans cette chronique engagée des années Sida, c’est la véhémence contagieuse d’une association qui dénonce et tire sur tout ce qui bouge avec des méthodes aussi redoutablement radicales qu’elles sont efficaces.

La deuxième partie de l’ouvrage est un véritable journal de bord : on y retrouve, année après année, tous les débats et les actions d’Act Up,. Véritable baromètre de la santé du groupe, les RH (réunions hebdomadaires) sont passées au crible. Les actions d’éclat, comme la pause d’une capote géante sur l’obélisque de la Concorde ou la distribution forcée de préservatifs aux bigots de Notre-Dame, sont mises en perspectives avec les choix politiques et les discussions internes du groupe. Aux rythmes des Gay Pride et des réunions internationales sur le Sida, on suit pas à pas la vie de l’association, ses contradictions, ses dérives aussi. Au final, le constat de Lestrade est, à l’image de l’activiste qu’il est, intransigeant et un peu amer; le mirage des trithérapies et le désengagement des pouvoirs publics en matière de prévention ont détourné l’attention du public, le Sida n’intéresse plus personne ; en 1998 Act Up est au bord du gouffre… Mais Lestrade et ses amis ne cèdent rien, les dernières pages du bouquin en témoigne. En 1999, tout est là pour nous faire flipper, pour nous rappeler ce qu’est le Sida, pourquoi c’est la guerre, pourquoi seuls les cons ne mettent pas de capote, en bref, pourquoi, une fois de plus, Act Up a raison.

Juliette Barbara

>>Plus d'infos sur le site d'act up

Didier Lestrade 
Act Up, une histoire. Coll. Impacts, éd. Denoël, Paris, 2000
  – 145.00 FF

Commander ce livre en-ligne

édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Interviews

Bookmarks

Petites
annonces


Courrier