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Un siecle d'ecrivains UN SIECLE D'ECRIVAINS
Tous les mercredis vers 23h30.
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par Bernard Rapp.

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Pour écrire à l'émission:

Un Siècle d'écrivains
France Télévision
7, Esplanade Henri de
France
75907 Paris Cedex 15

 

Mercredi 28 octobre 1998

Andrée CHEDID
(née en 1920)


Film de Vicky Sommet
Et Antoine Léonard Maestrati

Réalisé par Antoine Léonard Maestrati

Produit par Hervé Martin Delpierre

Une Coproduction: France3/Rigaud Production


Andrée chedid

 

                              NOTES  A PROPOS DE L'AUTEUR


"Je m’observe peu, je m’observe mal. J’aurais plutôt tendance à m’enjamber, l’œil sur ce qui doit venir. Ecrire, c’est le désir d’être", dit Andrée Chedid et d’enchaîner aussitôt avec une citation de Victor Hugo : "La forme, c’est le fond venu à la surface... ".

Dès notre première rencontre, Andrée Chedid, grâce à ces quelques mots, nous emmène vers un univers bien à elle.
Rendre compte de la lutte des hommes et de leur évolution, militer à la fois pour la femme et la liberté, condamner l’injustice, tels sont les sujets qui animent son œuvre.

Comme s’il s’agissait d’un autoportrait, Andrée Chedid tient le rôle principal de notre récit. Elle est entourée de Bernard Giraudeau et Youssef Chahine, de son fils et petit-fils, tous deux auteurs et artistes de variété.

 

Les films tirés de ses romans, Le Sixième Jour ou L’Autre, sa grande complicité avec les réalisateurs et metteurs en scène, les textes mis en images pour les besoins du portrait, les événements d’actualité, les drames de la vie qu’elle traduit avec tant de foi et de passion dans ses écrits sont les témoins de ce personnage secret, discret et parfois même réservé.

Antiraciste, humaniste, avide de justice, combattante pour la liberté, Andrée Chedid fait flirter ensemble la vie et la mort.

Dans son quotidien parisien, quand elle retrouve le Nil en se penchant sur la Seine ou quand elle guette l’actualité qui sera parfois reprise et adaptée dans une nouvelle, dans un roman ou dans un poème, elle respire la vie.

A l’occasion d’une confrontation avec son passé, au cours d’un voyage en Egypte qu’elle n’a plus revue depuis de longues années, nous retrouvons le souffle originel de ses émotions.

En la suivant dans ces retrouvailles, en l’observant dans sa perception des événements, en la surprenant dans ses contradictions, ses révoltes et ses engagements, en assistant à ses rencontres avec de jeunes lecteurs, nous essayons de faire du téléspectateur le témoin privilégié de ses révoltes intimes et de son optimisme contagieux.

C’est un portrait de femme avant que d’être celui de l’écrivain que nous avons souhaité réaliser.

Entre elle et nous, ce film est une histoire d’amour, une ode à la vie.

"Je me suis toujours vécue de passage dans ce morceau de réalités que la vie nous offre. Je lui suis reconnaissante de cette brève percée sur le prodigieux théâtre de l’existence".


                                ANDREE CHEDID


Andrée Chedid

Nouvelle donne, La nouvelle au Liban (Avril 1998)

Je suis née au Caire, Égypte, en 1920, de parents libanais. J’habite Paris par choix, parce que j’aime cette ville depuis l’enfance. J’écris depuis l’âge de dix-huit ans, en
plusieurs genres : poésie, roman, théâtre. Écrire, c’est très dur, avec de grandes fenêtres de joie.

J’ai deux enfants, quatre petits-enfants.

J’écris pour essayer de dire les choses vivantes qui bouillonnent au fond de chacun; j’espère ainsi communiquer. Les sujets que je choisis sont en général marqués par la tragédie et par l’espérance.

Je veux garder les yeux ouverts sur les souffrances, le malheur, la cruauté du monde; mais aussi sur la lumière, sur la beauté, sur tout ce qui nous aide à nous dépasser, à mieux vivre, à parier sur l’avenir.

J’ai toujours aimé les nouvelles. J’y reviens, comme je reviens aux
autres modes d’expression — poésie, roman, théâtre — avec le sentiment
que celles-ci s’épaulent, et m’offrent, par des voies différentes, un horizon
largement ouvert.

J’aime le rythme de la nouvelle, il épouse celui de notre temps.
J’aime saisir des personnages à des moments essentiels de leur parcours;
imaginer, en quelques mots, des situations réelles ou fantastiques.
J’aime dévoiler, en un petit nombre de pages, quelque chose du
mystère des cœurs.

J’aime les l’exigence d’écriture qu’imposent ces raccourcis.

C’est du moins ce que j’ai tenté de construire.

Au lecteur de dire si j’ y suis un peu parvenue. 


                                             
BIOGRAPHIE


Biographie

Jacques-Emile Miriel. Dictionnaire des auteurs

Chedid Andrée.

 Écrivain français d’origine égyptienne. Née au Caire le 20 mars 1920, elle y passa toute son enfance. Elle fait ses études dans des écoles françaises, puis à l’université américaine du Caire. En 1942, elle part vivre durant trois ans au Liban avec son mari. En 1946, elle s’installe définitivement à Paris. C’est après son arrivée en France qu’elle commence à publier des recueils de poèmes : de Textes pour une figure (1949), Textes pour un poème (1950), La Terre regardée (1957) jusqu’à Visage premier (1972), Andrée Chedid y utilise une langue soigneusement concrète et claire, cherchant à saisir la présence mystérieuse et nue de la vie, sa chaleur lumineuse. Définissant sa poésie, elle écrivait : "Un lyrisme aux bords d’une crête qui pencherait vers le sensible plutôt que vers l’intellect" Cérémonial de la violence (1976) dénonce la guerre qui ravage le Liban, pays auquel elle avait consacré un essai en 1974. Dans son œuvre de romancière, on retrouve toutes les qualités de sa poésie : Le Sommeil délivré (1952), Le Sixième Jour (1960) qui sera porté à l’écran par le cinéaste égyptien Youssef Chahine, La Cité fertile (1972). La plupart de ses intrigues se situent en Orient, et notamment dans son pays d’origine : Néfertiti et le rêve d’Akhénaton (1974) nous transporte dans l’Égypte de 1400 avant Jésus- Christ; par son imaginaire romanesque, Andrée Chedid recrée complètement cette période historique. Les Marches de sable (1981) sont une fable qui se déroule aussi en Égypte, au début de notre ère, et où l’auteur évoque, à travers le destin de trois femmes, les grands thèmes de toute son œuvre : la vie, la mort, l’amour. La Maison sans racines (1985) aborde la réalité du Liban contemporain. Tous les livres d’Andrée Chedid sont habités d’une foi profonde en l’homme, d’un espoir que l’on rencontre, par ailleurs, dans ses nouvelles (Le Corps et le Temps, 1979) et dans son théâtre (Bérénice d’Égypte, 1968)
 


            UN SIECLE DE LITTERATURE FRANCOPHONE AU LIBAN


 

Lettres et cultures de langue française : la littérature libanaise d’expression française (Vie de l’ADELPF n°21) par Abdalllah Naaman

Amin Maalouf est le premier romancier du Levant qui obtient le prix Goncourt, en 1993. Mais il n’est pas le premier, à recevoir des récompenses et des distinctions parmi les écrivains orientaux de graphie française et l’illustre Jury arrive trop tard depuis qu’il y a des Levantins qui écrivent dans la langue de Molière. En effet, plus de mille auteurs ont écrit entre une et soixante œuvres de création d’inégale qualité certes, mais dont une centaine sont de véritables chefs-d’œuvre.

La précieuse bibliothèque de l’ambassadeur et poète Camille Aboussouan, vendue aux enchères, chez Sotheby’s à Londres, les 17 et 18 juin 1993, comportait un curieux Mémoire sur la culture du mûrier blanc, publié à Lyon en 1763 et qui serait, à notre connaissance, le premier texte rédigé en français par un Levantin. L’auteur, un certain N. Thomé (francisation de Tohmé), était venu en France pour traiter avec les ateliers de filature de Lyon, un commerce qui aura ses jours de gloire au Liban quelques décennies plus tard, grâce notamment à deux frères français, Nicolas et Fortuné Portalis, lorsque les soieries de Lyon acquerront une réputation universelle au XVe siècle.

L’on sait que les magnaneries étaient connues en Syrie dès le VIe siècle. Notre jeune Tohmé avait-il acquis suffisamment de savoir pour venir mettre son expérience au service des Français, ou bien était-il venu simplement proposer la production de la montagne libanaise aux industriels lyonnais ? Nous savons aussi que le mûrier blanc (mores alba), originaire d’Asie mineure, a été introduit par des Orientaux dans le Midi de la France, au XVe siècle, pour l’élevage du ver à soie qui se nourrit de ses feuilles vert clair. Le sieur Tohmé serait, dans cette hypothèse, un maillon d’une chaîne plus ancienne encore.

Ce texte scientifique existe bel et bien et cependant, il ne nous autorise pas à le considérer comme une œuvre majeure. ll faut attendre le milieu du XIXe siècle pour voir fleurir une production littéraire immenses: pages pour Ie bonheur de l’humanité le développement de la langue de Racine et la gloire du Liban.

Andrée Chedid, l’ermite des villes

Elle ne se considère pas comme une exilée. Elle est venue en France de son propre choix. Il faut dire qu’elle est issue d’un milieu mouvant. Ses ancêtres sont Libanais et Syriens. Elle est née au Caire (1920) et vit en France depuis 1946. Sereine, vivant presque cloîtrée, mais combien affable, elle ne renie aucunement ses origines.

Issue d’un monde oriental, elle sait que sa vocation est de "lier avec l’Autre, de s’ouvrir à l’étranger, à l’universel . Celle qui ne voudrait jamais trahir les siens, emporte ses racines avec elles. Ses souvenirs qui ont exalté sa vie sur les bords du Nil, elle va simplement les transporter sur les bords de la Seine pour les intégrer à son abondante œuvre romanesque, poétique et théâtrale.

A un journaliste, elle dira :

"Je me sens d’ici autant que de là-bas. Paris est le lieu où j’ai vécu le plus longtemps. J’y suis venue parce que je le souhaitais, je n’ai donc pas la douleur de la nostalgie, le sentiment de l’exil. Et tout ce que j’ai d’Orient en moi n’a jamais été déformé par l’usage de la langue française."

L’œuvre d’Andrée Chedid, imprégnée d’Orient, conserve cependant un complet esprit d’indépendance : "Je relève d’un pays sans fanion, sans amarres", écrit-elle dans l’un de ses vingt recueils de poèmes, Seul Le visage. L’éditeur de la quasi totalité de son œuvre, Flammarion a déjà publié une cinquantaine de titres, dont des nouvelles, des pièces de théâtre, des romans. Le Sixième jour et L’Autre sont adaptés au cinéma, respectivement en 1986 et 1990, par Youssef Chahine et Bernard Giraudeau. Désormais, elle va collectionner les distinctions, une quinzaine, de France, de Belgique, du Liban, du Maroc. Après Philippe Sollers, le prix Paul-Morand, attribué par l’Académie Française, lui revient, en 1994. Décerné tous les deux ans depuis 1980, ce prix couronne un auteur de langue française dont les ouvrages sont remarquables par leurs "qualités de pensée, de style. d’esprit d’indépendance et de liberté". Il lui va comme un gant.

S’interrogeant sur la condition humaine avec humilité, les distinctions ne changent rien à son cheminement discret et solitaire.

Reste une question fondamentale : pourquoi certains écrivains libanais ont-ils choisi de s’exprimer en français ? Andrée Chedid, dont les premiers textes furent écrits en anglais, a déjà fait remarquer qu’à "la différence du Suisse ou du Belge, le Libanais est bilingue plus par goût que par nécessité" Je dirai, pour ma part, peut-être simplement parce que mes compatriotes, au-delà de leurs difficultés d’hier, se sont toujours fait une certaine idée de la liberté, de la fraternité et de l’universalité, concepts véhiculés par la France qui a réussi, la première, à en faire, pour elle et pour les autres, des vertus, voire une raison d’être. Tel est et sera, en dépit des misères de l’Histoire, le destin du Liban.


   LE ROMAN D'EXPRESSION FRANCAISE      


L’enracinement dans l’Histoire, par Sophie Nicolaides-Salloum : Magazine littéraire (n° 359)

Si le roman libanais d’expression française a affirmé sa présence dès les débuts de la production littéraire en cette langue, il n’a acquis ses titres de noblesse qu’avec Farjallah Haik dont Ies œuvres paraissent en France de 1940 à 1968, et a proliféré à partir de 1975. Aussi peut-on distinguer dans le cadre du roman trois périodes nettement marquées :

  • avant 1940, le roman occupe une place mineure;

  • de 1940 à 1978, il devient un genre à part entière, traitant de thèmes humains universels, tout en gardant un cachet spécifique,

  • après 1975, les romanciers s’inspirent principalement des événements politiques et de la guerre qui devait ensanglanter le pays durant quinze ans.

Au cours de la première période, les œuvres de fiction sont signées par des dramaturges, des historiens ou des poètes, et évoquent principalement l’Orient. Parmi ces précurseurs : Chucri Ghaneth est l’auteur d’un roman, Daud (1908), aujourd’hui tombé dans l’oubli; Georges Samné écrit Au pays du cherif (1911); Jacques Tabet publie un roman historique, Hélissa, princesse tyrienne et fondatrice de Carthage où il célèbre les racines phéniciennes de son pays. Eveline Bustros, récit La main d’Allah (1916) et évoque les village de la montagne dans sous la baguette du coudrier (1938); Jeanne Arcache signe une biographie romancée de l’émir Fakhreddine, L’émir à la craie 1938); Amy Cheik rend l’atmosphère de la montagne libanaise dans Salma et son village (1933).

La période de floraison du roman est marquée par des auteurs de statut internationale dont les œuvres s’insèrent dans le cadre de la littérature française ou francophone sans que, pour autant, les écrivains renient leurs racines.

Dans cette deuxième période, Far jallah Haik, chantre de la terre libanaise, lauréat du prix Monceau pour l’ensemble de son œuvre (1968), occupe une place de choix par Ies sujets traités tout aussi bien que par un style original.

Quant à l’œuvre romanesque d’Andrée Chedid (qui s’étend de 1952 à nos jours et qui a été couronnée par de nombreux prix littéraires), elle s’imprègne de poésie pour aborder les drames humains. Née au Caire, d’origine libanaise, installée à Paris, Chedid s’inspire surtout de la Terre du Nil (La cité fertile, 1972, Nefertiti et le rêve d’Akhénaton, 1974) ou de la vie des hommes simples dans ses premiers romans. Le sommeil délivré (1952) brosse le tableau du milieu villageois hostile à la femme, alors que Le sixième jour (éd. Flammarion, 1972) raconte la lutte que livre une grand-mère pour arracher son petit-fils à la mort. Mais l’auteur ne reste pas insensible au drame libanais : La maison sans racines (éd. Flammarion, 1985) lance un appel à la paix et à la coexistence et L’enfant multiple (éd. Flammarion, 1988), né de l’amour d’un musulman et d’une chrétienne victimes d’une voiture piégée, illumine à Paris la vie d’un homme esseulé. Dans les romans d’Andrée Chedid, ce sont particulièrement les femmes qui souffrent, luttent, espèrent et meurent au nom de l’amour et de la dignité humaine.

Tout comme Andrée Chedid, Vénus Khoury Ghata mêle la poésie au roman pour lui donner "une épaisseur poétique". Bien qu’installée à Paris, elle clame bien haut son appartenance libanaise et orientale. La majorité de ses romans, d’ailleurs, sont inspirés par l’Orient et la Méditerranée à l’exception du dernier en date, La Maestra, dont l’action se déroule au Mexique. La romancière se plaît à raconter des destins de femmes : Bayarmine évoque l’histoire d’amour entre un sultan et une jeune fille d’Anatolie, Les fiancés du Cap Tenès (éd. Lattes, 1995) le sort de cinq Françaises qui se retrouvent en Algérie à la suite d’un naufrage, La Maestra (éd. Actes Sud, 1996) les derniers moments d’une femme courageuse condamnée par la maladie. Cependant, la guerre sert également de toile de fond à certains romans où plane, omniprésente, l’ombre de la mort qui a envahi son pays : Vacarme pour une lune morte (1983), Les morts n’ont pas d’ombre (1984), La maîtresse du notable (éd. Seghers, 1992, Prix Liberatur du roman étranger à la foire de Francfort en 1995). En outre, le style de ses romans se caractérise par une greffe de l’arabe sur le français, en particulier dans les dialogues. A cet apport linguistique, s’ajoute, selon l’écrivain elle-même, un "dépaysement", une autre manière de vivre, des superstitions inconnues qui enrichissent la littérature française.

Andrée Chedid et Vénus Khoury-Ghata établissent un pont entre la deuxième et la troisième période de la littérature romanesque. Celle-ci voit l’arrivée de nouveaux écrivains. Lauréats de plusieurs prix littéraires, ils sont — à de rares exceptions près — édités en France.


         INTERVIEW DE ANDREE CHEDID
                   


Propos recueillis par Valérie Marchand (Les Lettres Françaises)

Depuis, elle continue d’inscrire les songes qui l’habitent et qui se rejoignent aussitôt telles des entailles sur l’écorce. Que nous lisions Poèmes pour un texte, ou que nous suivions les visages et paysages d’Egypte, du ciel bleu des Marches de sable aux terres sombres de Cérémonial de la violence, il jaillit toujours un souffle imprévisible, table d’argile ou de poussière, que le poète irrigue de ses propres instants. Partout c’est un appel, une interrogation, face au temps, à la mémoire, à la raison qui se dérobe. Les inscriptions gravées jadis à même la pierre se modifiaient, sans jamais succomber à l’usure de la roche. Il en est de même pour les poèmes d’Andrée Chedid qui, à l’instar des scribes, anime son œuvre du sens de sa méditation. Par-delà les emprunts au langage, et la fascination qu’ils exercent sur nous, Andrée Chedid cherche encore la survivance d’un visage premier, l’écho ou l’épanouissement de l’être — ce qui pourrait bien être comme une nouvelle célébration du jour.

LES LETTRES françaises : Comme Le Clézio, vous aimez l’errance des villes, le labyrinthe de la cité. Quelle a été votre approche de Paris ?

Andrée Chedid : J’aime beaucoup les cités, et je suis très attirée par les villes. J’ai toujours vécu, au Caire, ou ailleurs, au centre de la cité. J’ai connu Paris assez tôt. Ce qui m’a toujours frappée, c’est l’impression de liberté que donnent les grandes villes. J’avais l’impression d’un frémissement et d’un frisson qui se saisissaient de vous dès qu’on parcourait les rues ou le métro. C’est ce sentiment de liberté et d’anonymat qui me séduit. Ce que j’apprécie à Paris, c’est le fait de pouvoir circuler librement. En Egypte c’était plus difficile. Il n’y avait pas cette espèce de proximité de la ville.

L. F. : Où écrivez-vous le mieux ? Existe-t-il un lien entre l’espace où l’on vit et l’espace de la page blanche ?

A. C. : Il existe toujours des liens, conscients ou inconscients, entre la terre qui nous accueille et la voie qu’on se choisit. J’aime bien écrire à Paris car je suis en harmonie avec l’endroit, le lieu et I’espace qui m ‘habitent; Ceci dît, on peut la tradition orale.

L. F : Quelles ont été vos premières lectures ? En quoi la tragédie antique, et les dramaturges grecs, vous ont-ils paru importants ?

A. C. : Il est vrai que j’ai commencé par lire des pièces de théâtre. Ce qui est très curieux parce qu’en général, on ne commence pas par le théâtre. Le théâtre grec m’a beaucoup influencée, non par son contenu, mais par la vision, la mise en scène ou le débat qu’il peut apporter. Ce n’est qu’avec le recul qu’on peut s’apercevoir de toutes les œuvres qui vous ont plus ou moins marqué. Je dois avouer que je vois souvent d’une manière théâtrale. Quand j’écris un roman, je vois par Images, par séquences ou par anticipation.- Certains de mes personnages sont comme des masques grecs. Ils s’animent et dessinent tout ce qui devance la parole. Ils expriment toute la tragédie du monde. Et puis, il y a ce problème, cette interrogation fondamentale entre l’individu et la cité, entre le droit et la loi, entre la volonté et ce qui est imposé. Le théâtre grec, avec cette voix du chœur qui dépasse l’individu, et qui, en même temps, passe par l’individu, est l’une des clefs, inconsciente ou non, de ce que j’ai voulu exprimer.

L. F. : Ce rapport entre l’individu et la cité ne mêle-t-il pas l’actuel à l’intemporel ?

A. C. : J’essaye toujours d’enraciner des notions, au demeurant très simples, pour élargir, en quelque sorte, la dimension romanesque. L’approche de la poésie m’a permis d’être à la fois dans le réel et dans la durée. Je veille à ce qu’il y ait constamment ce double éclairage.

L. F. : D’où le recours à une conception dite archaïque...

A. C. : Oui, c’est un peu ce que j’ai tenté au début, dans Les Démarches de sable, par exemple. Disons que j’ai voulu le réel et le quotidien dans la durée. Ce qui est plus difficile que d’écrire un roman archaïque. Je sens que mes sources sont plus dans la poésie et le théâtre que dans la fiction. Quand j’évoque la tragédie du Liban, je ne l’évoque pas en tant que telle, mais comme symptôme d’une crise mondiale. comme l’un des signes de la tragédie que nous vivons. La tragédie du monde Libre.

L. F. : La terre d’élection l’emporte-t-elle sur celle que l’on porte en soi ?

A. C. : Je pense qu’on porte ses racines en soi. C’est ce qui nous permet, d’ailleurs, de les exprimer. La tragédie du Liban habite toujours mes personnages. C’est un passé qu’ils ne peuvent gommer, mais dont ils sont les " messagers ". L’art ou le spectacle sont souvent les moyens qu’ils empruntent. Le problème de la terre d’élection ne se pose pas en ces termes. Pour moi, ma véritable patrie, c’est la littérature. Paris fut d’abord la conquête d’une certaine liberté, de cet anonymat qui nous permet de briser nos frontières intérieures et de sortir de son milieu en devenant quelqu’un d’autre. L’appartenance à telle ville, à tel milieu, à telle ou telle cité, vous aliène à la société. Or, chaque écrivain, ou chaque artiste, a besoin de rompre avec ses racines. L’exil est à l’intérieur de soi-même. Ecrire, c’est combattre ce duel intérieur. C’est révéler ce qu’on ignore comme ce qu’on porte en soi.

L. F. : Votre œuvre n’est-elle pas justement fondée sur la notion de transmission ? Vos personnages ne sont-ils pas toujours proches de l’enfance ou de la vieillesse ?

A. C. : J’aime les êtres en marge et qui sortent des sillons sociaux. L’enfant et le vieillard, tous deux très incompris dans notre société, sont libres. Ils ne dépendent pas de conventions sociales et sortent des dogmes qu’on leur impose.
Ce qui m’intéresse ce n’est pas l’être social, c’est l’être tout court. Cet être tout court, je l’ai d’abord exprimé en poésie. Et puis, je suis allée vers le roman, pour le faire ressortir sous son jour le plus ordinaire. Ce que je recherche, c’est l’incarnation quotidienne, c’est l’enfant qu’il y a en chacun de nous et qu’on redécouvre.

L. F. : La liberté passe donc aussi par la libération ?

A. C. : Oui. Libération par rapport à la société, aux masques et aux visages qu’elle vous impose. Les coutumes et qu’on appelle la "tradition" peuvent conduire à l’asservissement des êtres.

L. F. : On a parlé de l’enfance et de la vieillesse mais il y a également l’asservissement des femmes. Que pensez-vous de la condition de femme ? Avez-vous eu a en souffrir ?

A. C. : Comme écrivain, je n’ai jamais eu à en souffrir. Je pense, peut-être à tort, qu’en littérature les choses sont quelque peu différentes. Ce qui n’est pas le cas des autres expressions. Les femme peintres, par exemple, connaissent davantage de difficultés, et sont nettement minoritaires. Il y a toute une mythologie artistique qui est essentiellement masculine. Ceci dit, je n’oublie pas non plu les milliers d’anonymes. Les femmes qui en Egypte ou ailleurs, sont conduites à se taire.
C’est pour cette raison que je me méfie beaucoup des notions, trop définies, comme le "sacré" ou le "religieux". Que d’atrocités ne commet-on pas au nom du sacré...

L. F. : La condition de l’artiste ou de l’écrivain ne consiste-t-elle pas à prendre du
recul ?

A. C. : Plus ou moins. Il y a des écrivains, comme Malraux, qui restent des hommes d’action et d’engagement. C’est vrai que je pense qu’il faut avoir un regard large. Si l’on est trop impliqué dans l’action, on risque d’avoir des options parcellaires, des cloisonnements, et par fois un manque de discernement. Une conception trop religieuse ou trop pragmatique peut mener à l’aveuglement. Il faut garder les frontières ouvertes. Il faut sans cesse se remettre en question, s’intéresser à ce qui ne nous ressemble pas, de conserver ce pouvoir d’altérité...

L. F. : Vous avez choisi trois expressions : la poésie, le théâtre, et le roman. Quel est leur point de ralliement ?

A. C. : Pendant dix ans, je n’ai écrit que de la poésie, parce que cela me paraissait plus direct, et plus communicatif. J’ai l’impression que la source est la même. Bien sûr, il y a des différences techniques. Ecrire un roman, ce n’est pas écrire un poème. Et inversement. Mais ce que je cherche, c’est toujours l’interrogation de l’être, dans ses expérience les plus simples, à la fois dans le quotidien et l’universel. Voilà pourquoi je tiens à une écriture assez simple. J’ai toujours pensé que le style devait laisser transparaître un monde qui nous est intérieur. En général je n’aime pas utiliser de grandes phrases métaphysiques. Je pense que l’au-delà des mots est une chose qui nous est naturelle.


           ANDREE CHEDID CROIT AU MIRACLE              


Michel Grisolia : Magazine littéraire (n°62)

Pour Andrée Chedid, la terre promise c’est la poésie. Et de "La mort de l’enfant au Sixième Jour, aux images bibliques de Visage premier, cette terre promise nous est offerte".

Deux livres d’Andrée Chedid viennent de paraître, un roman, le Sixième jour et un volume de poésies, Visage Premier. Dès l’abord, un détail frappe, imprimé sur la couverture, un détail qui confirme la fidélité de Mme Chedid à ses thèmes : les titres de ces deux ouvrages contiennent chacun une indication de chiffre. Un chiffre qui dans les deux cas, marque une date, l’impression d’une trace dans l’œuvre de terre battue et abattue d’Andrée Chedid. Celle-ci n’a-t-elle pas écrit une pièce intitulée : Les Nombres ?

Le Sixième Jour est le jour de l’espoir, pour une vieille femme, dont le petit-fils est atteint de cholera. "Ou bien on meurt, ou bien on ressuscite". Tout le livre est bâti sur cette idée dialectique, qui conduit une vieille, très vieille laveuse, Saddika Om Hassan, aux rivages de l’espérance, c’est-à-dire à la mer, but d’une lutte terrible contre le destin. Dans la première partie du roman se déroule une longue marche vers la lumière, de la campagne à la ville que hante un aveugle, du désert de craie à celui de la matière : Chedid insiste sur les matériaux les métaux qui, trop mats, n’offrent pas un véritable reflet des êtres, mais une image déformée qui s’oppose aux corps simples que chante l’auteur. Saddika, nous l’avons dit, est laveuse et la première partie du livre se clôt sur la vision d’un robinet d’or, d’où fuit une eau très pure : "nous sommes sauvés" dit la vieille femme en regardant son petit-fils inerte.

La seconde partie fait apparaître un nouveau personnage, Okkasionne, montreur de singe qui vit d’expédients et spécule sur le choléra en homme de liberté et de calcul. Il est à la fois, Zorba, le Zampano de la Strada fellinienne, et l’un de ces clowns annonciateurs de mort que l’on rencontre, sourire peint et face d’albâtre, dans Mort à Venise. Ce messager, c’est aussi l’observateur, l’avocat du diable, et la logique enracinée dans le quotidien, que surprendra la ténacité de la vieille, pour sauver son enfant. A la fin, l’enfant meurt, et la grand-mère, trop attachée à la vision d’un miracle raté, ne survivra qu’au prix trop lourd d’un mensonge d’Okkasionne. D’occasion. L’existence terrestre reprend ses droits, la vieille laveuse invoque la mer, lieu de la naissance et de la résurrection. Délivrée des contingences d’une prison de matière, (la ville) qui réduit les hommes à sa merci, comme "un dragon frappé de léthargie et qui s’éveillerait soudain, pour les écraser" Saddika Om Hassan va se perdre à l’intérieur de son corps, dans les labyrinthes souterrains d’une âme qui n’a, un instant, affleuré que pour son malheur, l'écriture blanche d’Andrée Chedid, taillée comme au ciseau, creuse des galeries, bâtit des ramifcations, vrille les sous-sols et atteint, Terre Promise, la poésie.

La poésie, Visage Premier, terre originelle, source de vie Les thèmes chédidiens s’y retrouvent, s’y mirent, de plus en plus dépouillés des attributs du rêve qui peuplent les pages de Contre-chant, où l’Humain se dénonçait déjà comme continent à vaincre. Au sommet de ce continent, le Visage, l’œil du Monde, une conscience lucide et concrète. "Et si je célèbre le visage, c’est pour sa brèche sur l’unité" Chedid le disait dans Contre Chant, elle y revient dans Visage Premier, un visage prisonnier d’une gangue d’argile détrempée d’habitudes, de stéréotypes, d’hypocrisies et de temps dilapidé. Un visage écartelé sous les masques déformants (prismes incolores ?) de la réalité.. "Pourtant, quelque part, la terre s’assemble" se demande l’auteur. Pour l’heure, ne sont autour d’elles et en elles que fissures, lézardes, traces, lambeaux, écailles, toutes imperfections qui cachent l’essentiel sous le fard, l’âme sous les questions de l’existence. C’est là que Chedid répond à Cocteau : la poésie est indispensable, et Chedid sait à quoi : "elle nous mène vers la substance du monde".

Comme tout écrit de Chedid, Visage Premier fourmille d’images bibliques. Dans La naissance de l’homme, c’est Adam hors de l’Eden, qui s’élance dans l’espace blanc de l’univers, et de l’écriture, dans un double mouvement de naissance et d’effacement. Ailleurs, c’est l’œil de Caïn, béant, qui creuse les nuits. La poésie est plusieurs, elle est faite de tous, écrit Chedid, sans les autres, le poète n’est qu’un vain artisan.

Andrée Chedid croit au miracle, à la résurrection ou simplement à l’affirmation de ce qui dort au fond de nous, poussière de soleil, enfoui sous les strates opaques de nos contradictions (l’Autre, paru en 69, en sera, du point de vue du roman, la plus explicite parabole). Notre visage apparaîtra alors, lavé, totalement pur, sans arête, sans ombre, et deviendra le reflet d’un monde qu’il prolongera dans un retour aux mythes de l’originel, par les labyrinthes de la Poésie qui, "par des voies inégales et feutrées, nous mène à la pointe du jour, vers le pays de la première fois". Andrée Chedid pourrait bien être une des premières lumières pour nous y conduire, son style incandescent un phare dans notre nuit, et son Visage Premier le nôtre. Grâce à elle, notre désert intime risque un beau jour (le 6ème ?) d’être habitable.


                            LA CITE FERTILE


Magazine littéraire (1972)

Propos recueillis par Michel Grisolia

Tous les thèmes de l’œuvre d’Andrée Chedid se retrouvent, réunis, dans Aléfa, l’héroïne primordiale, et le monde poétique qu’elle entraîne, malgré l’ignorance et l’hostilité des hommes.

Ce monde comme il tourne, tremble, et pourtant se perpétue dans sa pulsion émotive, les villes fêlées, inhumaines si l’on ne sait y voir les rivières souterraines, et par-dessus tout ce chaos, l’universelle poésie de ces millions de visages qui sans se voir, se croisent, de ces lieux qui se superposent sans se fondre (comme huile et eau), telle est la vie chedidienne, fertile comme cette Cité qu’elle nous donne aujourd’hui, bruissante et drôle, éternelle et pathétique à l’image de ces villes citées par Borges dans un poème de l’Aleph, et dont Andrée Chedid, d’ailleurs, ignorait l’existence : "J’ai vu, comme le Grec, les cités des hommes, les travaux, les jours aux teintes variées, la faim." L’Aleph, aussi, nouveau hasard, parce que l’héroïne de La Cité Fertile, se prénomme Aléfa. Aléfa, la poésie, visage premier de tout : l’aleph, premier mot de la langue sacrée, symbolise l’endroit mythique où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l’Univers : Orient, Occident. Ces lieux. Andrée Chedid les regroupe, en éclairant sa sculpture d’un soleil à la fois interne et souverain, dans un Paris à l’heure du zénith, qui fait de La Cité Fertile le plus beau, le plus brûlant de ses livres.

"En fait, je voulais d’abord appeler mon personnage Anna, mais c’est un prénom trop marqué, comme Pierre ou Paul. Finalement j’ai pensé à l’alphabet arabe. Ce fut le premier élément du magma qui me sert de point de départ. Je ne fais jamais de plan, mais j’ai d’abord le personnage, que je voulais à la fois très incarné et millénaire, pour traduire cette conjonction de réel immédiat et d’éternel. De plus, j’avais très envie de parler de la Ville.

La Cité Fertile est un livre sur la poésie en action, sur sa transmission aux autres. Sans autrui, elle n’existe pas. Elle doit être au service de l’humain.

Oui, c’est cela. J’ai toujours en moi le désir de trouver un point commun à tous, quelque chose qui nous unit. Ce désir de dire : la poésie est là. Devant nous, autour de nous, avec nous, en nous. La poésie est à tous, comme irréel. Il y a dans L’Ere des Songes, de Bachelard une phrase très belle. et à laquelle je reviens constamment : "Un être privé de la fonction de l’irréel est un névrosé aussi bien que l’être privé de la fonction du réel." Ainsi, il faut avoir le sens de la mort, pour donner à la vie un sens plus vibrant. A la fin du livre, lorsque Aléfa meurt, elle se dépouille du côté solennel, de ce qui cloisonne l’individu, elle accepte la mort avec une sorte d’humour, qui crée la distance.

Elle constate qu’on lui crache à la figure sur les cinq continents, mais elle est universelle.

Oui, Aléfa est un révélateur. Tout bouge autour d’elle et à travers elle. Elle fait naître des concordances. Une voix humaine parle, quelque part, elle est là où il y a des catastrophes, des victimes. Elle décloisonne, elle refuse les frontières.

 — La Cité Fertile est un immense acte d’amour : Les humains m’absorbent. C’est les aimer que j’aime."

Un acte d’amour entre la poésie et une ville, Paris entre le dedans et le dehors.

Aléfa dit "Je prend racine dans l’événement". Est-ce que cela ne pourrait pas définir un aspect de votre œuvre ? Par exemple, L’Autre, c’était Agadir.

Oui. J’ai aussi écrit une nouvelle, autrefois, sur un accident d’avion. Je prends toujours la tragédie a son maximum, dans le nœud d’une catastrophe, et à partir de là, tout s’éclaire, l’échelle des valeurs se transforme, devient beaucoup plus vraie. Justement, pour La Cité Fertile, j’ai peiné, je cherchais un moment...

— Mai 68 y est évoqué...

En effet, mais c’était seulement en passant. Ce n’est pas le cœur du livre, seulement un instant.

— On retrouve dans le livre, tous vos thèmes : la jeunesse et la vieillesse qui s’entraident, coexistent, la redécouverte du visage humain enfoui sous les souffrances, la laideur, les années, et aussi la quête d’une innocence qui s’enfuit.

C’est vrai. Peut-être l’âge adulte est-il un âge dangereux, celui où les stéréotypes envahissent le corps et l’esprit. C’est l’âge de l’antiliberté, entre les extrêmes de l’enfance et de la vieillesse. Je crois profondément que la liberté totale est constamment à redécouvrir, dans la mesure où l’événement à tendance à figer. Oui, la vie fige. C’est pour cela que j’ai tenté de faire du personnage d’Aléfa, une figure qui incarne, qui soit donc en prise directe sur la vie, mais aussi qui soit désincarné, sans trop s’éloigner. Il ne faut pas tomber non plus dans la naïveté. J’ai toujours peur que la poésie soit considérée comme quelque chose de lointain, de supérieur. d’impalpable.

— Un autre thème est celui de la représentation. de la fête. qu’on retrouve dans Le Montreur, dans le personnage du bonimenteur dans les comédiens et dans Aléfa, femme bouffon, femme-guignol, de La Cité Fertile. Dans Le Sixième Jour, aussi, il y avait un bateleur.

Oui c’est l’extérieur, I’extériorisation. Aléfa est toujours dehors, sans attache, sans murs, sans limites. Ce n’est pas par optimisme béat, mais simplement pour réintroduire la fête, qui est une manière de rencontre. Si chacun de nous essaye, des moments de rencontre deviennent possibles. Pour cela, la comédie, le théâtre aident : la poésie fait basculer les mots.

Quand et comment errez-vous ? Il y a souvent comme un montage dans vos romans.

D’abord, j’écris le matin, et d’une façon plus générale, tant que le soleil est là. Le soir, ça m’est presque impossible. J’écris par versions, par coulées successives. En premier, j’obtiens une lave en fusion, puis je la creuse pour lui donner un rythme, en cherchant le mot juste. Et bien que je n’aie pas un vocabulaire de base difficile, cela me donne du mal.

— A quel moment décidez-vous que telle idée sera développée dans un poème, plutôt que dans un roman ou une pièce ?

Oh, les thèmes se retrouvent. J’ai d’abord écrit des poèmes, puis j’ai eu l’envie de les rendre accessibles à tous. Ce qui est poétique, poésie, fait toujours un peu peur. Finalement, le roman, qui n’est pas, dans mon cas, roman d’analyse psychologique, est une démarche très satisfaisante pour moi, très directe. Un poème seul, c’est autre chose, un travail d'artisan. Mais ce que je voudrais dire, c’est que le sentiment poétique est partout, c’est ce qui nous lie : l’émotion. Il faut la susciter, sans excès, car la pudeur existe...

En ce qui concerne la construction. Je mélange, je brasse. Et c’est vrai, que dans L’Autre, par exemple, certains passages sont du théâtre, d' autres prennent la forme d’un scénario. Curieusement d’ailleurs, c’est après avoir lu L’Autre que pour la première fois, des gens de théâtre sont venus me trouver. Ce mélange, c’est ma façon de relancer le récit, de ne pas l’enfermer dans les limites d’un genre, de distancier aussi.

— Le Berliner Ensemble ne s’y est pas trompé, puisqu’il vient de monter Le Montreur. Mais est-ce que vous reviendrez au théâtre ?

Le théâtre me passionne, mais on ne peut y progresser que si l’on est joué. Ça s’écrit plus aisément, pour moi en tous cas, qu’un livre. Pour le roman, je me fouette.


                        LA VIE NE PEUT PAS ETRE UNE FETE


Propos recueillis par Francis Bueb : Magazine littéraire n° 31

Elle vient de publier "L’autre",
l’un plus beaux romans poétiques de ces dernières années.
Elle écrit pour le théâtre.
Elle est déchirée par le monde, qui lui semble inhumain,
par son rôle d’écrivain.
Elle s’explique ici sur son honnêteté,
ses problèmes, ses drames.

L’œuvre poétique et romanesque d’Andrée Chedid est une interrogation sur la condition humaine. Un combat contre les ombres. L’angoisse de l’homme, voué à la solitude et à la peur, dans un monde livré aux imbéciles et aux bourreaux, s’y exprime en dès accents déchirants, d’une sincérité douloureuse. L’Egypte est le cadre de son enfance. L’enfance d’une petite fille comblée, qui découvre, bouleversée, la mort, la misère, l’injustice faite aux êtres. Et tous ces regards qui l’accusent, qui la mutilent, qui témoignent contre elle. On voudrait dire, "viens... ", on voudrait crier, mais les murailles sont épaisses, les gardiens veillent, et l’inconnu s’éloigne. Impossible de se parler. On nous en empêche. Un vide de plus en plus béant entre les riches et les pauvres. Mais comment s’affranchir de ce qui est reçu ? En jetant tout par-dessus bord. Elle partira. "Emmène moi, loin d’ici, là-bas. La fête, la vraie fête (est) loin d’ici, là-bas".

Après des études en Angleterre, en France, à l’université américaine du Caire, Andrée Chedid découvre la poésie comme une libération. Elle publie son premier recueil de poèmes en 1949. C’est Textes pour une figure, miroir de l’enfance qu’elle vit toujours, et nous explique :

Images de l’enfance. Un monde en deux : prospérité, totale misère. Cela marque pour toujours. Impossible, jamais, d’être complètement à l’aise. Mais je trouve aussi qu’il est indécent de parler de ces choses tant que l’on ne s’y est pas entièrement consacré. A travers le roman — c’est peut-être une des raisons pour lesquelles j’en ai écrit — j’ai essayé de faire sentir ce monde là, celui de mon enfance, si dénué, qui me hante toujours. Nos petits problèmes semblent bien légers à côté. J’avais honte. Honte, comme chacun de nous, par moments, lorsque nous parviennent des images de la souffrance. Lorsqu’on y pense, la vie ne peut pas être une fête si d’autres sont en enfer.

— Les titres de vos premiers romans me semblent, en effet, témoigner très précisément de votre angoisse : Le sommeil délivré, L’étroite peau, Le sixième jour. Je pense aussi à cette phrase de Reverdy que vous avez mise en exergue dans un de vos livres : "L’au-delà, c’est tout ce qui est en dehors de notre étroite peau".

Dans Le sommeil délivré (1952) — mon premier roman — il s’agissait d’une jeune femme qui essayait de sortir de son milieu. Elle vit dans un village, elle communique sans difficultés avec les villageois parce qu’elle les aime. Ceux-ci le sentent, le savent, alors tous les murs sont traversés. Mais elle est reprise, de force, dans son milieu où on ne peut pas la comprendre. Elle est trop faible pour partir. Elle tuera et elle mourra. L’étroite peau, c’est un peu ça aussi. Ce sont ces moments de souffle, à la recherche de l’autre ou d’une vie plus intense. Il s’agit de gens très simples. Mais cette possibilité de mouvement, d’élan, est confiné en un gage de tout ce qui vit en chacun et qui n’attend que son développement. Dans Le sixième jour, il s’agissait aussi d’une quête.

Une grand-mère emporte son petit-fils atteint de choléra vers la mer et la guérison. Il mourra, elle aussi. Mais cette marche même, cette foi, sont déjà la vie. Ceux qu' elle rencontre sont touchés, transformés de ce passage.

— Ces personnages pathétiques n’atteindront pas la mer. La mort les attend, et ils sont foudroyés, au seuil de la délivrance. Qu’est-ce que la mort représente pour vous ?

C’est face à la mort¼ que les barrières, les masques s’évanouissent, qu’on peut atteindre une sorte de conscience, de vérité. La réalité surgit plus nue, plus passionnante. On est moins entravé par certaines choses inutiles de l’existence. moins entravé par ce qui nous sépare. Face à la mort, on appelle la vie. On la désire jusqu’au fond d’elle même, jusqu’au fond de soi. Il ne s’agit pas de s’attarder sur cette pensée angoissante, mais d’en faire, peut-être, un levier. Je vais essayer de m’expliquer. La mort est notre seule certitude, le sceau de notre destin commun. L’idée de la mort devrait nous unir. Elle est là. Nous allons y entrer, tous. Nous sommes à si peu de distance de notre disparition. Alors, on a envie de crier "Pourquoi? Pourquoi ces folies, ces haines, ces complications. Ce court passage sur terre, pourquoi le marteler ainsi ?". C’est dit trop simplement. je sais. Tout est beaucoup plus complexe. compliqué. Mais, peut-être, parfois, faut-il revenir à des notions élémentaires. La mort est une pierre de touche, notre lieu partagé.

— Vous avez écrit quelque part. "si l’espoir meurt, c’est parce qu’il va renaître". C’est un peu l’illustration de votre dernier roman L’autre. Un vieil oriental (Simm) cherche à sauver un jeune étranger (Jeph), que la terre a enseveli. Il l’arrachera à la mort. Et ni les ricanements des gens, ni les obstacles de l’âge, de la langue, de la culture, ne les empêcheront de communiquer.

Jeph, le jeune homme a affronté les ombres. Il a été maintenu en vie grâce à ce dialogue avec un inconnu, cette communication très fruste.
Jeph ne pourra plus oublier. Le vieux Simm a affronté et vaincu   l’implacable". Pour lui, tout est prétexte à "rencontre" : la petite fille, l’étudiant, Bic son chien, les gens du village. Un bonjour est une rencontre. Un salut, un sourire, un coin de mer, un arbre, un soleil, etc. Tout lui est rencontre. A la confiance répond presque toujours la confiance, je crois. Et peut-être que la vie, d’une certaine manière, vous rend la confiance que vous mettez en elle. Je pense souvent à cette phrase de Malcolm Lowry : "Quelle libération peut se comparer à l’amour ? L’amour est la seule chose qui donne un sens à nos allées et venues"  Sim est pauvre et est parfois irrité par ce jeune homme qui se plaint de sa civilisation, qui se réfugie dans un vague romantisme. Le monde d’aujourd’hui, Simm en souhaite les bienfaits. Il sent obscurément que ce ne sont ni les machines, ni la connaissance qui détruisent l’âme ou tout ce qu’il y a de vivant en soi, mais la manière de les utiliser, de les regarder.

— Vous intéressez-vous à la politique ?

Je n’ai jamais fait de politique. Si vous voulez, le côté rigide, figé des idéologies me gêne. Quand elles parviennent au pouvoir, elles se déforment toujours. C’est pour les mêmes raisons que je n’ai jamais voulu m’inclure dans aucune église. Mais le côté recherche, même de Dieu, m’intéresse. Je ne crois ni aux exclusions ni au manichéisme. Il faudrait plutôt des passerelles.
Conjuguer ce qui vient d’ici, de là-bas, d’ailleurs, chercher les points de convergence de tous ces cheminements. Le visage de "l’homme de partout" sous tous ces visages. La révolution la plus profonde, c’est encore ce "connais-toi", qu’on pourrait adresser à toute l’humanité. La société est à l’image de l’homme. C’est lui qu’il faut changer. J’ai l’impression qu’on possède des leviers, mais qu’on est encore à l’ère des balbutiements. Je dis ça sans découragement, mais avec espoir.

— Mais, cet espoir d’une révolution profonde, ne l’avez-vous pas déjà vu naître, il y a un an ?

Il y avait dans cet éclatement, une vraie générosité, un désir de fraternité extraordinaire. Dans les rues, le bonheur était sur tous les visages, éblouis. Les gens se parlaient, se livraient. Des titres de poèmes disaient : "viens, parle nous... Croire enfin... Nous saurons vivre... L’interrogation". On pouvait lire des phrases comme celles-ci : "Cessons de reconnaître les personnalités pour mieux reconnaître les personnes", etc. Mais peut-on imaginer une société idéale tant que les hommes eux-mêmes n’ont pas changé ? La transformation devrait être beaucoup plus profonde, au fond de chacun, pour ne pas retomber dans les drames du passé, les moyens, les pièges qui dénaturent le rêve le plus fraternel. Il me revient aussi cette phrase, sur un mur de mai : "Regarde-toi, tu ne te verras pas".

— Vous préoccupez-vous de recherche formelle ?

Il n’y a pas de véritable écriture, me semble-t-il, sans recherche. Ce gouffre à combler entre ce qu’on cherche à dire et le moyen de le dire. L’outil s’affine, jour après jour. La passion du mot. Buter sur un simple mot, pendant des jours est fréquent. Epuiser dictionnaires, livres, journaux à sa recherche. Soudain, le reconnaître.
On le sait à une sorte de vibration qui vous saisit. On peut se tromper sans doute. Mais sur quelle autre réponse peut-on compter quand il s’agit des sables mouvants de tout art. si ce n’est, soudain, la certitude que c’est ça. Et puis, on recommence. Toute recherche est passionnante. Les langages sont multiples, les analogies infinies. On n’a rien épuisé. Il reste encore tant à dire à travers la radio, la télévision, l’ordinateur, pourquoi pas, et toujours l’écriture. Je vous semble peut-être béatement optimiste, mais je crois qu’en dépit de tout, de l’angoisse, des difficultés souvent monstrueuses de son destin, l’homme est inépuisable et cet élan vital au fond de lui, capable de tous les recommencements, de toutes les inventions, de toutes les conquêtes, même les plus gratuites (la lune, par exemple).

— Après Les nombres, Bérénice d`Egypte et Le montreur, je crois que vous terminez d’écrire votre quatrième pièce de théâtre ?

Je termine une pièce qui s’appelle La déesse-lare, il s’agit, en quelques mots, de la femme d’aujourd’ hui, à la recherche de son véritable visage. Elle combat contre une partie d’elle-même : ces "siècles de femmes" représentées ici par un personnage symbolique, sorte de déesse du foyer à la romaine, cette dernière a une voix qu’il faut entendre, mais elle est aussi engoncée sous ses masques, ses préjugés, ses habitudes. L’habit, la société, l’âge, le lieu, me paraissent souvent comme des traductions qui éloigneraient du texte essentiel. C’est le besoin de découvrir des bribes de ce texte qui est une des démarches qui m ‘intéresse le plus. L’impression que l’existence nous enferme dans des cadres qui nous cachent à nous-mêmes. C’est cet "ailleurs", plus proche de la vie, et cependant inséré dans le temps, que je m’efforce d’exprimer à travers différents modes d’expression. Ce lieu de la présence, qui nous permettra, peut-être, d’avancer plus libre, mieux accordés aux autres et à cet univers. incroyablement riche de matière et de poésie. C’est pour cela qu’on à chaque fois du mal, j’imagine, à m’arracher des éléments d’une biographie.
L’impression d’être emprisonnée dans des limites successives... On se sent chaque fois plus libre que toutes ses appartenances. On voudrait parler de visage à visage, d’œil à œil.


                             LES CORPS ET LE TEMPS


Andrée Chedid : Les corps et le temps (Flammarion, 1978)

"Mais la marche du temps, tenez-la comme rien au sein du permanent toujours." Rainer Maria Rilke

— Je ne comprends pas, marmonnait-elle, que de mon ventre, de mon ventre à moi, soit sorti ce vieillard !

Un vieillard, voilà ce que son fils était devenu ! Elle avait beau faire face, se frotter à cette réalité, celle-ci ne s’accordait pas à sa manière d’être, ni de sentir. Un vieil homme de 66 ans, son propre fils ? Elle échappait par à coups à cette évidence en se gorgeant de vie, en dévorant l’instant, en feignant d’oublier ces certitudes... en les oubliant.

Mais à d’autres moments, un geste, une parole, l’arrêtaient. L’escapade prenait fin, elle se trouvait alors soudain confrontée à cette corpulence, à ces plis du cou, ces taches rousses sur le revers des mains, ce dos qui se voûte, ces pas comptés.

Son cœur s’usait à nier le temps; à masquer cette forme qui dénaturait l’autre forme — lointaine et neuve — celle qui avait neuf ans, ou vingt, ou trente, à la rigueur !

Pourquoi n’avait-elle pas réussi, aidée de toute sa bouillonnante tendresse, à tenir en respect les années, à préserver son enfant? Comment n’avait-elle pas empêché, que d’âge en âge, ce superbe visage ne se flétrisse? Pourquoi n’avait-elle pas su — au fur et à mesure de leur apparition — disperser cette petite pluie de rides, ou réparer les érosions plus profondes des os, des muscles ? Pourquoi n’avait-elle pas, redoublant d’attention, fait fondre, périodiquement, les glaces de l’âme?

Elle s’en voulait souvent de n’avoir pu pour lui — comme elle y était parvenue pour elle-même, malgré ses vingt ans de plus — tenir en laisse le temps.

La nuit, il lui arrivait de rêver à une fosse bourbeuse dans laquelle son fils s’enfonçait. Au bord du trou, les jambes écartées, les deux mains passées sous ses aisselles, elle extrayait de la vase cette chair pesante en poussant le "  han " des "haleurs".

Elle émergeait de ces cauchemars, en sueur, les tempes battantes. Non, jamais elle n’admettait de le voir traverser cette frontière de l’âge; même si c’était pour la rejoindre et prendre place, auprès d’elle, dans la cohorte des vieux.

* *

Pour ses filles cadettes le transfert s’était fait sans mal. Examinant leurs plus récentes photographies sans le moindre trouble, elle les imaginait tout naturellement dans leur âge avancé. Toutes trois habitaient loin, sur d’autres continents; elle n’avait pas vraiment souffert de leur absence, ni de les voir d’une manière de plus en plus espacée. Très vite il s’était installé, entre elle et ses filles, une fraternité tranquille et confiante; le cordon ombilical, jamais très consistant, s’était dissous sans laisser de marques.

Lorsque l’existence s’aplatissait autour d’elle, que l’horizon était bas et que les jours n’offraient que peu de nourriture à ses élans, elle fixait son fils avec des yeux plus appliqués. Scrutant lassitude, migraines, soupirs, rhumatismes¼ la plus petite altération retentissait dans son propre corps comme un écho plein d’alarme.

Pour lui, son cœur turbulent ne cessait de se faire berceau, grotte, abri. Elle aurait voulu, ce vieil enfant, le faire grimper sur ses épaules, comme elle le faisait jadis, pour l’emporter loin des tourmentes.

De partout, elle accourait à son secours. S’opposant, de toute sa nature, à des menaces réelles ou imaginaires; devenant louve pour le protéger des loups, elle se tenait prête à repousser les épreuves, à sabrer l’envie, à disperser toutes ces pesanteurs de l’âge qui le travestissaient si cruellement.

D’autres fois — à cause d’un soleil perçant les brumes, d’un événement neuf — elle emportait ces angoisses dans sa foulée, les résorbant dans la griserie du présent et dans sa marche fougueuse.

* *

Par moments, elle jalousait les jeunes morts. Parents ou amis perdus en route, et dont le nombre s’accroissait.

Elle leur en voulait presque d’avoir emporté avec eux cette fraîcheur, cette carnation, cet éclat, échappés à l’usure et qui ne leur étaient plus d’aucun profit. Parfois même, absurdement, elle rêvait de leur dérober toute cette jeunesse intacte, cette verdeur inutilisable, pour les insuffler à son fils.

Elle le voyait alors redevenir l’enfant radieux qui traversait en champion des piscines bleutées; le beau jeune homme qui, la soulevant de terre, pour lui annoncer sa réussite aux examens, la faisait tournoyer, tournoyer, tournoyer; ou bien — avec ses yeux d’un noir éclatant, ses cheveux tout aussi sombres — ce bel homme de trente ans, qui ne songeait pas à se fixer.

Elle avait perdu son propre père quand il avait trente ans, son époux à vingt sept; sa mère n’avait vécu que vingt trois années. Mais ne pouvant se tenir longtemps dans les creux et l’immobilité, elle se relevait de ces deuils, de ces déchirures extrêmes, avec une soif renouvelée de vivre.

Après avoir frôlé l’abîme, par une poussée soudaine, tout son être, cherchant le salut, se projetait de nouveau vers l’existence. Elle explosait hors de ces meurtrissures, de ces marécages avec un appétit effréné de lumière et de projets. S’élançant dans diverses directions, écoutant, regardant, se frottant aux nouvelles du monde. Même le temps s’essoufflait à la suivre.

Elle comparait son existence à celle d’un arbre aux branches innombrables; et s’inquiétait à la pensée, qu’un jour, la sève ne surgissant plus de ses racines viendrait à leur manquer.

D’autre fois, à l’idée qu’elle-même et son fils avaient eu la meilleure part — puisqu’ils étaient là, bien vivants — elle se confondait de gratitude envers la nature entière, touchant le bois, baisant le sol, tout en ne croyant à ces superstitions qu’à moitié.

A la réflexion, elle n’enviait pas ces morts; inaltérables, mais privés de souffle. Éternellement beaux et lisses; mais démunis de passion, de plaisir. Tous ces jeunes morts manquant de grandes et de petites joies; ne sachant plus rien d’un rayon de soleil, ou de lune, d’un bonjour, d’un film, d’une gourmandise, d’une pluie d’été, d’un bourgeon, d’un mot d’enfant, d’une rencontre...

* *

Dans un autre de ses cauchemars, elle se figurait avançant en tête d’une colonne de vieillards, de vieillardes. A pas hésitants, ils la suivaient; mais leurs voix geignardes entravaient sa marche.

D’autres fois, perchée au sommet d’un arbre généalogique, elle contemplait cette tribu montante, cette cohorte cassée, flétrie, percluse, issue d’elle.

 Si sensible à toutes les impatiences de l’âme, aux corps pulpeux et fermes, à leur odeur douce-acide, elle s’écœurait d’être pourvoyeuse d’une lignée blême et défaite qui levait vers elle, l’ancêtre, des regards attendris. Leurs visages livides, leurs rêves déçus, leurs flammes éteintes, leurs ressassements, ne lui inspiraient qu’agacement et tristesse.

Cependant, elle se délivrait toujours de ces visions mornes et closes, en se projetant dans une autre durée. Dans un temps qui brasse tous les temps. Cette aptitude, cet instinct la plongeaient dans une matière fluide rythmée, à dimension d’univers, qui recouvrait les images ratatinées.

***

Enfoncé dans un fauteuil, son fils dormait.

Elle fixa son ventre débordant sur les cuisses, ses genoux écartés, ses pieds posés sur des pantoufles vernies. La pipe éteinte gisait sur le tapis auprès d’une assiette de fruits d’une tasse à demi pleine, de journaux éparpillés.

A la vue de ce capharnaüm, des bouffées de colère lui montèrent aux joues. Elle regrettait alors qu’il ne se soit jamais marié; une épouse, pensait-elle, aurait paré à ces désordres.

Elle regrettait aussi de n’avoir pas — gommant le chaînon intermédiaire des petits fils qui auraient sans doute, à présent, frisé la quarantaine — eu des arrière-petit-fils. Elle les imaginait, ici, maintenant, pleins de santé et de rires, discutant à voix haute, disparaissant après l’avoir embrassée.

De son balcon, elle les aurait ensuite admirés tandis qu’ils démarraient sur de grosses motos de couleur.

Plus tard, elle se souvint des douze ans de son fils, et de ce premier soir où elle voulait sortir pour rejoindre un ami. L’enfant s’était couché de tout son long par terre, bloquant la porte :

— Tu ne sortiras pas !

Son visage était blafard, elle en frissonnait encore. Elle avait hésité. Allant vers le téléphone, elle avait été sur le point de décommander son rendez-vous. Puis, elle revint vers lui :

— Je dois sortir.

Pour lui, pour elle, il ne fallait pas céder. Elle essaya de le soulever, de le prendre contre elle, de lui parler, de lui expliquer. Il s’obstina, raidissant ses muscles, se plaquant contre le sol.

— Tu ne sortiras pas !

Ce ton l’irrita; elle n’acceptait d’ordres de personne.

— Je sortirai.

Avant de disparaître, elle appela à la rescousse ses trois filles.

— Ne t’inquiète pas, maman. Va !

Le cœur tremblant, elle enjamba son fils. Ses cadettes entourant leur frère de rires et de moqueries, la poussaient à sortir, à vivre, à être heureuse....

— Va. Va vite.

S’éloignant, elle entendait encore l’enfant hurler derrière la porte, mais elle continua d’avancer.

 Le soir, il l’attendait. Elle s’allongea à ses côtés sur le lit.

— J’ai droit à ma vie, murmura-t-elle tendrement. J’y ai droit.

Plus tard il avait eu sa propre vie. Jamais, elle ne s’en était mêlée.

Elle souriait à l’évocation de cette scène, et d’autres scènes encore...

— De ce temps-là, j’étais belle. Maintenant je peux le dire : j’étais belle !

Elle se le rappelait sans amertume; comme si à l’intérieur de ce corps en décomposition, l’autre corps continuait de veiller.

Sa propre décrépitude lui avait toujours semblé plus supportable que celle des proches. En elle tout se détériorait, graduellement, sans rider le regard, sans éteindre l’espérance. Sur son visage, elle ne cherchait pas à dissimuler les marques du temps; mais redressait seulement ce qui était encore en son pouvoir de contrôler : la souplesse des articulations, la rectitude du dos, la qualité de la chevelure.

Oubliant le désordre, l’agacement, elle s’approcha de son fils et contempla, avec émotion, ce corps tassé et lourd.

Plaçant sa petite main sur l’épaisse main immobile, elle caressa celle-ci plusieurs fois de suite.

Enfin, elle se pencha et déposa un long baiser sur la tempe du dormeur.

Au contact des lèvres maternelles, celui-ci remua lentement.

Un pâle sourire de gratitude émergea du sommeil pour s’y engloutir aussitôt.

— Maman, prononça-t-il du bout des lèvres. Maman...

Elle se releva.

Elle posa, très légèrement, la paume de sa main sur la tête grisonnante.

Des vagues de tendresse déferlaient dans tout son corps.
 


DOUBLE-PAYS (1965)

Andrée Chedid

JE NE SAURAI JAMAIS

Je ne saurai jamais qui m’habite

Je ne saurai jamais qui me tient éveillé

Je ne saurai nommer l’appât

Ni dire comment s’évase la route

Mais la route s’évase

Et décembre court vers mai

Je ne sais pourquoi

Les lunes mordent sur l’ombre

Ni de quelle mort renaissent les heures

Et je ne sais pour qui

Poussés par quelle émeute

Plus vifs de quelle blessure

Nous assiégeons demain.

JE

Qui me quitte et m’habite

Qui me débusque et se dérobe

Qui dérive tandis que je m’emmure

Qui se rive alors que je me fuis

Qui est sans grappe

Qui est la saveur même

Qui m’assiège et m’écorche

Me lâche dans les ravins

Qui est abrupt comme l’écorce

Humble comme les puits Qui est mon bec ou ma lande

Qui me happe me traverse

Me résiste me défie ?

Qui me berce et m’emporte

Qui me réconcilie ?


         PAR-DELA LES MOTS


Andrée Chedid

Marie-Claire Bancquart : Ecrire aujourd’hui (n°29, mai-juin 1995)

Toujours la langue d’Andrée Chedid a été simple. Elle atteint ici une transparence à travers laquelle nous sentons mieux le mystère développé par le recueil entier. Comme tout recueil réussi, celui-ci n’est pas une juxtaposition de poèmes rangés au hasard, mais une construction mûrie. Nous partons de l’homme en ses "métamorphoses", tantôt perdu en ce monde :

"Où est l’homme

En ce vacarme

En cette lande crevassée"

 tantôt élaborant un ordre, si précaire soit :

"L’homme décline puis recrée Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers

Sous le tain sous l’écorce

Il s’extrait du chaos

Il ratisse des jardins

Pour goûter à l’avenir

A sa flore fugitive

A ses grappes éphémères

Et au chant des matins."

Ce balancement entre la désorientation et l’espoir est le mouvement même de la sensibilité d’Andrée Chedid, qui aime "la remuante vie", mais ne méconnaît pas qu’elle est aussi "repaire des ombres". Et qui met en garde contre un recours trop candide à la Nature : c’est dans une disposition typographique très rare chez elle et d’autant plus frappante, elle du décalage, qu’elle déclare :

 

"La Nature génère ses codes

Occupe Usurpe

Se déploie

Stratège elle gouverne

Et s’accomplit

En deçà du bien et du mal

Que peut donc le poète? Bouleverser le monde, se renfermer dans la turbulence gratuite de l’imaginaire ? Comme il est dit à la fin du poème muscle de l’espoir, dont le titre exprime un dynamisme irréductible :

"Au versant des carnages

J’ai sauvegardé l’oiseau"

Sauvegardé cette mince, essentielle vie, qui est chair et chant, donc poème. La première partie d’un recueil livre son mouvement général

Métamorphoses partent des ondes parcourant Enigmes, Marées, Cyclone, tamis du temps, États, Territoires du silence. Ce sont des interrogations sensibles, ou le fleuve est présent comme le jardin, la bête, l’intime de notre corps. Legrand malheur actuel du monde, aussi. Trop longtemps, certains ont vu, chez Andrée Chedid, celle qui disait suite drame de sa terre d’originelle Liban. En fait, se réclamant aussi de l’Égypte et de la France, ses deux autres terres, elle allait à la souffrance la plus urgente, pour en dire la signification universelle. Hélas, l’urgence est maintenant partout contre les "égorgeurs" :

"Qui se repaît

de ces festins de sang ?

Qui salive

A la une des ventres bleuis ?

Qui inflige

Ces temps barbares ?"

Aucune localisation de la terreur; et, pour lui répondre, seul vaut un cri.

La violence est très fréquente dans ce livre. De même, une attirance vers le dangereux "éclat du rien". Il faut pourtant à Andrée Chedid la possibilité de parier sur "l’audace d’aimer", sur la recherche des autres, autant que sur l’élan quotidien qui trouve son accomplissement dans la saveur de l’aube ou de la ville. Mais jamais encore l’interrogation n’a été si forte dans son œuvre. On sent que ce livre a germé à l’ombre de doutes terribles, au bord de la souffrance et de la mort. Plus pénétrante est sa conclusion, malgré tout, dans la paix, dans la rencontre, "territoires du silence" qu’ont paradoxalement fait naître les mots..

Un poète n’est pas un moraliste. Mais il n’est pas non plus un vain manieur de syllabes. Parce que sa poésie touche au plus insensible de lui-même et de l’univers (à force de travail, car elle est un "chantier"), il suggère un art de vivre. Andrée Chedid n’a jamais cessée de le faire. On trouvera dans Par delà les mots une nouvelle manière d’écrire, plus aiguë, plus brève; un nouvel appel plus chargé d’angoisse et de force pour inverser l’angoisse en éclair de bonheur.

Comme Andrée Chedid a donné aussi chez Flammarion romans, nouvelles et théâtre, ces poèmes sont publiés hors collection chez cet éditeur. Il a également une collection de poésie, dont nous parlerons la fois prochaine.


                 ANDREE CHEDID : UNE ABSENCE TOTALE DE FIORITURES


Propos recueillis par Françoise Xénakis (déc. 91)

Dieux merci (prudente, j’écris toujours Dieux avec un x, il est dans la vie de critique (?)) littéraire quelques instants à marquer d’une petite pierre blanche... un livre inconnu qui, ouvert, devient capital à jamais pour vous : La Storia d’Elsa Morante en 1976... une rencontre avec Yachar Kemal, Jorge Amado... et aussi des rires enfantins, spontanés, vrais avec Andrée Chedid. Soucieuse, de ne pas la déranger dans son travail et sa solitude alors que je sais qu’elle est en train de terminer un livre de nouvelles à paraître en mai, j’ai pris près texte que l’autre sort en film (alors que ce texte est constamment réédité), pour la rencontrer avec l’excuse du "c’est pour le boulot".

Andrée Chedid est une femme qui depuis plus de trente ans maintenant a tout sacrifié à son œuvre reconnue d’emblée comme poète, les critiques ont eu du mal à l’accepter aussi comme romancière. (Non, mais des fois et puis quoi encore !). Ses romans ont longtemps dérouté la presse, mais jamais le public qui, lui, l’attend et la suit depuis ses débuts.

Sans aucun souci de ce qui "se fait" elle compose ses montages, — on dirait parfois des collages de mots — de texte comme elle l’entend, impavide, mêlant poèmes, dialogues de théâtre, réflexions et romans.

Elle vit, seule, et alors qu’elle est pleine de vie et sans doute aussi faite pour faire des confitures et présider de grandes tablées, mais elle a choisi et quel qu’en soit le prix à payer : elle est entrée en écriture et chaque matin qui naît la trouve à sa table de bois nu. Strictement ordonnée, elle n’a près d’elle qu’un minitel (dont elle sait se servir, ce qui n’est pas le cas de tous les écrivains)... un morceau de bas-relief grec et un petit bronze (casé) du Louristan, pour les caresser de temps en temps. Les signes extérieurs de réussite, elle ne les pratique ni ne les veut. Le petit appartement où elle vit et travaille est vide. Elle ne vit qu’entourée du strict nécessaire. Il y a chez Andrée Chedid, sur son visage, dans son comportement et dans son·œuvre une absence totale de fioritures et de frivolité.

D’évidence André Chedid vit pour l’écriture et dans ce monde d’hyper médiatisation, dans ce monde d’aujourd’hui où à peine a-t-on vécu, (ou cru vivre une expérience) que l’on essaie déjà de la monnayer pour en fabriquer un livre (mais déjà avec un contrat). Andrée Chedid fait presque figure de zombie et au fil des ans..; de la poignée de lecteurs fidèles que nous étions elle agrandit, agrandit son cercle. Si elle a déjà eu le Femina, le Goncourt, le Médicis ? Non. Pourquoi vous me demandez ça ?

Andrée Chedid écrit des textes chants où chaque mot est pesé, poli pour aller s’accoter au mieux à l’autre. Elle écrit des textes solaires où inlassable elle croit en l’amour que des peuples dits ennemis peuvent pourtant se porter quand, épuisés, perdus, ils ne sont plus enfin que des humains.
Andrée Chedid pour chanter l’amour possible entre les peuples ennemis ne raconte Volontairement que des gens simples, encore vrais.

L’apôtre est un roman qu’elle a écrit en 1969 né d’une ligne lue dans un canard des années avant, un fait divers comme on en lit tous; un homme enseveli sous un tremblement de terre des jours et des jours est sauvé grâce à l’obstination d’un vieil homme.

Un vieillard flânant au soleil a répondu au salut du bras d’un jeune étranger qui a claqué les volets bleus de l’hôtel, heureux, si heureux d’être là... La secousse n’a duré que 20 secondes... elle a été effroyable. Tout n’est plus que ruines et mort. Seule l’obstination du vieillard fera que l’on arrachera le jeune homme à la terre, lui seul l’entend... A lui seul le jeune homme parle à travers le fil d’un microphone. On le sortira; il renaîtra... et le vieillard alors partira sans le voir.. comme si c’était sa vie contre sa vie.

De ce minuscule fait divers elle crée un chant, un hymne à la vie, à l’amour entre humains si fort, si beau que l’on a honte de son propre pessimisme lorsqu’on la lit...et on veut, enfin, on voudrait la croire...

Comme toujours avec Andrée Chedid, avec des mots nus, beaux, elle rejoint l’antique, la tragédie, Madame Andrée Chedid fait un grand honneur à la littérature française en écrivant pour elle. Elle a pesé de tout son poids pour que ce soit Giraudeau qui tourne L’Autre, deux êtres passionnés, extrêmes et décidément il y a des miracles ! Le livre n’a pas été trahi, au contraire, les images de Giraudeau l’exaltent. Oui Andrée Chedid, la femme qui creuse, inlassable, un seul sillon, a raison de ne supporter - elle n’a pas à les refuser, elle ne les voit pas - aucune concession. Sa pureté finit par attirer d’autres puretés. Elle catalyse autour d’elle les êtres authentiques


REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES


SUR LA FRANCOPHONIE AU LIBAN

Abou (Salim) : Le bilinguiste arabe-français au Liban, Presses Universitaires; de France, Paris, 1962.

Anhoury-Aoun (Najwa) : Panorama de la poésie libanaise de langue française, Beyrouth, 1981.

Ghanem (Ghaleb) : La poésie libanaise de langue française, Publications de l’Université libanaise, Beyrouth, 1981.

Khalaf (Saher) : Littérature libanaise de langue française, Editions Nanman, Sherbrooke 1973.

Labaki (Georges) : Bibliographie de la littérature libanaise d’expression française Foyer Franco-Libanais, Paris, 1983.

Lahoud (Rachid) : La littérature libanaise de langue française, Imprimerie catholique, Beyrouth, 1945.

Maouad (Ihrahim) Bibliographie des auteurs libanais de langue française, Beyrouth, 1948

Naaman (Abdallah) : Le français au Liban, essai socio-linguistique, Maison Naaman pour la Culture, Jounieh, 1979.

Naaman (Abdallah) : La guerre libanaise (1975-1985), essai bibliographique, Maison Naaman pour la Culture, Jounieh, 1985.

Naaman (Abdallah) : Les Levantins : une race, Maison Naaman pour la Culture, Jounieh 1984.

Sacre (Maurice) : Anthologie des auteurs libanais de langue française, Publications de l’UNESCO, Beyrouth, 1948.


BIBLIOGRAPHIE


Communiquée par les éditions Flammarion

DISTINCTIONS

Andrée Chedid a obtenu en :

  • 1966: Prix Louise Labbé
  • 1972: Aigle d’or de la poésie
  • 1975 : Grand Prix des Lettres Françaises de l’Académie Royale de Belgique
  • 1975 : Prix de l’Afrique Méditerranéenne
  • 1976: Prix Mallarmé
  • 1979: Goncourt de la nouvelle
  • 1989: Prix des Bibliothèques pour tous
  • 1990: Prix Gutemberg
  • 1990: Grand Prix de la Poésie de la Société des Gens de Lettres
  • 1991 : Prix France-Liban

Parmi les lauréats du Prix France-Liban décerné par l’A.D.E.L.F, depuis 1980 Andrée Chedid reçu ce prix pour l’ensemble de son œuvre (Flammarion), hors concours pour la première fois depuis l’existence de cette distinction.

 

ROMANS

  • Le Sommeil délivré, Flammarion, 1952
  • Jonathan, Le Seuil, 1955
  • Le Sixième Jour, Flammarion, 1960
  • Le Survivant, Flammarion, 1963
  • L’Autre, Flammarion, 1969
  • Le Liban, Le Seuil, 1969
  • La Cité fertile, Flammarion, 1972
  • Néfertiti et le rêve d’Akhenaton, Flammarion, 1974
  • Guy Lévis-Mano, Seghers, 1974
  • Les Marches de sable, Flammarion, 1981
  • La Maison sans racines, Flammarion, 1985
  • L ‘Enfant multiple, Flammarion, 1989
  • Dans le soleil du père : Géricault, Flohic, 1992
  • Géricault et Andrée Chedid, Flobic, 1992
  • La Femme de Job, MarenSell/Calmann-Lévy, 1994
  • Les Saisons de passage, Flammarion, 1996

 

NOUVELLES ET RECITS

  • Les Corps et le temps suivi de L ‘Etroite Peau, Flammarion, 1978
  • Mondes, Miroirs, Magies, Flammarion, 1988
  • Rencontrer l’inespéré, Parole d’Aube, 1993
  • Lucy la femme verticale, Flammarion, 1998

 

POESIES

  • Fêtes et Lubies : petits poèmes pour les sans âges, Flammarion, 1973
  • Cérémonial de la violence, Flammarion, 1976

 

THEATRE

  • Théâtre I — Bérénice d’Egypte — Les Nombres — Le Montreur, Flammarion, 1981
  • Théâtre II — Echec à la Reine — Le Personnage, Flammarion, 1993

 

LIVRES POUR LA JEUNESSE

  • Le Cœur et le temps, L’Ecole, 1976
  • Lubies, L’Ecole, 1976
  • Le Cœur suspendu, Castermann, 1981
  • Mon Ennemi, mon Frère, Castermann, 1982
  • L’Etrange mariée, Le Sorbier, 1983
  • Grammaire en fête, Folle Avoine, 1984
  • Derrière les visages, Flammarion, 1984
  • Les Manèges de la vie, Flammarion, 1989
  • Les Métamorphoses de Batine, Flammarion, 1994.

Une nouvelle n° 17 (Avril 98) publie une nouvelle inédite d’Andrée Chedid, Le cimetière des libres penseurs.

Hassan Jomaa a rédigé, en 1984, une thèse : L’utopie dans l’œuvre romanesque d’Andrée Chedid, à l’Université de Bordeaux II (Talence).
Cette thèse peut être consultée sur le Minitel 3613 UB3


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