Lettre de Wim Van Utrecht


J'ai acquis depuis longtemps déjà la mauvaise habitude d'assortir de commentaires critiques les cas d'OVNI qui sont étayés par des documents photographiques, cinématographiques ou vidéo. Le compte rendu des observations du 22 août 2001 par Patrick Ferryn a dans cette optique retenu mon attention (1). Lorsque les images de cet "OVNI" ont été montrées au cours du débat du 4 mars 2002 à la RTBF, j'ai immédiatement été frappé par la ressemblance avec d'autres vidéos d'"OVNI", qui ont suscité une grande attention ces dernières années. Non seulement des lumières analogues ont été filmées au New Jersey le 15 juillet 2001, mais la même chose s'est produite à Stonehenge (18 octobre 1977 et 2 août 1984) (2), à Phoenix (13 mars 1997) (3) et à Greifswald (24 août 1990) (4). L'explication de ce qui s'est passé au dessus de Chaumont-Gistoux ne se trouve pas uniquement dans les images filmées, mais aussi dans quelques détails particuliers que les témoins ont mentionnés. Ainsi, Mlle V., fille de Mme V.L., décrit la forme des objets comme "ronde, bien délimitée" avec "comme du feu en-dessous". De son côté, M. C.F. évoque quatre lumières "de couleur feu, comme le jaune-rouge très pâle que l'on distingue à l'endroit le plus clair d'une flamme". Enfin, M. V.L. décrit comment "une fumée noire s'échappait sur le côté d'un des engins". On peut avec une grande vraisemblance déduire de telles descriptions que les témoins ont vu une série de fusées éclairantes, projectiles remplis d'une matière qui brûle en émettant une vive lumière. Ils retombent suspendus à un petit parachute et, par temps calme et en présence d'un fort courant ascendant d'air chaud, peuvent rester plusieurs minutes en l'air. La donnée supplémentaire que les lumières bougeaient avec le vent ne laisse subsister guère de doute que, comme dans le New Jersey, à Phoenix, à Stonehenge et à Greifswald, des fusées éclairantes étaient responsables des observations. Les fusées ont probablement été lancées en direction de l'ouest depuis la base militaire de Beauvechain, et ont de là dérivé vers le sud. Une autre possibilité est qu'elles ont été lancées avec une arme de poing par un quidam. Cela s'est déjà produit, par exemple au cours d'un fête de plein air à Scheveningen (Pays-Bas) dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2001. Il en était également résulté des observations d'OVNI (5).

Je profite de l'occasion pour approfondir quelque peu deux autres dossiers qui ont été traités par la SOBEPS et où l'intervention du soussigné a été évoquée.

Il s'agit d'abord de la fameuse "boule blanche" que les gendarmes d'Eupen avaient observée le 29 novembre 1989 au dessus du lac de la Gileppe et dont Paul Vanbrabant et moi-même avons rendu Vénus responsable (6). Le professeur Meessen s'est alors donné une peine extrême pour réfuter notre hypothèse. Il s'est surtout fondé pour cela sur des détails incertains et souvent contradictoires dans les déclarations des témoins. On peut se demander pourquoi notre explication a suscité une telle opposition. Non seulement l'élévation et l'azimut semblent bien correspondre (en tenant compte de l'heure, telle qu'elle est indiquée dans les premiers résumés de l'observation qui ont été publiés), mais il est aussi d'une importance capitale que les témoins n'ont remarqué qu'une seule lumière blanche (si un objet inconnu s'était réellement trouvé à l'horizon sud-ouest au moment de l'observation, ils auraient dû voir juste à côté la très brillante étoile du berger). Les points lumineux observés à une certaine distance à droite et à gauche de la boule blanche, devenus des sphères rougeâtres au fil de l'entretien avec le professeur Meessen (un seul des deux gendarmes pense avoir vu également des "faisceaux de lumière"), étaient à l'époque un peu plus difficiles à expliquer. Une note à propos de phénomènes optiques sur le site web Science@NASA (science.nasa.gov) m'a récemment permis d'éclaircir ce détail bizarre. Il est en effet ressorti de récentes observations que des taches lumineuses peuvent apparaître non seulement des deux côtés du soleil et de la lune, mais aussi de Vénus. Ces "paravénus" (7) sont, comme les parhélies et parasélènes, causés par la lumière qui est déviée sur les petits côtés de plaquettes de glace en suspension dans l'air. Une couche d'inversion, comme celle qui existait le 29 novembre au dessus de la Belgique, en assure la stabilité (comme aucune turbulence verticale ne peut se produire à la hauteur d'une couche d'inversion, les plaquettes de glace restent bien horizontales). Seuls les mouvements d'éloignement et de rapprochement des points lumineux par rapport à la boule demeurent énigmatiques, mais sur ce point aussi les déclarations des gendarmes ne sont pas univoques. Si nous supposons que les minces cristaux de glace étaient animés d'un léger mouvement ondulatoire, cela aurait eu pour conséquence que les reflets s'estompaient périodiquement. Peut-être cela a-t-il donné l'impression que les points rouges disparaissaient "avec une grande vitesse" dans la boule blanche. Le fait que le spectacle présentait une symétrie par rapport aux témoins renforce le soupçon qu'un phénomène optique était responsable de cette partie de l'observation.

Un autre point fort de la vague belge est la dia de Petit-Rechain. L'imitation que j'en ai faite avait seulement pour but de montrer, contrairement à ce qui est avancé dans VOB I, que des moyens importants n'étaient pas nécessaires pour réaliser une photo analogue. L'analyse comparative qu'a effectuée le professeur Acheroy indique que la façon dont la photo a été réalisée (un triangle de papier noir a été collé sur un morceau de carton bleu, pourvu de petites perforations et placé devant quelques lampes) ne pouvait pas être la même que celle dont la dia de Petit-Rechain avait vu le jour. Les analogies générales sont néanmoins frappantes et il est arrivé plus d'une fois que mon imitation soit prise pour la dia réelle. J'avais dès lors espéré que ma tentative inciterait les chercheurs à expérimenter plus loin dans cette direction. Il me paraît clair qu'il y a des raisons suffisantes de douter de l'authenticité de la dia de Petit-Rechain : bien qu'elle montre quatre vives sources de lumière qui, compte tenu du zoom utilisé et de la dimension des lumières sur la dia, auraient dû être toutes au moins aussi grandes que la lune, personne d'autre n'a apparemment aperçu cet objet colossal à Petit-Rechain ou aux environs. En outre, l'amie du témoin principal n'a pas vu beaucoup plus que "trois points lumineux blanc-jaunes, ronds, disposés en triangle, et par la suite une autre lumière au centre". C'est pour moi aller trop loin que de chercher une solution à ces contradictions en invoquant un rayonnement extraterrestre invisible qui a impressionné le film dia. Il est plus logique de supposer que les témoins ont pris une configuration classique des feux d'un avion pour un OVNI et que le photographe ou quelqu'un de son entourage a concocté par après une spectaculaire observation d'OVNI. Le fait est que, comme aucun détail n'apparaît en arrière-plan, il est extrêmement difficile d'estimer de façon concluante la taille réelle de la forme triangulaire et des lumières.

Wim van Utrecht
Directeur du Projet Caelestia
(traduit du néerlandais par Jacques Scornaux)


Notes et références