Histoire du Sénégal - Independance



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Sénégal, une colonie au statut particulier
De toutes les colonies françaises d'Afrique, c'est le Sénégal qui bénéficiait le plus des faveurs de l'administration métropolitaine : construction du plus beau réseau routier de l'Afrique Noire, édification à Dakar du plus grand complexe universitaire, aménagement des installations portuaires les plus modernes, mise en place des premières industries dans la presqu'île du Cap Vert.
Métropole politique, administrative, militaire, économique, sociale et même culturelle de l'Afrique Occidentale Française, Dakar assume un rôle bien plus considérable que celui d'une simple capitale de république. D'ailleurs, son port dessert également la Mauritanie, la Guinée, le Dahomey (Bénin), le Mali, le Niger, la Haute Volta(Burkina Faso) et même la Côte d'Ivoire. Cependant les années passent, amenant une prise de conscience des peuples d'outre-mer.

Le mouvement nationaliste s'était déjà montré actif avant la Seconde Guerre mondiale. En 1932-1934, le concept de négritude fut forgé par le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon-Gontran Damas. En 1919, les premières grèves ouvrières avaient contribué à éveiller la conscience nationale et des syndicats furent créés, qui devinrent légaux en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, les partis politiques jouèrent un rôle de premier plan: les partis français, et surtout les partis sénégalais ou africains, comme le BDS (Bloc Démocratique Sénégalais) devenu plus tard l'UDS (Union Démocratique Sénégalaise), le BPS (Bloc Populaire Sénégalais) et le groupe parlementaire des Indépendants d'outre-mer.
En contrepartie de leur aide économique et militaire, les Sénégalais espéraient obtenir un assouplissement du régime colonial. Comme la France n'effectua pas la réintégration des anciens combattants, une mutinerie éclata à Thiaroye (30 novembre 1944).
 

La Conférence de Brazzaville
En février 1944, avant même que cessent les combats de la Seconde Guerre Mondiale, le Général De Gaulle réunit une conférence à Brazzaville pour établir la nouvelle politique coloniale de la France. Il parle pour la première fois d'indépendance. A partir de là s'engage un processus de décolonisation. Les réformes se succédèront tout au long des quinze années qui suivirent le conflit mondial.

Le 22 août 1945, une ordonnance établit que les élections auront lieu outre-mer au Double Collège, qui comprend, d'une part les citoyens français et ceux des quatre communes, et d'autre part les "indigènes", c'est à dire les citoyens de l'empire. En novembre de la même année, Amadou Lamine Guèye est l'élu du Premier Collège, Léopold Sédar Senghor, celui du Second. Les deux hommes appartiennent l'un et l'autre au Parti Socialiste (S.F.I.O). La constituante hésite alors entre l'assimilation totale, telle que les promoteurs de la Conférence de Brazzaville la souhaitent, et l'association.

La Constitution de 1946 crée l'Union Française, qui modifie le statut des colonies. L'«Empire» devient l'«Union Française», et les «colonies» des «départements et territoires d'outre-mer».
La même année, 25 avril, est votée la loi dite "Lamine Gueye", qui stipule que "tous les ressortissants des territoires d'outre-mer ont la qualité de citoyen au même titre que les nationaux français de la métropole ou des départements d'outre-mer". En résumé, elle donne la citoyenneté française à tous les Africains de l'ancien empire (AOF). Au même moment, Houphouët Boigny fait voter la suppression du travail forcé dans les colonies. Une loi abolit l'«indigénat», une autre le travail forcé. Le 27 octobre de la même année, la Constitution de la IVe République institue l'Union Française.

Aux élections législatives de 1946, Senghor et Lamine Guèye sont réelus. Amadou Lamine Guèye devient secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil du Gouvernement de Léon Blum. Deux députés et deux sénateurs représentent le Sénégal au Parlement français. Toute évolution de type fédéraliste semble interdite puisque le Sénégal fait partie intégrante de la République française.

Senghor, élu sous l'étiquette socialiste (S.F.I.O), ne tarde pas à comprendre que seul un parti authentiquement africain peut permettre de répondre aux aspirations du peuple. Rejetant le Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A), alors très proche des communistes, il fonde en 1948, le Bloc Démocratique Sénégalais (B.D.S). En 1951, aux élections législatives françaises, il bat de très loin le candidat S.F.I.O Lamine Guèye.

En 1952, le Code du Travail d'Outre-Mer reconnaît aux Africains le droit aux congés payés et aux allocations familiales, et limite le temps de travail hebdomadaire à 40 heures. Les événement s'accélèrent. La guerre d'Indochine, les débuts de la guerre d'Algérie, l'immobilisme de la politique française d'outre-mer, l'indépendance des anciens protectorats du Maghreb et les efforts de décolonisation des britanniques en Afrique Occidentale alourdissent le climat. A partir de 1955, les partis politiques sénégalais durcissent leurs positions.
 

La Loi Cadre Gaston Deferre
Le 23 juin 1956, l'Assemblée Nationale vote la Loi-Cadre de Gaston Deferre. Celle-ci modifie le statut des colonies d'Afrique Noire : elle accorde le suffrage universel aux populations, renforçe les pouvoirs de l'Assemblée Territoriale mise sur pied en 1946 et opére une décentralisation administrative. L'A.O.F. est divisée en huit états et institue un exécutif local au Sénégal (et non fédéral comme le souhaitait Senghor). En 1958, le Sénégal devient une république au sein de la Communauté Française.
La Constitution de 1958 transforme l'Union Française en une «Communauté Française» et donne leur autonomie aux colonies. Le 28 septembre 1958 a lieu le réferendum par lequel tous les les territoires de l'ancienne A.O.F -sauf la Guinée- acceptent le statut d'Etats membres d'une communauté institutionnelle où ils restent solidaires de la France : par 870.000 "oui" contre 21.000 "non", le Sénégal approuve ce projet. Le 5 novembre 1958, le Sénégal devient une république. Une nouvelle histoire commence. Elle conduira deux ans plus tard à l'Indépendance du Sénégal.

La capitale est transférée de Saint Louis à Dakar. Léopold Sédar Senghor et Modibo Keïta, opposés à ce qu'ils appellent la "balkanisation de l'Afrique", unissent le Sénégal au Soudan, au sein de la Fédération du Mali. Le 25 août 1960, une deuxième constitution est votée, L.S. Senghor est élu président de la République Sénégalaise qui proclame son indépendance et est admise à l'O.N.U.
Quelques semaines plus tard, le Niger et la Haute-Volta se retirent de cet ensemble. En décembre 1959, à l'occasion de la réunion du Conseil Exécutif de la Communauté française de Saint-Louis, Senghor demande solennellement au Général De Gaulle l'indépendance du Mali. Elle est proclamée le 20 juin 1960. Mais au sein du Mali, des divergences ne tardent pas à se produire.

Dans un continent sans cesse secoué par les coups d'état et les révolutions, le Sénégal, fidèle aux principes de la démocratie, offre depuis quatre décennies l'image d'un havre de paix et de stabilité. la démocratie est, il est vrai, une vieille connaissance du pays qui, dès le 15 avril 1789, expédiait aux Etats Généraux de Versailles un "Cahier de doléances et de remontrances" et qui, depuis, a toujours eu des représentants au parlement français. Il n'est donc pas étonnant que, depuis l'indépendance, le pays ait connu une certaine stabilité politique et démocratie relative, même si elle ne fut pas toujours sans heurts.