Les évadés de la prison de Luynes arrêtés dans la Drôme
May 10, 2003
Auteur: L'investigateur

Les trois figures du grand banditisme varois et marseillais, évadées le 14 avril de la prison de Luynes (Bouches-du-Rhone), ont été arrêtées dans la nuit de jeudi à vendredi dans la Drôme, avec un quatrième homme également en cavale.
Franck Perletto, 41 ans, Eric Alboreo, 39 ans, et Michel Valero, 46 ans, s'étaient évadé de Luynes en grimpant à bord d'un hélicoptère en vol stationnaire au dessus de la prison, située dans la campagne aixoise.
Le quatrième homme, également évadé de prison, Pascal Payet, a été interpellé lors de la même opération menée dans la localité de Baume-de-Transit. Il aurait organisé l'évasion des trois autres hommes.
Le récit de l'arrestation de l'AFP vaut d'être relaté: "Au vert depuis près de trois semaines dans un gîte rural du Vaucluse, les évadés de la prison de Luynes (Bouches-du-Rhône) ne passaient pas un jour sans faire un footing ou un tour à vélo, à l'aise dans leur rôle de "sportifs, venus s'entraîner entre amis pour préparer un biathlon".
"On se faisait de grands saluts quand je les voyais passer en courant ou à vélo", a raconté vendredi Jean-Marie Gugielmo, le propriétaire de "La ferme de la Commanderie", cernée par les chênes truffiers, dans la campagne verdoyante de Richerenches (Vaucluse), près de Baume-de-Transit (Drôme).
A leur arrivée dans cette "maison de charme" recommandée par le guide du Routard, Franck Perletto, Eric Alboreo, Michel Valero et Pascal Payet s'étaient présentés le lundi de Pâques comme des hommes "de la côte, venus faire du sport entre amis, au calme".
Et lorsqu'ils avaient été invités à boire l'apéritif dans l'ancienne ferme templière du XVIe siècle, c'est encore et "surtout de sport" qu'ils avaient parlé à leurs hôtes, encore sous le charme.
"Dans les gîtes ruraux, on ne demande pas leurs papiers aux gens; c'est portes ouvertes", rappelle Françoise Gugielmo, ne tarissant pas d'éloge sur ces clients "discrets et gentils", qui avaient réglé d'avance, et en liquide, leur location à 400 euros la semaine.
A l'écart d'une petite route bordée de vignobles, Franck Perletto dégustait tranquillement sa viande grillée au barbecue, devant son "mazet" de location baptisé "Origan", au moment même où il aurait dû être jugé pour trafic de drogue, à Aix-en-Provence, au côté de son frère aîné Pascal, présenté par la police comme le chef du milieu varois.
"C'est pour ne pas déranger", dit la propriétaire, que les fugitifs "faisaient leur ménage eux-mêmes", dans le gîte où ils avaient en fait entreposé des armes et une forte somme d'argent. Ils s'absentaient de temps en temps, au volant de leurs voitures de forte puissance, immatriculées dans le Var et la Haute-Savoie.
"J'ai fait une pétanque avec l'un d'eux", raconte le propriétaire, qui les trouvait "tellement sympathiques" qu'ils leur avait même ouvert sa piscine privée.
Tirés du lit vendredi à 6H00 par une quarantaine de policiers, ils n'auront pas eu le temps d'emprunter un cheval à leur hôte pour trotter au milieu des vignes des Côtes-du-Rhône.
Le frère de Franck Perletto, Pascal Perletto, est actuellement jugé devant devant la cour d'assises spéciale des Bouches-du-Rhône. Il est soupçonné d'être le nouveau chef du milieu varois.
Comme dans le cas de l'arrestation de José Menconi, c'est grâce à des informations venues du milieu lui-même soumis à de très fortes pressions depuis l'évasion de Luynes, que les arrestations ont pu avoir lieu. Elles provenaient cette fois-ci de Suisse. L'arrestation a été réalisée par une quarantaine d'hommes des brigades de recherches et d'intervention (BRI) de Marseille, Lyon et Nice, du SRPJ de Marseille et de l'Office central de répression du banditisme (OCRB). L'opération s'est déroulée «en douceur et sans coup de feu», les quatre hommes ayant été surpris en plein sommeil.

Michel Valero avait été identifié jeudi près d'un bar de Genève, en Suisse, où il avait ses habitudes. Il avait été pris en filature par la police genevoise alors qu'il circulait à bord d'une voiture, immatriculée en Haute-Savoie. Ce véhicule volé avait été repéré le 5 mai lors d'une tentative de braquage d'une société de poinçonnage d'or, dans laq! uelle Pascal Payet avait été identifié, sa cagoule ayant glissé, selon la police.

A la frontière, le SRPJ de Lyon a assuré la poursuite de la filature qui s'est terminée jeudi à 21h30 à Richerenches, a ajouté le ministère dans un communiqué.

Les perquisitions ont permis la découverte d'un important arsenal, composé notamment d'armes de guerre, ainsi que d'une forte somme d'argent, en euros, en dollars et en francs suisses.
Les policiers avaient très mal pris le fait de devoir à nouveau se lancer à la recherche des trois hommes réputés très dangereux. Ils ont donc investi cette "planque" improvisée qui servait à plusieurs hommes en cavale. Il est très vraisemblable que d'autres arrestations suivont. Franck Perletto risque 25 ans de prison pour trafic de stupéfiant.
Le président de la cour d'assises spéciale d'Aix-en-Provence, réunie depuis lundi pour juger un trafic international de stupéfiants, statuera par ailleurs lundi matin sur le maintien de l'ordonnance de disjonction du cas de Franck Perletto, qui s'était évadé le 14 avril dernier de la prison d'Aix-Luynes et qui vient d'être repris.
Il a été mis en examen vendredi à Aix-en-Provence pour "évasion par violence, association de malfaiteurs, recel de vol, enlèvement, séquestration et détournement d'aéronef". Le parquet général d'Aix a annoncé que ce sera au président de la cour d'assises Dominique Brejoux d'apprécier si son cas doit rester disjoint ou s'il doit revenir dans le procès.

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