TRESORS DE SCOPITONES ARABES, KABYLES ET BERBERES

Réal. Anaïs Prosaïc et Michèle Collery
Prod. Dum Dum Films / Canal+
1ère diffusion le 30 mars 1999 à 22h16 dans le cadre de la soirée MEDINA
(52 MINUTES)

Les Scopitones, juke-box à images placés dans les cafés, ont disparu au début des années 80. Ces appareils appartiennent désormais au passé, mais les chansons filmées sont toujours vues avec délice. Tout le monde connaît les Scopitones pop, yéyé ou disco avec Cloclo, Dick Rivers, Richard Anthony, etc. Mais les Scopitones spécialement réalisés pour les travailleurs immigrés des années 60-70 sont restés jusqu'à ce jour inédits à la télé. Les chanteurs français ne marchaient absolument pas dans les cafés « keubis », d’où l’idée de Davis-Boyer, numéro un mondial du Scopitone, de générer une production arabe, kabyle et berbère. Ces images constituent l’un des derniers territoires inexplorés de ses fabuleuses productions. Pour voir les Scopitones, les clients glissaient une pièce dans l’appareil qui diffusait des chansons filmées. Cela se passait avant l’ère des clips.

Dans les années 60-70, Davis-Boyer la pionnière, avait confié à Alain Brunet la réalisation de Scopitones pour la clientèle immigrée. Il a plus de 650 titres à son actif, de Noura et Kamel à Idir en passant par les fameux Abranis. A l’occasion, Les Clodettes habillées par Paco Rabanne dansaient, histoire d’enjoliver les images.

Aujourd’hui, la jeune génération, Rachid Taha, Cheb Mami ou Cheb Khaled ne cesse de puiser dans ce patrimoine. Dans son dernier album, Taha reprend quatre chansons d’Abderrhamane Amrani, chanteur de chaâbi (plus connu sous le nom de Dahmane El Harrachi et surnommé Dahmane Le Parigot), dont le célèbre « Ya Rayah ». Cheb Mami a repris lors de son dernier concert, « Azwaw », un tube de Idir, que l’on retrouve dans l’émission. Quant à Khaled, il interprète de nombreuses anciennes chansons du Raï qui embrasaient les folles nuits d’Oran et d’Alger. Dans l’émission, tous trois interviennent et réagissent, tour à tour séduits, époustouflés, charmés, émus. Aucun d’entre eux ne connaissaient ces trésors. Peut-être les avaient-ils entraperçus, gamins, lorsqu’ils avaient pour mission de venir chercher leurs pères au bistrot... mais ne s’en souvenaient absolument plus.

Dans « Trésor de Scopitones arabes... », on retrouve le barde en exil, Slimane Azem, le glam-rock berbère des Abranis (morceaux de choix), les chansons ciselées de Kamel Hamadi pour sa femme Noura et les tubes indémodables de Idir. Au folklore canaille des bars de Barbès mené par l’éblouissant Sadaoui Salah, répond celui de Jerrari, son rival comique tunisien. Le chanteur de charme marocain Doukkali et l’audacieux Mazouni sont accompagnés de danseuses orientales vaporeuses ou de jolis brins de filles en mini-jupes et shetlands moulants. Vigon le Marocain et les Golden Hands algériens, jouent la carte Rythm and Blues et pop électrique sur une chorégraphie à la Dick Sanders à faire pâlir James Brown. Mazouni le Don Juan au sourire ravageur séduit les femmes en les poursuivant de ses assiduités jusque dans les allées des banlieues pavillonnaires. La star égyptienne, Abdel Halim Hafez nous éblouit et la belle libanaise, Sabbah, entonne le célébrissime « Allo Allo Beyrouth » sur des images de la ville datant de 1967 avant les bombardements qui la défigurèrent. Il y a aussi Dri Hassa, star algérienne incontestée.

Toute la culture immigrée, la culture Barbès des années 60-70 est présente dans « Trésors de Scopitones arabes, kabyles et berbères » : les femmes restées au pays et les Européennes sexy qu’on drague, l’exil et le mal du pays, l’alcool, l’argent, le travail sur les chantiers et surtout la musique et les chansons du bled qui font tout oublier... Tout le Maghreb dans ta télé !

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