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Daniel Bréchat, MPME, explique : « Comment j’ai échappé à la mort »

24 Heures - 2/14/2005 12:54:12 AM

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Le président du Mouvement des petites et moyennes entreprise (MPME), Daniel Bréchat, a échappé à la mort le 8 février dernier. Depuis son lit d’hôpital, au 43e Bima, nous avons eu un entretien téléphonique avec le patient. Licorne ayant interdit toute visite de journaliste à M. Bréchat. Ce dernier nous a fait vivre le film de son assassinat manqué, dans les moindres détails, et se dit déterminé à poursuivre son combat de défense des PME en Côte d’Ivoire. Fidèle à son franc-parler, il interpelle les autorités sur l’insécurité.

Q:M.
Bréchat, pour éclairer les lecteurs, est-ce que vous pouvez revenir sur les circonstances de la tentative d’assassinat dont vous avez été victime ? R:Le mardi 8 février, je devais effectuer un voyage en Europe pour des raisons professionnelles.
A 19h30, j’ai pris ma voiture pour aller chercher des documents au bureau, à 500 mètres environ de ma maison.
Sur le chemin, une 4x4 de couleur sombre m’a pris en chasse et m’a coincé pour me contraindre à m’arrêter.
Deux occupants de la voiture sont descendus pour s’installer dans mon véhicule.
Ils étaient armés et vêtus de treillis kaki bariolés.
Sous la menace des armes, ils m’ont obligé à continuer de rouler mais vers la Riviera.
Le premier se trouvant à mes côtés avait braqué son pistolet sur ma tempe alors que le deuxième, derrière, avait sa kalachnikov dans mon dos.
Derrière nous, la 4x4, avec deux autres occupants, nous suivait.
Arrivé à la Riviera au carrefour entre Mbadon et Akouédo, ils m’ont fait emprunter des pistes pour se retrouver dans la broussaille.
Quand ils m’ont dit de stationner, j’ai eu le réflexe de ne pas couper le moteur.
Ils ont commencé à me frapper.
Un d’entre eux a allumé une cigarette et m’a brûlé sur l’avant-bras gauche.
L’autre a sorti un couteau pour me taillader.
Pendant le supplice, ils me traitaient de sale français.
Bref, toute une série de propos xénophobes et racistes.
Entre temps, la 4x4 était à une certaine distance et ses occupants nous observaient de loin avec des kalach.
Celui qui semblait être le chef est mince, élancé.
A un moment, il a dit : « Ça suffit, tu vas mourir mais tu vas souffrir d’abord ».
Il s’est alors dirigé vers les deux autres, vers la 4x4.
Le dernier qui était resté près de moi a alors armé son pistolet et l’a pointé vers moi.
Etant seul avec lui, je me suis dit qu’il fallait automatiquement faire quelque chose.
J’ai eu un réflexe de survie.
J’ai attrapé le pistolet et je lui ai tordu la main.
Mais un coup de feu était parti et j’ai reçu la balle au ventre.
J’ai continué à lutter avec lui et un deuxième coup de feu est passé tout près de mon visage.
Finalement, j’ai réussi à le frapper au visage et il est tombé.
Il faut dire que les autres, dans le noir, trouvaient normal d’entendre ces coups de feu car croyant que leur collègue exécutait l’ordre de m’abattre.
Mais quand ils se sont rendus compte que c’était la bagarre, ils ont commencé à se rapprocher.
Mais j’avais déjà pu sauter dans la voiture et j’ai entendu des coups de feu derrière moi.
Ils m’ont pris en chasse, mais j’avais une centaine de mètres d’avance et quand j’ai retrouvé le bitume, j’ai pu leur échapper.
Q:Comment vous êtes-vous retrouvé au 43e Bima ? R:Il faut dire que sur le pont, la police m’a arrêté au barrage.
Ils ont constaté que je venais d’être agressé et m’ont laissé partir.
A la maison, tout le monde m’attendait car je devais voyager et on ne me voyait pas.
C’était l’inquiétude.
J’ai donc demandé qu’on aille prévenir un élément de Licorne en faction non loin de la maison.
La maison a été aussitôt sécurisée.
Je suis monté dans ma voiture avec mon chauffeur et une jeep de Licorne nous a escortés jusqu’au Bima.
Je ne voulais pas aller en clinique ailleurs car mes bourreaux étant en treillis, je craignais qu’ils viennent achever leur action.
C’est pourquoi j’ai voulu aller au Bima.
Là, le médecin m’a opéré et j’ai reçu les autres soins.
Q:Comment expliquez-vous cette tentative d’assassinat.
N’y a-t-il pas des actes ou des paroles qui ont trahi vos tueurs ? R:J’ai entendu plusieurs phrases : « Vous vous croyez tout permis ; vous n’êtes pas dans votre pays ; vous n’avez rien à dire ».
Ce qui est clair, ce n’était pas des voleurs.
J’avais un peu d’argent sur moi pour mon voyage, mais ils n’ont rien pris.
Q:Qui peuvent être ces tueurs ? Vous avez dit qu’ils étaient en treillis ? R:Vous savez il y a tellement de milices.
Tout le monde porte des treillis.
On m’a dit qu’à Yopougon, on peut acheter une kalachnikov pour quelques dizaines de billets de CFA.
Cette tentative peut être motivée par la haine, la vengeance, la jalousie.
Car je suis président du MPME et, récemment, j’ai été président de l’ASE (Appui et service aux entreprises).
M.
Jean-Baptiste Amethier malade, m’a également demandé d’assurer l’intérim de la présidence de la Fédération ivoirienne de petites et moyennes entreprises (FIPME).
Q:Ne pensez-vous pas que vos discours directs gênent certaines sensibilités ? R:Je suis apolitique, totalement.
La Côte d’Ivoire est mon pays d’adoption.
Je me garde de faire de la politique.
Mon combat, c’est la défense des PME.
C’est vrai que mes prises de positions peuvent déranger.
Je voudrais qu’on se garde de récupérer et de politiser mes propos, tout comme mon agression.
Une enquête est en cours à la gendarmerie.
Une accusation d’assassinat est un acte grave qu’il faut gérer avec responsabilité.
Q:Ne garderez-vous pas désormais le profil bas.
Cette épreuve avait peut-être pour but de vous intimider.
Quel est le résultat ? R:Non, mon moral est bon.
J’ai eu plusieurs visites d’autorités, des contacts téléphoniques avec des membres du gouvernement.
Je ne souhaite pas arrêter mon combat.
Je veux continuer à défendre les PME.
Je continuerai à dire les mesures nécessaires pour leur développement.
Il faut par ailleurs, que la sécurité des biens et des personnes soit assurée.
Mon agression en est une preuve patente.
C’est la responsabilité du gouvernement.
Il faut prendre des décisions et poser des actes.
Tous ceux qui habitent la Côte d’Ivoire ont peur, Ivoiriens comme autres ressortissants.
Tout ce que je souhaite, c’est que la Côte d’Ivoire retrouve la paix, l’unité et la prospérité qu’elle n’aurait jamais du quitter.
Q:M.
Bréchat, après près de six jours à l’hôpital, comment ça va ? R:Beaucoup mieux.
Les soins sont excellents.
Je remercie le personnel médical de Licorne.
J’ai pu marcher un peu aujourd’hui (NDLR : hier).
Petit à petit, je reprends des forces.
Q:Vous quitterez votre lit d’hôpital quand ? Je pense, mercredi.
R:Et votre calendrier par la suite ? Je vais me reposer et voir mes enfants.
Mais début mars, je serai en Côte d’Ivoire et je serai opérationnel.


Interview réalisée par Adama KONE

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