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(page réalisée à l'occasion de l'émission "Un siècle d'écrivains" consacrée à Pierre Mac Orlan le mercredi 24 janvier 1996 à 23h20 sur France 3)
Introduction
Avec quelques chansons,
tout homme peut raconter sa vie.
Pierre Mac Orlan, Chaîne Parisienne, 21 avril 1957
Pour moi, écrire des chansons
c'est écrire mes mémoires.
Pierre Mac Orlan, préface de Mémoires en Chansons, Gallimard 1965
Plus que par ses romans, l'auteur du Quai des Brumes et de la Bandera s'est fait
connaître du grand public, sur la fin de sa vie, par des chansons réalistes où il
raconte sa jeunesse (La fille de Londres, La chanson de Margaret, Rose des bois, Catari de
Chiaia, Nelly) et qui furent interprétées par les grands noms de la chanson française
du début des années 50 (Germaine Montero, Monique Morelli, Laure Diana, Juliette Greco,
Catherine Sauvage, Francesca Solleville, Mistigri, Picolette).
Dans ses chansons, Pierre Mac Orlan fait passer ce "fantastique social" (le mot est de lui) que, dans sa jeunesse, il recherchait la nuit dans les bars plus ou moins bien famés des grands ports européens. Il y est souvent question de filles faciles ou de marins de passage perdus dans les brumes de leurs rêves romantiques.
S'il n'a vraiment démarré une carrière de parolier de chansons qu'à partir du début des années 50, Pierre Mac Orlan a commencé très tôt à en écrire, dans les années 20 : L'idée d'écrire des chansons ne m'est pas venue récemment. Dans presque tous mes livres, ma foi, j'ai introduit une chanson sentimentale, qui me paraissait résumer très clairement des situations romanesques un peu usées par leur fréquence. La chanson est le meilleur moyen d'exprimer cette sentimentalité quotidienne de l'âge des souvenirs de la rue et de leurs conséquences.
On peut donc dire qu'avec Pierre Mac Orlan, la chanson rejoint la littérature. Dans ses chansons, il a raconté sa vie jusqu'à son installation définitive à Saint-Cyr-sur-Morin d'où il ne bougea plus guère. Tout au long de ce portrait, nous allons donc largement puiser dans ses Mémoires en Chansons pour raconter sa vie.
Notre Démarche
Le film commence par des vues du village de Saint-Cyr-sur-Morin où Pierre Mac Orlan vécut de 1927 à 1970. La maison qu'il y habita nous sert de fil conducteur, chaque élément du décor, chaque tableau, chaque photographie nous ramenant à un moment précis de sa vie passée. Pour évoquer chacun de ces moments, nous plongeons dans les archives filmées de Gaumont ou de l'INA, dans les nombreuses photographies d'époque ou les documents iconographiques, dessins en particulier, visibles à la salle Mac Orlan du musée de Saint-Cyr.
La plupart du temps Pierre Mac Orlan lui-même nous sert de guide en voix off, par le truchement des nombreux enregistrements que nous possédons de lui (phonothèque de l'INA). Nous avons également utilisé les enregistrements disponibles de ses chansons (cinémathèque INA).
Francis Lacassin, son exécuteur testamentaire a écrit le commentaire de liaison et nous dresse, en conclusion, un tableau de la place occupée par Mac Orlan dans la littérature française d'aujourdhui et de son influence.
Robert MUGNEROT
Note d'Intention et repères chronologiques
par Francis Lacassin et Robert Mugnerot
J'habite depuis trente ans dans un village à 70 kms de Paris. Les habitants n'atteignent
pas le chiffre mille. Ce sont pour la plupart des cultivateurs Cette petite maison que
j'habite toute lannée, est tellement bien ajustée à mon corps qu'elle me complète
comme un vêtement de chasse ou de golf, un vêtement où l'on se trouve à laise sans le
remarquer et peut être sans le savoir Il faut dabord vivre et mourir dans sa maison.
C'est dans cette maison que Mac Orlan accomplira la plus grande partie de son oeuvre littéraire et qu'il entamera, à 67 ans, une carrière de parolier de chansons ; il en écrira plus de soixante. C'est par la maison que Mac Orlan a habité, de 1927 à 1970, au hameau d'Archet, à Saint- Cyr sur Morin, que commencera et finira l'évocation de la vie et l'oeuvre du poète de l'aventure.
Il est sans doute le seul membre de l'Académie Goncourt et de l'Académie Française qui ouvrait lui-même sa porte aux visiteurs.
En 1927 donc, Mac Orlan abandonne l'appartement parisien de la rue du Ranelagh que Guillaume Apollinaire a décrit dans ses Anecdotiques et qui le ravissait en raison de la proximité des gazomètres.
Lorsque Mac Orlan, âgé de 45 ans, jette lancre au bord du petit Morin, il a accompli la partie la plus aventureuse de sa traversée, faite d'histoires un peu vécues et beaucoup rêvées. Il est né, sous le nom de Pierre Dumarchey en 1882 à Péronne où son père, lieutenant d'infanterie était stationné. Très jeune, il perd sa mère. La soeur de celle-ci l'élèvera, ainsi que son frère à Orléans où leur oncle Hyppolite Ferrand est inspecteur d'Académie.
De ses études au lycée d'Orléans, Mac Orlan conserve un culte pour Jeanne d'Arc et une solide connaissance des classiques latins. Vers 1898, son oncle l'envoie à l'Ecole Normale d'Instituteurs du Havre. Le Havre lui inspirera la Chanson de Margaret créée par Germaine Montero. Il y apprend surtout à jouer au rugby, un sport qui vient tout juste de traverser la Manche. Un sport qu'il pratiquera en 1913, sous les couleurs du Paris Universitaire Club, avec Alain Fournier et Henri Jeanson. Il sera fier de recevoir à la fin de sa vie le ballon du XV de France dédicacé par les membres de l'équipe.
Le métier d'instituteur ne l'intéresse guère. En décembre 1899, à la grande fureur de son oncle, il s'enfuit de l'Ecole Normale du Havre pour aller accomplir une carrière d'artiste peintre à Paris ou plutôt à Montmartre.
Sa première oeuvre artistique consistera à peindre au pochoir les murs blancs de la future exposition internationale Mais il aura le privilège de voir passer dans la rue Toulouse Lautrec.
De 1900 à 1912, Montmartre sera son principal port d'attache, comme le deviendra plus tard la maison au bord du petit Morin. Mais les années montmartroises dédiées à la peinture seront entrecroisées de retraites en province ou à l'étranger. Pour cause de nécessités alimentaires, il sera terrassier, correcteur d'imprimerie, gardien d'une villa, peintre en bâtiment, secrétaire d'une femme de lettres, soldat.
De 1901 à 1904, il se retrouve à Rouen, dans la vieille rue des Charrettes, correcteur d'imprimerie, au quotidien : la Dépêche de Rouen.
Rouen est la ville qui le marquera le plus. A travers ses bars à matelots, il rencontre le cosmopolitisme et le «fantastique social» dans lequel baignera son oeuvre future. Cest à Rouen que Pierre Dumarchey devient Pierre Mac Orlan - signature de ses tableaux - et où il apprend à jouer de l'accordéon grâce à un certain Cecchi, habitué du Critérium bar, rue des Charrettes. Mac Orlan a consacré à Rouen deux chansons : Nelly, interprétée par Laure Diane, et Merci bien. Cest à Rouen qu'il évoque l'aventurier qui rôdera dans son oeuvre sous le nom d'oncle Paul puis de père Barbançon. De Rouen, il s'en va faire un séjour à Londres, qui lui inspire la chanson : La Fille de Londres, créée par Germaine Montero. Il revient en France pour faire son service militaire près de Châlon- sur- Marne. Le service militaire lui inspire la chanson Rose des bois. Au camp de Mourmelon, il retrouve les souteneurs et affranchis qu'il a croisés dans les bars de Montmartre et qu'il fixera dans son roman Le bataillonnaire.
Libéré, il ne reste à Montmartre que le temps de récupérer des pinceaux et un chevalet pour aller peindre la mer du nord à Knokke le Zoute et à Zeebrugge.
Puis il revient à Montmartre, avant de partir pour l'Italie comme secrétaire d'une femme de lettres avec laquelle il séjourne à Naples, qui lui inspirera la chanson Rue de la Chiaia, et à Palerme. Il rentre en France par Marseille et ne quittera plus Montmartre, jusqu'à son installation à Auteuil, rue du Ranelagh, quand le succès aura récompensé non pas le peintre mais l'écrivain qu'il n'est pas encore. Il habite à l'hôtel du Poirier, place du Tertre, quand il a de l'argent. Quand il n'en a pas, il se débrouille. Un jour, Vlaminck lui cède sa chambre : tu n'auras qu'à changer les draps. Cest à dire : changer les journaux tenant lieu de matelas. Vlaminck lui cède aussi sa veste mais le peintre mesure près de deux mètres et Mac Orlan un petit mètre soixante cinq.. Il fera son autoportrait avec le pardessus, visible à Saint-Cyr sur Morin. Comme beaucoup d'artistes que la peinture nourrit mal, Mac Orlan s'efforce de placer des dessins humoristiques dans les hebdomadaires et petits journaux de l'époque. Le plus prestigieux d'entre eux est le Rire. Mais Gus Bofa, le rédacteur en chef, n'aime pas les dessins de Mac Orlan. Par contre, il adore ses légendes et l'encourage à écrire des contes. C'est dans le Rire que paraît en 1910 le premier d'entre eux, La grande semaine d'aviation de Jackson City. Au contraire du Rire, il a le droit d'illustrer les contes qu'il donne au Sourire et au quotidien Le Journal. Le succès de ses contes, réunis en volumes (Les pelles en l'air, les Contes de la pipe en terre) l'encouragent à écrire un premier roman, La Maison du retour écoeurant, parodie de roman d'aventure.
C'est pendant cette période 1908-1912, le peintre cèdant peu à peu la place à l'écrivain, que Mac Orlan fait la connaissance de sympathiques inconnus appelés à devenir illustres : Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Roland Dorgeles, Francis Carco, André Salmon, André Warnod, Vlaminck, Picasso. Il les a rencontrés dans un cabaret fondé par la mère Adèle à une époque où le haut de la butte était en friche, et toujours situé à l'angle de la rue des Saules et de la rue Saint Vincent. Un original, le père Frédé (Frédéric Gérard), botté, coiffé d'un foulard noué à la corsaire et muni dune inséparable guitare en a fait un cabaret artistique, après en avoir chassé, non sans mal, les mauvais garçons qui, un soir de 1911, tuèrent son fils Totor et blessèrent sa bonne Lolotte. Autour de la grande table (les clients payants ayant le droit aux petites), il conviait des poètes, chanteurs et musiciens faméliques qui, en échange d'un poème ou d'une chanson, étaient gratifiés d'une tasse de café bouillant et d'une tartine de rillettes. Mac Orlan était l'un deux, accoutré en cow-boy, entonnant volontiers une chanson de marche des bataillons d'Afrique :
En passant près de la grand route,
De Gabès à Tataouine
Au Lapin Agile, devant les nouveaux venus, Mac Orlan se livre à un numéro se présentant ainsi : Caporal cassé, quatre ans de légions. A la différence de son frère Jean, il n'a jamais mis les pied à la légion. Sauf en rêve, à travers son roman La Bandera.
Un jour, dans une envolée poétique, Max Jacob a traité le patron du Lapin Agile de «tavernier du quai des Brumes» par allusion au proche château des brouillards. Mac Orlan donnera le titre de Quai des Brumes au roman, le plus célèbre de son oeuvre, inspiré par ses années de bohème à Montmartre.
La compagne de Fredé a eu, d'un premier mariage, une fille Marguerite Luc, dont Picasso fera le modèle de sa célèbre «Femme à la Corneille». Margot et Mac Orlan vivront ensemble cinquante deux ans. Mac Orlan lui consacrera une de ses plus jolies chansons pour accordéon : La Chanson de la ville morte chantée par Monique Morelli.
Ayant enfin trouvé l'aisance grâce à ses talents de conteur, Mac Orlan passe tous ses étés, de 1911 à 1914, aux environs de Brest à Moelan-en-Brigneau, un village fréquenté par les peintres. Le voisinage de Brest va raviver sa passion pour l'aventure marine et les bars à matelots. Il les évoquera dans ses plus belles chansons : Fanny de Lanninon, Marie- Dominique, Jean de la Providence de Dieu, et dans Port d'eaux mortes, nouvelle recueillie dans Sous la lumière froide.
La guerre le surprend en août 1914 à Moelan-en-Brigneau où il entame son premier roman d'aventure : le Chant de l'Equipage. Son expérience des tranchées et des combats, il les fera revivre dans les pages terribles des Poissons morts et dans la Chanson de la route de Bapaume. Cette chanson est une façon discrète d'évoquer la blessure dont il a failli mourir, non loin de sa ville natale, Péronne.
Réformé, il achèvera le Chant de l'Equipage que le jeune Raymond Queneau dévore dans un train de banlieue. Il le comparera plus tard au Voyage en Orient de Nerval.
En qualité de correspondant de guerre d'un journal du soir, il assiste en novembre 1918 à l'entrée des troupes françaises à Strasbourg, symbole du retour des provinces perdues en 1870. Il sillonne la Rhénanie occupée, il subit le charme de Mayence, Cologne et des ports du Nord : Hambourg, Kiel qui serviront de décors à plusieurs nouvelles et au roman Mademoiselle Bambin.
Surtout, en voyant surgir de la brume des châteaux qui auraient pu être dessinés par Victor Hugo, il découvre le romantisme et le fantastique allemand. On en retrouve l'influence dans Malice, le Nègre Léonard et Maître Jean Mullin, Marguerite de la nuit et dans la Chanson Rhénane.
Son roman la Cavalière Elsa, marque une rupture totale avec la littérature
d'avant-guerre. Il attire dans son salon de la rue du Ranelagh des jeunes gens qui,
devenus célèbres ou influents, lui resteront fidèles : André Malraux, Pascal Pia,
Joseph Delteil, Nino Frank, Marcel Arland, Raymond Queneau.
C'est en 1927, année où il publie deux de ses meilleurs livres, Quai des Brumes et Sous la lumière froide, que Mac Orlan décide de se retirer à Saint-Cyr-sur-Morin. Il avait découvert ce petit village vers 1912. A cette époque, les bohèmes montmartrois avaient l'habitude d'aller passer les dimanches d'été à la campagne pour peindre ou pour taquiner le goujon. Leur point de ralliement était «l'auberge de l'oeuf dur» fondée par Julien Callé, un ancien montmartrois. Jusquau jour où Mac Orlan utilise la dot de sa femme pour acheter et aménager une ancienne fromagerie qui avait appartenu jadis à Aristide Bruand. Dans cette retraite laborieuse, mais agréable, il allait écrire jusquà sa mort, en 1970, une quinzaine de romans et une cinquantaine de volumes divers.
En dehors de brefs allers-retours à Paris, Mac Orlan ne quitte Saint-Cyr qu'en de grandes occasions et pour aller le plus loin possible : à Brest suivre le procès des pirates de l'avenue du Rhum ; à Rome pour questionner Mussolini ; à Londres pour suivre les péripéties d'une mystérieuse malle sanglante ; à Brest encore pour interroger dans son fief, le créateur de la Flotte, l'amiral Darlan futur chef du gouvernement de Vichy ; à Berlin pour prendre le pouls de l'Allemagne à la veille de la victoire électorale de Hitler ; au Maroc espagnol interviewer le général Franco, chef de la légion étrangère espagnole.
En 1932 sous le titre le Bataillon de la mauvaise chance, il avait raconté son voyage dans le sud tunisien, de Gabès à Tataouine, à la recherche des bataillons disciplinaires, dont il chantait jadis la légende en échange d'une tasse de café bouillant et d'une tartine de rillettes. Ce voyage allait nourrir, plus tard, son roman d'espionnage le Camp Domineau.
De même que son reportage de 1930, à Alger et au Maroc, sur les traces de la légion étrangère, allait donner naissance au roman la Bandera. Transposé à l'écran de façon magistrale par Julien Duvivier, la Bandera allait porter à l'incandescence le mythe de la légion étrangère qui faisait alors vibrer les Français.
Après la guerre, alors qu'il était dans le creux de la vague et loin d'imaginer, qu'en 1950, il serait élu à l'unanimité à l'Académie Goncourt, Mac Orlan allait voir sa carrière rebondir de façon spectaculaire grâce à la radio.
Fasciné par ce nouveau moyen d'expression, il avait participé dès 1925 aux premières émission de Radio Paris. De 1928 à 1935, il eut souvent l'occasion de s'exprimer par la TSF, téléphonie sans fil comme on disait alors. Il fut le premier, à Saint-Cyr, à posséder un poste à galènes avec lequel il captait chaque soir les voix magiques venues des confins de la nuit : Varsovie, Moscou, Berlin.
Dès 1946 et jusqu'en 1955, grâce au poète Paul Gilson, alors directeur littéraire de la Radiodiffusion française, il poursuivra une carrière de producteur radiophonique en collaboration avec Nino Franck : six pièces et une dizaine de séries inspirées de ses oeuvres, ou dans lesquelles il évoquait sa vie, les villes et les livres de sa vie, le music- hall et la chanson d'hier et d'aujourd'hui, la guerre de 1914, Montmartre et les amitiés qu'il y noua.
Ayant inventé dans chacune de ses productions radiophoniques une chanson de son cru, il
connut un succès qu'il n'attendait pas et se trouva entraîné dans une carrière de
parolier. Il devait écrire plus de soixante chansons mises en musique par V. Marceau,
Philippe-Gérard, Lino Leonardi, Léo Ferré et chantées par Laure Diana, Germaine
Montero, Monique Morelli, Catherine Sauvage, Juliette Gréco, Francesca Solleville,
Mistigri.
Dès 1960, la télévision relaye le succès et l'amplifie grâce à l'image : avec son bonnet écossais à pompon et son perroquet Dagobert, Mac Orlan était la cible privilégiée des cinéastes et chasseurs dimages. Jamais l'ermite de Saint-Cyr-sur-Morin ne fut aussi convivial, tant sa maison affichait de vedettes, ou de générique étincelant.
Tel fut l'écrivain, hors du commun, dont la vie et l'oeuvre seront évoquées en parallèle avec les chansons dont il disait quelles constituaient ses mémoires.
Portrait d'un irrégulier
Par Nino Frank, in Le Magazine Littéraire n°185, juin 1982.
Très mode, raie au milieu, serviette et feutre, roulant en Peugeot, papier à en-tête et
consécration du compte en banque, Mac Orlan tenait dans sa poche son carnet de commande -
aventures en tous genres, humour, inquiétude. Et du rire jaune.
Cent ans cette année aux effets de l'état civil, mais depuis 1969 dans les chemins ardus du purgatoire, en bonne voie de survivre : Pierre Mac Orlan, que l'on m'invite à revisiter et qui s'impose aux yeux de mon souvenir, aujourdhui, dans l'image des toutes premières rencontres, au temps lointain où, tout juste quadragénaire, il entreprenait de faire, comme on disait, le plein le BoulMich, les grilles du Luxembourg, les filles, tout, c'est entendu, était en 1923 bien beau, beaucoup plus beau qu'à présent : on en dira autant pour aujourd'hui vers les années 2050. Nous les suivions, ces grilles, d'un pas vif, lui m'entraînant et répondant de manière expéditive aux questions stupides que lui posait le jeune interviewer (moi), - on revenait de la Renaissance du Livre où il dirigeait une collection d'auteurs étrangers rares. Comme je l'accompagnais jusqu'à la place Saint-michel, où il allait prendre son tramway pour Passy, je considérais ce premier aspect que je voyais de lui, quadragénaire dans la force de lâge.
Trapu et porté en avant dans une démarche, encore, de poilu, sur l'oeil moins clair qu'il n'y paraîtra par la suite des lunettes rondes (plus tard, y ayant renoncé, il m'affirmera qu'elles ne lui servaient qu'à «faire» sérieux), le visage tout rond, juste un peu poupin, avec un petit nez de bouledogue, et là-dessus, drôlement, la raie au milieu dans les cheveux aplatis et courts donnant dans le châtain : un écrivain up to date dans la tenue qu'il fallait, feutre et serviette, le carnet de commandes dans la poche, -«Aventures en tout genre, humour, inquiétude», - et, chez lui, du papier à en-tête et la consécration du compte en banque (ils étaient encore rares dans la jeune corporation). A la veille d'acheter sa première voiture, - une Peugeot, qu'il changera tous les ans. La corporation étant celle des Ecrivains Anciens Combattants.
Rue du Ranelagh, où je retournerai le voir, il m'apparaîtra, en chandail à col roulé, moins expéditif : et je découvrirai un trait marquant de ce prétendu voyageur (à en croire ses livres), qui n'avait rien de plus pressé que de mettre fin à sa journée hors de chez lui et de rentrer (nullement écoeuré) dans sa maison. Il y avait là un long couloir où donnaient quelques chambres et où, devant une grande carte de l'Europe, ce casanier réorganisait la paix universelle («Il suffit de mettre le Pape sur le Rhin pour séparer à jamais France et Allemagne») ; par de petites fenêtres, on voyait les dômes énormes des gazomètres qui enchantaient Guillaume Apollinaire venant en voisin. C'est de ce couloir que se souviennent d'autres visiteurs, des débutants bon teint, Malraux, Aragon, Pia, Arland, que l'écrivain combattant attirait curieusement, de ce couloir et du cabinet de travail où ronflait une salamandre et où trônait un accordéon, première image de marque pour la presse. Le chien Nicolas, catharreux dans son panier, soulevait à peine une lourde paupière aux boniments que débitaient son maître.
Qu'est-ce qui faisait courir rue du Ranelagh ces jeunes du début des années vingt, différents entre eux mais habités tous par une quête des couleurs et des sentiments nouveaux ?
«Aventures en tous genres, humour, inquiétude», - bien sûr, la tarte à la crème de l'époque, et, pour l'aventure, on disait aussi «évasion», en réaction contre une guerre encore toute fraîche qui avait marqué la moitié du monde, elle-même aventure majeure mais morne. Après tout, le dépaysement facile de Phi-Phi ou la vogue des dancings exauçaient aussi, d'une certaine manière, quelques besoins d'évasion et d'aventure. Quant à l'inquiétude, qui va devenir nouveau mal du siècle et valise vide, depuis toujours cataloguée dans les manuels au chapitre romantisme, il sagissait désormais d'inquiets pas dupes, qui ne brandissaient pas leur moi comme un drapeau mais le diluaient dans les dimensions d'une société et d'une époque. Un livre tel que Malice, publié par Mac Orlan en 1923, illustre parfaitement cet état d'esprit.
Mais l'humour ? Nullement celui de la «Vie Drôle» dans la presse daprès 1914. Une sorte de «rire jaune» (cest encore un titre de Mac Orlan), noir sur les bords, qu'annonçait au surplus dès 1912 La maison du retour écurant, sorte de pont jeté entre Ubu et Dada. Et je crois bien que, bien plus que l'inquiétude et l'aventure, c'était la drogue singulière de cet humour qui, de l'écrivain combattant qu'était Pierre Mac Orlan, faisait un écrivain tout court et exemplaire.
En ce début d'après-guerre, parmi ceux qui entreprenaient l'exploitation intensive des nouveaux filons, pressés de combler le handicap que leur avait valu des années de tranchées, - les Benoit, Béraud, Carco, Dorgelès et jusquaux Binet-Valmer et autres nullités, - Mac Orlan faisait figure de merle blanc, obscurément étranger au lot, acceptant pourtant le do ut des et la loi de l'offre et la demande régnant dans la corporation : de là une solidarité à l'égard de cette poignée d'hommes de lettres, qui l'amenait à se joindre à leurs farces et attrapes et qui aurait pu lui valoir, de la part des jeunes l'indifférence qu'ils affichaient face à ceux-là. Il n'en allait nullement ainsi et n'est-ce pas ici le lieu de rappeler que l'un des opuscules de début de Jean Paulhan est une glose savante sur un conte de Pierre Mac Orlan, et que l'un des premiers textes publiés d'André Malraux est une analyse de Malices dans la Nouvelle Revue Française.
Ces débutants des années vingt, les Malraux, Aragon, Arland et autres, l'époque leur mettra dans le sang la trinité Rimbaud, Nietzche, Dostoïevski, et, avec eux, l'attirance de la rue «alma mater». Aujourd'hui, où ce serait plutôt le trio Lautréamont, Marx, Kafka, on voit bien en quoi on donne de la bande, de la rue on fait retour au cabinet de travail. Pour Dosto et Rimbe, ils en étaient ; pour Zarathoustra, ne pas oublier qu'à Turin quand il s'expatrie au pays de la démence, c'est dans la rue qu'il se découvre respectueusement devant un âne en le traitant de professeur. Bien entendu, les garçons de qui je parle affichent leurs maîtres, les Claudel, Gide, Valéry, Proust, qu'ils opposent aux Anatole France et autres tenant encore le haut du pavé, mais ils savent bien que ces maîtres deviendront bientôt eux-mêmes la proie des professeurs, et qu'ils sont les épigones des bibliothécaires du Sénat, second métier avec mécènes, écuries Berthelot, papa a des sous, etc. Or, cest aussi du vivant qu'il leur faut, du complice et du fraternel, et ce rire noir des «irréguliers» hérité de l'ancienne trinité. Détail curieux, c'est justement à propos de Pierre Mac Orlan qu'un critique professeur, tenu en son temps pour considérable, - Pierre-Henri Simon, - parlera, dans un feuilleton au reste sympathique, d'une «littérature des irréguliers».
Mac Orlan confiait volontiers : «Je suis devenu un écrivain parce que je n'étais bon à rien». On sait comment il avait accédé au noir et blanc, sur le conseil de Gus Bofa qui, trouvant ses dessins à la rigueur plaisants mais leurs légendes un peu mieux que plaisantes, l'avait engagé à allonger celles-ci jusquà la dimension d'un conte et à diminuer le de ceux-là. A Pierre Béarn, Mac Orlan confiera un jour : «Si Bofa m'avait demandé d'aller cirer l'Avenue de l'Opéra, j'aurais dit oui et je serais devenu un as du ripolin». Jusque dans sa vieillesse, après cinquante livres issus de sa plume, il restait stupéfait que ses écrits lui aient permis de vivre et il en éprouvait quelque honte, dont témoignait un récit qu'il me faisait : un paysan de ses voisins, venu lui vendre je ne sais quel produit de sa terre, s'était immobilisé devant sa table de travail, pensif ; puis : «Alors, vous vous mettez là devant votre papier, vous écrivez et on vous donne de l'argent pour cela ?». A cette remarque, Mac Orlan me disait qu'il avait rougi, malgré ses cheveux blancs.
L'histoire des lettres est faite par des professeurs, bien calés dans leurs fauteuils et le coeur comme de juste à gauche, mais qui portent suspicion aux écrivains issus de la rue et de la rupture avec leurs origines ; j'y songe à l'idée de tout un grand pan de mur, on disait encore, entre les deux guerres, la République des Lettres, et qui menace de s'écrouler comme un faux-semblant : justement, ces aventuriers des Années Vingt, les irréguliers et goliards de la rue qu'étaient, avec Apollinaire qui, lui, survit déjà après un bien court purgatoire, les Max Jacob et Léon-Paul Fargue, les André Salmon et Pierre Reverdy, déjà guettés par l'oubli, et comme eux peut-être Pierre Mac Orlan lui-même et son homologue Blaise Cendrars. Certes, point de domaine en Normandie pour eux, point de table réservée au Ritz ou au Conseil d'Administration de Gnome et Rhône, et c'est bien là que la bât blesse les professeurs, malgré qu'ils en aient.
Je me souviens de Mac Orlan brandissant un jour un certain «Panorama de la littérature contemporaine» signé par un jeune maître de l'essai, où à propos du Quai des brumes (qui se passe à Montmartre), il était dit que l'écrivain, dans ses oeuvres, avait exploité «le pittoresque facile des ports». Et Mac Orlan de s'exclamer : «Tu comprends, il n'a vu que le film, paraphrase du roman, et il se figure avoir lu le roman lui-même». Après quoi, bien entendu, il ne nommera plus que Gaëtan Ptit-con le brillant essayiste.
Et il est bien vrai que, pour les fils à papa que sont tous les professeurs, le souci de la chambre et des repas à payer jette une ombre fâcheuse sur les écrivains qui l'ont eu, ce souci, et c'est miracle que Rimbaud ou Dostoïevski aient fini par trouver grâce à leurs yeux malgré leur «irrégularité». Il n'est peut-être pas hors de propos de rappeler que pour certains de ces classificateurs infatigables, Les Conquérants, à leur parution, ait été catalogué comme un «roman d'aventure», à l'instar de ceux de Pierre Benoit.
Les mots, on le sait, n'ont pas le même sens pour tous. Mac Orlan disait volontiers qu'il n'ouvrirait point sa porte aux personnages de ses livres, - mais «Madame Bovary c'est moi», et c'est archi-vrai pour notre écrivain. Au vrai, cette fameuse aventure alors en vogue, lui, Pierre Mac Orlan entreprend de l'annihiler par l'intérieur. On pouvait mettre le joli canular de La Maison du retour écoeurant sur le compte de l'humoriste professionnel, et, à un ami qui le questionnait là-dessus, le vieil écrivain tranchait net : «Illisible, du rire lugubre, totalement idiot», - méconnaissant ainsi la force explosive durable de ce livre de début.
Par parenthèse, on constatera souvent par la suite que Mac Orlan a toujours eu, comme on dit, des antennes, une vague voyance, l'effarement des animaux bien avant le cataclysme : il ne serait nullement étonnant que, dès 1912, date de publication du livre, l'écrivain entré dans les sentiers de la chance par un miracle qui lui reste encore énigmatique et qui se concrétise dans le premier appartement de sa vie, rue du Ranelagh, pressent que rien n'est plus aléatoire que cet établissement. Mais c'est bien l'état d'esprit de l'aventurier, client de l'échec et qui compte dans son jeu, sorte de joker négatif.
le soldat avait survécu grâce à «la bonne blessure» sur la route de Bapaume. Il repart après de l'avant, - ou à l'aventure ? - et, dans le Chant de l'équipage (1918), introduit savamment la bombe de la déception capitale, un retour plus écoeurant que jamais. Pour, par la suite, réduire l'aventure aux simples éléments élégamment décoratifs d'A bord de l'Etoile Matutine, avant d'outrer la partie par La bête conquérante. et A l'hôpital Marie- Madeleine, images on ne peut plus crues et cruelles de ce qui est susceptible d'advenir dans un monde livré aux démons de l'imagination. Une fois là, il met fortement sa signature sous le constat que constitue le Petit manuel du Parfait aventurier. Exécuté donc l'aventurier actif, ce pelé, par la voix de son Alter Ego confortablement, sardoniquement installé dans la peau de l'aventurier passif : lequel a pourtant beau fermer sa porte aux «irréguliers» que sont ses personnages, il en est habité et nombreusement.
D'autres livres, diversement mystérieux, venaient s'ajouter à ceux-là, et d'autres inquiétudes disparaissaient, dans la plénitude de l'âge : que ce fût par Le nègre Léonard et maître Jean Mulin, expression d'un diabolisme singulier, ou, sur une autre pente, sur une autre distance, par ces incursions dans l'épique que sont la Cavalière Elsa et la Vénus internationale, préludes à la découverte d'une absurdité planétaire qui va bientôt s'inscrire dans les contours de ce que l'écrivain nommera le «fantastique social», à savoir l'aventure véritablement damnée de notre temps. Oui, il y avait là, dans cette production drue, assez de complexité et de complication, sous des dehors amènes, pour révéler aux jeunes de l'époque que le dénommé Mac Orlan nétait pas du tout du même sang que les hommes de lettres du type courant auxquels il voulait bien se laisser associer.
J'ai évoqué l'année 1923 en tête de ces pages, et, de fait, ma rêverie désordonnée part des premières visites rue du Ranelagh, mais pour contempler convenablement le paysage, il faudrait étendre le propos à toute la décennie, où l'homme de lettres malgré lui fait en quelque sorte le plein, comme on dit, de son génie (à ce mot, il eût ricané et levé les bras au ciel) : son oeuvre s'enrichit et se diversifie d'une manière qui surprend à tous les coups, qu'il sagisse de la tentation narquoisement faustienne de Marguerite de la nuit, des nouvelles poignantes qui composent Sous la lumière froide, du Quai des brumes, document capital pour comprendre ce qu'a été Montmartre pour Mac Orlan, enfin, vers 1929, ces premières synthèses, les Oeuvres poétiques complètes et Villes..
Le phrasé lui-même atteint à une modulation encore plus subtile, les harmoniques se multiplient, le débit prend on ne sait quel ton nocturne, qu'il serait décevant de justifier par l'installation dans un village de Seine et Marne et par l'habitude renouvelée d'écrire aux premières heures de la nuit, quand l'air des bois élargit la rumeur infinie de l'invention. Absolument clos à toute musique qui ne fût point chansonnière, négligeant même la mélodie d'une chanson pour n'en retenir que les paroles, Mac Orlan s'exprime en musicien de la phrase, pour cette nuit étrange qui n'est qu'à lui, dans les cadences des grands oniriques. Il arrive, dans un contexte certes bien différent, que l'on pense à des modulations presque barrésiennes Un souvenir me revient : à Saint-Benoît-sur-Loire, comme je questionnais Max Jacob sur les débuts de Pierre Mac Orlan dans les lettres, le poète me disait qu'il avait toujours prédit un avenir littéraire au jeune anglomane du Lapin agile, qui haussait les épaules : «Avec ta phrase, tu deviendras l'un des premiers écrivains de ce temps», lui disait Max Jacob.
Pierre Mac Orlan
(pseud. de Pierre Dumarchey).
Ecrivain français. Né à Péronne le 26 février 1883, mort le 27 juin 1970 à Saint-Cyr-sur- Morin. Mac Orlan a tissé une toile de secrets sur l'histoire de sa famille et de sa jeunesse : améliorant un peu la première - suivant son préjugé - par l'attribution d'une grand-mère écossaise, et, dans le même esprit, par le choix, pour lui, dun pseudonyme invraisemblable ; n'évoquant d'autre part ses jeunes années que dans le flou d'un pittoresque assez tragique.
Nous voici donc devant une vie imaginaire, en cela conforme au voeu de Marcel Schwob, un écrivain que Mac Orlan admira beaucoup. Des éléments de sa vie réelle subsistent cependant et certains ont été assez récemment mis au jour. Le père était officier dans l'armée française et mourut après la Première Guerre mondiale. La mère mit au monde deux garçons et ne leur survécut pas longtemps. L'autre garçon, Jean, devint légionnaire. Les frères étaient liés d'affection, et toute une part, sans doute, de l'oeuvre de l'écrivain - plusieurs romans d'aventure et certains aspects d'un décor qu'autrefois on disait exotique : l'Afrique du Nord, etc - doit quelque chose aux souvenirs de ce légionnaire.
Pierre Dumarchey fut élevé à Orléans par un oncle maternel. Il fit de bonnes études classiques et acquit le goût du sport, surtout du rugby, mais aussi du cyclisme (une photo du quotidien rouennais Paris-Normandie le montre au départ d'une course).
En 1899 (semble-t-il), il vit à Paris ; maintes fois ses visiteurs l'ont entendu déclarer qu'il y connut, non pas la vie de bohême mais la misère. On sait pourtant qu'il publia ses premiers articles dans des feuilles anarchistes et fréquentait alors un cabaretier original à l'esprit vif, Frédé, celui-là même qui fonda le «Lapin Agile». D'ailleurs, il épousera plus tard la fille de Frédé, mais seulement au terme d'amours enfantines un peu différées puisqu'il la connut alors qu'elle avait (semble-t-il) quatorze à quinze ans. Mais il lui fallait «vivre» On pourrait trouver bizarre que cet amoureux ait écrit d'abord des livres érotiques et que, plus bizarre encore, il les ait signés de son nom. Il est clair qu'il n'y attacha aucune importance.
Les deux premiers romans signés Pierre Mac Orlan : la Maison du retour écoeurant (1912) et Le Rire Jaune (1913) ne dissipent pas les mystères de sa biographie. le premier se présente comme une suite d'aventures burlesques, le rire jaune du second se comprenant comme une épidémie en forme de cataclysme ultime. Sans doute rien d'aussi alerte, d'aussi drôle et d'aussi désespéré à la fois, ni d'aussi librement étranger à l'art ne fut publié à lépoque.
Puis suivit le vrai cataclysme : la guerre de 1914. Pierre Dumarchey y vit d'abord - ce qui est compréhensif pour l'égoïsme si légitime d'un miséreux - comme un long sursis, presque une délivrance de sa condition ; car enfin il allait être habillé gratis, et de plus nourri aux frais de l'Etat. L'armée française enverra donc le fantassin Dumarchey en Lorraine, en Artois, à Verdun et dans la Somme. Il en rapportera des descriptions extraordinaires et un goût bouleversant pour la camaraderie des tranchées.
Après-guerre, Mac Orlan deviendra correspondant auprès des armées d'occupation, puis vivra de longues années dans la maison villageoise et briarde où il devait finir ses jours. Cest là que, coiffé d'un béret écossais à pompon et fumant une de ses pipes, il composera son oeuvre lucide et hallucinée.
Ses écrits mêlent à sa vie antérieure (celle d'avant la guerre de 1914-18) le souvenir
de ses auteurs de prédilection : villon, Schwob et Nerval, ainsi que Kipling et
Stevenson. Ce sont les étapes d'une songerie sous forme de poèmes, romans et essais.
Toujours reprise, elle finira par composer le documentaire allusif des temps vécus par
l'auteur :
Cest à chaque lecteur de Mac Orlan de rechercher quel sens il doit accorder à sa
«Ballade de la protection» :
«Souvenez-vous, Seigneur, ô Lord du temps passé
Vous conduisiez mes mains pour que je les bénisse
Ces pauvres innocents des bienfaits judiciaires
Ces gibiers de prison, ces pauvres orphelins
Ces minables crétins aux visages éphémères».
© 06 janvier 2000, tvtel3@france3.fr