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Page d'accueil > Bouquet du libre > Retours d'expériences > Casier judiciaire national

Casier judiciaire national

L'intranet du Casier judiciaire national

Courant 1997, le bureau des Affaires informatiques du Casier judiciaire a commencé à s'intéresser aux technologies Internet. La première étape fut de s'y familiariser, grâce à un unique abonnement (navigateur, messagerie). Puis les aspects techniques furent approfondis, pour déterminer ce qu'on pouvait en espérer dans le cadre d'un intranet à usage professionnel : fonctionnement de la messagerie, serveur http, norme cgi, type d'applications possibles furent étudiés en exploitant notamment la documentation et les exemples que l'on peut trouver sur l'Internet.

Cette démarche exploratoire, alliée à des ressources financières trop limitées pour envisager une sous-traitance et à un parc de micros-ordinateurs en réseau certes, mais peu performants (386SX sous Windows 3.11) nous a fait privilégier l'auto-apprentissage, et l'auto-développement : le logiciel libre (et gratuit) était donc plus ou moins la seule voie envisageable.

Par sécurité (nos capacités et connaissances techniques en matière de système d'exploitation "sérieux" étant très limitées à l'époque), nous avons cependant choisi d'utiliser un serveur (un Pentium 120 Mhz) fonctionnant sous l'Unix retenu comme standard par le Ministère de la Justice (SCO 3.2.4 ultérieurement mis à niveau en 5.0.4), pour bénéficier le cas échéant des compétences disponibles sur le site en matière d'installation et de maintenance. L'ensemble machine et système d'exploitation fut donc quasiment la seule dépense de toute l'opération (outre un stage Perl en 1999 pour 4 personnes).

Pour le reste, la plate-forme de base fut bâtie entièrement avec des logiciels libres : pour la messagerie, Unix comporte en standard les programmes nécessaires (qpopper et sendmail), le serveur http fut un NCSA (remplacé ensuite par Apache), complété par le langage Perl (version 4, puis 5) et SAMBA pour la gestion de fichiers via le réseau (pour les applications spécifiques, tel le casier des personnes morales, également développé en interne), tous disponibles gratuitement sur Internet, prêts à l'emploi. Avec l'arrivée du Réseau privé virtuel Justice fin 1998, fetchmail fut rajouté pour le rapatriement des messages externes.

Dire que l'apprentissage fut simple serait exagéré : il faut apprendre et comprendre les normes et langages plus ou moins enchevétré (http, CGI, messagerie, HTML, Perl), la configuration des différents programmes serveurs, le système d'exploitation lui-même (pour les taches automatisées). Mais l'Internet regorge de ressources, d'exemples, de bonnes volontés, et les logiciels cités disposent d'une documentation excellente, quoiqu'en anglais. Et cela reste une informatique simple (par rapport aux gros systèmes), et spectaculairement rentable (développement et maintenance assez aisés, interface intuitive et ergonomique).

Pour des raisons de simplicité et de postes de travail "légers", le langage JAVA fut laissé de coté, comme le Javascript et les feuilles de styles, un peu trop lourds pour notre parc. Le principe retenu fut d'utiliser des scripts en Perl et de générer du HTML parfaitement standard, permettant ainsi une unicité de langage de développement, lui-même très performant et facile à utiliser, en même temps que l'usage d'un navigateur simple et compatible avec tous nos postes (suite à ma demande, j'eus sans difficulté l'autorisation du fabricant d'utiliser et de déployer gratuitement Internet Explorer 3.0).

Une fois convaincus nous-mêmes de la faisabilité (réseau TCP/IP existant, simplicité de mise en oeuvre technique) et de l'intérêt d'un intranet, il fallait en définir le mode d'accès, les bénéficiaires et les contours initiaux. Une identification préalable par code et mot de passe fut retenue pour 3 raisons : cela rassurerait des utilisateurs habitués depuis des années à un tel mécanisme pour leurs accès à l'application gérant le Casier judiciaire, c'est une saine habitude en terme de sécurité, et cela facilite beaucoup la programmation des applications : meilleur contrôle des droits d'accès, simplification des écrans de saisie (l'utilisateur n'a pas à saisir son nom ou son adresse mèl), réduction des risques d'erreurs d'identification.

Les bénéficiaires initiaux furent la vingtaine de personnes (cadres A et B) composant l'équipe de responsables des différents services, à la fois pour des raisons de psychologie (respecter la hiérarchie), de pédagogie (l'élargissement serait d'autant plus facile que les responsables en seraient les promoteurs, et donneraient l'exemple), et de prudence (cela restait très expérimental de notre part, et je préférais commencer "petit" et grandir, plutôt qu'être trop ambitieux et aller à l'échec).

Quant au contenu, il devait clairement être utile et profitable dans les activités quotidiennes, tout en se gardant d'empiéter sur les prérogatives des uns et des autres : la "culture casier" (qui s'est construite depuis l'informatisation en 1982) privilégie l'informatique vue comme une aide aux personnes, et il était important d'éviter tout sentiment de dépossession. Cette volonté de neutralité se retrouve donc dans les applications initialement retenues :

  • un annuaire téléphonique du site (où figurent plus de 470 entrées, outre les numéros abrégés des juridictions et administrations), permettant une mise à jour en temps réel, et une réduction de la fréquence des éditions "papier", avec recherche possible sur critère, et outil de gestion à accès réservé.

  • un calendrier commun, où chacun peut enregistrer prévisionnellement les événements concernant la vie des services, et intéressant la communauté.

    En sous-produit, il fournit aussi un récapitulatif chronologique bien commode pour alimenter les rapports de fin d'année ;-)

  • un système de réservation en ligne des salles de réunion : les locaux sont répartis sur 3 niveaux, les salles peu nombreuses, les réunions fréquentes, et la personne ordinairement responsable n'était ni toujours joignable, ni toujours informée des réunions.

    Il permet donc une meilleure gestion de ces précieuses ressources, moins de temps perdu pour arrêter une date convenable, et une meilleure information commune :

    chacun peut savoir instantanément si une salle est libre à la date qu'il envisage, tandis que le service intérieur est automatiquement averti par un mèl de toute réservation, modification ou effacement, et sait donc aussi s'il doit prévoir un matériel ou une disposition spéciale pour telle réunion).

  • une application concernant les absences des responsables (non les congés, qui continuent de relever des attributions du bureau des ressources humaines notamment quant aux droits et aux décomptes).

    Elle permet essentiellement aux utilisateurs de rendre publiques à l'avance leurs dates d'indisponibilité, ce qui évite de courir après tel ou tel (le système de "bips" que nous utilisons depuis longtemps a ses limites, notamment en terme de confort), et facilite aussi les prévisions de réunion (est-ce que tout le monde sera là tel jour ?).

    Par souci d'ergonomie, ces absences sont représentées sous forme graphique, d'interprétation immédiate (l'image est cliquable pour enregistrer une absence, ou en connaitre le détail).

  • un outil pour changer son mot de passe initial (imitation du gros système, là encore, mais aussi souci de personnalisation).

C'est ce petit ensemble qui fut "officiellement" mis en service en mars 1998, ainsi que la messagerie interne, accompagné d'une demie-journée consacrée à la prise en main simplifiée des outils (navigateur, messagerie) et des applications.

Très vite, la messagerie est devenue d'usage courant, de par sa facilité et ses avantages (instantanéité, réduction du papier, pièces jointes). La partie "web" fut également bien accueillie, mais il fallait consulter au moins 3 pages chaque matin pour savoir ce qui était prévu dans la journée. On ajouta donc début juin un système d'abonnement en ligne: désormais, les personnes qui l'ont souhaité reçoivent, du lundi au vendredi (sauf quand elles sont elles-mêmes absentes), un message généré automatiquement qui résume le calendrier, les réunions et les absents du jour (une page HTML est également mise à jour).

Depuis lors, le système s'est régulièrement étoffé (y compris en nombre d'utilisateurs), essentiellement à la demande des services et utilisateurs eux-mêmes : création de listes de diffusion par la messagerie (une seule adresse permet la redistribution à tout un service, ou une diffusion générale, par exemple), enregistrement et consultation en ligne des statistiques du service "courrier" par dates ou périodes (avec graphiques associés, ce qui dispense largement du déploiement difficile de tableurs, outils complexes pour des utilisateurs occasionnels).


De même, figure désormais sur l'intranet la gestion "sans papier" des permanences du samedi (choix en ligne, liste diffusée par messagerie, y compris en cas de changement, et information ajoutée au message du jour le vendredi), la version intranet de la gazette interne, la copie-prototype des pages "casier" accessibles sur l'intranet Justice, le téléchargement de mises à jour ou outils utiles, des FAQ ...

L'ensemble est utilisé quotidiennement par une centaine de personnes, et sa généralisation à tout le personnel (soit 300 personnes en tout) est envisagée pour l'an prochain : nous travaillons donc à une refonte et un élargissement du contenu, pour répondre à un public aux attentes et aux contraintes différentes (informations administratives et pratiques, dépôt des congés en ligne, consultation de sa messagerie de n'importe quel poste ...).

Comme les navigateurs actuels, et nos propres postes, sont aussi plus puissants et évolués, nous utilisons plus volontiers Javascript et feuilles de style pour améliorer la présentation et l'ergonomie des applications actuelles et futures (même si le principe reste "pratique d'abord, beau ensuite seulement") , tout comme nous pensons diversifier l'outillage employé : outre Perl (qui reste irremplaçable), PHP fournira une alternative intéressante (pour des informaticiens autodidactes); les bases de données (MySQL probablement) remplaceront progressivement les fichiers séquentiels, et le prochain serveur (capable de supporter 300 personnes) utilisera Linux...

Laurent Rieuneau