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Mercredi 10 septembre 1997 23 h 00
Anna de Noailles

Un film écrit par Françoise Giroud
Réalisé par Antoine Gallien
Anna de Noailles est tout à la fois connue et méconnue.
Connue comme la reine des salons parisiens du début du siècle.
Mais aussi poètesse méconnue, en plein "purgatoire".
Il faut donc lévoquer, elle, sa vie, son oeuvre et son époque, en jouant le plus possible sur lémotion -de manière à toucher au maximum le téléspectateur qui ne la connaît guère.
Émouvoir, cest dire son enfance marquée par la mort du père -une mort qui va générer une douleur qui restera au coeur de sa vie et de son oeuvre ("Lhonneur de souffrir").
Émouvoir, cest choisir les poèmes les plus modernes et les plus forts et les faire dire par une comédienne franchement intimiste.
Émouvoir, cest enfin raconter les amours tumultueuses et malheureuses dAnna avec Barrès, en un filmage mi-sensuel mi-grave.
Tout faire, donc, pour quAnna de Noailles devienne, pour les téléspectateurs, un personnage de chair, de sang et de nerfs.
Second moyen pour la rendre la plus proche possible des gens: évoquer sa vie pleine de miniscoops sur un ton très journalistique -"les séquences télégrammes"- avec une voix de speaker radio et un jingle (en ambiance sonore) très présent.
Enfin, la drôlerie. Ce sera notre troisième carte -et pas la moins importante: utiliser des textes pleins dacidité et dhumour (Fargue, Gide et surtout Cocteau) et les mettre en images avec le plus dimpertinence possible, afin que notre film gagne en vitalité.
Insistons sur la vitalité. Cest notre principal objectif. Tous les moyens seront bons pour y parvenir: la puissance narrative de Françoise Giroud (lauteur du film), les documents filmés (Les Frères Lumière, Pathé, Gaumont, la Cinémathèque Royale de Belgique, lINA), et un montage très dense.
Bref, notre envie est simple: faire un film haletant sur un personnage qui avait une peur quotidienne de la mort, mais na cessé de communiquer autour delle son amour passionné de la vie.
Antoine Gallien
BIOGRAPHIE
Dictionnaire des auteurs
NOAlLLES Anna-Elisabeth de Brancovan, comtesse Mathieu de. Poétesse française. Née le 1er novembre 1876 à Paris, où elle mourut le 30 avril 1933. Son aïeul paternel, Georges Demetre Bibesco avait épousé Zoe Mavrocordato, fille adoptive du dernier prince de Brancovan, descendant des souverains de Valachie. Par sa mère Raoulka Musurus, elle appartenait à une famille grecque dorigine crétoise qui avait compté des poètes et des gens de lettres. Paris, Le Bosphore et la Savoie furent les toiles de fond de son enfance et dès lâge de treize ans, elle sexerça à la versification. Tour à tour, elle subit linfluence des parnassiens, de Musset, puis de J.-J Rousseau et dHeinrich Heine, mais plus que tous les autres, de Victor Hugo dont le génie la subjugua. Le 18 août 1897, en léglise de Publier (Haute-Savoie), elle épousa le comte Mathieu de Noailles. Le 1er février 1898, ses premiers poèmes (Litanies) parurent dans La Revue de Paris et le 18 septembre 1899, elle donnait le jour à un fils, Anne-Jules de Noailles. Son premier recueil de vers, Le Cur innombrable (1901) reçut un accueil enthousiaste. Cétait la révélation dun talent hors pair, et le brillant début dune série de livres où sexprime harmonieusement un intense amour de la nature, arbres, plantes, et surtout soleil. Cette uvre, imprégnée du panthéisme le plus ardent, avait exprimé aussi le culte de la jeunesse et des héros avec un sens profond de la mort, la hantise de léternel et de labsolu. Sous linfluence de Maurice Barrès, dont elle avait fait la connaissance en 1896. Anna de Noailles fit, dans son inspiration, plus large encore la part de lOrient. Elle ne ressentait pas moins lattrait des pays de lAisne et de lOise.
Elle publia successivement les volumes de vers suivants : LOmbre des jours (1902) qui contient la célèbre pièce intitulée Jeunesse - Les Eblouissements (1907), où figurent la Prière devant le soleil - Les Vivants et les Morts (1913 - Les Forces éternelles (1921) où sont évoqués les champs de batailles de la Marne.
Au faîte de la gloire, Anna de Noailles fut élue membre de lAcadémie royale belge de langue et de littérature françaises et lAcadémie française lui décerna le grand prix de littérature.
Très admirée des écrivains, des hommes politiques et des savants, elle était devenue une sorte de personnage officiel et a été la première femme à recevoir la cravate de commandeur de la Légion dhonneur. On lui doit également trois romans, qui valent surtout par ce
quils peuvent contenir déléments autobiographiques - La Nouvelle Espérance (1903),évocation de la vie dune jeune femme du monde à cette époque ; Le Visage émerveillé (1904), journal damour dune religieuse, qui fit scandale, et La Domination , uvre manquée dont elle ressentit vivement léchec. Citons encore : De la rive dEurope à la rive dAsie, récit dun séjour quelle avait fait, enfant, en Turquie (1913). Les Innocents ou la Sagesse des femmes (1923), recueil de nouvelles et Passions et Vanités (1923). À partir de 1912, la santé dAnna de Noailles commence de saltérer et elle quitte de moins en moins sa chambre du 40 rue Scheffer. Elle publia encore deux recueils de poèmes : le Poème de lamour (1925) et LHonneur de souffrir (1927), consacré à ses morts, ainsi que ses Poèmes denfance (1928). En 1932, parut Le Livre de ma vie, éléments dune biographie intime qui sarrête à lannée 1896. Son corps repose au Père-Lachaise ; son cur fut inhumé à Publier. Un dernier recueil de poèmes fut publié, après sa mort, sous le titre Derniers vers et poèmes denfance. Au chalet dAmphion sur les bords du Léman où les Brancovan passaient chaque année plusieurs mois, et dont elle chanta les paysages, un monument fait de pierre et de verdure a été érigé par lAssociation des amis du poète. La Correspondance échangée entre Anna de Noailles et Maurice Barrès ne sera pas publiée avant 1983.
TOUTE ENFANT,
LA POÉSIE ME SEMBLAIT MATIÈRE SI SACRÉE
QUE JEUSSE VOULU LA RENDRE SECRÈTE,
LARRACHER AU BON USAGE DES EXEMPLES INSTRUCTIFS
Anna de Noailles
Jocelyne Godard : Elles ont signé le temps (LHarmattan 1992)
Née à Paris, en 1876, dorigine roumaine par son père et grecque par sa mère, la petite Anna de Brancovan se destine, très jeune, à la poésie. La lignée princière à laquelle elle appartient sort tout droit des bords du Danube et cest son père, le prince de Brancovan, qui lincarne à ses yeux.
Si lon remonte son histoire, on retrouve bien des adeptes de lécriture. A commencer par le grand souverain Constantin II, comte de Hongrie qui édite des textes sur la chrétienté orientale en langue roumaine, grecque, slave et arabe. En 1833, un des fils de Brancovan meurt en laissant une bibliothèque particulièrement riche et précieuse. Les Bibesco, famille rapportée aux Brancovan, apportent de leur côté autant de goût pour les armes que pour la plume. Lune de ses tantes, Elise Philippesco, publie des livres pieux orthodoxes et une traduction en français de lhistoire de la Roumanie. Elle conseillera, dailleurs favorablement, sa nièce Anna dans la voie de la poésie.
Si écrivains il y a dans la famille ascendante dAnna de Noailles, on y trouve aussi des musiciennes. Lune de ses tantes, du côté maternel, était une excellente pianiste, élève dAntoine Rubinstein, elle avait eu la chance, dans sa jeunesse, de connaître Liszt et Wagner.
Cest plutôt la goutte de sang grec, par sa grand-mère maternelle, qui fait ressortir le don de la musique en la jeune Anna. Cette branche des Mavrocordato dont elle est fière si lon en juge par la phrase quelle écrit :
" Moi, dont la sang reflète une rose crétoise ".
Lhôtel, avenue Hoche, où la famille de Brancovan est installée, est luxueux. Dans " Le livre de ma vie " quécrit Anna, devenue plus tard Anna de Noailles, elle parle ainsi des lieux où sa jeune enfance se déroule entre ses gouvernantes françaises et étrangères : " Ma mémoire séveille dans un opaque hôtel de lavenue Hoche spacieux et haut, serpenté par des escaliers recouverts de laine rouge, que surchargeaient et fleurissaient les roses, les verts, les bleus fanés des tapis dorient. Le salon le plus important de lhôtel était habillé de peluche couleur de turquoise, meublé de canapés et de sièges dorés, et deux larges pianos y étalaient, côte à côte, le désert laqué de leurs reflets de palissandre, sous un haut palmier languissant. "
On y donne, en effet, de grandes soirées musicales dans ce vaste salon de lavenue Hoche. On y joue brillamment du Mozart, du Chopin, du Beethoven. On y valse somptueusement sur les airs de Strauss.
Anna a hérité de son père le goût de lapparat. De sa mère, elle a plutôt pris la sensibilité.
Fréquentant autant les églises orthodoxes qui sentent, dit-elle, la résine et la bergamote, que les églises catholiques au parfum, dit-elle encore, de plâtre et dabandon, sa culture se révélera toujours disparate. Petite fille, elle préfère la vierge des icônes aux riches habits dor et de vermeil quelle appelle princesse byzantine, à la vierge Marie catholique française quelle trouve triste et pâle. Elle lit, cependant, la bible pour y trouver quelques images poétiques quelle considère comme des petits contes à retenir : un homme marchant sur les eaux, par exemple, une pêche miraculeuse où tous les poissons du monde affluent, un océan qui souvre laissant le chemin accessible. Ce sont là des rêveries de petite fille plus quune recherche quelconque de la foi.
A lâge de onze ans, Anna aurait aimé fréquenter le lycée comme son frère Constantin. Mais les filles devaient suivre leurs études à leur domicile. Tristement, elle et sa sur Hélène sont ainsi contraintes dassimiler ce quon leur apprend aux côtés dinstitutrices qui ne font pas plus, bien sûr, que ce que leur devoir leur commande.
Ce nétait certes pas là les goûts de la jeune Anna dont la santé déjà délicate, lhumeur morose et lattitude alanguie exigeaient une vie dextérieur plus mouvementée, plus riche en événements, plus ouverte aux curiosités diverses que pourtant elle était prête à découvrir.
Elle semble, néanmoins, redécouvrir le bonheur lorsque, le soir, elle est en présence de sa mère dont elle loue dans ses mémoires, la beauté :
" Ma mère était parfaitement belle, sans excès de lueur, avec modération, comme lexige le dessin grec. Son profil célèbre, à qui allaient les louanges mérités par lexceptionnel, la netteté des modelés, lencadrement du précis regard sont un témoignage de la durabilité des vertus physiques dans la race. Ma mère ressemblait, sans nul défaut, aux gracieuses Vénus des musées dAthènes, de Florence, de Naples, de Sicile, mais lexpression de son visage décelait une naïveté rieuse, un repos innocent dans le charme, qui ne lapparentaient plus aux élégantes déesses de marbre, obsédantes par la ruse voluptueuse. "
Mais si Anna apprécie tant la beauté de sa mère, elle semble en apprécier encore davantage ses talents de musicienne :
" Son radieux talent de musicienne était le trésor et la foi inébranlable de notre famille. Nous la contemplions avec ferveur lorsquelle sapprochait du piano. Ma mère, anxieuse, refusait parfois de sasseoir sur le tabouret faisant face au clavier. Des amis fanatiques ly contraignaient. Elle donnait, alors, par sa résistance, ses lamentations, ses larmes, le spectacle dune captive de Delacroix brutalisée par les vainqueurs. Et puis, apaisée, maîtresse delle-même, lautorité de ses mains énergiques et volantes, semblables à des tourterelles, arrachait à livoire et à lébène les plus beaux sons, les plus allègres que lon puisse entendre. "
Anna était si sensible au jeu du piano de sa mère quelle écrira, lorsque la dernière heure de celle-ci venue, elle séteindra doucement :
" Je suis issue toute entière du bois de ton piano. "
Anna, qui aimait le luxe, appréciait beaucoup les toilettes. Elle prenait plaisir à se vêtir de robes quelle choisissait toujours avec une sérieuse réflexion :
" Jaimais la vivacité des couleurs, leurs audacieux contrastes. Une robe me semblait un paysage, une amorce avec le destin, une promesse daventure. "
A dix-huit ans, sa tante lui fait connaître Pierre Loti. Toute sa vie, Anna lui gardera son admiration la plus profonde, lui dédicaçant louvrage " Forces éternelles " quelle publiera en 1920.
Très différente de sa sur Hélène qui affichait un air assez garçonnier, sportif, décontracté, Anna était toute en nuances légères, rêveuses et solitaires. De grands yeux verts mangeaient un peu son visage pâle et de très épais cheveux noirs senroulaient gracieusement autour de sa nuque fragile.
Les études littéraires dAnna, à cette époque, sont peu méthodiques. Elle lit aussi bien Homère et Shakespeare que Musset ou Dostoievsky et Tolstoï. Elle analyse sans base très précise, elle compile, elle retient.
En 1893, elle fait la connaissance de Marcel Proust, invité par sa tante à la Villa de Saint Moritz. Un peu plus tard, il deviendra un ami intime de son frère Constantin et restera, pendant plus de dix ans, un habitué des Brancovan. En 1898, les deux surs Anna et Hélène vont fêter somptueusement leur mariage. Anna épouse le comte de Noailles quelle ne semble ni aimer, ni détester, lessentiel, pour elle, restant la poésie. Elle nen est dailleurs, plus à noircir cahiers sur cahiers, elle commence à mettre en ordre un premier recueil qui paraîtra en 1901 " Le cur innombrable ". Ses poèmes y sont empreints de sérénité à peine sortie de ladolescence. La nature y figure fréquemment, les saisons, la terre labourée, les odeurs, les couleurs, les impressions et sensations de ses promenades de jeunesse :
" Un goût déclosion et de choses juteuses
Montera de la courge humide et du melon,
Midi fera flamber lherbe silencieuse
Le jour sera tranquille, inépuisable et long. "
Beaucoup darômes traduits en de lourds parfums sensuels :
" Je voudrais faire une pâte de fleurs
Des vers de langoureuse et glissante odeur... "
Arômes qui se transforment pourtant en odeurs de plus en plus douces au palais,
" Dans le jardin sucré dillets et daromates
Lorsque laube a mouillé le serpolet touffu... "
jusquà en rayer lâcreté pour devenir très mielleux.
" Des vers toujours gluants de sucre et de liqueur... "
Et si dans " Le cur innombrable ", les odeurs font souvent surface, il en est de même pour les bruits, les souffles, les insectes :
" Ivre d'ouïr chanter, quand le matin arrive
La cigale collée au brin de menthe amer... "
Dans " Les Eblouissements " qui paraissent en 1907, elle semble ne pas avoir encore échappé à cette admiration de la nature.
" Au cercle étroit dun bassin rond et gris,
Leau sendormait, petite eau qui se rouille ;
Et jentendais monter jusquà mon lit
Le chant profond et triste des grenouilles. "
Outre ladmiration pour Pierre Loti que ne cessera davoir Anna de Noailles, elle entretient particulièrement celle quelle éprouve envers Madame de Staël et George Sand :
" Madame de Staël est installée dans mon esprit auprès de George Sand, dans une gloire qui leur est commune. Toujours juste pour ces deux héroïnes, je minsurge dès quon les attaque ou les veut diminuer. Je reste silencieuse lorsquon les vénère avec excès. "
Cest ainsi quelle parle dans " Le livre de ma vie ". Curieuses Mémoires que ce livre de sa vie, où elle se plaît à décrire toutes les impressions que lui font les romanciers ou romancières de son époque ou dune époque passée. Ainsi, la voilà parlant de Victor Hugo :
" Peu de temps après mon initiation cornélienne, Victor Hugo surmonta, en mon esprit denfant, lamour que je portais à tous les poètes. Son souffle de géant, lunivers parcouru au moyen de la poésie, la puissance aisée du métier, les milliers de vers, chacun aussi vivant dans lisolement que dans le bloc de marbre qui les retient groupé. "
Dans le second de ses recueils " Les Eblouissements ", sa poésie reste bucolique. Le retour à la nature est toujours de mise :
" Nature au cur profond sur qui les cieux reposent,
Nul naura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses
Leau luisante et la terre où la vie a germé. "
De tels poèmes nous laissent une image sur Anna de Noailles souvent fausse. Sa poésie ne fait pas toujours ressortir cette juvénilité et cette fraîcheur qui lassimile à une figure de muse des jardins.
Ses premiers recueils ne peuvent pas être autrement que bien accueillis. Les relations des Noailles sont telles dans le milieu politique, social et littéraire, que les critiques abondent. Son premier livre suscite une trentaine darticles. Il est certain quAnna de Noailles prépare ses services de presse avec un soin scrupuleux. Le repas qui suit la signature de son ouvrage " Le cur innombrable " regroupe les personnalités littéraires les plus connues de lépoque.
Proust lui présente les deux frères Daudet, Lucien daspect fragile et délicat, et Léon, plus direct, voire assez virulent dans les articles quil écrit. Ecrivain déjà connu, il avait fait scandale en 1894, lors de la parution dune critique sur les médecins.
Lors de la parution de son second recueil " Les éblouissements ", Anna de Noailles fignole encore davantage son service de presse, pensant au Figaro, à la Revue Universelle, au journal La Fronde, quotidien féministe de Marguerite Durand, aux revues La Liberté , LErmitage qui pourtant préfère la poésie de Marceline Desbordes-Valmore. Frédéric Mistral a lui aussi fait un éloge dans Le Gaulois .
En 1902, le frère dAnna, Constantin de Brancovan lance une revue mensuelle " La Renaissance Latine ", dans laquelle Anna va non seulement insérer des poèmes, mais écrire un roman " La Nouvelle Espérance ". Cest lépoque où elle fait la connaissance dAndré Gide. Cest vers 1906 que Proust et Anna vont découvrir Francis Jammes de qui Anna dira que celui-ci la fortement influencé dans ses uvres .
Peu de temps après avoir fait sa connaissance, lorsquelle lui adressera son poème " Ombre ", Francis Jammes lui répondra :
" Je lévoquerai souvent aux heures de ma tristesse, innombrable comme votre cur lorsque je reviens des bois ou des champs avec mon chien devant moi et avec, derrière moi, les rires, lincompréhension et la jalousie de ces bêtes féroces qui sappellent : des hommes. "
Son roman " La Nouvelle espérance " est publié chez Calmann-Lévy. Anna de Noailles est déjà célèbre, du moins comme poète. La sortie du roman va déclencher, à nouveau, nombreuses lettres et critiques déloges.
A cette époque, elle fait la connaissance dun jeune homme qui lui est présenté par Lucien Daudet et qui restera longtemps un ami fidèle. Subjuguée par ce talentueux jeune poète qui se nomme Jean Cocteau, elle écrit un poème quelle envoie à Proust, admirateur de Cocteau lui aussi, en lui recommandant de le lui adresser.
Après la lecture du poème, Jean Cocteau lui répond aussitôt en des termes enthousiasmés : " Je romps enfin un cher silence craintif pour vous remercier de ces deux strophes. Elles seront au mur de ma chambre une grande fenêtre ouverte sur nos campagnes pathétiques et douces. Vous êtes le poète de toutes mes heures et chaque fois que je sors de vos livres où je voudrais que, rompant lhabituelle typographie, certains vers se dressent comme des lys et descendent comme des rayons, jen suis lAladin chargé de souvenirs. "
Cette lettre fait bondir de joie Anna de Noailles. Une correspondance très affectueuse sétablit entre les deux poètes.
Toujours très soucieuse des critiques qui paraissent sur ses ouvrages, Anna épluche avec soin lArgus de la Presse. Elle ne peut cacher son plaisir lorsquelle reçoit une lettre de François Mauriac qui venait de lire " Les Eblouissements ". Et cest ainsi quil sen exprime : " Pascal et Hugo... Cest votre gloire, Madame, quon ne puisse vous donner dautres ancêtres que ces demi-dieux. Autrefois, quand la pensée dun mort me possédait, je ne pouvais boire à dautres sources quà celles des Contemplations lorsquHugo pleure sa fille. Une autre mescortera désormais dans la cité pierreuse du silence. Une autre a trouvé des mots qui ne fussent pas indignes de notre désespoir. "
Les années daprès-guerre vont diriger Anna de Noailles dans une poésie de voyages :
" Une odeur de plaisir, de départ :
O, voyage, O divine aventure, appel des cieux lointains !
Presser des soirs plus beaux, baiser dautres matins,
Se jeter, les yeux pleins despoir, lâme enflammée,
Dans le train bouillonnant de vapeur, de fumée,
Et qui, dans un parfum de goudron, dhuile et deau,
Rampe, et pourtant sélève aux cieux comme un oiseau ! "
Elle va sillonner lEurope, alors encore sans frontières. Elle chantera lâge dor de lOrient Express et du Transsibérien :
" O train toujours courant, inlassable fusée,
Dont la lueur nous frôle et nous est refusée. "
Et si elle fait léloge de ces " Grands oiseaux terrestres ", les automobiles, elle fait aussi celui des " Oiseaux de lespace ", les aéroplanes et premiers avions :
" En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants
Peuplent lazur soumis dhéroïques passants,
Ils seront ramenés et liés à vos rives,
Par le poids du désir, par les moissons actives,
Par lodeur des étés, par la chaleur des mains. "
Comme elle avait connu Blériot, elle connaîtra Lindbergh, Costes, Le Broc
André Gide fait appel aux relations dAnna lorsquil lui adresse son manuscrit " La Symphonie pastorale ", résultat dune profonde crise mystique que lécrivain vient de subir.
Si Proust commence à devenir célèbre, la NRF vient de reprendre lédition de " Swann " et des " Jeunes Filles en fleurs ", " La Jeune Parque " de Paul Valéry reste dans lombre.
Avec " Les Forces éternelles " publiées en 1920, Anna de Noailles nous apporte quelque renouveau dans la notion de lhéroïsme. Il est vrai que la guerre a laissé ses empreintes. Dans ce nouvel ouvrage, on y retrouve cependant, ses thèmes favoris, la nature, lamour et la mort :
" Plaisir, effarement, puis révélation,
Passage de la mort franchi, clarté soudaine,
Etre un Dieu ; connaissance, ample précision ;
Puis, cette pauvreté de la tendresse humaine ! "
Ses images sur la mort étant entendues, elle fait surgir celles de la nature ; une nature toujours prête à lui faire oublier ses angoisses, dissiper ses doutes :
" Nest-ce pas vous toujours ces rêveuses lourdeurs
Du printemps pluvieux, ce pépiement deau fraîche
Dans la noire forêt, ces subites odeurs
Des bourgeons crépitant sur les écorces rêches. "
Si Anna de Noailles ouvre la voie à une poésie plus moderne, relâchant un peu le ton baudelairien, elle reste, cependant, très réticente à la nouvelle vague qui surgit, celle du surréalisme et du dadaïsme. Elle y voit un défi, une provocation quelle ne peut ou ne veut pas relever. Toute une série de " piques " va sabattre sur Tzara et Breton. Seul, Cocteau réussira, légèrement, à atténuer ses griefs contre eux.
Anna de Noailles sait, pourtant, que cette guerre a changé radicalement le monde littéraire, la façon de sexprimer en littérature nest plus la même, elle devient plus vive, plus brutale, plus rapide. Les techniques nouvelles sappuyant sur les jeunes talents qui mûrissent, transforment la presse. LIntransigeant, le Petit Parisien, le Figaro ont des tirages de plus en plus grands, même les journaux féminins, qui sadressent, maintenant, à la masse des femmes, tirent à des chiffres importants.
Anna de Noailles, qui se tournait vers le roman lyrique, est fortement influencée par " Chéri " et " Le blé en herbe " de Colette. Mais, il aurait fallu à la poétesse quelques années encore dexistence pour sinsérer complètement à cette nouvelle génération décrivains. Elle y serait parvenue sans peine et sans doute avec succès.
Cest en 1933 quon célébra ses obsèques à léglise roumaine, rue Jean de Beauvais. Il va sans dire que le Tout Paris était là. Le Paris mondain et le Paris littéraire.
Celle qui connut tous les grands de ce début de siècle, Loti, Jammes, Gide, Mistral, Colette, Valéry, Cocteau, Mauriac et tant dautres, nous laisse une forme de poésie nouvelle qui ouvrait la voie à tout ce qui allait suivre.
Anna de NOailles, la poétesse
Arthur Conte : Grandes Françaises du XXe siècle (Plon, 1995)
Quand 1900 la rencontre, elle est la soie diaphane et exquise. Elle a vingt-quatre ans.
Elle descend des Bibesco, princes valaques, étant née à Paris Anne-Élisabeth de Brancovan, fille du prince roumain Grégoire Bassaraba de Brancovan et de la grande pianiste grecque Ralouka Musurus, quadmire Paderewski.
A dix ans, elle a pour dieu Mistral.
A onze, elle compose ses premiers vers.
Trois ans avant le siècle, elle épouse damour le comte Mathieu de Noailles.
Elle est la sur de la belle princesse Alexandra de Caraman-Chimay.
Vous découvrez une petite personne délicate et frémissante. Les mains sagitent beaucoup, mais harmonieusement, pour accompagner chaque propos.
Les yeux sont violets.
Madame la comtesse parle beaucoup, et le Tout-Paris le sait.
Jules Lemaître lappelle " un insecte charmant ". Il dit quen elle " le microscope dénonce un arsenal de scies, de pinces et dantennes ".
Maurice Barrès la désigne comme " le point le plus sensible de lunivers ".
Colette est éblouie " par ces lacs dyeux sans bornes, où boivent tous les spectacles de lunivers ".
Il faut limaginer chez elle, avenue Henri-Martin, recevant ses visiteurs, le plus souvent languissamment allongée sur un sofa, parmi un paysage de dentelles, de cretonne et de rubans jaunes. On aperçoit autour delle la princesse de Polignac, la comtesse Greffuhle, Paul Hervieu, qui ambitionne le titre de " tragique moderne " et qui vient daccéder à lAcadémie française, linévitable Robert de Montesquiou, les Bibesco, Maurice Barrès qui lui pardonne même de nourrir des idées démocrates et des convictions radicales.
" Que voulez-vous ! fait-il, Anna de Noailles est une princesse dOrient pour qui le sultan garde toujours son prestige, quil sappelle Waldeck-Rousseau, Clemenceau, Briand ou Caillaux. "
Elle est la grâce.
De sa plume délicate, la voici maintenant qui se prépare à entrer dans notre Parnasse.
Elle écrit des poèmes qui seront rassemblés sous un titre qui, à lui seul, la décrit toute : Le Cur innombrable.
Garde ton âme ouverte aux parfums dalentour
Aux mouvements de londe
Aime leffort, lespoir, lorgueil, aime lamour
Cest la chose profonde.
En attendant que, du même lyrisme ardent, viennent, en 1902, LOmbre des jours, puis toute une série de romans sensibles, La Nouvelle Espérance (1903), Le Visage émerveillé (1904), La Domination (1905), puis encore des poésies de la même veine, Les Éblouissements (1907), Les Vivants et les Morts (1913), Les Forces éternelles (1921), Honneur de souffrir (1927).
Dès son premier livre, on sémerveille de tant de flamme et, comme le dira Robert Brasillach, " dune si riche et orientale jungle ".
Cest aussi quelle innove, en faisant entrer le soleil à fenêtres ouvertes dans la littérature française.
Elle chante toutes les forces de la nature.
Le romantisme, de fait, manqua à sa mission principale, que semblaient annoncer certaines rêveries de Jean-Jacques Rousseau : il sattacha davantage à développer légocentrisme et à trouver dans lindividu le fondement dune société et dune métaphysique quà comprendre cette nature dont il parla pourtant de lexcès. Mais sil en a tant parlé, cest quil la faisait parler. En revanche, Anna de Noailles survient, inséparable de la nature, des forces naturelles, des étés puissants. Elle réhabilite les forces obscures. Dans Le Coeur innombrable comme dans LOmbre des jours, avec un parfait dédain pour toutes les règles et toutes les froideurs, elle apporte une poésie neuve et dautant plus saisissante.
Autant lentendre bruisser comme une abeille.
Elle qui étonne avec ses doux yeux graves et son air cruel, " valaque ", voici quelle chante les fleurs, les rivières, les étés, les arbres, comme si elle était elle-même élément de flore. Peu importe la réputation de mondaine qui sattache vite à ses pas.
Peu importe, comme dit encore Brasillach, " des énumérations trop longues, avec tout un froissement dépithètes et de métaphores pas toujours heureuses ". Cest quasiment du modern style, au miroir dune Belle Époque toute en ondulations. Ou du Gabriele dAnnunzio en vers. Soudain, viennent quatre lignes étincelantes.
Un goût déclosion et de choses juteuses
Montera de la courge humide et du melon
Midi fera flamber lherbe silencieuse
Le jour sera tranquille, inépuisable et long.
Au fond, elle rétablit en poésie le climat savoureux des livres de Colette. Savoureux, tel est ladjectif qui convient. Tout est savoureux sous sa plume, " les époques ardentes dune Grèce imaginaire... la petite Bittô, la danseuse aux crotales... les fruits pacifiques... ".
Je viens vers vous, divins poètes romantiques.
Elle na pas à aller vers eux. Elle sera même allée au-delà. Elle naura jamais connu que la libre inspiration. Elle aura à jamais leur impatience, leur instinct, leur désordre. Même faux lyrisme verbal. Mêmes ivresses dencens.
Mais elle est sauvée par la finesse. " La finesse - comme le dit Stendhal dans une lettre à sa sur Pauline -, cest lhabitude demployer des termes qui laissent beaucoup à deviner. " Ce que Vauvenargues appelle dire en ne disant pas ; Gide " l'art dexprimer le plus en disant le moins... un art de pudeur et de modestie ". Linsinuant de Paul Valéry. Précisément, Anna de Noailles a un rare génie pour suggérer, laisser à deviner. Tant pis si un tel art est aux antipodes du grand génie lyrique.
Elle communiquera même sa finesse à un vaste fleuve ou à la montagne la plus massive.
En tout cas, vingt ans plus tard, elle a atteint à la grande gloire nationale, et elle règne tout en soupirant sur un cénacle de dévots et de dévotes.
A quarante-cinq ans, pourtant, elle est toujours la même. Elle garde toutes les grâces alanguies dont elle senchantait jeune fille et jeune femme. Les humbles sont aussi nombreux à porter jusquà son chevet de perpétuelle nostalgique leurs hommages.
Maurice Barrès : " Si jaime un peu lhumanité, cest quelle renferme quelques êtres de cette sorte, que dailleurs elle écrase soigneusement. "
Jean Moréas : " Elle est labeille de lHymette. "
Joseph Reinach : " Il existe en France trois miracles : Jeanne dArc, la Marne et vous. "
A savoir simplement que quelques dragées portent la goutte de fiel.
Paul Claudel : " Une colombe en bois avec un il blanc.
Léon-Paul Fargue : " La mâtine ! Elle a encore tiré dans le mille ! "
François Mauriac : " Le vacarme de son dialogue tue autour delle toute conversation ; elle porte son feu dartifice à domicile ; toujours le même : après deux ans, je reconnais les fusées. "
Les hommages sont beaucoup plus nombreux que les cruautés.
Elle ne se lève quà lheure du dîner. Elle reçoit dans sa chambre, rue Scheffer, assise dans son lit, ses formes suavement dessinées, bien calée sur les oreillers aux linons ocrés. Elle a griffonné dans laprès-midi une poésie ou une lettre. Elle appelle sa fidèle Sara pour lui redonner lécritoire, répétant pour la millième fois quelle se meurt. Elle défaille avec une telle insistance quelle réveille son médecin trois fois par semaine en pleine nuit pour lui raconter ses épouvantes et ses insomnies.
Puis elle se tourne vers le visiteur qui vient dentrer, le plus souvent ce cher Jean Cocteau, peut-être Max Jacob, ou un musicien davant-garde. Elle semble ouvrir grand ses yeux pour en mieux révéler léclat violet. Le petit visage pâle cesse de se chiffonner. Les délicates narines du long nez palpitent. Il suffit de ce premier contact visuel pour quelle se remette à vivre. Elle devrait toujours garder Cocteau comme un caniche sur sa descente de lit. Beaucoup de peintres auront du reste saisi ce regard améthyste, ce nez fleuret, ces épaules idéalement rondes, " couleur rose de Fuji-Yama " dit Foujita. Les plus illustres : Antonio de La Gandara, mi-Greco, mi-Watteau, peintre de nos plus belles neurasthéniques, qui travaille dans un atelier de la vieille rue Monsieur-le-Prince, taille raide, poil noir, peau mate, sanglé dans un dolman de velours les pieds dans des bottines vernies non boutonnées, accueillant en grand dEspagne toute la noblesse de Paris - Tsougou-Horu Fujita
(Tsougou-Horu signifiant Héritier de la Paix ; Fujita champ de glycines), dit Foufou, fils de Kumamoto devenu lun des rois de Montparno, très typé avec ses cheveux à la papou ses boucles doreille, ses lunettes de philosophe ébahi et ses chemises quil taille lui-même dans des toiles demballage ou des rideaux dameublement chez son voisin et ami le tailleur grec Pétridis, mais aussi Forain, Helleu, Zuloaga, Rodin lui même.
Cest elle qui aura été cependant le meilleur peintre delle-même, avec ce doigté dont elle est si fière.
Voyez donc comment elle se contemple dans son propre miroir quand elle écrit les pages qui introduisent en 1928 aux Poèmes denfance : " Jai le souvenir estompé et fragmenté de la vie depuis lâge de deux ans, et je sais que peu de temps après je devins, avec conscience, cette enfant ardente, sans compagnie qui la satisfît, heureuse ou triste avec excès que le tout petit âge maintenait dans la modération. Car lenfance est la saison de la sagesse. Lêtre étonné, qui na droit à rien, qui ne reçoit que ce quon lui accorde capricieusement, dont le cur attentif est exercé à la gratitude et lesprit à la précaution , domine avec force sur son monde intérieur. Il sagit, pour lenfant, de voir se réaliser un peu de son désir sans se heurter dun choc trop vif aux volontés distraites ou impulsives de supérieurs. Rêveuse et raisonnable, une petite fille recherche son équilibre dans lextrême dignité, en ne se permettant de former que des souhaits mesurés, en ruminant avec effusion et, fière et timide, elle savance ainsi, pendant des années, ingénument, vers lheure de son pouvoir prodigue et dévorateur. Si difficile à déchiffrer pour son entourage et plus encore pour ses parents, lenfant a bien la connaissance de ceux qui le dirigent. Il pressent leur beau temps, suppute leurs orages et leurs grêles, se méfie, ne se risque à les solliciter quavec prudence et innocente stratégie. La poésie chez lenfant est donc une solitude. Seul, ne sachant encore à quoi sappuyer dans le royaume de lesprit, il énonce un appel, un reproche, un ravissement. Linquiétude et la plainte elles-mêmes ne sexaltent pas avec amertume, tant lenfant se sait au commencement des choses.
Il peut être désolé, envahi de mortelle tristesse mais non point désespéré. Ne plus espérer et sen réjouir, cest avoir rompu lalliance, la vie, cest, le cur épuisé par la dure expérience, approuver lanéantissement. Lenfant, lui, en colloque mystérieux avec lavenir, saffirme et saccroît de seconde en seconde, se fraie un chemin vers le bonheur, acquiesce aux signaux que lui fait la secrète éternité, visage turbulent et trompeur de léphémère destin. "
Par touches légères, la poétesse enfant vient de se révéler dans ses vérités fondamentales.
Colette trouve que déjà son aurore couvait dans le sombre vers quelle lui donne comme devise
Solitaire, nomade et toujours étonnée.
Il est trop vrai que le crépuscule ne modifie pas laurore, sauf quAnna nest plus nomade en rêve, simplement un peu moins étonnée et beaucoup plus volubile. Son fils prétend quelle et Cocteau sont " seuls à pouvoir faire taire lun lautre ". Cocteau, sans doute jaloux, ou submergé, dit lavoir vue " à table, boire de la main droite et agiter la main gauche afin que les convives ne lui arrachent pas le crachoir ". Elle narrête pas de pérorer, senivrant des mêmes mots-liqueurs toujours recommencés, tels que langueur, astre, azur, éther... Simplement, soudain, sa voix se hausse de deux octaves. Elle fit rougir Henri Bergson la première fois quelle le vit en sarrêtant trois fois tandis quelle se dirigeait vers lui en criant : " Maître ! Maître ! Acropole de la pensée ! " Puis, elle reprend comme si de rien nétait son débit inlassable en rivière de miel.
Même mourante, elle se lèvera pour dîner, et dînera bien. Elle saura au besoin poivrer dune rosserie la sauce, car il lui arrive davoir la dent - ou la plume - dure.
A une poétesse qui lui a envoyé son livre, elle peut susurrer : " Chère madame, jai lu vos livres, jen ai été quitte pour la peur. " A une de ses amies qui vient de faire un riche mariage, elle glisse : " Ne prenez donc pas lair infatué de la femme de ménage qui fait un extra dans une grande maison. "
Ou alors elle soupire : " Jammes sera de lAcadémie, puisque je ne puis pas en être... " (En consolation, elle est la première femme élue à lAcadémie de Belgique.)
Je ne puis pas être toute dans mes poèmes, observe-t-elle.
Lon nen aime que davantage sa poésie.
Ainsi Les Forces éternelles. On croit entendre murmurer la rivière.
Cest là que dort mon cur, vaste témoin du monde.
Certes, les poétesses sont pléthore, de Mme Catulle-Mendès, la romantique du Parnasse, à Mme Cécile Périn, qui sait " aimer la vie inexprimablement ", de Mme Hélène Picard " amante de la vie ", à Valentine de Saint-Point, célèbre pour ses conférences en lhonneur de la luxure, de dix poétesses dun ardent féminisme à trente autres dun fervent catholicisme.
À nous Lucie Delarue-Mardrus, chaque année davantage amoureuse de poétesses callipyges et de caillettes anglaise, Marceline Desbordes-Valmore, toujours prête à ruisseler de larmes, lamartinienne pleureuse, élégiaque inconsolable, Renée Vivien, baudelairienne qui veut être la vie elle-même.
Dans ces années 1920-1930, il y a toute une armée de romancières, telles Gérard dHouville, épouse dHenri de Régnier, fille de José-Maria de Heredia, belle-sur de Pierre Louÿs, de Maurice Maindron, de Gilbert de Voisins et de René Doumic, à elle seule une coopérative familiale de Belles-Lettres qui, dans des romans assez lus, décrit avec distinction des voyous candides et des galopins tendres ; Gyp, née Sibylle Gabrielle Marie Antoinette de Riquetti de Mirabeau, comtesse de Martel de Janville, si lasse de porter un tel poids de syllabes quelle a choisi ce pseudonyme unijambiste, mais auteur de cent ouvrages " chattement léchés " ; Marcelle Tinayre, auteur de La Maison du péché et de Perséphone ; Myriam Harry, fille dune doctoresse allemande et dun Juif russe orthodoxe converti à langlicanisme, élevée à Jérusalem dans une vieille maison sarrasine, parlant anglais, allemand et arabe, qui adore paraître dans les salons le visage voilé et publier de troublants ouvrages qui donnent le frisson du sérail.
Mais cest Anna de Noailles qui, avec Colette, a le talent le moins discuté.
Elle seule peut avoir la mélancolie poétique de Sapho.
Comme il est court, le temps quon passe sur la terre.
Elle seule, aussi tendrement, peut aimer son temps, et, songeant aux femmes futures, soupirer :
Et ma cendre sera plus chaude que leur vie.
Non quelle ne soit pas capable de sentiments forts.
Elle écrit pour sa mère : "Je suis issue tout entière du bois de ton piano. Elle dit nêtre redevable de son don de poésie quau ravissant génie de la grande pianiste qui sut tenir tant dauditeurs sous son charme. Pourtant, elle nest pas musicienne elle-même, même si la musique ne la quittera plus et laccompagnera toute sa vie. Elle supporte mal, à douze ans, son professeur de solfège et, du coup, pour se venger, malmène " même Mozart et Mendelssohn ". Elle vénère le monde de la musique, est même fière de ses " attaques guerrières sur livoire et lébène ", connaît au piano des enchantements, mais elle narrive pas à maîtriser ce que sa mère appelle son " tumulte ". Elle supportera beaucoup mieux les " suaves mathématiques " en vertu desquelles la musique de La Jeune Parque et de Charmes est aussi " gouvernée " que la musique dun concerto de Bach. Ainsi, à la musique, finit-elle par préférer la " prosodie ". La lecture dun sonnet dAlfred de Musset donne létincelle. Un grand feu flambe. Anna nabdiquera plus.
Elle est franche. " Jamais la vérité ne ma coûté à dire ", nous confie-t-elle dans la première phrase de son Livre de ma vie. Dailleurs pour une simple raison : elle est sans contradiction intérieure. Elle peut sans effort exprimer ce quelle appelle " la solitaire et dure continuité ".
Elle admire par-dessus tout les héroïques. Hugo est son dieu ; elle va jusquà trouver que, " chez Hugo, lhonneur est inclus dans la sonorité même des syllabes ". Si sa propre violence intime saccorde fatalement avec la passion des héroïnes raciniennes et si " la liquidité de la lave torride des vers de Racine " lenivre " comme du brûlant Mozart ", cest cependant à Corneille quelle soumet toujours la direction de sa vie et de sa morale. Elle nous le dit en personne : " Qui est né au pays de Corneille et a écouté sa voix vit et meurt selon ses commandements. Dans les conflits du cur, ses leçons stoïques se dressent en nous, comme lange sévère, à lépée flamboyante, debout devant les portes de lÉden, et obtiennent notre soumission. " Elle lance à un ami : " Vous vantez sans cesse Corneille, moi je vis selon lui. " Enfin, elle vénère Friedrich Nietzsche, le Nietzsche de Humain trop humain, parce que personne naura mieux enseigné que lon néchappe au pessimisme que par un héroïque effort de volonté et dimagination.
Doù dans toute son existence limmense place de la religion, de lhonneur et du culte des géants. Elle va même en revendiquer lHonneur de souffrir. Et voyez donc ce quelle écrit dans son poème Les Héros, " affirmation de la vie " :
La tristesse du soir autour de moi samasse
Le monde est un étroit enclos
Mais je quitte le sol, je monte dans lespace
Et je parle avec les héros !
Que dautres cherchent lair des bois, de la montagne
Et la brise des océans
Je menferme dans lombre où nul ne maccompagne
Je respire chez les géants.
Elle voue à la France un intransigeant amour.
Elle cite à satiété ce vers de Verlaine :
Lamour de la patrie est le premier amour.
Tantôt, pour la chanter, elle trouve les tons les plus délicats, célébrant par exemple à ravir " les ruisseaux parfumés de trèfle et darmoise... au-dessus desquels sélève le clocher de Corbeil ou de Château-Thierry ".
Tantôt, elle la déifie - même si elle ne lui appartient pas par le sang.
A dautres, qui ont eu le bonheur de lui appartenir " depuis des siècles ", de répondre désormais à ladage de Goethe :
Was du geerbt von deinen Vütern hast,
Erwirb es, um es zu besitzen.
"Ce que tu as hérité de tes pères, acquiers-le pour le posséder. "
Quant à elle, elle aura même chanté la France, dans Le Pays, avec ivresse.
Ma France, quand on a nourri son cur latin
Du lait de votre Gaule,
Quand on a pris sa vie en vous comme le thym
La fougère et le saule
Quant on a bien aimé vos forêts et vos eaux
Lodeur de vos feuillages
La couleur de vos jours, le chant de vos oiseaux
Dès laube de son âge
Quand amoureux du goût de vos bonnes saisons
Chaudes comme la laine
On a fixé son âme et bâti sa maison
Au bord de votre Seine...
Quand jaloux de goûter le vin de vos pressoirs
Vos fruits et vos châtaignes
On a bien médité dans la paix de vos soirs
Les livres de Montaigne
Quand votre nom, miroir de toute vérité
Émeut comme un visage
Alors on a conclu avec votre beauté
Un si fort mariage
Que lon ne sait plus bien, quand lazur de votre il
Sur le monde flamboie
Si cest dans sa tendresse ou bien dans son orgueil
Quon a le plus de joie...
A dautres de penser quelle est une païenne, de la même âme que Catulle ou Properce - voluptueusement dolente même quand elle chante " mes cheveux bleus comme des prunes ".
A dautres destimer quelle est avant tout une triste.
Pourtant, tu ten iras un jour de moi, jeunesse.
Elle naura pas cessé de chanter les ans qui senfuient. Le Larousse peut juger lensemble de cette seule phrase : " Un mélange poignant de volupté, dinquiétude, de mélancolie et de détresse caractérise cette poésie qui chante la joie païenne de lamour et la hantise de la mort. "
A dautres de juger quelle naura jamais écrit de plus belles lignes que pour chanter les douces splendeurs dAmphion, son plus cher refuge où elle va chercher solitude et repos.
Il nest pas un plus pur, un plus doux paysage
Un plus familier infini.
Le nom provient du fils de Zeus et dAntiope, Amphion, le poète-musicien qui aurait bâti les murs de Thèbes : les pierres venaient se placer d'elles-mêmes au son de sa lyre.
Comme lécrit Charles Du Bos, " il règne à Ainphion un calme, une épaisseur et une intensité de calme, dans lequel on est pris comme en globe infrangible et tutélaire ".
De là, on voit, le soir, comme dardents insectes
Sallumer Lausanne ou Montreux,
lHôtel des Princes, la Villa Bassaraba,
Un store jaune, un rosier rose
Lazur compact et scintillant
Qui parmi les maisons repose
Comme un lait bleu dans un bol
Voilà la beauté pure et pleine
Dun jour par les dieux composé ;
Mais, ô Nuit, comme vous brisez
Cette ineffable porcelaine...
Il en est ainsi : tout le bonheur du monde peut se trouver dans une simple " véranda rêveuse ".
Cest vrai, cependant, la mort lobsède, y compris quand elle pratique une sorte de stoïcisme plein dorgueil.
Jécris pour que le jour où je ne serai plus
On sache comme lair et le plaisir mont plu.
Elle ajoute :
Et le jour où je serai morte
Vous direz à ceux qui croiront
Que jai poussé la sombre porte
Qui mène à lempire âpre et rond :
" Je lai vue errer et sourire
Et sen aller dans le soleil. "
Comme si elle répondait à un mystérieux appel, la mort vient même trop tôt au rendez-vous. En 1933. Quand Anna a cinquante-sept ans.
Je meurs de moi-même, pourrait-elle chanter.
Avec elle - comime en 1909 avec Swinburne - disparaît le dernier de ces grands lyriques qui, pareils à lalouette de lode de Shelley, " répandent la plénitude de leur cur dans la profusion daccents dun art non prémédité ".
Hail to the, blithe Spirit !
Bird thou never wert
That from Heaven, or near it,
Pourest the full heart
In profuse strains of unpremeditated art.
Daniel-Rops, apprenant la nouvelle, pense à une phrase de DAnnunzio, dans Le Feu, devant lannonce de la mort de Wagner : " Le monde parut diminué de valeur. "
Robert Brasillach la contemple, " jusque dans la mort conservant la chaleur du sang humain et cette dureté royale, jusque dans la mort cherchant à emporter les beaux présents de la lumière et des jardins, et à expliquer aux ombres la plénitude de la vie charnelle, les nuits de quinze ans, et lodeur de lété... ".
Anna de Noailles
Roger Nimier : Journées de lecture II (NRF mars 1995)
On ferait tout un cahier des éloges qui furent écrits sur la belle comtesse de Noailles. Elle fut la femme la plus célèbre dune époque dont Sarah Bernhardt était la tragédienne, DAnnunzio, lécrivain et Bergson le penseur. André Gide a constaté " Sur son berceau toutes les fées sétaient penchées. Elle avait tout pour elle : nom, fortune, beauté ; mieux encore : grâce exquise faite dabandon, de défaillance, de sursaut dune fureur sacrée ; il suffisait de lentendre parler quelques instants pour comprendre quun étrange génie lhabitait qui ne lui permettait à jamais plus dêtre modeste, ni de se taire ; oui, de faire silence en elle, parfois. "
Cette uvre même, lexcellente anthologie de Marcel Béalu nous invite à la regarder avec des yeux nouveaux. Sans doute Marie Noël est-elle plus touchante, Louise de Vilmorin plus fraîche et plus tendre, Catherine Pozzi plus rigoureuse ; il nen reste pas moins quAnna de Noailles pourrait nous servir à définir la poésie féminine, si ce monstre existe, avec ses cheveux en forme de serpents alexandrins, ses douze ailes, ses trois queues de dragon, et son il plus grand que sa tête. Et puis il y a ce prestige qui reste accroché au nom de la comtesse et qui fait encore pleurer François Mauriac, comme il avait ému Marcel Proust.
Gide disait beaucoup en regrettant quelle fût incapable de faire silence en elle. Ses vers nous paraissent doublement bruyants : par leur mouvement et leur sonorité, dabord, et aussi par limpression quils nous donnent au moment où nous les lisons, quune dame se frappe énergiquement la poitrine et se traîne à nos pieds, en nous les récitant dune voix pâmée et nasillarde, qui pourrait être celle de Sarah Bernhardt. Ce quil y a de charnel chez Anna de Noailles nous semble dune ivresse assez limitée. Et puisquelle nest pas faite pour la discrétion, nous voudrions la trouver, non pas plus véhémente mais plus brûlante encore et telle que Louise Labbé savait lêtre.
Elle célébrait le " cur innombrable ", les forces de lunivers. Tandis quHenri Bergson racontait lévolution créatrice dans un agréable roman-feuilleton qui fut quelque temps estimé en Sorbonne, elle tentait de se fondre à la nature. Ce qui nous donne Le Verger, dont voici deux strophes :
Mon cur indifférent et doux aura la pente
Du feuillage flexible et plat des haricots
Sur qui leau de la nuit se dépose et serpente
Et coule sans troubler son rêve et son repos.
[ ]
Et ce sera très bon et très juste de croire
Que mes yeux ondoyants sont à ce lin pareils,
Et que mon cur, ardent et lourd, est cette poire
Qui mûrit doucement sa pelure au soleil.
Évidemment, nous sommes loin de la Voie lactée ou de Dionysos : cest une extase de jardinier, qui aurait fait pleurer labbé Delille.
Anna de Noailles sappliqua beaucoup à chanter lamour. Là encore, nous avons grand-peine à la suivre dans ses débordements rythmiques. Dès quelle se lance dans lespace, invoque la volupté qui éclaire le monde ou la jeunesse éternelle, une très sage envie nous prend de fermer les yeux. Cette belle et fraîche jeune femme manquait de vigueur pour prendre les dieux par la main.
Nous la préférons dans son testament spirituel, quand elle dit :
Je vous laisse le clair soleil de mon visage
Ses millions de rais
Et mon cur faible et doux, qui eut tant de courage
Pour ce quil désirait.
Je vous laisse ce cur et toute son histoire,
Et sa douceur de lin,
Et laube de ma joue, et la nuit bleue et noire
Dont mes cheveux sont pleins.
Cest de la poésie pour jeunes filles, qui nest pas sans charme. (Un seul malheur : elle croyait écrire pour les jeunes gens.)
Il est classique de distinguer deux aspects chez la plupart des poètes. Il y a le Valéry philosophe et celui des " Pas " et de l' " Ode secrète ". Il y a le Victor Hugo épique et celui qui siffle entre ses doigts. Nous avons tendance, aujourdhui, à détester les éclats de voix poétiques. Cest pourquoi Anna de Noailles est très loin de nous. Nous avons peine à penser quelle mourut en 1933 et quelle aurait pu connaître Michaux, Prévert ou Audiberti. Au contraire nous avons le sentiment quelle est la contemporaine de Leconte de Lisle, que Vigny la aimée, que Fernand Gregh la fait sauter sur ses genoux quand elle était petite...
" Je ne souffrirai plus, je ne penserai plus ", écrit-elle encore, mais nous ne sommes pas certain quelle ait jamais pensé. Ce nétait pas non plus son affaire.
Son métier était de ressembler à une femme célèbre. Charles Du Bos a écrit un livre intitulé : La Comtesse de Noailles ou le Climat du génie.
Elle pouvait donner cette illusion et après tout, montrer du génie dans ses battements de paupières. La plupart des lecteurs préfèrent les paroles aux mots imprimés. Ils sexaltent aisément sur le compte de ces étranges personnes, bavardes, vaniteuses, flatteuses, jacassantes, comme il en naît deux ou trois tous les siècles.
" Que na-t- elle écrit les choses quelle a dites et quelle nestimait pas dignes de son orgueil. " (Cocteau.)
Avec le temps, une conspiration du respect sajoute à ces premiers enthousiasmes. La personne élue devient une figure nationale et quitte absolument la littérature pour le Panthéon. Quand la gloire de Proust éclata, Anna de Noailles fut confondue. Pourquoi faisait-on si grand cas de ce vieux jeune homme ? Elle mourut en tout cas sans être détrompée sur son génie. Il est certain quà lheure présente, elle raconte aux enfers que sa gloire na pas bougé et que plusieurs jeunes gens se tuent damour pour elle, chaque année.
Bibliographie choisie
Fondation Singer-Polignac : Anna de Noailles (Méridiens Klincksieck 1986)
uvres dAnna de Noailles
1901. Le Cur innombrable, poèmes, Calmann-Lévy.
Ill. par. J-L. Perrichon, Heileu, 1918.
Ill. par Daragnes daprès les pastels de la Comtesse de Noailles, Librairie des Champs- Elysées, 1931. rééd. Grasset, 1957.
LOmbre des Jours, poèmes, Calmann-Lévy, précédée du discours de Mme Colette à lAcademie royale de langue et littérature françaises de Belgique, ill. par J.-E. Laboureur, Societé du Livre dArt, 1938.
1903. La Nouvelle Espérance, roman, Calmann Lévy.
1904. Le Visage émerveillé, roman, Calmann-Lévy.
1905. La Domination, roman, Calmann-Lévy.
1907. Les Eblouissements, poèmes, Calmann-Lévy.
Les Jardins, poèmes extraits des Eblouissements, ill. par Jean Kerque,
Lausanne, Gonin, 1935.
1913. Les Vivants et les Morts, poèmes, Fayard.
Les Climats, poèmes extraits des Vivants et les Morts, ill. par F.-L. Schmied, Société du Livre contemporain, 1924.
1913. De la rive dEurope à la rive dAsie, proses, Dorbon aîné
1920. Poésies, choix, Bibliothèque miniature n° 70, Payot.
1920. Les Forces éternelles, poèmes, Fayard.
LAme des Paysages, poèmes extraits des Forces éternelles, ill. par Pierre Bouchet daprès les pastels de la Comtesse de Noailles, Cent femmes amies des Livres, 1928.
1921. A Rudyard Kipling, poème, coll. Les Amis dEdouard n° 38, Champion.
1922. Le Florilège contemporain : Comtesse de Noailles, poésies, romans, coll. " Les Auteurs vivants lus par les jeunes ", Crès.
1922. Discours à lAcadémie royale de langue
et littérature françaises en Belgique, la Renaissance du livre.
1923. Les Innocentes ou la sagesse des femmes,
nouvelles, Fayard.
Ill. par Chas-Laborde, coll. des Prix Littéraires n° 6, Cres 1926.
1924 Poème de lAmour, poèmes, Fayard.
1926. Passions et Vanités, proses, coll. LAlphabet des Lettres, Lettre N. Crès.
1927. LHonneur de Souffrir, poèmes, coll. Les Cahiers verts, Grasset.
1928. Poèmes dEnfance, précédés dun texte en prose, 4 portraits inédits, Pour les amis des Cahiers verts, n°3, Grasset.
1930. Choix de Poésies, avec autoportrait, Fasquelle.
sans portrait, mais avec préface de Jean Rostand et sept poèmes des Derniers Vers, Grasset, 1976
1930. Exactitudes, proses, précédées de " Querelle dun titre ", Grasset.
1932. Le Livre de ma Vie, avec portrait, Hachette.
Avec portrait, Mercure de France, 1976.
1933. Derniers Vers, 226 exemplaires, Grasset.
1934. Derniers Vers et Poèmes dEnfance, Grasset.
1946. Douze Poèmes, ill. par Roger Limouse, Calmann-Lévy.
Poèmes non repris en volumes
" Renouveau " " Obsession ", Revue de Paris, 1er février 1899, 605-606.
" Le Soupir ", La Grande France, janvier 1902, 33.
" Repos ", Femina, 1er avril 1903.
" Larbre balancé au vent... ", Femina, 15 août 1904.
" Sur un conte de Perrault ", Les Annales, 29 déc. 1907, 628-629.
" Langueur dété ", Les Annales, 23 août 1908.
" Lorsquils auront franchi le Rhin ", La Belgique n° 6 et Le Gaulois, 5 octobre 1915.
" Jai eu peur ", Femina, Noël 1920, 3-5.
" Reproche ", Revue de Paris, mars 1928, 3-4.
" Coppet ", Journal de Genève, 19 mars 1956, et Revue des Deux Mondes, septembre
1974.
" Mes vers sont devant moi ", Création, Vl, 1974, 77.
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