roses sauvages




Jeudi,

Je suis allée sur le Mont-Royal. J'ai marché un peu sous les grands arbres qui protègent du vent. Au bord du lac j'ai trouvé un banc, j'y suis restée assise vingt minutes, puis en montant jusqu'au chalet, il y avait un autre banc un peu en retrait, j'y suis restée couchée... je ne sais pas combien de temps. Personne ou presque. Grand brassage du vent dans les branches, sifflements et tourbillons d'air glacé. Corps engourdis. Pour rentrer, j'avançais péniblement en luttant contre le vent qui s'engouffrait sous mes vêtements et m'arrachait les cheveux. Vue d'en haut, la ville est une splendeur avec le fleuve qui s'étire au loin, les ponts et les miroirs posés sur les tours et les clochers qui luisent.

Au retour, sur la rue, les gens pressent le pas, les arbres se tordent dans tous les sens. J'arrête au Café et j'écris mon Journal. À partir du moment où je refuse que la solitude me submerge et m'empêche d'agir, d'écrire, je décide de vivre autrement, de voir des gens. Pas pour communiquer, ni partager. Ce que je pense ne se dit pas, cela peut juste s'écrire, et encore... Besoin de contact, besoin d'amour, signifier que je suis là, différente et insupportable. Et regarder, écouter.

Aujourd'hui dans ce journal manuscrit, je renonce. Assumer que Script n'a plus tellement sa place online, et que sur papier, elle n'a jamais existé. Comme ce pseudonyme ne sert plus à rien, il faut bien que je le vire. Script partie, je me ferai une place pour moi, pour : Le Journal. Je l'écrirai d'abord sur du papier, dans mon cahier, et le lendemain ou les jours après, je déposerai sur le web ce qui peut s'écrire sur le web.

Le Café se remplit tranquillement. Je bois du vin rouge et je mange du couscous aux légumes. Commencé à lire The unabridged journals of Sylvia Plath. 732 pages en anglais. Plusieurs cahiers ont été détruits par le cher mari. De quel droit ? Je me sens soudain lourde et si fatiguée, comme si on m'avait attaché une grosse pierrre autour du cou et que je doive la porter le reste de ma vie. Tout cela me rend malade. Je rentre. Je me couche.






Auteure : Annie Strohem
Écrit à Montréal
Le vendredi 10 mai 2002
Image : Charlotte Nicolin : Roses sauvages
Muse : moi