La prière de Jésus-Christ :

Les évangiles nous décrivent ce que le Christ a fait pour nous et mettent l'accent sur ce qu'il nous faut savoir pour vivre avec lui (et même en lui), ce n'est donc pas pour rien qu'ils nous le montrent souvent en prière.

Où prie Jésus?

Souvent dans la solitude (montagne, désert, lieu retiré), normal, il nous enseigne de prier dans le secret en coeur à coeur (Mat 6,6). Mais il n'a pas hésité à prier en public (quand il se fait baptiser par Jean) ou avec quelques disciples bien choisis (la transfiguration Luc 9, 28, le mont des oliviers, Mat 26,30), même si la prière devait se finir en théophanie (La divinité se manifeste). Il a également prié devant tous pour chasser des démons (Marc 9,29), pour imposer les mains (Mat 19, 18), ou pour participer aux prières juives comme les psaumes (Mat 26,30, Marc 14, 26) ou sous le coup d'une action de grâce (Mat 11,25, Luc 10, 21, jean 11,41). Il a prié sur la croix, au coeur de la souffrance. Les évangiles ne nous le montrent pas priant au temple mais plutôt enseignant la foule ou ses disciples. Il faut dire que le nouveau temple, c'est lui. Toutefois, son zèle pour la maison du Père le dévore (Ps 69, 10) et nous le voyons chasser les marchands du temple (Jean 2 13-22) tout en annonçant qu'il est le Temple qu'on détruira et qu'il rebatira en trois jours. Jésus est venu purifier la "maison de prière", qu'elle soit le temple de l'ancienne alliance ou notre coeur, temple de la nouvelle alliance où l'Esprit Saint a fait sa demeure.

Quand prie Jésus?

Sans cesse si possible, c'est lui qui le conseille (Luc 18, 1). Il passe souvent la nuit en prière. Il prie au moment de demander une guérison, une libération ou un exorcisme. Il prie enfin particulièrement aux moments importants comme le choix des disciples (Luc 6,12), avant de prêcher (Marc 1, 35), avant la profession de foi de Pierre (Luc 9, 18), pour Pierre dans la tourmente (Luc 22,31). Il prie aussi pendant que la barque des apôtres est secouée par la tempête et qu'ils se croient, eux, abandonnés (Marc 6, 46).

Comment prie Jésus?

Il ne semble pas avoir eu d'attitude préférée mais les évangiles nous le décrivent levant les yeux (Marc 7, 34, Jean 11, 41), à genoux (Luc 22,41), en tressaillant (Luc 10, 21) ou face contre terre (Mat 26, 39) au moment de sa prière d'agonie, ce qui peut laisser penser qu'il reflétait corporellement l'objet de sa prière, corps et âme, tressaillant pour rendre grâce, se jetant au sol quand il est abattu.

Pourquoi prie Jésus?

Il prie pour prier, parce que le lien avec son Père est un  lien d'amour vivant. Il prie pour rendre grâce (Mat 11,25, Luc 10, 21, Jean 11,41), pour demander sa gloire(Jean 17, 1),  pour son Eglise (Jean 17, 9 et 17), pour que l'Esprit Saint (le Paraclet) vienne après sa mort (Jean 14, 16),

La prière qu'il nous enseigne : le Notre Père.

Comme la prière de Jésus, le Notre Père est simple et direct, et exprime à la fois la soumission et l'amour. Il contient la louange en son début et la demande en sa fin, unissant ainsi l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Il inclut aussi une demande que Jésus, sans péché, ne pouvait faire pour lui même : "Pardonne nous nos offenses" mais pour laquelle il intercède pour nous. Séparés de Dieu par le péché, nous ne pouvons nous présenter devant lui qu'en étant réconciliés par Jésus-Christ. En Jésus-Christ, nous sommes fils par adoption (Galates 4, 5 et Ephésiens 1, 4-7) et nous pouvons dire "notre Père".

Louange : le Nom de Dieu est sanctifié quand sa Volonté est faite et alors son Règne arrive.

Demande : confiance remplie d'espérance pour le pain quotidien, le pardon des offenses, la délivrance du mal et de la tentation.

Sa prière suprême : sa passion.

Lors de la Cène, il prie pour ses disciples présents et futurs. A ce moment, il vit de façon anticipée et priante, sa mort prochaine, c'est cette prière, sacramentelle, que nous relisons à chaque messe, au moment de l'Eucharistie. Ensuite au mont des Oliviers, dans sa prière ardente, il révèle aux disciples (et au lecteur de l'Evangile) l'agonie qu'il ressent et donc le sens et l'enjeu de sa mort prochaine : un sacrifice filial pour rendre gloire au Père, et racheter l'humanité. Sur la croix, enfin, ses dernières paroles sont prière et notamment une reprise des psaumes 22 (Mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné ?), le psaume du désespoir qui se transforme en espérance, et 31 (Père entre tes mains je remets mon esprit), le psaume de l'appel à Dieu dans l'épreuve.

"C'est sur la croix que tout s'accomplit, mais Jésus anticipe son sacrifice quant à sa substance spirituelle, deux fois, la nuit où il fut livré : une première fois pour  en instituer la célébration sacramentelle, avec le ministère correspondant, dans la chambre haute du Cénacle, une seconde fois pour en réveler le véritable contenu, dans l'agonie du jardin. Ces trois actes d'une unique Passion ont été remplis de prière." Cardinal Y. Congar dans Jésus-Christ (p 96).

Conclusion

Jésus totalise en lui la prière du monde, celle qui manquait, celle qui a précédé sa venue parmi nous, et celle qu'il a suscitée et qu'il continue de rassembler. Prêtre, il prie pour nous et il est notre médiateur (Hébreux, 4, 14-15), il nous englobe dans son offrande. Roi, il est le chef d'un corps et nous rassemble en une prière parfaite. Dieu, il est prié par nous. Ainsi, dans notre prière personnelle ou collective, c'est de notre union au Christ que tout dépend, et c'est le Saint Esprit qu'il nous a envoyé qui nous unit à lui en criant en nous "Abba, Père" (Ro 8,15).

"Il est le tout de la prière du monde. Du jour où la deuxième Personne de la trinité a pris chair dans le sein de Marie, un coeur parfaitement filial a commencé de battre dans le monde ; il a existé une conscience et une liberté humaines qui se sont ouvertes et offertes à Dieu pour que sa volonté de salut put se déployer parfaitement. le monde a eu son centre ou son sommet de prière d'adoration, d'imploration, de communion au mystère de Dieu et d'action de grâces." Cardinal Y. Congar dans Jésus-Christ (p 106).

Pour aller plus loin :

* Comment prier