les mots qui saignent
EXTRAIT DE INCANTATOIRERaymond Chassagne
À clore le regard, l'arrivée reprend distance, les joies de misaine - Ô terre ! - se font ombrespendues,et les mots saignent, glissés de destins, un éboulis de songes dans la sanguinolence d'un quotidien bramé de fers-de-lance échoués sur le rocLes mots n'ont de cris que dans le descriptif des douleurs muettes, sur le rictus des espoirs qu'on égorge ou dans la convivialité de la douceur et du chagrinCette écorche d'espoir accrochée aux parois, les mots la regardent (quelles mains saignent alors ?), même les couleurs du sang se muentet c'est soudain verdeur de marais traîtres où, noyées, nos souvenances,afin que plus un mot ne dise l'attenteni le serment ni ce pays émigré de lui-mêmeni ce moi-même émigré de toi-même*...et les morts en allés et les morts en sursis savent l'effroi de nos baisers modulant un paysqui jamais ne fut :paumes décharnées, données-jactanceun encan d'années mortesoù s'épuisent l'histoire et l'encrierRaymond Chassagne
sapriphage - numero 22 - juillet 1994