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Les Misérables (french version)
Music: Claude-Michel Schönberg
Lyrics: Alain Boublil + Jean-Marc Natel
Book: Alain Boublil + Jean-Marc Natel
Premiere: Monday, September 22, 1980
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Act I
Le bagne: pitié, pitié
En liberté conditionnelle
L'évêque de Digne
Pourquoi ai-je permis à cet homme?
Quand un jour est passé
J'avais rêvé
Tu viens, chéri!
Le procès: comment faire?
La mort de Fantine
La confrontation
Une poupée dans la vitrine
Maître Thénardier
La transaction
Bonjour Paris
Sous les étoiles
Le Café des amis de l'ABC
Rouge, la flamme de la colère
A la volonté du peuple
Rue Plumet: Dans ma vie
Le coeur au bonheur
Le casse de la rue Plumet
Le grand jour
Act II
La première barricade
Mon histoire
Sur la barricade
Je sais ce qui se trame
C'est la faute à...
Un peu de sang qui pleure
La première attaque
Souviens-toi des jours passés
Comme un homme
Fureurs cannibales
Le suicide de Javert
Tourne, tourne
Seul devant ces tables vides
Sonnez, sonnez
Mendiants à la fête
Final: c'est pour demain
Prologue: Toulon - 1815
Bagnards:
Pitié, pitié
C'est ta vie que tu traînes
Pitié, pitié
Au boulet de ta chaîne
Bagnard 1:
On brûle, on crève
C'est l'enfer là-dedans
Bagnards:
Pitié, pitié
On en a pour vingt ans
Bagnard 2:
J'ai fait rien d'mal
Doux Jésus, je t'implore
Bagnards:
Pitié, pitié
Doux Jésus fait le mort
Bagnard 3:
Je sais qu'elle m'aime
Qu'elle me sera fidèle.
Bagnards:
Qui sait? Qui sait?
Si personne ne veut d'elle...
Bagnard 4:
Quand j'serai libre
Je me vengerai sans pitié
Bagnards:
Pitié, pitié
Jusqu'où peut-on souffrir?
Bagnard 5:
Pitié, seigneur
Laisse-moi plutôt mourir
Bagnards:
Pitié, pitié
C'est ta vie que tu traînes
Pitié, pitié
Au boulet de ta chaîne
Javert:
Qu'on m'amène le prisonnier 24.601
Tu as fait ton temps
Ta probation commence
Est-ce que tu comprends?
Valjean:
Oui, que je suis libre
Javert:
Non!
Ca veut dire qu'on te donne un passeport jaune
Tu es un voleur!
Valjean:
J'ai pris une miche de pain
Javert:
Par effraction
Valjean:
J'ai cassé un carreau
Pour nourrir l'enfant de ma soeur
J'ai payé très cher
Javert:
Tu paieras encore
Si tu n'apprends pas à respecter la loi
Valjean:
Je sais le prix de ces dix-neuf années
Qu'la loi m'a volé
Javert:
Cinq ans pour tes méfaits
Le reste pour avoir voulu fuir
Oui, 24.601
Valjean:
Je m'appelle Jean Valjean
Javert:
Et moi Javert
N'oublie jamais mon nom
Ne m'oublie jamais, 24.601
Bagnards:
Pitié, pitié
C'est la mort que tu traînes
Pitié, pitié
Au boulet de ta chaîne
En liberté conditionnelle
Valjean:
La liberté, le monde en paix
Le vent de l'aube
Et je respire
La fraîche odeur
D'un jour qui se lève
Le monde s'éveille
Je vais savoir
S'il me réserve
Un autre espoir
L'évêque de Digne
Policier 1:
Répète donc un peu ta fable
Policier 2:
Si tu l'oses à Monseigneur
Policier 1:
Toi qui as partagé sa table
Policier 2:
Toi qui fus l'hôte de Monseigneur
Et par charité chrétienne
Quand il connut ton passé
Policier 1:
Tu prétends qu'il t'a offert
Ces couverts d'argent
L'évêque:
Il dit vrai!
Mais mon ami vous êtes parti
En laissant ces chandeliers
Je vous avais pourtant bien dit
Qu'il fallait les emporter
Messieurs, relâchez cet homme!
Il a dit la vérité
Retournez servir la justice
Allez, que Dieu vous bénisse
Et toi, Jean Valjean, mon frère
Ne désespére plus de lui
Dieu t'envoie ces présents du ciel
Recommence une autre vie
C'est ton âme que j'achète
C'est ton âme que je veux
Et au nom de tous les saints
Ce soir je la donne à Dieu
Pourquoi ai-je permis à cet homme?
Valjean:
Je ne sais plus.
Oh mon Dieu, je ne sais plus
Si on peut encore sauver
L'homme que je suis devenu.
Est-ce bien cela que je veux?
La douceur d'un mot trompeur
Ne peut pas tarir le flot brûlant de ma haine.
Seul dans la nuit,
Je crie pour personne.
Peut-on changer
Soudain le destin d'un homme?
S'il y a un autre chemin pour moi,
Je l'ai manqué, il y a vingt ans déjà.
Ma vie est une vie perdue à la naissance.
Au premier faux pas, au nom de la justice,
Chaînes aux pieds et menottes à la main
Pour avoir pris un morceau de pain
Pourquoi ai-je permis à cet homme
De me toucher de sa bonté?
Il m'a nourri, il m'a réchauffé;
Sa miséricorde
Est trop lourde à porter.
Il dit que j'appartiens à Dieu.
Qu'est-ce qu'il en sait?
Moi je veux faire payer aux hommes
Le prix d'une vie qu'ils m'ont volée
J'ai nourri ma vengeance
À de maigres repas.
J'ai dressé une muraille
Entre le monde et moi.
Il aurait pu me dénoncer,
Me rendre au bagne et au fouet.
Mais il préfère que je sois libre
Pour laisser le doute s'insinuer en moi.
Il m'a dit que j'avais une âme,
Qu'est ce qu'il en sait?
Mais je sens fondre le mur de glace,
Mon coeur bat sous la carapace
Toutes mes certitudes s'effondrent;
Et je pleure comme la terre tremble.
Je regarde dans le vide
Un autre homme qui me ressemble.
Je vais épargner au monde
La colère de Jean Valjean.
Jean Valjean est mort ce soir;
Ici commence une autre histoire.
Acte 1: Montreuil-sur-Mer - 1823
Quand un jour est passé
Les pauvres:
Quand un jour est passé,
Il est passé pour rien.
L'homme est aveugle et sourd
Aux peines de son prochain.
Nous les pauvres, on sait d'avance
Que demain et les jours qui vont suivre,
Il n'y aura jamais pour nous
Qu'une différence:
Un jour de moins à vivre!
Quand un jour est passé,
Il est passé sans joie.
Il faut s'en retourner
Sous la pluie, dans le froid,
Implorer le bourgeois qui t'ignore,
Bien calfeutré dans son opulence,
Et qui te jette une pièce
Et qui s'endort,
En ayant bonne conscience!
Quand un jour est passé,
Un autre jour se lève.
Il faudra bien qu'un jour,
Le malheur s'mette en grève;
Et qu'un ouragan éclate;
Et qu'il vienne enfin secouer le monde
Pour nourrir de sa colère
Ceux qui ont tant d'arriérés de misère,
Ceux qui n'ont jamais eu leur part
De bonheur en retard.
Contremaître:
Quand un jour est passé,
On a qu'ce qu'on mérite;
Les feignants auront rien
À mettre dans la marmite.
Ouvrier 1:
Il faut nourrir les marmots
Ouvriers 1 & 2:
Qu'on a faits sans toujours les vouloir.
Ouvrier 2:
Mais ça va tant qu'on a un boulot,
Ouvrière 1:
Un coup à boire!
Ouvriers:
Nous on a cette chance!
Ouvrière 2:
As-tu vu la sale gueule
Que tire le contremaître?
Et ses mains baladeuses
Qui vous collent comme la poisse?
Ouvrière 3:
C'est la faute à Fantine
Qui veut rien lui permettre.
Ouvrière 1:
Ben, qu'ça lui plaise ou pas,
Va falloir qu'elle y passe!
Ouvrière 4:
Le patron, lui, ne sait pas
Que son chiourme est toujours en chaleur.
Ouvrière 2:
Si Fantine ne fait pas gaffe,
Y aura pas long
Qu'il lui arrive un malheur.
Ouvriers:
Quand un jour est passé,
On est plus vieux d'un jour.
Et on gagne juste assez
Pour pas crier au s'cours.
Avant la soupe et le vin,
Il faut payer le propriétaire
Et gratter jusqu'à la fin
Chaque miette de chaqu'sou d'un salaire,
Dont il ne va rien rester
Quand un jour est passé.
Fille d'usine:
Qu'est-ce que tu caches,
Ma jolie, de la sorte?
Alors, Fantine, quelles sont les nouvelles?
...ooh!.. Chère Fantine,
Cosette est très malade;
Envoyez quarante francs
Ou la petite est morte!
Fantine:
Rends-moi ma lettre,
Mêle-toi de tes affaires.
Toi qui as un mari
Qui ne te suffit plus.
Occupe-toi de ta vie
Et laisse-moi la mienne.
Qui êtes-vous pour me faire
Des leçons de vertu?
Valjean:
Séparez-les, je vous l'ordonne,
Je ne conduis pas un troupeau,
C'est une usine que je mène.
Allons, mesdames, reprenez-vous;
Je suis le maire de cette ville,
Je ne tolère pas ces querelles;
Je vous charge de ramener l'ordre;
Et que chacun fasse son travail!
Contremaître:
Qui a déclenché cette pagaille?
Fille d'usine:
Moi je n'y suis pour rien,
Tout ça c'est bien sa faute.
Elle a une gosse qu'elle cache,
On imagine pourquoi.
Y a un homme qu'elle doit payer.
Et on devine comment elle s'y prend,
Pour se faire, n'est-ce pas ma poule!
Des suppléments.
Monsieur l'maire appréciera!
Fantine:
Oui c'est vrai, j'ai une fille
Qui n'a que moi sur terre;
Je l'ai donnée en garde
Pour pouvoir me placer.
J'envoie tout c'que je gagne
Pour élever ma Cosette.
Je suis une femme honnête,
Monsieur, vous comprenez!
Ouvrières:
Quand un jour est passé,
On n'a que ce qu'on sème;
Et la brebis galeuse
Contamine le troupeau.
Pendant qu'on trime pour gagner notre pain,
Elle se roule
Dans les lits des palaces;
Il faut chasser cette catin
Ou c'est nous qui perdrons notre place.
C'est nous qu'on fera payer
À la fin d'la journée
Contremaître:
J'aurais dû voir ta vraie nature,
La chienne derrière la jeune fille pure,
Bien trop sérieuse pour être honnête.
Voila la vertueuse Fantine,
La sainte nitouche de cette usine;
Pendant que tu bradais tes charmes,
Tu m'achetais avec tes larmes.
Tu joues les pucelles en plein jour
Et la nuit tu vends de l'amour
Fille d'usine:
Si t'y es pas passé,
T'es bien le seul en ville!
Ouvriers:
Fais-les lui ravaler!
Ses larmes de crocodile
Fille d'usine:
Débarrasse-nous d'elle
Ouvriers:
Débarrasse-nous d'elle!
Contremaître:
Non, ma belle, c'est fini!
J'avais rêvé
Fantine:
Doux Seigneur, que vous ai-je fait,
Pour que plus je tombe,
Et plus vous me laissiez tomber?
J'avais rêvé d'un coeur si grand,
Que le mien y trouve place
Pour un bonheur à partager.
Doux Seigneur, que vous ai-je fait?
J'avais rêvé d'une autre vie
Quand ma vie passait comme un rêve.
J'étais prête à toutes les folies,
À toutes les passions qui se lèvent.
J'étais si jeune, où est le mal?
Je voulais rire, aimer et vivre,
Danser jusqu'à la fin du bal,
Ivre du bonheur d'être libre.
Mais les loups rôdent dans la nuit;
Et l'un deux flairait ma trace.
Moi, j'ai comblé l'appétit
Du premier voleur qui passe.
Il a accoutumé ma vie
À la chaleur de sa présence.
Et puis un jour il est parti
En m'ayant volé mon enfance.
Parfois je rêve de lui encore:
Il me supplie et il regrette.
Mais le rêve s'éteint à l'aurore,
Comme les lampions
D'un soir de fête.
J'avais rêvé d'une autre vie.
À peine commencée elle s'achève.
J'avais rêvé d'une autre vie,
Mais la vie a tué mes rêves.
Sur le port
Tu viens, chéri!
Marin 1:
Ça sent la femme,
Un parfum dans l'air.
Je vais jeter l'ancre
Dans cette terre hospitalière.
Marin 2:
Je viens, chéries,
Sortez vos dentelles.
Quelques jours en mer,
Pour l'appétit, y'a rien de tel.
Marin 3:
Elles touchent mon pompon et j'monte au ciel.
Prostituées:
Tu viens, chéri!
Je vais te faire voir:
C'est mieux qu'à Paris
Sous le tunnel de Saint-Lazare.
Tu viens, chéri!
On est toujours prêtes:
Contre un mur ou sur un lit,
On s'met comme tu le souhaites.
Mais tu craches
Avant la galipette!
Vieille femme:
Viens-là, ma chère!
Fais voir ce joli collier.
Ce pendentif...
Fantine:
Madame, voulez-vous l'acheter?
Vieille femme:
Ça vaut cinq sous.
Fantine:
La chaîne toute seule en vaut quinze.
Vieille femme:
Je t'en donne dix;
Je ne veux plus discuter.
Allons, décide!
Fantine:
Mon seul bijou!
Vieille femme:
Cesse de me suivre!
Fantine:
Donnez-m'en douze!
Vieille femme:
Pas plus de dix!
Ma chère, il faut
Tous qu'on survive.
Prostituées:
Tu viens chéri!
Qu'est-ce qu'on fait ce soir?
L'amour dans ton pieu,
Ou vite fait bien fait dans le noir?
Prostituée 1:
Une fille, deux filles,
Un heure ou un jour;
C'est toi qui choisis
Le menu de ta nuit d'amour
Prostituées:
Pour vingt sous, on fait l'aller-retour.
Acheteuse de cheveux:
Les beaux cheveux!
Les jolies boucles que voilà!
Quelle chance tu as!
Ça vaut un bon prix, ma chère.
Tu me les vends?
Fantine:
Laissez-moi, allez-vous en!
Acheteuse de cheveux:
Réfléchis bien, je peux t'en donner dix francs.
Réfléchis bien!
Fantine:
Ma pauvre tête!
Acheteuse de cheveux:
Réfléchis bien!
Fantine:
C'est pour Cosette! Oui, coupez-les
Dix francs déjà pour la soigner...
Souteneur:
Viens là, chérie!
Et fais voir ta bourse.
-
Si tu m'caches une passe,
Tu me rembourses ou
J'te tabasse.
Prostituée:
Tu viens, chérie!
Jolies, jolies
Filles à vendre!
Viens là, chérie!
Chacune à sa place.
Prostituée:
Pitié j'te jure!
C'est la crève que j'ai.
J'ai si mal au ventre,
Que j'arrive à peine à marcher.
Souteneur:
Chérie va falloir que j'te remplace.
Souteneur:
C't épouvantail,
C'est quoi? Dis-moi un peu?
Prostituée 1:
C'est une paumée
Qui a vendu ses ch'veux
Prostituée 3:
Elle a un gosse,
Lui envoie tout c'qu'elle peut.
Souteneur:
Je savais bien:
Y'a toujours un bonhomme.
Tu viens, chérie!
Viens te faire des copains.
Chérie, tu viens!
Prostituée 3:
Allons ma belle,
Viens là et pleure.
Tu t'es faite piéger comme tes soeurs.
Prostituée 2:
Nous on se couche pour
Une pièce de monnaie.
Prostituée 4:
Gagne ta vie
Prostituée 5:
En restant allongée.
Prostituée 4:
Allons ma belle,
Vends lui ton trésor.
Prostituée 3:
Allez ma belle,
Montre-lui d'abord!
Prostituées:
Les jeunes, les vioques,
Prends-les comme ils viennent.
On voit les loquedus,
Les plus tordus d'la race humaine.
Les pauvres, les riches
Et même les seigneurs.
Tous, sans leur cal'çon,
Perdent un petit peu de leur grandeur.
Tout c'qui compte,
C'est qu'ils soient bons payeurs.
Tu viens, chéri!
Avec un sourire,
On redit ces mots
Qui pour nous autres veulent plus rien dire.
Fantine:
Tu viens, marin,
Garde tes souliers.
Et paye-toi une fille
Qui ne peut rien te refuser.
Tu viens, chéri!
Je sombre en mon corps
Quand ils font jaillir en moi
Leur pitoyable effort.
Ils ne savent pas
Qu'ils font l'amour avec la mort.
Fantine, devenue fille publique, est humiliée par un client sans scrupules et est sur le point d'être jetée en prison par
Javert, devenu inspecteur de police à Montreuil-sur-mer. Le maire intervient pour qu'elle soit conduite à l'hôpital et
soignée. C'est alors qu'un chariot dont le cheval s'était emballé, se renverse sur l'un des habitants du village, Monsieur
Fauchelevent. Sous les yeux stupéfaits de Javert, seul le maire, monsieur Madeleine, parvient à déplacer le chariot et à
sauver cet homme. Javert confie à monsieur Madeleine qu'il a connu dans le passé un bagnard d'une force comparable
à la sienne, qu'il l'a poursuivi sans relâche au fil des années et que ce dernier vient d'être arrêté, est sur le point d'être
jugé et sera, il en est sur, exécuté.
Le procès: comment faire?
Valjean:
Il prend cet homme pour moi,
C'est peut-être ma chance.
Je n'ai rien d'autre à faire
Que garder le silence.
Mais n'ai-je tant lutté,
Construit et inventé
Que pour céder la place
À un remords qui passe?
Si je me tais, je me damne;
Et si je parle, je me condamne.
Et tous ces gens qui travaillent à l'usine,
Qui croient tous en moi,
Puis-je les abandonner?
C'est au néant
Que je les renvoie.
Si je me tais, je me damne;
Et si je parle, je me condamne.
Comment faire?
Trahir cet homme accablé par erreur?
Le laisser choir
Dans le puits du malheur?
Cet innocent dont le péché
Est seulement de me ressembler.
Comment faire?
Refuser de retourner en enfer
Parce que j'ai fait mon paradis sur terre.
Tirer un trait sur mon passé
Et dans l'oubli, me prélasser.
Comment faire?
Comment pourrais-je
Regarder dans la glace
Un homme qui n'ose pas
Se regarder en face?
Si mon âme appartient à Dieu,
Il peut la reprendre quand il veut.
Si c'est une épreuve qu'il m'envoie,
C'est qu'il a décidé pour moi.
Comment faire?
Rien à faire!
Je suis Jean Valjean.
Voila Javert, la vérité.
C'est un innocent qui est jugé
Regarde bien!
24-601!
À l'hôpital
La mort de Fantine
Fantine:
Il fait si froid dehors;
Les petites filles bien sages
Attendent déjà au lit
Qu'arrive le marchand d'sable.
Ma Cosette,
La nuit descend son voile,
Dans le ciel naît la première étoile.
Ferme tes yeux, pardonne-moi ma fille.
J'avais rêvé de faire ton nid
Au sein d'une vraie famille.
La misère n'est mère de personne,
Elle enfante l'horreur au coeur des hommes,
Les ténèbres qui recouvrent la terre.
Moi, je vais rester là
À te bercer la nuit entière
Valjean:
Oh! Fantine, je n'ai que peu des temps;
Mais Fantine, je te fais ce serment.
Fantine:
Oh! Monsieur, regardez-la jouer!
Valjean:
Dors en paix, dors en paix mon enfant.
Fantine:
Ma Cosette...
Valjean:
Vous serez ma famille.
Fantine:
Elle aura...
Valjean:
Tout, comme ma propre fille.
Fantine:
Bon monsieur, bon ange qui tombez du ciel.
Valjean:
Vous la verrez bientôt
J'irai la rechercher moi-même
Fantine:
La lumière brille du fond de votre âme;
Valjean:
Vous ne travaillerez plus.
Fantine:
Elle éclaire le coeur blessé d'une femme
Valjean:
Vertueuse devant Dieu!
Fantine:
Bon monsieur,
Que je vais être heureuse!
Je dirai à Cosette
Qu'un saint est descendu
Sur terre
La confrontation
Javert:
Enfin, Valjean tu vas purger ta peine.
Monsieur le maire
Au boulet de ta chaîne.
Valjean:
Avant de dire un mot de plus Javert,
Avant de m'enchaîner encore comme un esclave,
Écoute-moi bien. Accorde-moi une faveur.
Cette femme est morte
Laissant une petite fille malade,
Et j'ai juré de lui porter secours.
Au nom du ciel!
J'ai besoin de trois jours.
Je reviendrai. tu as ma parole, je reviendrai.
Javert:
Parole de forçat!
Je t'ai traqué au long des années;
Un homme comme toi ne change pas,
Ne changera jamais.
Valjean:
Pense de moi c'que tu veux,
C'est une promesse
Qu'j'ai faite à une mourante.
Tu ne sais rien de ma vie,
J'ai volé un bout de pain.
Tu ne sais rien de ce monde,
Ce n'est pas tout mal ou bien.
Rien ne m'empêchera de faire mon devoir.
Oui, je t'avertis Javert:
Je suis bien plus fort que toi.
Je sais ce que je dois faire
Si tu t'opposes à moi.
Oui, je t'avertis Javert:
Même si je dois te tuer,
Nul ne m'empêchera de faire,
Et jusqu'au bout, mon devoir.
Javert:
Les hommes comme moi ne changent pas,
Pas plus que les hommes comme toi.
Non, 24-601,
C'est moi qui sers la loi
Et le bon droit!
Je t'arrête, 24-601!
Maintenant ta chance a tourné,
Jean Valjean est retrouvé.
Tu oses me parler de crime
Et du prix qu'il faut payer.
Chaque homme doit choisir sa voie,
Même s'il naît dans le péché.
Tu ne sais rien de Javert.
Je suis né dans une cellule,
Parmi des déchets comme toi,
Entouré de hors la loi.
Valjean:
Je jure sur tout ce qui m'est cher.
Javert:
Tu ne m'échapperas plus jamais.
Valjean:
Cosette aura bientôt un père.
Javert:
Où que tu sois, je serai là.
Valjean:
Cosette n'aura que du bonheur.
Valjean et Javert: Je serai la, je te le jure!
À la suite de leur altercation, Valjean frappe Javert au visage et s'enfuit.
Montfermeil, 1823
Une poupée dans la vitrine
Cosette enfant:
C'est une poupée dans la vitrine
Qui me regarde et qui s'ennuie.
Je crois qu'elle se cherche une maman,
Et moi je veux qu'elle soit ma fille
Dans une maison pleine de jouets,
Où les petites filles de mon âge
Cousent les toilettes de leurs poupées
Et ne font jamais le ménage.
Je la vêtirai de dentelles,
Elle aura des jupons de soie.
Je veux que ma fille soit la plus belle
Et qu'elle soit fière,
Qu'elle soit très fière de moi.
C'est une poupée dans la vitrine;
Je la regarde et elle m'appelle.
Si seulement je savais écrire...
J'la demanderais au Père Noël.
Les Thénardier, auxquels Fantine a confié la garde de sa fille, Cosette, traitent celle-ci comme leur servante et
madame Thénardier l'envoie, malgré ses récriminations et sous l'oeil amusé de sa propre file Éponine, remplir un
grand seau d'eau dans la forêt en pleine nuit, alors que les premiers clients arrivent à l'auberge pour la soirée.
Maître Thénardier
Thénardier:
Entrez, monsieur,
Vous tombez pile:
J'sers le meilleur
Casse-graine de la ville.
Mes concurrents
Sont des fumistes
Ou des faisans
Qui arnaquent le touriste.
Ça court pas les rues,
Les vrais, les balaises,
Qui sont fiers de servir
L'hôtellerie française.
Maître Thénardier
Pige en un clin d'oeil
Le genre du client
Et l'poids du portefeuille.
Je les déboutonne
D'une histoire cochonne:
Plus ils se bidonnent
Et plus il biberonnent.
J'me rancarde sur leurs problèmes,
C'est que dalle de faire semblant.
Mais on n'a rien pour peau de balle,
Et j'leur facture un supplément.
Maître du manège,
Cocher du carosse,
Je leur chauffe la braise
Qui brûle au fond d'leurs poches.
J'leur sers un junglard
Qui tape sur l'enclume
Et j'gaule leurs bibelots
Quand ils ont chaud aux plumes.
Pour la vie, on est compères,
Frères de lait, frères de flacon;
Mais ils l'ont dans l'baigneur,
Seigneur! J'les entube jusqu'au trognon.
Clients:
Maître Thénardier
Est un bon chrétien
Qui passe tout son temps
À servir son prochain.
Il crèche les manants,
Il lèche les seigneurs,
Réconforte et philosophe
Avec son coeur.
Le compagnon de tout l'monde,
L'ami cher et attentif.
Thénardier:
Mais gare à vos tiroirs ce soir,
Je vais vous écorcher vif!
Entrez, monsieur,
La route donne soif;
Ouvrez vos bottes,
Moi, j'ouvre un carafe.
Ce sac d'une tonne
Retarde votre course,
Moi je m'efforce
D'alléger votre bourse.
La dinde est bien cuite,
Le gras dégouline
Et j'ai l'carreau sur tout
C'qui sort d'ma cuisine.
Je sers tous les restes,
Le vieux fait du neuf:
Passées au hachoir,
Mes bidoches sont "pur boeuf".
Les rognons du chat,
La vessie d'génisse,
Tout est bon, tout glisse
Fourré dans une saucisse.
On fait la pension complète,
Nos suites sont prises à l'année,
À des prix raisonnables
Plus ... les surprises et les p'tits à-côtés.
Je facture les puces,
Les rats, les cafards.
Je compte de combien
Leur ombre use le miroir.
Avant leur départ,
J'ajoute la valeur
Des mouches que leur clebs a gobées dans l'secteur.
On a tous nos petites ruses
Quand vient l'heure de l'addition.
Avec tout c'qu'ils sifflent,
Pendant qu'y s'empiffrent,
Les chiffres montent et montent jusqu'au plafond.
Clients:
Maître Thénardier
Est un bon chrétien
Qui passe tout son temps
À servir son prochain.
Il crèche les manants,
Il lèche les seigneurs,
Réconforte et philosophe
Avec son coeur.
Le compagnon de tout l'monde,
Le copain toujours présent.
Thénardier:
Ils sont si convaincus,
Ces cons, qu'y s'cassent en me remerciant.
Madame Thénardier:
Moi qui priais le ciel
Pour pas vieillir toute seule,
Y'a des soirs ou j'me dis
Qu'j'aurais mieux fait.. d'fermer ma gueule...
Maître Thénardier
Valait pas qu'j'gaspille
Ma vertu et mes
Plus belles années d'jeune fille.
Il promet la lune
Mais comme tous les hommes,
Quand vient l'soir au lit
Ma fille y'a plus personne.
Y se prend pour Dieu le Père,
Toujours bourré comme une oie;
J'vous jure que quand je vais m'le faire
Y va r'ssembler à du foie gras.
Thénardier et clients:
Maître Thénardier
Madame Thénardier:
Maître feignardier
Thénardier et clients:
Réconforte et philosophe.
Madame Thénardier:
Y'a que moi qui bosse.
Thénardier et clients:
Ami sans malice,
Compagnon d'ivresse,
Madame Thénardier:
Hypocrite, menteur et mari de justesse.
Thénardier et clients:
À la santé d'l'aubergiste,
Buvons au cabaretier.
Thénardier:
Encore une petite timbale!
Madame Thénardier:
Qu'y s'la mette dans le trou d'balle!
Tous:
Buvons tous à la santé de notre
Maître Thénardier!
La transaction
Thénardier:
Oui, monsieur, bon monsieur,
Vous venez nous enlever Cosette;
Ce diamant, ce saphir
Qui éclaire nos vies de son sourire.
Ne parlons pas de dette,
Ne marchandons pas notre chère Cosette.
Pauvre Fantine, de là-haut
Tu sais qu'pour elle rien n'était trop beau.
On a tout partagé,
Tout comme si elle était notre enfant,
Notre enfant, monsieur!
Valjean:
Vos bons sentiments vous honorent,
Je vais mettre du baume sur vos plaies.
Oui, cessons là ces marchandages
Qui nous font honte.
Voilà, dites-moi, y-a-t-il le compte?
Madame Thénardier:
Ça irait largement,
Si elle était pas malade si souvent.
Les potions coûtaient cher,
Sans compter l'angoisse, le désespoir.
Mais monsieur, on l'adore:
Bon chrétien fait d'abord son devoir.
Monsieur et madame Thénardier:
Un détail, un dernier:
Dans un monde plein de gens malhonnêtes,
Qui nous dit, qui nous prouve
Que vous intentions sont bien correctes?
Valjean:
Prenez ça pour l'service:
Quinze cent francs pour vos sacrifices.
Viens Cosette, dis adieu;
Ton enfance t'attend sous d'autres cieux.
Et vous deux, comptez bien,
Ça vous f'ra vite passer votre chagrin.
Paris - 1832
Bonjour Paris
Mendiants:
Pitié, pitié,
Un sou, un bout de pain.
Pitié, pitié,
Pour tous ceux qui n'ont rien.
Pitié, pitié,
Un sous pour vous c'est peu.
Pitié, pitié,
Vous prêtez au bon Dieu!
Gavroche: Bonjour Paris,
C'est moi Gavroche!
J'suis plus un mioche,
Qu'on se le dise.
J'vis dans la rue avec les cloches;
J'vais ni à l'école, ni à l'église
J'ai pas de blé,
Mais j'me fais pas de bile:
Y'a de l'oseille dans tout Paris.
Ici, tu sais, chacun fait son persil;
Un jour on fauche,
L'autre on mendie.
On est libres, on décide.
Suivez-moi,
Suivez l'guide!
Mendiants:
Pitié, pitié
Un sou, un bout de pain.
Pitié, pitié,
Pour tous ceux qui n'ont rien.
Vieille mendiante:
Où est-ce que tu t'crois?
C'est chacune sa gâche.
Si tu es nouvelle, ici,
Y'a pas de place pour toi!
Jeune prostituée:
Écoute, vielle sorcière!
Écoute, vielle chouette!
Moi je donne au moins
Un peu d'plaisir à qui m'achète.
Vieille mendiante:
C'que tu donnes surtout,
C'est la p'tite vérole,
Que tu colles de l'un à l'autre,
Des gnasses que tu racoles.
Souteneur:
Lâche cette vieille guenon!
L'a l'grelot qui grince!
Elle fait plus un rond
D'puis qu'elle a chopé la chaude-pince.
Mendiants:
Quand est-ce qu'on croquera
Un bout du gâteau?
Faudra qu'y partagent un beau jour
Parce que trop c'est trop!
Ça viendra, ça viendra, ça viendra,
Ça viendra, ça viendra, ça viendra.
Enjolras:
Heureusement qu'chez les gens d'la haute,
Y en a un qui regarde en bas.
Marius:
Un seul, le général Lamarque,
La voix de ceux qui n'en ont pas.
Mendiants:
Briffer nos moutards,
Crécher sous un toit;
Et si Dieu le veut, enfin
Ne plus crever de froid.
Vagabond:
Par le nom du seigneur.
Mendiants:
En son nom,
En son nom,
En son nom.
Marius:
Lamarque s'éteint; il est malade;
Il n'en a plus pour très longtemps.
Enjolras:
Avec l'émeute déjà qui gronde,
Paris ressemble à un volcan,
Prêt à vomir la lave de sa colère
Enfin révolutionnaire.
Mendiants:
Pitié, pitié,
Un sou, un bout de pain.
Pitié, pitié,
Pour ceux qui n'ont plus rien.
Jean Valjean mène une vie discrète à Paris en compagnie de Cosette. C'est alors qu'ils font la charité à de faux
mendiants, qu'ils sont attaqués par ces derniers, qui ne sont autres que les Thénardier, leur fille Éponine et une bande
de coupe - jarrets. Marius, un jeune étudiant révolutionnaire, intervient et découvre Cosette, ébloui. Javert,
maintenant promu à Paris, arrive sur les lieux mais ne reconnaît pas Valjean qui a le temps de disparaître avec
Cosette avant que Thénardier ne le dénonce.
Sous les étoiles
Javert:
Noir, plus noir que la nuit,
Est cet homme qui s'enfuit
Sous les étoiles.
Sous les étoiles,
Dieu m'en soit témoin:
Je n'faiblirai point
Tant qu'il ne sera pas
À genoux devant moi.
Il suit la voie du démon
Et moi, au nom du Seigneur,
Je fais resplendir l'ordre en plein azur,
En pleine lumière.
Pour ceux qui sombrent
Avec Lucifer,
Les flammes, l'enfer.
Pures, dans leur multitude,
Règnent les étoiles,
Soldats de l'ombre.
Postées dans l'espace,
Vous êtes les sentinelles
Qui nous regardent
Et qui gardent le ciel,
Et qui gardent le ciel.
Chacune sa place dans la nuit,
Chacune sa course en silence,
Que rien ne peut faire dévier de son but,
De sa vigilance.
Pour qui se damne avec Lucifer,
Les flammes, l'enfer!
Ces mots sont inscrits
À l'encre éternelle
Sur les portes du paradis.
Et ceux qui s'égarent,
Ceux qui vacillent,
Paieront le prix.
Ô Dieu de justice,
Montre-moi la voie;
Et pour ta gloire,
Je planterai moi-même
Ton glaive, je le jure,
Je le jure aux étoiles.
Le groupe d'étudiants révolutionnaires des amis de l'ABC, inspiré et conduit par Enjolras, organise en secret la révolte
du peuple de Paris. Marius, amoureux fou de Cosette depuis leur rencontre accidentelle, presse Éponine de la
retrouver pour lui, ignorant de l'amour que celle- ci lui porte en secret
Le Café des amis de l'ABC
Combeferre:
Au pont au change,
Toutes les sections s'apprêtent.
Feuilly:
On se rassemble à la barrière du Maine.
Courfeyrac:
Les sculpteurs, les marbriers
Brûlent de marcher avec nous.
Et les maçons de Montreuil
Seront tous au rendez-vous.
Enjolras:
Amis, c'est l'heure.
Si proche que c'est l'ennemi qui s'inquiète.
Ne laissons pas
Le vin nous monter à la tête.
C'est facile de tirer de l'estrade d'un café,
Mais les gardes nationaux ont de vrais pistolets.
Il faut que la fournaise,
Qui chauffe dans les esprits,
Se répande comme la poudre
Dans les rues de Paris.
Le peuple en armes,
La vague qui déferle
Quand le progrès n'a pas
De temps à perdre.
Rouge, la flamme de la colère
Enjolras:
Tu es en retard!
Joly:
Qu'est-ce qui t'arrive?
Marius, mais tu souris aux anges!
Grantaire:
Bois un coup
Et dis-nous c'qui va pas.
Marius:
Un ange peut-être!
Un ange, dis-tu?
C'était un ange, voilà pourquoi,
Sa lumière porte mon âme aux nues.
Grantaire:
J'suis sur le cul de ma bouteille,
Marius a pris un coup d'soleil:
Il nous sort les violons, ouh la la!
Nous on se prépare à l'attaque
Et v'la Don Juan qui débarque:
On est mieux ici qu'à l'Opéra.
Enjolras:
L'Opéra est fermé,
Mais venues des ténèbres,
D'autres voix vont chanter
Le grand air d'un pays qui s'enfièvre.
Celui qui n'est pas prêt
À payer de sa vie
Peut retourner se faire
Choyer dans sa famille.
Amis, l'heure a sonné
De reprendre la Bastille.
Rouge - la flamme de la colère,
Noire - la nuit de l'ignorance,
Rouge - un monde en train de naître,
Noire - la mort de l'innocence.
Marius:
Ah! Si vous l'aviez vue,
Vous sauriez la douceur
D'être atteint en plein coeur
Et sur l'heure de chérir sa blessure.
Ah! Si vous l'aviez vue,
Quand elle m'a regardé,
Vous sauriez que la braise
D'un éclair de passion
Peut enflammer le monde
Comme une révolution.
Grantaire:
Rouge -
Marius:
une flamme brûle en mon coeur,
Grantaire:
Noir -
Marius:
l'enfer d'une heure sans elle,
Étudiants:
Rouge -
Marius:
l'amour en train de naître,
Étudiants:
Noir -
Marius:
la mort d'une étincelle.
Enjolras:
Marius, descends de ton nuage,
Range ton cadeau tombé du ciel;
Écoute la voix qui nous appelle.
Fais patienter ton petit coeur;
C'est pour une grande cause qu'on se bat
Et nos petites vies ne comptent pas.
Étudiants:
Rouge - la flamme de la colère!
Noire - la nuit de l'ignorance,
Rouge - un monde en train de naître,
Noire - la mort de l'espérance.
À l'annonce de la mort du général Lamarque, Enjolras décide que l'heure est venue d'organiser le soulèvement du
peuple de Paris.
A La Volonté Du Peuple
Enjolras:
À la volonté du peuple
Et à la santé du progrès,
Remplis ton coeur d'un vin rebelle
Et à demain, ami fidèle.
Si ton coeur bat aussi fort
Que le tambour dans le lointain,
C'est que l'espoir existe encore
Pour le genre humain.
Combeferre:
Nous ferons d'une barricade
Le symbole d'une ère qui commence.
Nous partons en croisade
Au coeur de la terre sainte de France.
Courfeyrac:
Nous sommes désormais
Les guerriers d'une armée qui s'avance.
Tous:
À la volonté du peuple
Et à la santé du progrès,
Remplis ton coeur d'un vin rebelle
Et à demain, ami fidèle.
Si ton coeur bat aussi fort
Que le tambour dans le lointain,
C'est que l'espoir existe encore
Pour le genre humain.
Feuilly:
À la volonté du peuple,
Je fais don de ma volonté;
S'il faut mourir pour elle,
Moi, je veux être le premier:
Le premier nom gravé
Au marbre du monument d'espoir!
Tous: À la volonté du peuple
Et à la santé du progrès,
Remplis ton coeur d'un vin rebelle
Et à demain, ami fidèle.
Si ton coeur bat aussi fort
Que le tambour dans le lointain,
C'est que l'espoir existe encore
Pour le genre humain.
Chez Jean Valjean
Rue Plumet: Dans Ma Vie
Cosette:
C'est drôle, ce doux frisson
Qui malgré moi m'agite!
Tu es folle! On ne tombe pas
Amoureuse aussi vite.
Qu'est-ce qui t'arrive, enfin, Cosette!
Ta solitude te joue des tours
Et tu vois des mirages
Qui ressemblent à l'amour.
Dans ma vie,
Je ne manque de rien,
Mais il manque quelqu'un qui devine
Que soudain je n'suis plus
La p'tite fille qui rêvait
Devant une poupée dans la vitrine.
Et j'attends
Tout d'un prince dont je ne sais rien;
Et je rêve
De découvrir le monde en prenant sa main.
Est-ce qu'il sait que j'existe?
Est-ce qu'il m'a remarquée?
Ou n'est-il qu'un doux songe
Et je vais m'éveiller.
Dans ma vie,
Je ne me sens plus seule;
J'ai enfin un secret
Et je prie
Pour qu'il vienne... dans ma vie
Valjean:
Ma Cosette,
Tu rêves d'un autre monde,
Où t'entraînent tes pensées vagabondes.
Tu dois faire souvent des rêves de voyage,
Comme une colombe mise en cage.
Es-tu lassée d'avoir, ma fille,
Ton vieux père pour seule compagnie?
Cosette:
Je ne sais rien de moi,
De l'enfant que j'étais:
Je vous questionne parfois,
Vous n'en parlez jamais.
Je ne sais rien de vous,
Si peu de votre vie;
Mon père, n'avez-vous pas
Confiance en votre fille?
Si sombres en votre coeur,
Vos secrets me font peur!
Dans ma vie,
Je ne manque de rien;
Vous êtes bon, vous êtes tendre, vous m'aimez.
Mais papa, cher papa,
Dans vos yeux
Je suis toujours l'enfant perdue
Dans la forêt.
Valjean:
Plus un mot;
Plus un mot,
C'est le passé qui est mort.
Aujourd'hui,
Ces mots-la font trop mal,
Ils crient trop fort.
Cosette:
Dans ma vie,
Je n'suis plus une enfant
Et j'attends le bonheur moi aussi,
Le bonheur... dans ma vie!
Valjean:
Le bonheur,
C'est un cadeau de Dieu
À chacun, à son heure, à son heure.
Marius:
Dans ma vie,
Je vois celle que Dieu prit,
Quand il a fait les anges, pour modèle.
Elle est là, devant moi,
Ma princesse au jardin,
Une rose à la main, irréelle.
Éponine, tu es la fée
Qui nous réunit;
Et je prie
Qu'un bonheur comme le mien
Advienne dans ta vie.
Le bon Dieu quelquefois
Est un grand magicien.
Éponine:
Chaque joie dans son coeur
Met une flèche dans le mien.
Dans ma vie,
Il n'y aura jamais
Personne d'autre que lui.
S'il voulait, je serais... toute à lui.
Marius et Éponine: Dans ma vie,
Il y a quelqu'un qui compte dans ma vie.
Marius: Là, enfin!
Éponine: Là, en vain!
Le Coeur Au Bonheur
Marius:
Le coeur au bonheur,
Le coeur aux chimères,
J'ai peur de la mettre en colère.
Mon Dieu! Pardon!
Je ne sais même pas votre nom,
Chère mademoiselle.
Je suis fou! Qu'elle est belle!
Cosette:
Le coeur au bonheur,
Dites-moi qui vous êtes.
Marius:
Je m'appelle Marius Pontmercy.
Cosette:
Et moi, Cosette.
Marius:
Cosette, je ne trouve pas les mots;
Cosette:
Ne dites rien!
Marius:
Mon coeur tremble,
Cosette:
Comme le mien!
Marius:
Le coeur en extase,
Les deux:
L'espace d'une nuit,
Marius:
Fleur au jardin du paradis;
Cosette, Cosette!
Cosette:
Êtes-vous le prince que j'attendais?
Marius:
C'est un rêve?
Cosette:
Non, c'est vrai.
Marius et Cosette:
M: Le coeur au bonheur,
M & C: Le coeur plein de toi,
M: Je savais au premier regard,
C: Au premier soir,
M: J'espérais.
C: J'attendais.
Cosette et Marius:
Et c'est plus doux qu'un rêve,
Plus qu'un rêve,
Toi et moi.
Éponine:
Non, il n'était pas pour moi,
Je n'ai rien à regretter,
Il ne me dira jamais
Ces mots-là.
Pas à moi,
Pas a moi.
Son coeur
Au bonheur,
Qui ne battra pas,
Pas pour moi.
Le casse de la rue Plumet
Montparnasse:
V'là son terrier,
Claquesous:
Il est discret en affaires;
Babet:
Le vieux renard sort jamais
Depuis qu'il a r'vu Javert.
Thénardier:
Je flaire la galette.
Ya d'ça dix berges,
Y nous a raflé Cosette
Pour quelques thunes, pour des miettes.
Cette fois, j'viens r'faire cueillette,
Mais pas pour des prunes!
Brujon:
Nous on s'en cogne
De tes combines;
Je veux ma part
Et j'me débine.
Thénardier:
Ben, ferme ta poire,
File-moi ta pogne.
Brujon:
Qu'est-ce que c'est qu'ça?
Thénardier:
Qui est cette drôlesse?
Babet:
C'est ta fille Éponine;
Tu r'connais pas ta gosse
Qui traîne ses fesses après toi.
Thénardier:
Éponine, rentre chez nous;
Y'a pas b'soin d'une greluche,
Faut qu'des gars pour c'turbin là.
Éponine:
J'connais cette taule.
Ici, y'a pas d'affure pour vous,
Juste le vieux schnock et la môme,
Pas d'oseille et pas d'cailloux.
Thénardier:
De quoi j'me mêle?
De quoi tu causes?
Détale fillette
Ou j't'allonge une torgnole!
Brujon:
Elle flanche, la caille!
Babet:
Sont toutes les mêmes!
Montparnasse:
Dégage Ponine
Ou j'te mets le blair de traviole!
Éponine:
Je vais crier,
J'vais les prév'nir, j'vous jure!
Thénardier:
Un petit cri, Ponine et tu vas t'en souv'nir.
Claquesous:
Je me régale.
Ah! Quel délice quand on bosse,
De voir une chienne et son dabe
Se disputer le même os.
Brujon:
L'ouvre pas ou j'tabasse!
Éponine:
J'ai dit qu'je vais crier;
Pour sûr, je vais crier.
Thénardier:
Attends ma fille, attends qu'j'te coince!
Tu vas brailler, jusqu'à qu'ça grince.
Vite, on s'enterre! Vite grouillez-vous!
Laissez-la moi; tous aux égouts!
Marius:
Merci Ponine, ils ont eu peur!
Tu m'as sauvé! Une fois de plus.
Ma chère Cosette, c'est Éponine,
L'amie fidèle qui t'a trouvée.
Quelqu'un arrive, je disparais,
Quelqu'un arrive!
C'est Valjean qui arrive dans le jardin; Cosette lui ment pour la première fois en omettant de mentionner la présence
de Marius à ses côtés. Pendant l'attaque de la bande des Thénardier, Valjean pense que Javert a retrouvé sa trace et il
décide de quitter la France avec Cosette afin de la protéger. Dans différents secteurs de Paris, Cosette, Marius,
Éponine, Javert, les Thénardier et les étudiants attendent chacun du lendemain qu'il soit leur grand jour.
Le grand jour
Valjean:
Le grand jour,
Une autre vie, une autre destinée,
Délivrés d'avoir à fuir à perpétuité.
Mais au jour du jugement ultime,
Chaque homme doit révéler ses crimes
Au grand jour.
Marius:
Demain, je ne la verrai plus,
Mon sang se glace dans mes veines.
Valjean:
Le grand jour,
Marius et Cosette:
Demain je ne te verrai plus,
C'est comme le foudre que l'on m'assène.
Éponine:
Demain seule dans mon histoire,
Marius et Cosette:
Vais-je te perdre à tout jamais?
Éponine:
Un grand jour perdu sans le voir.
Marius et Cosette:
Quand ma vie commence à peine.
Éponine:
Un peu plus seule chaque soir,
Marius et Cosette:
Et je jure d'être fidèle.
Éponine:
Je l'évoque dans ma mémoire.
Enjolras:
Le grand jour est pour demain,
Marius:
Dois-je aller là où elle va?
Enjolras:
Demain sur la barricade.
Marius:
Ou suivre mes frères au combat?
Enjolras:
Le grand jour se lève enfin
Marius:
Comment faire? Ai-je bien le droit?
Enjolras:
Et les droits de l'homme s'écrivent.
Tous:
Amis, c'est l'heure, Demain arrive.
Valjean: Le grand jour.
Javert:
Leur émeute en culottes courtes,
Je la suivrai dans leurs rangs;
J'les pousserai sans qu'ils s'en doutent
À s'éclabousser... de leur sang.
Valjean: Le grand jour,
Thénardier:
Y vont au casse-pipe,
On attend qu'ca fume;
Quand y z'ont du plomb
Dans l'aile, nous on les plume:
Un bijou ici,
Un p'tit sou en face.
Y a plus qu'à attendre
L'ouverture de la chasse.
Étudiants:
Le grand jour patriotique,
Le progrès reprend sa marche;
Combattant de l'avenir,
Ressurgi de son linceul
Par l'espérance magnifique
D'un nouveau monde à construire.
À la volonté du peuple.
Marius:
Ma place est là,
Auprès de vous.
Valjean: Le grand jour.
Marius et Cosette:
Demain je ne te verrai plus,
Éponine: Demain seule dans mon histoire,
M & C: Mon sang se glace dans mes veines.
Javert:
Avec les héros du peuple,
Avec ces nouveaux stratèges;
Instruit de leurs petits secrets,
Je refermerai le piège.
Thénardier:
Y vont au casse-pipe,
On attend qu'ça fume;
Après qu'y s'étripent
On leur ôte les plumes.
Valjean: Le grand jour
Marius et Cosette:
Demain je ne te verrai plus,
Éponine: Demain tout seule dans le noir.
M & C: C'est comme la foudre que l'on m'assène.
Javert:
Leur émeute en culottes courtes,
Je la suivrai dans leurs rangs;
J'les touss'rai sans qu'ils s'en doutent...
Demain c'est le jugement dernier.
Thénardier:
Y vont au casse-pipe,
On attend qu'ça fume;
Quand y z'ont du plomb
Dans l'aile, nous on les plume.
Valjean:
Demain, nous partons sans regret;
Demain c'est le jugement dernier.
Tous:
Demain, nous saurons si Dieu vient
Annoncer enfin son retour.
C'est enfin,
C'est demain le grand jour!
Acte 2
La première barricade
Enjolras:
Dans cette rue, sur ces pierres
Montons notre barricade
Sur les flancs du café
Qui vit nos algarades
Le coeur à l'ouvrage
Et chaque homme à sa place
Attendez
J'ai besoin d'un rapport
Sur les forces d'en face
Javert:
Confiez-moi cette mission je les connais
J'étais soldat dans leurs rangs
Bon soldat, en mon temps
Jean Prouvaire:
La rue prend le pouvoir
Grantaire:
Copains, je bois
Tant qu'y a du vin
Ya d'l'espoir!
Laigle:
Ils feront leur devoir!
Marius:
Hé! Là! Petit, que fais-tu là?
Non! Éponine, à quoi tu joues?
Éponine:
Soyez pas fâché contre moi!
Je voulais être plus près de vous
Marius:
Va-t'en Éponine, je suis sérieux
Avant que la meute se déchaîne
Éponine:
Si vous êtes si inquiet pour moi
C'est que je compte un peu quand même
Marius:
Si j'peux toujours compter sur toi
Si tu veux bien m'aider encore
Cours porter cette lettre à Cosette
Et prie pour qu'elle soit encore là
Éponine:
Tu ne vois rien!
Tu n'entends pas!
Mon histoire
Éponine:
Je suis toute seule encore une fois
Sans un ami, sans rien à faire
J'suis pas pressée de retrouver
Ma solitude et ma misère
J'attends que vienne le soir
Pour l'évoquer dans ma mémoire
Je marche seule et chaque nuit
Les rues de la ville m'appartiennent
Toutes mes pensées s'envolent vers lui
Et je mets ma vie dans la sienne
Paris dort; dans le noir
Je peux m'inventer mon histoire
Mon histoire
C'est un rêve qui commence
Dans les pages d'un conte de mon enfance
Les yeux fermés
Mon prince enfin m'enlace
Et je prie pour que jamais
Son étreinte ne se défasse
Avec lui
Je ne suis plus la même
J'aime la pluie
Et quand on se promène
Nos deux ombres
Comme deux géants qui s'aiment
S'allongent à nos pieds
Et vont se mirer dans la Seine
Je sais bien que j'ai tout inventé
Je sais bien qu'il n'est jamais à mes côtés
Et pourtant, je continue à croire
Qu'avec lui, j'écris mon histoire
Oui, je l'aime
Mais, comme les nuits sont courtes!
Au matin, il a repris sa route
Et le monde, redevenu le même
A perdu ses couleurs
Et l'arc-en-ciel son diadème
Oui, je l'aime
Mais je suis seule au monde
Toute ma vie
J'ai attendu une ombre
Mon histoire est une coquille vide
Un rêve plein de douceur
Dont je n'ai jamais eu ma part
Et l'aime, oui je l'aime
Oui je l'aime toute seule dans mon histoire
Sur la barricade
Étudiants:
Jurons de tenir jusqu'au
Bout cette barricade
Marius:
Leurs légions d'mercenaires trouveront
À qui parler
Enjolras:
Ils n'ont que des ordres
Nous avons la foi
Grantaire:
Donnons-leur une leçon
Qu'ils n'oublieront pas
Combeferre:
C'est l'heure de vérité!
Courfeyrac:
Et s'il faut mourir pour défendre la cause
Au plus fort d'la bataille
Je serai là
Feuilly:
Oui, qu'ils viennent si ils l'osent
On y sera!
Officier:
Vous à la barricade, écoutez bien
Nul ne viendra vous aider à combattre
Vous êtes tous seuls
Il faut choisir
Se rendre ou bien mourir!
Enjolras:
Merde aux oiseaux de malheur
Ils ont peur du peuple en armes!
Révolutionnaires:
Merde aux sbires et aux menteurs
Ils verront le peuple vainqueur!
Je sais ce qui se trame
Javert:
Écoutez-moi
J'ai flairé leurs tanières
J'ai infiltré leurs lignes
Compté leurs effectifs
Vu leurs stocks d'explosifs
Je vous préviens
Ils ont des hommes en nombre
Le danger est réel
Il faudra jouer serré
Pour les impressionner
Enjolras:
Confiance
Si on sait quels sont leurs mouvements
On fausse leur jeu
Nous avons l'idéal qu'ils n'ont pas
Pour contrer leur puissance de feu
Javert:
Oui, je sais ce qui se trame
Il n'y aura pas d'attaque cette nuit
Mais ils vont nous affamer
Pour nous tenir à leur merci
Puis nous prendre en tenaille
En une seule bataille
C'est la faute à...
Gavroche:
Menteur!
Cher inspecteur Javert
J'te fais mes salutations
Je suis petit peut-être
Mais j'ai oublié d'être con!
Tu t'crois le plus mariole
Mais faut qu't'entraves une bonne fois
Qu'on peut se faire piéger
Par un plus minot que soi
Je suis tombé par terre
C'est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau
C'est la faute à Rousseau
Les gamins de Paname
Ont pas l'temps d'être des gniards
Nous on va au pétard
Et si ça vous épate
Relisez donc l'histoire
De David et Goliath!
Un peu de sang qui pleure
Éponine:
Ce n'est rien, monsieur Marius
Je n'sens plus la douleur
Un peu de sang qui pleure
Quelques gouttes de pluie
C'est vous! C'est tout c'qui compte pour moi
Vous me protégerez
Blottie sur votre coeur
La pluie fera pousser les fleurs
Marius:
Mais tu vas vivre, Ponine
Regarde-moi
L'amour saura refermer ta blessure
Éponine:
Abritez-moi, réchauffez-moi
Je vais mieux dans vos bras
Marius:
Tu vivras jusqu'à cent ans
Si tu me laisses t'apprendre
Si tu veux bien m'entendre...
Éponine:
Dernières gouttes de pluie
Vous êtes le printemps qui revient
Vous me protégerez
Très fort serrée, tout près
Dormir entre vos bras, enfin
Que soit bénie la pluie qui vous ramène
Je me sens bien
Mais d'où vient cette lumière?
Un souffle à peine qui nous sépare
Il n'était pas trop tard
Éponine:
Non, ce n'est rien, monsieur Marius
Je n'sens plus la douleur
Un peu de sang qui pleure
Quelques gouttes de pluie
c'est tout c'qui compte pour moi
Vous me protégerez
Blottie sur votre coeur
Marius:
Dors en paix, chère Éponine
Tu n'sens plus la douleur
Un peu de sang qui pleure
Quelques gouttes de pluie
C'est moi
J'attendrai là
que tu t'endormes
Éponine:
La pluie
Marius:
La pluie
Éponine:
Fera pousser...
Marius:
Fera pousser...Les fleurs.
La première attaque
Sentinelle 1:
Un peloton de sapeurs
S'avance vers la barricade!
Sentinelle 2:
Avec des renforts!
Au moins cinquante hommes!
Enjolras:
Feu!
Valjean arrive à la barricade de la rue de la Chanvrerie d'où Marius écrit des lettres enflammées à sa fille. Il participe
à la première bataille victorieuse contre la Garde Nationale. Découvrant Javert prisonnier des étudiants, il obtient
d'Enjolras la faveur de l'exécuter lui-même, mais il le libère. La nuit tombe sur la barricade.
Souviens-toi des jours passés
Feuilly:
Souviens-toi des jours passés
Des chansons qu'on a chantées
Prouvaire:
Des printemps d'amour
Et des filles en fleur
Joly:
Qui nous ont ouvert
Leur lit et leur coeur
F., P. & J.:
Buvons tous à leur santé
Grantaire:
Souviens-toi des jours passés
N'aie pas peur quand l'heure viendra
La vie dure si peu et elle ne vaut rien
Je la brûle au feu d'un bon verre de vin
Et ta mort ne sert à rien
Hommes:
Souviens-toi
Des jours
Passés
Des folies
Qu'on a osées
Femmes:
Souviens-toi
Des jours
Passés
Des folies
Qu'on a osées
Femmes:
Que ne meure jamais l'amitié sincère
Hommes et femmes:
Ce vin d'amitié qui coule en nos verres
Hommes:
Je le bois
À ta
Santé
Femmes:
Je le bois
À ta
Santé
Marius:
J'attends comme la délivrance
La balle qui m'est destinée
Ma vie sans Cosette
Ne veut plus rien dire
Pleureras-tu, Cosette
S'il me faut mourir?
Pleureras-tu, Cosette
Pour moi
Comme un homme
Valjean:
Dieu du ciel
Notre Père
Je t'implore
D'écouter ma prière
Il est jeune
Il a peur
Laisse éclore une fleur
Laisse le vivre
Comme un homme
Comme un homme
Il est le fils que j'aurais eu
Si tu m'avais donné un fils
Les êtres meurent
Un à un
Je sens mon coeur qui s'éteint
J'ai fait mon temps
Et je t'attends
Mais qu'il vive
Et qu'il chante
Il est jeune
C'est encore un enfant
Toi qui donnes
Toi qui prends
Laisse-le rire
Et aimer
Que je meure et qu'il vive
Laisse-le vivre comme un homme
Comme un homme
Comme un homme
La barricade est tombée et tous ses défenseurs sont morts à l'exception de Valjean. Celui-ci sauve Marius qui lui aussi
respire encore, en l'emportant sur son dos à travers les dédales des égouts de Paris où les Thénardier et leurs
comparses dévalisent les cadavres des révolutionnaires tombés au combat.
Fureurs cannibales
Thénardier:
Un petit gramme d'or
Caché sous une dent
Excusez mon prince
Vous bect'rez plus rien maintenant
Faites une fleur à un vivant
Un joujou de plus
Un nouveau venu
Au milieu des rats d'égouts
À l'aise entre rongeurs
On s'habitue même à l'odeur
Il faut bien que quelqu'un fasse le ménage
Et débarrasse le rues
De déchets inutiles
Il faut bien que quelqu'un s'dévoue
Pour le ramassage
Des ordures de la ville
Oh-! Le bel anneau
Trop gros pour son doigt
Vous auriez pas voulu
Qu'il noircisse sur votre squelette
Que votre volonté soit faite!
Un oignon d'gousset
Hop! C'est confisqué
Ton horloge ne bat plus
Mais ta tocante a la vie dure
Son tic-tac lui continue
Il faut bien que quelqu'un
Fasse leur toilette
Avant qu'la p'tite récolte
Disparaisse dans la boue
Il faut bien que quelqu'un
Fasse la collecte
Dans l'sang qui r'foule par les égouts
Enflammés de fureurs cannibales
Les mecs tuent pour un os dans la rue
Et dieu au paradis
Nous regarde faire
Parce qu'il est mort
Comme le zigue à mes pieds
Je lève les chasses pour l'chercher au ciel
Mais y a que la lune qui passe
La sale lune qui grimace
Le suicide de Javert
Valjean:
C'est tout Javert!
Tu n'as pas attendu longtemps
Fidèle serviteur de l'ordre à son poste
Cet homme est innocent
Il a besoin d'un docteur
Javert:
J't'ai prévenu
Je ne céderai pas
Non, je t'arrête
Valjean:
Une petite heure et je me rends
Je viens régler ma dette
Javert:
Toujours les hors-la-loi
Qui parlent de justice!
Valjean:
Vite son temps est compté
Pitié Javert
Vite pendant qu'il respire
Pitié Javert
Cet enfant va mourir
Javert:
Prends-le Valjean
Avant que je n'regrette
Et surtout reviens
24-601
Javert:
Qui est cet homme?
Quelle sorte de diable est-il donc
Pour laisser repartir libre
L'homme qui l'a mis en prison?
Il tenait entre ses mains
Tous le fils de mon destin
Et d'un seul geste
Il pouvait changer le sien!
Il eût suffi
D'un seul coup de couteau
Mais c'est ma vie
Qu'il m'a offert en cadeau
Un policier ne doit rien au voleur
Un policier ne cède pas au chantage
Je suis la loi que personne ne bafoue
Et je lui crache sa pitié au visage
Noir ou blanc, hors la loi ou dedans
Noir ou blanc, c'est Javert ou Valjean
Comment puis-je permettre à cet homme
De me souiller de sa bonté
Cet homme que j'ai suivi à la trace
Je lui dois ma vie et ma liberté
J'aurais dû périr de sa main
Sans un remords
Je serais mort comme un soldat
Ce soir j'ai honte de vivre encore
Est-ce qu'une âme se rachète?
Est-ce qu'un homme peut changer?
Peut-on laver ses crimes?
Faut-il lui pardonner?
Faut-il qu'après toutes ces années
Je laisse le doute ronger ma vie?
J'étais de glace, je me vois fondre
Il n'est qu'une justice et je l'ai servie
Qu'il vienne du ciel ou de l'enfer
Il ne sait pas
Qu'en me rendant ma vie, ce soir
Il s'est enfin vengé de moi
Je le tiens mais il m'échappe
Les étoiles rient dans le noir
Elles se moquent de la victoire
Sur moi des forces du mal
Je préfère quitter ce monde
Qui tolère les Jean Valjean
Toute ma vie fut une erreur
Je la retourne au néant
Tourne, tourne
Femme 1:
Ils sont partis
La fleur au fusil
Femme 2:
Faire une barricade
Qui n'aura duré qu'une nuit
Femme 3:
Ils sont tombés
Morts sur le pavé
Ces enfants
Qu'une mère embrassait
Avant qu'ils s'endorment
Femme 4:
Ces héros d'un peuple
Sans uniforme
Femme 5:
Ils sont partis
Femme 6:
Gonflés d'idéal
Femme 2:
Armés de pavés
Qui orneront leurs pierres tombales
Femme 7:
Ils sont partis
Comme des écoliers
Qui savaient à peine
Comment on se sert de ses armes
Femme 3:
Ils ne laissent que des familles en larmes
Femme 4:
Rien n'a changé
Femme 7:
Rien ne changera
Femme 8:
Chaque année qui passe
Un gamin de plus sur les bras
Femme 7:
Garde tes pleurs
Ta rage et tes doutes
Femme 5:
Garde tes prières
Puisque personne là-haut n'écoute
Toutes:
Tourne, tourne, tourne et tourne
Toujours du même côté
Tourne, tourne, tourne du même coté
C'est les mêmes qui gagnent
Et les mêmes qui sont écrasés
Rien n'a changé, rien ne change jamais
Le manège qui tourne en rond,
Toujours d'un seul côté
Tourne et tourne, toujours du même coté.
Seul devant ces tables vides
Marius:
Il est un deuil que je porte
Lourd au coeur comme un secret
Seul devant ces tables vides
Qu'ils ne reverront jamais
On partait changer le monde
On rêvait d'égalité
Et d'un matin de lumière
Qui ne s'est jamais levé
De la table sous le fenêtre
Habités d'un fol espoir
Des enfants ont pris les armes
Je les entends encore
Ces mots brûlants qu'ils ont chantés
Furent leurs dernières volontés
Sur la barricade déserte, à l'aube
Oh! Mes amis, pardonnez-moi
D'être là, de vivre encore
Il est des deuils que l'on garde
Quand tous les chagrins sont morts
Et je vois passer vos ombres
Et je pleure nos joies perdues
Seul devant ces tables vides
Que vous ne reverrez plus
Oh! Mes amis, je voudrais croire
Que vous n'êtes pas morts en vain
Seul devant ces tables vides
Je ne suis plus sur de rien.
Jean Valjean considère qu'il a maintenant accompli son devoir en rendant Marius à l'amour de Cosette. Il confesse à
Marius la vérité sur son identité et sur son passé et celui-ci l'encourage alors à partir afin d'éviter que Cosette soit
déshonorée si jamais l'ancien bagnard no 24-601 devait être retrouvé. Marius fait à Valjean le serment de ne jamais
rien révéler à Cosette et de justifier son départ pour cause de long voyage d'affaires à l'étranger. Le mariage de
Cosette et Marius a lieu selon son voeu en son absence.
Au mariage: sonnez, sonnez
Invités:
Sonnez, sonnez, annoncez la nouvelle
Carillonnez tout autour de la terre
Chantez, chantez qu'un bonheur éternel
Les accompagne durant leur vie entière
Les Thénardier interrompent la cérémonie. Ils viennent "proposer" à Marius des révélations concernant son
beau-père. En exhibant l'anneau qu'ils avaient volé dans les égouts à son propre doigt, ils lui révèlent malgré eux que
Jean Valjean lui sauva la vie. Marius entraîne Cosette vers la retraite de Jean Valjean tandis que les Thénardier
découvrent les joies d'une "soirée dans le monde".
Mendiants à la fête
Thénardier:
Allons ma biche
Remuez votr'graisse
Secouez vos miches
Un peu d'allégresse!
Vise-moi c'beau linge
Pour un casse-dalle
Un duc, un prince
Et une grosse pédale!
Paris qui froufroute
Paris qui gaspille
Et moi à tu et à toi
Avec tout c'qui brille
Mendiants à la fête
Maîtres de la danse
La vie est choucarde
Du bon coté d'la chance
Tous ces cul-bénis
Respectent la loi
Oui mais la plupart
Sont aussi fauchés qu'moi
À l'église tous les dimanches
Priant Dieu pour ses bontés
Monsieur et Madame Thénardier:
Nous on leur fait les poches
C'est bien plus fastoche
Et c'est moins risqué
Guinchez mes pigeons
Pendant qu'on vous mate
Nous on fait des plans
Pour vous casser les pattes!
Maîtres du pays
À qui tout profite
Les barricades tombent
Mais nous on ressuscite
On va où le vent nous mène
On flaire l'odeur de l'argent
On s'ra riches comme Crésus, mes frères
C'est en enfer qu'on vous attend!
Marius et Cosette s'agenouillent au chevet de Jean Valjean mourant; le vieil homme s'éteint heureux parmi les âmes de
Fantine et d'Éponine et de tous les héros morts sur la barricade.
Final: C'est Pour Demain
Valjean:
Je n'pars plus seul
Je suis heureux
J'ai revu ton sourire
Maintenant je peux mourir
Cosette:
Vous vivrez papa, vous allez vivre
Moi je veux que vous viviez, entendez-vous!
Valjean:
Oui, Cosette
Défends-moi de mourir
J'essaierai d'obéir
Sur cette page
J'ai confessé mon âme
Des secrets que tu voulais connaître
C'est l'histoire
De celle qui t'a tant aimée
Et qui t'a confiée à moi avant de disparaître
Fantine:
Prends ma main
Délivrée de tes chaînes
Qu'elle te guide
Vers le bonheur suprême
Dieu tout-puissant
Pitié, pitié pour cet homme
Valjean:
Pardonne-moi mes péchés
Et accueille-moi dans ton royaume
Fantine-Éponine:
Prends ma main
Et viens vers sa lumière
Prends l'amour
Qui brille quand la vie s'éteint
Valjean-Fantine-Éponine:
Et garde en toi
Les mots de ta prière:
"Qui aime son prochain
Est plus près de Dieu sur la terre"
Choeurs:
À la volonté du peuple
Dont on n'étouffe jamais la voix
Et dont le chant renaît toujours
Et dont le chant renaît déjà
Nous voulons que la lumière
Déchire le masque de la nuit
Pour illuminer notre terre
Et changer la vie
Il viendra le jour glorieux
Où dans sa marche vers l'idéal
L'homme ira vers le progrès
Du mal au bien
Du faux au vrai
Un rêve peut mourir
Mais on n'enterre jamais l'avenir
Joignez-vous à la croisade
De ceux qui croient au genre humain
Pour une seule barricade qui tombe
Cent autres se lèveront demain
À la volonté du peuple
Un tambour chante dans le lointain
Il vient annoncer le grand jour
Et c'est pour demain
Joignez-vous à la croisade
De ceux qui croient au genre humain
Pour une seule barricade qui tombe
Cent autres se lèveront demain
À la volonté du peuple
Un tambour chante dans le lointain
Il vient annoncer le grand jour
Et c'est pour demain
C'est pour demain!
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