Le temps passe .. et la jeuness en vain
sans aucune Histoire splendide
mais avec mes amis, en plaine d'amour et de la tristesse , s'appellent

Scriptum Latinum - SOLUM Littera Prima Heloysa Abelardo

LA TRÈS SAGE HÉLOÏSE

"Il existait à Paris une jeune fille nommée Héloïse. Elle était nièce d'un chanoine appelé Fulbert, lequel, par tendresse, n'avait rien négligé pour pousser l'éducation de sa pupille. "

Pierre Abélard, qui parle ainsi, est, au début du XIIe siècle, à peine âgé de trente-cinq ans, un des maîtres de la pensée européenne. Il est une des figures les plus marquantes de cette brillante renaissance de la culture occidentale, encore mal connue, qui fait du XIIe siècle - époque des troubadours, des premières croisades, de l'apogée du système féodal - l'un des plus riches de l'histoire française.

Érudit, savant dialecticien et professeur, Pierre Abélard réunit autour de sa chaire de théologie, à l'école du Cloître, au nord de Notre-Dame de Paris, l'élite des étudiants. Jeune, beau, célèbre, il n'a jamais eu le temps de songer à l'amour.

" J'avais de l'aversion pour les impurs commerces de la débauche ; la préparation laborieuse de mes leçons ne me permettait guère de fréquenter la société des femmes de noble naissance ; j'étais aussi presque sans relations avec celles de la bourgeoisie ".

Dès qu'il rencontre Héloïse, jeune Parisienne de dix-sept ans, instruite et sans doute jolie, Abélard décide de la conquérir. Fort de son prestige, il parvient sans peine à ses fins. Il se fait engager comme précepteur par le chanoine Fulbert, qui se montre trop heureux de faire profiter sa nièce du savoir d'Abélard.

Héloïse et Abélard

" Bref, écrit Abélard, nous fûmes réunis par le même toit, puis par le cœur. Sous prétexte d'étudier, nous étions tout entiers à l'amour ".

Quelques mois plus tard, Fulbert découvre ce qui se passe sous son toit : Abélard enlève nuitamment sa maîtresse pour la conduire chez lui, en Bretagne, où elle accouche d'un fils qui reçoit le nom, peut-être un peu pédant, d'Astrolabe. Pour apaiser la colère de Fulbert, Abélard, lui promet alors d'épouser sa nièce, à condition que le mariage soit tenu secret, afin de ne pas nuire à sa carrière de théologien.

Le mariage est célébré à Paris, mais Fulbert, loin d'être apaisé, se hâte de l'ébruiter. Une seconde fois, Abélard doit enlever Héloïse et la confier aux religieuses d'Argenteuil. C'est alors que Fulbert exerce contre Abélard une vengeance impitoyable :

" Une nuit, pendant que je me reposais chez moi, dans une chambre retirée, un de mes serviteurs, corrompu à prix d'or, les ayant introduits, ils me firent subir la plus barbare et la plus honteuse des vengeances, vengeance que le monde entier apprit avec stupéfaction : ils me tranchèrent les parties du corps avec lesquelles j'avais commis ce dont ils se plaignaient, puis ils prirent la fuite ".

Avant de se cloîtrer, Abélard exige qu'Héloïse entre elle-même au couvent. Elle y connut des vicissitudes diverses. Quelque dix ans plus tard, pour des questions administratives, ils devaient se revoir. Ils se séparèrent après plusieurs rencontres et Héloïse, la première, écrivit à son époux. Cette lettre est une des plus émouvantes que la littérature amoureuse ait conservées. Héloïse vient de lire la Lettre à un ami, document dans lequel Abélard racontait ses malheurs. ?� cette lecture, sa passion se ranime, cette passion qui ne s'est jamais affaiblie. Et elle écrit ; au début, de façon presque impersonnelle, elle commente la Lettre à un ami, et les difficultés de l'école du Paradet, institution religieuse fondée par Abélard où elle avait trouvé asile.

Puis le ton change, monte, jusqu'à devenir déchirant. L'abbesse avoue, affirme, crie son amour et son admiration. Rien au monde ou hors du monde n'a de valeur pour elle, qu'Abélard. Si l'on considère la position exceptionnelle des deux époux, leur éloignement, l'impossibilité de tout rapport entre eux, et les voeux qu'ils ont prononcés, cette lettre d'amour nous apparaît comme un document unique, proche de l'absurde ou de la folie. Il ne s'agit pourtant que du cri d'une femme en détresse.

Voilà la première Lettre d'Héloïse...... O Dieu !

HÉLOÏSE à ABÉLARD

A son maître, ou plutôt à son père, à son époux, ou plutôt à son frère ;
sa servante, ou plutôt sa Fille ; son épouse, ou plutôt sa soeur ;
à Abélard, Héloïse.

I. La lettre que vous avez, mon bien-aimé, adressée à un ami pour le consoler, un hasard l'a fait venir dernièrement jusqu'à moi. Au seul caractère de la suscription, reconnaissant qu'elle était de vous, je la dévorai avec une ardeur égale à ma tendresse pour celui qui l'avait écrite : si j'avais perdu sa personne, ses paroles du moins devaient me rendre en partie son image. Hélas ! chaque ligne, pour ainsi dire, de cette lettre encore présente à ma mémoire était pleine de fiel et d'absinthe, car elle retraçait la déplorable histoire de notre conversion et de vos épreuves sans merci ni trêve, ô mon bien suprême.

Vous avez bien rempli la promesse qu'en commençant vous faisiez à votre ami : ses peines, au prix des vôtres, il a pu s'en convaincre, ne sont rien ou peu de chose. Après avoir rappelé les persécutions dirigées contre vous par vos maîtres, et les derniers outrages lâchement infligés à votre corps, vous avez peint l'odieuse jalousie et l'acharnement passionné dont vos disciples aussi, Albéric de Reims et Iotulfe de Lombardie, vous ont poursuivi. Vous n'avez oublié ni ce que leurs cabales ont fait de votre glorieux ouvrage de théologie, ni ce qu'elles ont fait de vous-même, condamné à une sorte de prison. De là vous arrivez aux menées de votre abbé et de vos perfides frères, aux affreuses calomnies de ces deux faux apôtres déchaînés contre vous par ces indignes rivaux, au scandale soulevé dans la foule à propos du nom de Paraclet donné, contre l'usage, à votre oratoire ; enfin, arrivant aux vexations intolérables dont votre vie aujourd'hui encore n'a pas cessé d'être l'objet de la part de ce persécuteur impitoyable et de ces méchants moines que vous appelez vos enfants, vous avez mis le dernier trait à ce déplorable tableau.

Je doute que personne puisse lire ou entendre sans pleurer le récit de telles épreuves. Pour moi, il a renouvelé mes douleurs avec d'autant plus de violence que le détail en était plus exact et plus expressif ; que dis-je ? il les a augmentées en me montrant vos périls toujours croissants.

Voilà donc tout votre troupeau réduit à trembler pour votre vie, et chaque jour nos coeurs émus, nos poitrines palpitantes attendent pour dernier coup la nouvelle de votre mort. Aussi nous vous en conjurons, au nom de celui qui, pour son service, semble encore vous couvrir de sa protection ; au nom du Christ, dont nous sommes, ainsi que de vous-même, les bien petites servantes, daignez nous écrire fréquemment et nous dire les orages au sein des quels vous êtes encore ballotté ; que nous du moins, qui vous restons seules au monde, nous puissions partager vos peines et vos joies. D'ordinaire, la sympathie est un allégement à la douleur, et tout fardeau qui pèse sur plusieurs est plus léger à soutenir, plus facile à porter. Que si la tempête vient à se calmer un peu, hâtez-vous d'autant plus d'écrire que les nouvelles seront plus agréables à recevoir. Mais, quel que soit l'objet de vos lettres, elles ne peuvent manquer de nous faire un grand bien, par cela seul qu'elles seront une preuve que vous ne nous oubliez pas.

Il. Combien sont agréables à recevoir les lettres d'un ami absent, Sénèque nous l'enseigne par son propre exemple dans le passage où il écrit à Lucilius :

" Vous m'écrivez souvent, et je vous en remercie ; vous vous montrez ainsi à moi de la seule manière qui vous soit possible ; je ne reçois jamais une de vos lettres qu'aussitôt nous ne soyons ensemble. Si les portraits de nos amis absents nous sont doux, s'ils ravivent leur souvenir, et -- vaine et trompeuse consolation, -- allègent le regret de leur absence, combien plus douces sont les lettres qui nous apportent l'empreinte véritable de l'ami absent. "

Grâce à Dieu, ce moyen vous reste encore de nous rendre votre présence ; l'envie ne vous l'interdirait pas ; rien ne s'y oppose : que ce ne soit point de vous, je vous en supplie, que viennent les négligences et les retards.

Vous avez écrit à votre ami une longue lettre de consolation, en vue de ses malheurs sans doute, mais c'est des vôtres que vous lui parlez. Tandis que vous les rappelez avec exactitude pour le consoler, vous n'avez pas peu ajouté à notre désolation : en voulant panser ses blessures, vous avez ravivé en nous des plaies nouvelles et élargi les anciennes. Guérissez, je vous en conjure, les maux que vous avez faits, puisque vous prenez souci de soigner ceux qui sont faits par d'autres.

Vous avez donné satisfaction à un ami, à un compagnon d'études ; vous avez acquitté la dette de l'amitié et de la confraternité. Elle est bien plus pressante, l'obligation que vous avez contracté envers nous ; car nous sommes, nous, non des amies, mais les plus dévouées des amies ; non des compagnes, mais des filles ; oui, c'est le nom qui nous convient, à moins qu'il s'en puisse imaginer un qui soit plus tendre et plus sacré.
 

III. Si vous pouviez douter de la grandeur de la dette qui vous oblige envers nous, ni les raisons ni les témoignages ne nous manqueraient pour l'établir. Dût tout le monde se taire, les faits parlent assez haut. Après Dieu, vous êtes le seul fondateur de cet asile, le seul architecte de cet oratoire, le seul créateur de cette congrégation. Vous n'avez point bâti sur un fondement étranger. Tout ce qui existe ici est votre ouvrage. Cette solitude, jadis fréquentée seulement par des bêtes féroces et des brigands, n'avait jamais connu d'habitation humaine, n'avait jamais vu de maison. C'est parmi des tanières de bêtes féroces, parmi des repaires de brigands, là où d'ordinaire le nom de Dieu n'est pas même prononcé, que vous avez élevé un divin tabernacle et dédié un temple au Saint-Esprit. Pour l'édifier, vous n'avez rien emprunté aux richesses des rois et des princes, auxquels vous pouviez tout demander, dont vous pouviez tout obtenir ; vous avez voulu que rien de ce qui se ferait ne pût être attribué qu'à vous. Ce sont les élèves et les écoliers qui, s'empressant à vos leçons, vous fournissaient toutes les ressources nécessaires. Ceux-là mêmes qui vivaient des bénéfices de l'Église, qui ne savaient guère que recevoir des offrandes et non en faire, ceux qui jusqu'alors avaient eu des mains pour prendre, non pour donner, devenaient pour vous prodigues et importuns dans leurs libéralités.
 

Elle est donc à vous, bien à vous, cette plantation nouvelle dans le champ du Seigneur, cette plantation toute remplie de jeunes rejetons, qui, pour profiter, ne demandent qu'à être arrosés. Par la nature même de son sexe, elle est débile ; ne fût-elle pas nouvelle, à ce titre seul, elle serait faible. Aussi exige-t-elle une culture plus attentive et plus assidue, selon la parole de
l'Apôtre : " J'ai planté, Apollon a arrosé ; mais c'est Dieu qui a donné l'accroissement. " L'Apôtre, par les enseignements de sa prédication, avait planté et établi dans la foi les Corinthiens auxquels il écrivait ; Apollon, son disciple, les avait ensuite arrosés par ses saintes exhortations, et c'est alors que la grâce divine avait donné à leurs vertus de croître.

C'est vainement que vous cultivez cette vigne que vous n'avez pas plantée de votre main, et dont la douceur a tourné pour vous en amertume ; vos admonitions incessantes sont stériles, vos sacrés entretiens, inutiles. Songez à ce que vous devez à la vôtre, au lieu de consacrer ainsi vos soins à celle d'autrui, Vous enseignez, vous prêchez des rebelles : peine perdue. Vainement vous semez devant des pourceaux les perles de votre divine éloquence ; vous vous prodiguez à des âmes endurcies.

Considérez plutôt ce que vous devez à des coeurs dociles. Vous vous donnez à des ennemis ; pensez à ce que vous devez à vos filles. Et sans parler de mes soeurs, pesez le poids de la dette que vous avez contractée envers moi : peut-être mettrez-vous plus de zèle à vous acquitter vis-à-vis de toutes ces femmes qui se sont données à Dieu dans la personne de celle qui s'est donnée exclusivement à vous.

Combien de graves traités les saints Pères ont adressés à de saintes femmes pour les éclairer, pour les encourager, ou même pour les consoler ; quel soin ils ont ...


(je continuerai bientôt...)
j'ai pas tellement beaucoup de temps ces jours-ci... c'est pas facile de vivre dans ce pays... Au Revoir... à Tous !


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