Qui est "la grande foule" de l'Apocalypse Sept ?


(Réponse à une question posée par les Témoins de Jéhovah)

par Ken GUINDON


Introduction

Est-il possible de donner une réponse simple à une question simple ? Oui, c'est possible. Néanmoins, on peut se demander si une réponse simple suffira pour qu'elle soit acceptée par tous ?

Lorsqu'on pose une question biblique, on a droit à recevoir une réponse biblique. Parfois la réponse peut être
simple et courte, tout dépend de la question et de celui qui la pose. Par exemple, une question à propos de la
géographie de la Palestine peut recevoir une réponse simple. Si on demande : Dans quelle ville est né le Sauveur
selon le récit de Matthieu ? Tous seront d'accord pour dire : à Bethléem en Judée (Mt 2,1). Il n'y a pas là trente-
six façons de comprendre ce récit historique. Si nous avons affaire au livre de l'Apocalypse, nous devons cependant
nous attendre à plus de difficultés. Pourquoi ? Parce que selon l'auteur, il nous livre "ce qui doit arriver bientôt" et
il le fait par le moyen de "ses visions" (Ap 1,1-2).


Quelques règles

Il est une règle de l'interprétation biblique qui fait que l'on doit tenir compte du genre littéraire lorsqu'on désire interpréter la Bible. Cela est nécessaire puisque la Bible est en réalité une bibliothèque de livres, chacun
possédant son genre littéraire propre. En second lieu : a) on ne doit pas tirer des conclusions à partir d'un texte
isolé ou unique et, b) on doit interpréter un texte qui est obscur ou présenté par images (comme dans la littérature apocalyptique) à la lumière de passages clairs. Cela est évident pour tout étudiant formé dans l'interprétation
des textes.

Le livre de l'Apocalypse est un livre de symboles, d'images et de visions. On y trouve un dragon à sept têtes, des
bêtes, et des chiffres (trois, quatre, six, sept, douze, 1 000 et 144 000). Leur interprétation doit reposer sur des
fondements sûrs ; c'est-à-dire sur toute la Bible ainsi que sur l'étude de la littérature apocalyptique en général. Et
les Chrétiens n'oublierons surtout pas les commentaires des "Pères de l'Eglise".

Cela dit, comment répondre à la question : Qui est la grande foule de l'Apocalypse chapitre Sept ? On note, d'abord,
que les deux premiers présidents des "Etudiants de la Bible", connus aujourd'hui comme "Les Témoins de Jéhovah", enseignaient que la grande foule était composée de personnes qui allaient au Ciel. En 1935, J.F. Rutherford,
président de la Tour de Garde depuis 1916, changea d'avis et présenta une nouvelle "lumière". Il dit, que selon la
Bible, les membres de la grande foule n'iront pas au Ciel mais ils habiteront éternellement la terre. Il expliqua
formellement que la grande foule était identique aux "autres brebis" dont Jésus parla dans Jean 10:16. Puisque cet enseignement est répandu par une prédication de porte en porte, nous voyons l'intérêt de notre question : Qui est
la grande foule dont nous parle l'Apocalypse ?


Nous proposons de procéder de la manière suivante : étudier l'enseignement de Jésus dans les Evangiles, surtout le
contexte de Jean 10:16, et ensuite, examiner la doctrine des premiers chrétiens dans les Actes des Apôtres et dans
les écrits de saint Paul, et cela fait (ayant commencé par le plus clair et la doctrine ayant été déterminée), chercher
sa confirmation dans l'Apocalypse. Les exigences de notre format nous imposant une certaine économie, beaucoup
de passages ne seront pas cités intégralement. Le lecteur fidèle sera dans l'obligation de les vérifier dans sa Bible,
ce qui est néanmoins l'objet de ces études.


Limites du ministère de Jésus et de ses apôtres

Commençons par les Evangiles. D'abord, il nous faudra découvrir les limites que Jésus fixa pour son ministère
(et pour celui de ses disciples). Nous verrons ensuite les conditions pour une extension de ce ministère après son
ascension au Ciel.

Après avoir choisi ses douze apôtres, Jésus les envoya prêcher avec cette restriction : "Ne prenez pas le chemin
des païens et n'entrez pas dans une ville de Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël."
(Mt 10,5-6). Quand Jésus était dans la région de Tyr et de Sidon, il fut confronté à une requête de guérison de la
part d'une païenne. A la demande de ses disciples qui lui dirent : "Fais-lui grâce", Jésus répondit ainsi : "Je n'ai
été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël
." (Mt 15,21-24). Nous concluons alors que l'oeuvre de
Jésus fut limitée aux Israélites, et, s'il fit quelque chose chez les païens, ce fut quelque chose d'exceptionnel. Or,
plus tard, après sa résurrection, l'Evangile serait prêché à toutes les nations, sans tenir compte de la race, la langue
ou l'ethnie. (Voyez Mt 21,23 ; 23,37-39 ; 24,14 ; 28,18-20 ; Lc 24,44-48). Avant de les quitter, Jésus leur dit :
"Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre."
(Actes 1,8). Ces paroles seraient déjà réalisées à la fête de la Pentecôte (Actes 1,4-11).


Jean Chapitre 10 Le Bon Berger et les autres brebis

Avant d'aller plus loin, lisez Jean Chapitre Dix (versets 1-18 et 26-30). Selon la version Segond, Jésus parle de
"ses propres brebis". Voici, ci-après, quelques leçons que nous retirons de cette illustration sur le Bon Berger
(Pasteur) et ses brebis.

1) Le berger a ses propres brebis et elles lui appartiennent.
2) Dans les versets 11,15 et 29-30 (comparer Ezéchiel 34), il y a plusieurs fois une comparaison entre Jésus et le
Père.
3) Connaître ses brebis et être connu des brebis n'est pas une simple connaissance intellectuelle, mais est plutôt
une relation de vie, d'expérience (voir Mt 7,23 ; 11,25-27 ; connaître est un terme biblique, voyez Genèse 4,1).
4) Personne n'aura la vie éternelle s'il ne passe par Jésus qui est la porte de la bergerie (Jn 10,7.9.27-28).
5) Jésus conduit tous les rachetés comme un berger ses brebis, (Jn 10,4.9-10).
6) Jésus rend possible le don de la vie éternelle parce qu'il donne sa vie "pour ses brebis" (Jn 10,10-11.15).
7) Entrer en relation avec Jésus, signifie avoir aussi une relation avec Dieu le Père (Jn 10,15).
8) Enfin, puisque Jésus fut envoyé "aux brebis perdues d'Israël" et celles qui le suivaient ne furent qu'un "petit
troupeau" (Lc 12,32 ; Jn 1,5.11), il ouvrit l'esprit de ses disciples à un ministère élargi. Encore d'autres brebis
qui ne faisaient pas encore partie de ce troupeau viendraient se joindre aux premières. Et elles formeraient une
seule bergerie, un seul troupeau, sous un seul pasteur (Jn 10,16).


La question devant nous

Qui sont ces "autres brebis" ? Il faut étendre l'étude à d'autres passages de l'Ecriture sainte. Déjà, nous en avons
une idée d'après ce qui a été dit. Mais contentons-nous de nous montrer de bons étudiants de la Bible et
poursuivons notre enquête.

Quelle ne fut pas la surprise des croyants juifs de voir des païens (peuples des nations non-juives) venir à la foi
par la prédication de l'apôtre Pierre qui annonça Jésus comme le Sauveur de tous les hommes (voyez Actes
10,34-11,1) ! Selon Actes 11,17-18 : "Dieu leur a accordé le même don [...] pour avoir cru au Seigneur Jésus".
"[...] et ils glorifièrent Dieu en disant : « Ainsi donc aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à
la vie ! »" A partir de ce moment, la bonne nouvelle est proclamée à tous, sans considération de race ou d'ethnie
(Actes 13, particulièrement les versets 44-49). Le verset 48 dit : "Tout joyeux à ces mots, les païens se mirent à
glorifier la parole du Seigneur, et tous ceux-là embrassèrent la foi." (comparer Actes 15,13-20).

L'idée d'un grand troupeau de brebis rassemblées de toutes les nations, était une idée incroyable aux fils d'Abraham
(Israël au temps du Christ). Pourtant selon saint Paul, les païens accepteraient le Christ et partageraient la même foi
et le même baptême. "[...] Comprenez-le donc : ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux les fils d'Abraham. Et
l'Ecriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, annonça d'avance à Abraham cette bonne nouvelle :
En toi seront bénies toutes les nations." (Gal 3,6-9). Dans le même chapitre aux versets 28-29, Paul écrivit : "Il
n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu'un
dans le Christ Jésus. Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d'Abraham, héritiers selon
la promesse" (je souligne). Qui oserait nier alors que les peuples croyants d'entre les nations étaient les "autres
brebis" dont Jésus parla en Jean Chapitre Dix ? Le nier serait s'opposer à la Parole de Dieu.


Apocalypse Sept

Tous ces points étant établis par l'Ecriture, l'Apocalypse ne peut que les confirmer, même s'il nous les présente
par des visions ou des images. L'Apocalypse nous enseigne les mêmes vérités mais dans un langage mystérieux,
donc, moins accessible que le reste des Ecritures. Notre travail est facilité maintenant car il a été précédé par une
étude des passages clairs.


L'identité de la grande foule

Qui est donc cette grande foule de toutes les nations dans l'Apocalypse ? Evidemment, ce sont des personnes de
toutes les nations, de toutes les races, qui croient en Jésus-Christ et reçoivent le baptême en son nom. Elles
deviennent, avec les croyants juifs, un seul troupeau, héritant de la promesse faite à Abraham, sans distinction
de race. Elles possèdent la même foi, la même vie en Jésus, elles ont le même Dieu, le même Sauveur qui a goûté
à la mort pour tous. En effet, elles ont une seule et même espérance ! (voir Ephésiens 2,11-22 ; 3,8-9 ; 4,3-6).

Tous les chrétiens bénéficient des mêmes bénédictions, il n'existe pas deux "classes" ou deux groupes dans le christianisme, ayant chacun un appel différent [selon les Témoins de Jéhovah, uniquement 144 000 personnes
vont au Ciel
, les autres rachetés vivront éternellement sur la terre !].
Tous les chrétiens sont incorporés au Christ par le baptême et ils sont appelés à partager avec Lui sa demeure au
Ciel (Jn 14,2-3). Ils ont un seul et même médiateur Jésus-Christ (1 Tm 2,4-7).
Tous les chrétiens sont conduits par l'Esprit-Saint (Rm 8,9.11.14-17).


Les 144 000 et la grande foule

Il y a de la place pour des différences d'opinion dans l'interprétation de visions et d'images, vu la difficulté du
langage qui est "signe". Mais si nous nous souvenons des faits appris dans les Evangiles, les Actes et dans les
Epîtres, nous savons que les deux groupes, Juifs et païens, ne forment plus qu'un dans le Christ. Les Juifs et les
rachetés des nations (les "autres brebis") reçoivent tous la vie éternelle en Jésus-Christ.

Dans Apocalypse Chapitre Six, l'apôtre Jean décrit la grande tribulation et la fin du monde. Dans le Chapitre Sept,
il nous fait entrevoir les "sauvés". Pour chaque groupe il utilise un langage particulier. Parlant de sauvés juifs, il
brosse un tableau juif. Le chiffre 12 (douze fils d'Israël, douze tribus, douze apôtres) est multiplié par 12, puis
multiplié par 10 élevé à la puissance de trois (un cube, on y aperçoit aussi une référence à l'Ancien Testament,
pensez au tabernacle).

Voilà ce que nous voyons dans la première vision. Les croyants juifs sous l'image de 144 000, un petit nombre d'élus comparés à la grande foule (ou "foule immense", Bible de Jérusalem) que "nul ne pouvait dénombrer" car ils devaient
venir de "toute nation, race, peuple et langue" (Ap 7,9). Celles-ci sont les "autres brebis" (Jn 10,16) et Jean les voit
au ciel ! Dieu ne fait pas le tri des gens selon des dates (1935) ou des critères imaginés par les Témoins de Jéhovah.

Il est évident que saint Jean nous présente deux visions (7,1 et 7,9) des rachetés. Selon certains, la vision du premier groupe, les 144 000, nous fait voir tous les élus. Personnellement, je préfère voir dans les 144 000 les élus juifs et,
dans la seconde vision (7,9), la grande foule des élus de toutes les nations qui se trouveront dans le Ciel avec
l'Agneau leur Berger. Cette façon de voir tient compte de l'idée que les Juifs se faisaient du monde.

Les membres de la grande foule ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang précieux de l'Agneau (J.-C.). Au verset
15, "C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple", (je souligne). Et au
verset 17 : "Car l'Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de
la vie
." Reprise des images bibliques de la vie pastorale en Israël.

Quelle est la position des 144 000 ? Pourrait-elle être différente de celle de la foule immense après tout ce qui a
été dit ? L'Ecriture présente les 144 000 (ceux de souche juive) comme étant avec Jésus sur le mont Sion (image
biblique [juive] tirée de l'Ancien Testament). Les 144 000 sont aussi des vainqueurs et rachetés par l'Agneau. Ils
sont aussi devant le trône. L'apôtre Jean nous les dépeint ainsi : "ils chantent un cantique nouveau devant le trône
et devant les quatre Vivants et les Vieillards" (Ap 14,3, je souligne). Ils se trouvent donc au Ciel avec la foule
immense (comparer 7,9 et 19,1 qui dit "foule immense au ciel").

Puisqu'ils furent Juifs et eurent le privilège d'être les premiers à entendre la bonne nouvelle et à accueillir le Messie,
les 144 000 étaient bien les prémices (14,4) d'une grande moisson (foule) à venir de toutes les nations. Ces prémices
formaient au début un petit troupeau mais, après l'Ascension du Christ, l'Evangile fut prêché à toutes les nations.
Les rachetés (Juifs et non-Juifs confondus) de tous les siècles "sont inscrits dans le livre de vie de l'Agneau"
(Ap 21,27).

Voici l'invitation que le Bon Berger vous tend : "Viens !" "Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement" (Ap 22,17).