Ethnologies comparées


N°7
Printemps 2004

FIGURES SAHARIENNES

Sommaire


AU MIROIR DE L'AUTRE
Chasseurs (Némadi) et pêcheurs (Imraguen)
dans un monde de pasteurs nomades
(Mauritanie)

Corinne Fortier

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       Dans la plupart des pays où la population dominante est sédentaire, la figure de l'autre est celle du nomade[1]. Mais chez les Maures, qui jusqu’à une date récente étaient majoritairement des pasteurs nomades, cette figure est réservée à ceux qui s'adonnent à une autre activité que l'élevage : ce sont les Némadi et les Imraguen qui incarnent cette altérité[2]. Ces deux groupes se sont constitués autour d'une pratique spécifique : pour les premiers, il s'agit de la chasse, activité ayant aujourd’hui quasiment totalement disparu sauf dans la mémoire des plus âgés, quant aux seconds, ils continuent à s’adonner à la pêche sur le banc d’Arguin, une zone actuellement protégée[3]. Parce que leurs modes de vie sont différents, les Némadi et les Imraguen sont particulièrement méprisés par ceux qui pratiquent, ou pratiquaient encore jusqu’à peu, l’élevage. Ce cas n’est pas isolé, puisque de nombreuses sociétés dévalorisent les groupes de pêcheurs et de chasseurs qui existent en leur sein[4].

       Notre travail ethnologique chez les Maures (Fortier 2000) nous a permis d’avoir accès aux discours que le groupe majoritaire tient sur les Némadi et les Imraguen. La confrontation de ces discours aux faits ethnographiques, qu’il s’agisse de données de seconde main ou de celles que nous avons recueillies auprès de membres de ces groupes, montre qu’ils véhiculent des stéréotypes qui renseignent surtout sur ceux qui les profèrent, et dans une moindre mesure sur les communautés concernées.

       Afin de distinguer dans ces discours ce qui relève de l’idéel ou du réel[5], il est nécessaire d’étudier la société qui les a produits mais également les modes de vie des Némadi et des Imraguen qui en sont l’objet. Aussi, à partir de notre ethnographie et de sources plus anciennes, nous restituerons pour chacun de ces deux groupes un certain nombre de caractéristiques : l’origine, l’organisation sociale et matrimoniale, le déroulement de l’activité économique, la division sexuelle du travail, l’habitat, le régime alimentaire et la relation aux bédouins. Ce détour est d’autant plus nécessaire que même si des informations de type monographique existent à leur sujet en particulier sur les Imraguen[6] , elles sont extrêmement dispersées et n’ont jamais fait l’objet d’un travail de synthèse comparative.

 

Les Némadi, la chasse en partage

       Jusqu’à ce que la sécheresse des années soixante-dix ne vienne décimer le gibier, les Némadi vivaient dans l'arrière-pays désertique où ils avaient coutume de chasser. Ils étaient localisés en particulier au nord du pays dans les zones les plus sahariennes, soit, d’une part dans la région orientale du Hawdh al-Shargi, au nord de la ville ancienne de Walata (zhar Walâta), d’autre part dans la région du Tagant, et plus précisément au nord de Tichit (zhar Tishit), et enfin dans la région de l’Adrar, au nord de Chinguetti. Par le passé, ils pouvaient percevoir un tribut (ghavar) sur les caravanes commerciales passant dans le zhar Tichit, ce qui montre qu’en dépit de leur marginalité, ils n’étaient pas soumis à un tribut, caractéristique d’une certaine infériorité statutaire, mais qu’ils étaient même en position d’en prélever un auprès de ceux qui passaient sur leur territoire de chasse.

       Comme des nomades, les Némadi se déplaçaient selon les saisons, non pour faire pâturer leurs troupeaux mais pour débusquer le gibier. Chasser de la même façon que les autres Maures l'outarde (hbara) ou même la gazelle dorcas (ghazlân) était pour eux sans prestige ; ils préféraient se rendre dans des régions arides et difficilement accessibles pour capturer la biche robert (muhr), l'adax (thur mha), l'oryx (thur ûrg), la gazelle dami (dami), ou encore l’antilope (al-wash labiaz)[7]. Certains toponymes témoignent de la présence de ce type d'animaux sauvages dans les régions très désertiques. Ainsi près de Wadane dans la région du Tagant, une localité est nommée « la montagne des gazelles » (galb thlim) et une autre dans le Tiris, au nord de l’Adrar, « la montagne des mouflons » (galb râwi).

       Avant que les fusils n'apparaissent au XVIIIème siècle, les Némadi chassaient à la lance (mazrag), accompagnés de leurs chiens dressés pour pister le gibier. Ces limiers portaient le nom de slugi, terme construit sur la même racine que le terme isalag, qui désigne le fait de chasser avec des chiens, et qui se distingue du terme générique habituellement employé, isayad. Les Némadi différenciaient en outre deux types de chasse, celle de proximité, nommée darassa, qui durait au plus trois jours (Gabus 1976 : 165) et la chasse lointaine d’environ deux mois, appelée gaymâra[8], lors de laquelle les chasseurs partaient avec leur famille.

       Bien que les femmes, comme dans la plupart des sociétés où ce type d’activité est pratiqué n’y participassent pas[9], elles jouaient néanmoins un rôle dans le bon déroulement de la chasse puisqu'elles gardaient l'eau, faisaient sécher la viande, fabriquaient des outres, soignaient les chiens blessés par un coup de corne d'antilope... Les garçons étaient initiés par leur père à cette activité dès qu'ils portaient leur premier pantalon (bû sarwal) selon l'expression hassâniyya, c'est-à-dire dès qu'ils étaient pubères. Ils rêvaient depuis longtemps de rapporter, comme leur père, certains trophées : « [...] rien ne lui paraissait plus noble que d'abattre un mouflon[10] dans les rochers de la montagne ou, au retour de chasse, de décharger au milieu du camp un chameau alourdi de quatre antilopes aux cornes annelées et aiguës » (Brosset 1991 : 27).

       Pour chasser, les Némadi étaient vêtus d'une peau de gazelle très courte nommée daran et ils étaient coiffés d’un bonnet de coton blanc appelé ghaffâra. D. Brosset[11] donne une description rythmée et imagée du départ des Némadi à la chasse (ibid. : 17) : « La main au canon de leurs longs fusils à silex ou de leurs rares fusils Gras à peu près en équilibre sur l'épaule, ils allaient de leur marche rapide et calme de chasseurs ; leurs haillons serrés à la taille par l'écharpe, comme il convient pour le travail et le combat, laissaient voir haut leurs cuisses musclées et brunes ; la plupart avaient leur chevelure sombre prise dans un bonnet de coton qui avait été blanc, et plusieurs portaient en sautoir, fixé sous l'écharpe, un poignard marocain, butin d'anciennes affaires ». Ces poignards témoignent d'un passé guerrier car la plupart des individus venus rejoindre le groupe des Némadi provenaient, comme nous le verrons, de tribus guerrières ; ces poignards de valeur étaient transmis de père en fils ainsi que cela nous a été signalé.

       Les Némadi s'orientaient en plein désert, là où les autres nomades ne s'aventuraient pas, se perdre dans ces régions où les puits étaient rares pouvant être fatal. Ceux qui allaient capturer l'adax gardaient secrète leur direction de peur qu'un autre ne les précède sur leur territoire de chasse (ibid. : 37). Ils partaient à dos de chameau munis d’outres de peau d'adax remplies d'eau, car si ce type de monture pouvait rester très longtemps sans boire, les hommes et les chiens avaient fréquemment besoin de se désaltérer. D. Brosset (ibid. : 41) décrit avec précision les gestes accomplis par ces chasseurs lors de leur halte nocturne : « Les grandes outres posées à terre sur la paille d'alfa arrachée par poignées, les chameaux entravés s'acheminèrent à pas minuscules vers les touffes appétissantes ; les chiens s'allongèrent avides et altérés autour du Nemaday qui dénouait une outre. Le jet pressé de l'eau grisâtre emplit en bouillonnant l'écuelle de bois sombre sous les yeux attentifs. Le Kediri rassemblait des brindilles de had[12] mort, pour le feu. Sid Ahmed, étendant à l'envers les toisons mal tannées (faro) qui lui servaient de couverture et à charger les outres, se mit à piler la viande sèche entre deux pierres ; il en recueillit la poudre et, l'ayant mêlée à trois poignées de farine d'orge grillée, la recouvrit avec les coins de la peau. Quand les chiens eurent bu, que la bouilloire se prit à chanter, ils mouillèrent la farine dans l'unique écuelle et, l'ayant placée entre eux, ils commencèrent à manger en silence ».

       Lorsque les chasseurs avaient repéré sur leur chemin des empreintes d'adax, ils confiaient leurs chameaux à l’un d’entre eux. Les autres partaient alors à pied avec la meute des chiens dressés pour l'affût (skun) et l'approche (irtil) silencieuse. Les Némadi attribuaient à leurs limiers, leurs plus fidèles compagnons de chasse, des noms singuliers en rapport avec leurs qualités dans ce domaine : le « lion » (sba‘), le « coupeur de jarrets » (argâb) ou le « cavalier » (faris) (cf. Puig 1993 : 68). Selon P. Marty (1930 : 122), lors de la chasse, les Némadi proféraient des incantations appelées tiafi qui agissaient bénéfiquement sur les chiens. L’analyse de ces paroles magiques atteste de leur caractère propitiatoire, comme le montre l’une d’entre elles qui se réfère à la « bonne chair » (Gabus 1993 : 166)[13].

       Selon nos propres données recueillies auprès de Némadi de Tichit, jusqu'à huit chiens étaient attachés à une laisse dite lamras qui permettait de les tenir en deux rangées parallèles, ceux de devant étant nommés les « têtes de la corde » (s lamras). Le rabatteur qui partait avec les chiens était désigné par un terme spécifique, dris, tandis que celui qui tuait la bête était plus simplement dénommé « le tireur » (ar-rabat). D. Brosset (1991 : 43-44) décrit de façon quasi cinématographique une scène de chasse némadi : « Les chiens tiraient silencieusement sur leurs laisses. Après quelques centaines de mètres, O. Jam s'arrêta, fit un signe, aborda la crête et, se baissant, se mit à ramper ; les deux limiers l'imitèrent et les autres chiens, avant même que Sid Ahmed ait mis une main à terre, s'étaient rasés. Derrière une touffe O. Jam s'arrêta, se retournant avec une grimace à la fois triomphante et cupide, il indiqua une harde paisiblement confiante. Les premières antilopes en étaient si proches que Sid Ahmed frissonna d'inquiétude et de plaisir [...]. O. Jam enfin découpla. Si vite qu'à l'imiter se hâtât le jeune homme, il ne put lâcher ses chiens avant que les deux ‘têtes de meute’ aient choisi leur victime. Déjà le Nemaday les excitait : ‘Lahgou ! Lahgou ![14] Ouach ! Ouach !’ ».

       Afin d’immobiliser le gibier, les Némadi tranchaient les deux jarrets de la bête (ibid. : 45), pratique connue plus généralement dans la société maure sous le nom de t‘argiba. D’après nos matériaux ethnographiques, la viande du gibier, le lait de leur bétail constitué de camélidés et d'ovins, ainsi que le mil échangé avec les populations du sud, constituaient la principale nourriture des Némadi. Pour les conserver, des quartiers entiers de viande étaient mis à sécher sur le sol pendant deux à trois jours. Une part de la viande séchée (tishtâr) était consommée par les Némadi eux-mêmes ; les côtelettes, particulièrement appréciées, étaient données en priorité à la famille de la chefferie du groupe. Une autre part était échangée avec les habitants des cités anciennes, comme Wadane, Chinguetti, Tichit ou Walata, pour lesquels la viande séchée de gazelle représentait un mets précieux. Les gens de Chinguetti inspirés par la tradition culinaire de Wadane la mélangeaient à des galettes de blé. Celles-ci étaient appelées ksûr (« les cités ») car, comme le pain (khubz)[15], elles étaient confectionnées dans les oasis où les ksuriens cultivaient du blé (Triticum vulgare).

       D’après notre ethnographie, une fois que les hommes avaient dépecé dans le sens de la longueur les antilopes rapportées de la chasse, les femmes coupaient la tête et les pattes (irlilan) de la peau obtenue qui gardait la forme du corps de l'animal. Non tannée, elle était cousue et transformée en une grande outre (garba) servant à contenir de l'eau, ou en un sac appelé akarkuz destiné à conserver la viande séchée. Ce type de peau pouvait être échangé avec les populations du sud contre du mil ou des chiens (Marty 1930 : 120), les Némadi stérilisant leurs chiennes (Brosset 1991 : 59).

 

Un groupe hétéroclite « sans foi ni loi »

       Le mariage chez les Némadi était fortement endogamique du fait de leur activité singulière et de leur statut spécifique dans la société maure. La dot était constituée de tout ce qui pouvait représenter la richesse d’une famille, soit de chiens, du gibier et de peaux de gazelle. Plus précisément, P. Marty (1930 : 121) indique qu’une dot comprenait en général une chienne de race pleine, un chien de race, deux pièces de gibier, trois cordes en peau tannée et trois quartiers de gros gibier[16]. Durant la colonisation, des femmes némadi furent données en mariage à des Français. Une telle pratique est contraire à l’islam qui exige qu’une musulmane épouse un musulman. L’infidèle, même chrétien, étant considéré d’un point de vue religieux comme un mineur, cette pratique matrimoniale relève assurément de l'hypogamie. Elle témoigne du statut inférieur des Némadi dans une société où l'hypergamie est la norme.

       Selon un récit d’origine des Némadi de Tichit, ceux-ci descendraient d'un homme d'origine berbère venu du Maroc dénommé Némadi, terme qui désignerait dans le dialecte berbère local : « l'homme aux chiens ». Un récit d’origine des Némadi de Walata cité par P. Marty (1930 : 123) fait également référence à cet ancêtre dont le nom, dans la langue azer, langue véhiculaire aujourd’hui disparue mêlant le berbère et le soninké, aurait également pour signification : « le maître des chiens ». Selon les Némadi de Walata, qui se trouvent plus près du Mali que ceux de Tichit, cet ancêtre serait venu de l’Azawad avec une meute de chiens. Malgré les variantes de ces deux mythes, il apparaît que les Némadi de Tichit comme ceux de Walata reconnaissent avoir un ancêtre éponyme commun.

       Certains récits du groupe némadi donnent une explication religieuse inspirée de l'idée de repentir (tawba) à leur processus de formation. D’après l’un d’eux, cité par P. Marty (1930 : 120), le fondateur du groupe, Ahmad wuld ‘Aydda, dont descend la famille de la chefferie, appartenait à l'origine à la famille guerrière des Ahal Mankûs de la tribu des Shratit-Zalalfa. Il aurait quitté sa tribu en 1131 H. / 1718-19 J. C. lors d’une bataille qui l’opposait à l’autre groupe le plus puissant de la confédération des Idaw‘ish, les ‘Abakak, et ce, raconte-t-on, parce qu’il était las de faire la guerre à des musulmans. Ce récit insiste sur la religiosité de ce groupe némadi dont l’ancêtre fondateur préféra vivre du produit de la chasse plutôt que du pillage d’autres groupes.

       En réalité, les Némadi sont constitués d'individus de diverses origines tribales devenus chasseurs à la suite de défaites militaires, du pillage de leurs biens, ou encore de l'homicide d'un membre de leur tribu. D. Brosset (1991 : 30-31) rend compte en 1930 de la constitution hétéroclite des Némadi de l'Adrar : « Il n'y avait alors en Adrar que trois vrais Némadis. Originaires du Mouelichie, ils avaient appartenu au campement de Beitouma, mais s'en étaient détachés progressivement ; avant d'atteindre la région de Rhallaouya, ils avaient compté dans le groupe qui, suivant les limites du Tagant, avait abordé l'Ouarane et donné son nom au point d'Aguelt-el-Nemadi. Ces trois-là, qu'aucune tradition familiale ne rattachait plus à aucun clan, affirmèrent bien leur adaptation complète au génie sauvage de la tribu chasseresse en cherchant un isolement toujours plus farouche. Cet isolement, Mahmoud O. Jam, Adrami O. Jmel et Adrami O. Thera l'avaient trouvé dans le Nord de l'Ouarane ; ils avaient acquis du même coup les terrains de chasse à peu près incontestés qu'ils en attendaient. Devenus par nécessité beaux-frères les uns des autres, ils vivaient en une minuscule société sans autres rapports avec les Amoungarijs, les Kounta ou autres gens de l'extrême Adrar, que ceux incertains où les contraignaient des besoins sans rigueur. À la vérité, ils avaient fait école, et quelques Kédadra, quelques Amoungaridjs, les avaient progressivement imités dans leurs audacieuses expéditions ; ayant appris d'eux à s'éloigner de l'eau quatre à cinq semaines, ils poursuivaient aussi l'antilope, mais dédaignaient les chiens et préféraient encore l'atteindre d'une balle à la forcer aux abois ».

        À la différence du groupe némadi de l’Adrar, celui de Tichit est constitué selon nos données d'un ensemble de familles qui connaissent leur origine tribale. La plupart viennent de tribus guerrières comme les Awlâd Dlîm, les Awlâd Taha, les Idayshilli, les Awlâd Billa, les Ja‘vra, les Awlâd Ghaylan. Et certains proviennent plus rarement de tribus maraboutiques comme les Idaybûsât ou encore de groupes tributaires. Un récit des Némadi de Tichit cité par P. Marty (1930 : 120) met en scène un marabout Ida‘wali de Tijikja qui rejoint ce groupe de chasseurs après avoir perdu ses biens suite à un pillage. Par ailleurs, le groupe némadi de Walata serait constitué, selon P. Marty, d'individus d'origine Awlâd Billa, Awlâd Zayd, Tnâgîd, et Gwânîn, tribus qui sont essentiellement guerrières.

       En conséquence, le groupe des Némadi de Tichit, comme celui de Walata, comprendrait des individus de diverses origines, principalement des guerriers, secondairement des tributaires et, plus rarement, des marabouts. Il semble donc faux de croire, ainsi que le laisse entendre le récit de fondation des Némadi de Tichit recueilli par P. Marty, que les hommes qui rejoignaient ce groupe n’utilisaient leur arme que pour la chasse et non en vue de combattre. L’histoire locale a par exemple conservé en mémoire une bataille nommée halla Mwaylishiya à laquelle participaient des chasseurs Némadi. Durant la colonisation, les Français ont par ailleurs profité de leur bonne connaissance du désert et de leurs compétences guerrières en les enrôlant comme goumiers.

       Ce groupe de chasseurs, en raison de la spécificité de leur organisation sociale dans un monde tribal, et de la singularité de leur activité économique dans un univers pastoral, était particulièrement méprisé par les bédouins. Aux Némadi étaient conférés des signes qui témoignaient d'une sous-humanité proche de l’animalité ; selon des données que nous avons recueillies auprès de femmes de ce groupe, leurs enfants étaient par exemple appelés « enfants de chiens » (awlâd al-kalb). Cette désignation tient sans doute au fait que les nomades ne voyaient le plus souvent que des enfants, des femmes et des chiens dans les campements némadi, dans la mesure où les hommes, partis la plupart du temps à la chasse, y étaient rarement présents.

       Pour les bédouins, les Némadi s’apparentaient à des primitifs comme en témoigne le fait qu'ils ne vivaient pas dans des tentes, symbole par excellence de l'habitat civilisé pour un nomade, mais dans des buissons auxquels étaient suspendus des bouts de tissu. Ne possédant ni cheptel, ni objets domestiques, leur pauvreté était stigmatisée dans un monde où la noblesse avait partie liée avec la richesse. Mais en réalité, certains détenaient un petit cheptel d'ovins ou de camélidés qui leur procurait du lait. Ils étaient par ailleurs considérés comme de mauvais musulmans qui ne priaient que par intermittence, ne jeûnaient pas pendant le Ramadan, et mangeaient des charognes ainsi que de la viande non saignée[17].

       Ils étaient censés être le seul groupe à chasser le phacochère (‘ar), alors qu'il était courant dans la société maure de consommer cet animal en période de famine, le principe juridique « nécessité fait loi » (li ad-darûra ahkâm) l'emportant dans ce cas sur l'interdit religieux. Quoi qu’il en soit, ils ne semblaient pas très regardant quant à la licéité de leur régime alimentaire si l’on en croit une formule d’autodérision que nous avons recueillie auprès d’un Némadi : « Si le phacochère est bien gras, il est permis d'en manger, s'il est maigre c'est interdit ». Néanmoins, ils légitimaient la consommation de cette viande en arguant qu'elle était préférable à celle des bêtes acquises illicitement par le pillage (Marty 1930 : 121). D'un point de vue religieux, le gibier n'est d'ailleurs pas consommable dans les mêmes conditions que les animaux domestiques, le droit malékite autorisant la consommation du gibier chassé par des chiens comme le montre un passage de la Risâla de Qayrawânî (s.d. : 159 et 161) : « Tout gibier tué par ton chien ou par ton faucon dressé à la chasse est de consommation licite à condition que tu aies lancé dessus (à dessein) les dits animaux »[18].

 

Les Imraguen, une société de pêcheurs sous domination

       L'origine des Imraguen, si elle reste encore incertaine, est assurément plurielle. La présence originelle d'un peuple appelé Bafour reste hypothétique, il est plus probable que la côte ait été exploitée par des Berbères Sanhaja avant de passer sous la domination de tribus arabes[19]. Il est également vraisemblable que des esclaves, employés comme pêcheurs sur la côte par les Européens installés du XVème siècle au XVIIIème siècle à Portendick et au fort d'Arguin, se soient mêlés à cette population.

       Consécutivement, les premiers contacts entre les Maures et les voyageurs qui abordent la côte mauritanienne, volontairement ou à la suite d’un naufrage, se font par l'intermédiaire des Imraguen. Aussi, des Européens, tel au XVème siècle Valentin Fernandes, ont-ils laissé un certain nombre de témoignages précieux sur ce groupe. Précisément, cet Espagnol note que les Imraguen sont appelés « schirmeyros » par les autres Maures à cause de leur activité de pêcheurs, le terme berbère employé dérivant de « schirme » qui désigne le poisson (Cenival et Monot 1938 : 53).

       De nombreux termes berbères concernant la pêche confirmeraient l'origine berbère de ce groupe ; parmi le lexique que nous avons recueilli auprès des Imraguen, nous pouvons citer à titre d'exemple le terme de tashanart qui désigne la barre de la lanche, tifan, le filet de pêche, azafa, le caleçon en peau de gazelle des pêcheurs, et amshishîk, l'éclaireur alertant de la présence de bancs en vue. Le lexique propre aux poissons est majoritairement composé de mots berbères, comme azawl pour le mulet ou intawd pour la dorade.

       L'histoire des Imraguen semble marquée par leur incapacité à assurer leur défense, ce qui les a contraints à se mettre sous la protection d'autres groupes dominants. Au XVème siècle, V. Fernandes (ibid. : 117) signale que, pour échapper aux exactions des tribus arabes, les Imraguen demandèrent de l’aide aux Portugais[20]. Au XVIIIème siècle, ils dépendaient de l'émir du Trarza dont les droits étaient reconnus du sud d'Arguin jusqu'au Sénégal. Ils donnaient d’autre part un tribut (ghrama) de trente pièces de guinée et de trois pains de sucre aux émirs du Tagant et de l'Adrar.

       Malgré ces tributs versés en échange de leur protection, les rezzous des tribus du Nord étaient fréquents et les Imraguen essayaient de s'en prémunir de la manière suivante : « Comme les guerriers du Nord, Oulad-Bou-Sba, Oulad-Delim et surtout El-Gorah, viennent assez souvent en rezzou dans les villages où ils s'emparent du poisson sec, des bourricots et des captifs, les Imraguen, prévenus par ceux des leurs qui se trouvent plus à l'est et au nord, de l'arrivée des guerriers, prennent toutes les dispositions nécessaires pour être pillés le moins possible. Ils entassent dans le canot les femmes, les enfants, les vieillards et ce qu'ils ont de plus précieux, puis ils l'envoient au large sous la direction de deux ou trois d'entre eux. Tous les hommes valides, ainsi que les jeunes gens, abandonnent ensuite le village emportant, chacun, un ou deux sacs de poisson secs et se dispersent dans la brousse. Les guerriers ne trouvent plus, à leur arrivée, que les cases vides et un peu de poisson sec ou en train de sécher qu'on a laissé exprès pour que, dans la colère provoquée par leur désappointement, ils ne détruisent ou ne brûlent pas les huttes » (Gruvel et Chudeau 1909 : 115).

       Afin de vivre en paix avec les tribus guerrières du Nord, les Imraguen furent contraints de leur donner un tribut sur le produit de leur pêche ; celui-ci était appelé tagahadart quand il concernait un poisson pour dix péchés, ou tijikrît[21] lorsqu’il s'agissait d'un poisson sur cinq[22]. J. Lotte (1939 : 54) compare ce « fermage de l'eau » au « fermage du sol » appelé bakh : « Comme le bakh qui ne frappe que la terre cultivée et cesse d'être dû dès le moment où elle reste en jachère, le droit de pêche est un droit réel, frappant la pêche, non le pêcheur, et qui cesse d'être dû dès le moment où la mer ‘reste en jachère’, c'est-à-dire à la morte saison », et il montre comment ce droit, tout d’abord limité au produit de la pêche, a pu finalement se transformer en tribut (hûrma) : « Si le bénéficiaire de la taxe n'est pas là pour en contrôler le nombre, ce qui est le plus souvent le cas, il traite à forfait, pour ainsi dire, et prélève alors, par pêcheur et par année, un droit invariable de 70 poissons séchés, 1 litre et demi d'huile et 35 ‘œufs’ de poisson » (ibid. : 56).

       Entre le XVIIIème et le XIXème siècles, les grandes tribus de la région se disputèrent le littoral atlantique pour s'assurer le monopole de son exploitation, se partageant les zones de pêche. L'émir du Trarza, Muhâmmad Lhabib, avait abandonné au XVIIIème siècle aux ‘Alab de l'est (fraction Awlâd M'hamad) la perception d'un tribut (ghafar) appelé « les cinq coudées de Sayddum » (khamsat saddum) qui consistait en tissu de guinée et qui était encore dû en 1939 par tout Imraguen qui pêchait entre l'île Tidra et Saint-Louis (ibid. : 57). Un autre tribut était donné par les Awlâd ‘Abd al-Wahâb qui pêchaient entre Nwamghar et Saint Louis à d'autres groupes guerriers du Trarza : les Ahal Bûdat et les Awlâd al-Buyla ; appelé brumkia, il consistait en soixante-dix poissons séchés, ‘trente cinq œufs’ de poisson et un litre et demi d'huile (ibid. : 58).

       À son arrivée du Maroc, au XIXème siècle, la tribu commerçante des Awlâd Bisba‘ acquitta un tribut annuel, dit shadd, de cent pièces d'étoffe aux émirs des trois régions (Martin 1939 : 112), puis l'émir du Trarza[23] céda à cette tribu influente économiquement « un droit d'entrée dans l'eau » (ibid. : 660). Les Awlâd Bisba‘ briguèrent alors le contrôle de la côte à la tribu guerrière des Ahal Grâ (Revol 1937 : 203)[24] qui avait précédemment établi ses esclaves sur le littoral. C'est aussi au XIXème siècle que la tribu maraboutique des Ahal Barikallah installa ses captifs sur la côte en accordant un droit de pêche aux Awlâd Bisba‘ et un « droit d'entrée dans l'eau » à l'émir du Trarza. Selon nos propres données, la tribu des Awlâd ‘Abd al-Wahâb, dont les membres semblent avoir été très anciennement implantés parmi les Imraguen, donnait un tribut (ghrama) en coudées de guinée à différents groupes tribaux : trente aux Ahal Grâ et aux Awlâd Dlîm (fraction Awlâd Tagadi), vingt-cinq aux Awlâd Siyid, cinq aux ‘Alab (fraction Ahal Saddûm). Durant la colonisation, la Compagnie française de pêche ou SIGP, racheta progressivement les tributs des Imraguen, comme ceux des tributaires.

 

Techniques de pêche et vie matérielle

       Les Imraguen sont méprisés par le reste de la population qui les considère comme des parias ; ce mépris tient à leur statut proche des tributaires, mais aussi à leur activité de pêcheurs. Alors que les nomades sont riches de leur bétail, les pêcheurs ne possèdent que leur force de travail, la ressource halieutique étant aléatoire. Remarquons qu’en dehors même de la Mauritanie, ceux qui ne vivent que de leur pêche sont souvent tenus pour misérables par les autres groupes sociaux qui possèdent des biens qu'il s'agisse de bétail ou de terre, c’est le cas en France jusqu'au XIXème siècle (Cabantous 1995), et encore aujourd'hui nombreux sont les pêcheurs qui ne reçoivent pas de salaire fixe en échange de leur travail mais une rémunération en proportion de leur pêche.

       En outre longtemps dans la société maure, les nomades ont refusé de manger du poisson et ont méprisé les hommes qui vivaient de la mer. V. Fernandes (Cenival et Monot 1938 : 55) constatait déjà au XVème siècle l'état de marginalisation des Imraguen : « Ces Azenègues Schirmeyros constituent une race distincte, de très basse condition et méprisée de tous les Maures, étant considérée par ceux-ci comme les Juifs le sont chez nous ». Du fait de leur activité particulière dans la société maure, les Imraguen sont endogames. Et tout comme les Némadi, ils ont cependant donné leurs filles à des non musulmans, en particulier à des Canariens qui pratiquaient la pêche sur les côtes mauritaniennes.

       Encore aujourd’hui, les Imraguen vivent sur un territoire bien circonscrit, le Banc d'Arguin. La population actuelle est constituée d'environ mille personnes réparties dans huit villages : Nwemghar, Awgeij, Rgueyba, Teychott, Iwick, Tinalloul, Rkeiz, Agadir. Dans ces villages qui sont sous l'autorité d'un chef, les Imraguen habitent des huttes en bois appelées tikiattan près desquelles se trouvent des séchoirs à poisson en bois d'ifarnân (Euphorbia balsamifera). V. Fernandes (ibid. : 59) décrit ainsi leur habitat : « Voici comment sont faites les habitations de ces Azenègues : ils apportent du continent quelques pièces de bois et en font une hutte qu'ils recouvrent de vieux filets et d'algues marines, et lancent encore au-dessus d'autres filets pour que le vent n'arrache pas les matériaux du toit ».

       Tous les Imraguen, à la différence de certains groupes némadi, possèdent une identité tribale. Ils sont rattachés, en tant que tributaires, à quatre grandes tribus dont certaines sont d'origine maraboutique, comme les Awlâd Bisba‘, les Ahal Barikallah et les Tandgha, et d'autres sont d'origine guerrière telles les Awlâd Dlîm, les Ahal Grâ et les Ahal ‘Abd al-Wahâb dont certains sont d'origine Awlâd Nâsar. D'après les données que nous avons recueillies auprès des Imraguen, les Ahal Barikallah sont installés à Agadir, Tinalloul, Rgaybat, Awgayj, Nwamghar, les Awlâd Bisba‘ à Inwick, les Ahal Grâ et les Awlâd Dlîm à Rkays, les Tandgha (fractions Ahal Babiu et Ahal Vudia) à Boulawakh et à Nwamghar, les Ahal ‘Abd al-Wahâb à Nwamghar. La fonction de chef de village ne semble pas réservée à une tribu particulière, puisque les chefs de Nwamghar qui se sont succédés depuis les années cinquante proviennent de différents groupes tribaux : d’abord les Tandgha (Bû Abayni), puis les Ahal Barikallah dans les années quatre-vingt, et aujourd'hui les Ahal ‘Abd al-Wahâb, de la famille wuld Hajja, et plus récemment wuld Lavja.

       Les Imraguen sont bien connus pour leurs techniques de pêche singulières qui semblent avoir varié avec le temps[25]. La pêche à pied qui est la plus ancienne a été décrite par V. Fernandes (ibid. : 117-119) au XVème siècle : « Les filets avec lesquels pêchent les Azenègues Shirmeyros sont en fil fait avec des racines d'arbres, c'est-à-dire d'une écorce que l'on détache, que l'on bat, que l'on traite avec soin et dont on fait du fil. Ces filets atteignent une brasse de large sur cinq ou six de long. Ils les ramassent sur un bâton pointu aux deux bouts et de la taille d'un bourdon. Les flottes de ce filet sont des morceaux de bois de Figueyra do inferno percés. La plombée se compose de boules d'argile pétrie, séchées dans la cendre chaude et percées. Pour pêcher, ils vont deux à deux, chacun portant son filet ramassé sur son bâton comme j'ai dit. Veulent-ils pêcher, ils attachent l'un à l'autre leurs deux filets, et, dès qu'ils ont aperçu le poisson, s'avancent chacun de son côté, laissant petit à petit le filet tomber du bâton entre eux jusqu'au moment où ils ont atteint le rivage et où se sont rejoints l'un l'autre. Ceci se passe dans de l'eau peu profonde, ne vous arrivant qu'aux genoux, et au moment de la grosse chaleur du jour parce que le poisson est alors comme enivré par la chaleur de l'eau, elle même en relation avec celle du soleil. Ils portent à la main droite leur harpon pour harponner le poisson quand celui-ci voulant franchir le filet, saute en l'air ».

       Au début du siècle, A. Gruvel et R. Chudeau (1909 : 79) signalaient le caleçon de cuir appelé azafa que les Imragen portaient pour pêcher et ils décrivaient ainsi leur filet de pêche : « L'ensemble du filet maure porte le nom de Chebka ; la partie en fil est le titarek ; les morceaux de Calatropis formant les lièges s'appellent tifa : les briques cuites formant les plombs[26] : ida ; le bâton sur lequel est placé le filet : boré ; enfin la fourche qui supporte le bâton pour le séchage se nomme : ességuil » (ibid. : 81, note 1).

       La technique de pêche à pied des Imraguen qui recourt à l’intervention de dauphins[27] était encore récemment usitée. Le fait qu’aucun témoignage n’en fasse état avant la seconde moitié du XXème siècle semble attester de la nouveauté d’une telle pratique. Comme au temps où la pêche avec les dauphins était en usage, aujourd'hui, ainsi que nous avons pu le constater, un éclaireur, appelé amshishik, part très tôt le matin vérifier si la mer est poissonneuse. Dès qu’il aperçoit des poissons, il fait tourner son turban (hawli) et à ce signe, nommé « l'appel de l'éclaireur » (amshishik shayar), les pêcheurs prennent leur filet et partent le lancer en mer.

       Quand la pêche avec les dauphins était pratiquée, le bâton en bois de talh (Acacia raddiana), désigné par le terme berbère d'ashagat, était frappé dans l'eau pour alerter ces animaux marins de la présence des pêcheurs, le bruit produit imitant le saut que font les mulets hors de l’eau lorsqu’ils tentent d’échapper aux mailles des filets de pêche. Sachant qu’ils auraient leur part, les dauphins rabattaient le poisson vers les filets d’une trentaine de mètres que les hommes avaient déroulés en cercle pour mieux cerner les bancs de mulets. Encore aujourd'hui, la pêche terminée, les Imraguen suspendent leur filet[28] rempli de poissons à un grand bâton appelé al-balla qu'ils transportent sur leur dos.

       Ce n’est que récemment, depuis les années soixante, que les Imraguen utilisent des lanches canariennes pour pêcher. Si des embarcations, telles que des radeaux, avaient été signalées au XVème siècle par V. Fernandes, il semble qu'elles n'aient pas été utilisées pour la pêche mais uniquement pour se rendre sur les îles : « Leurs embarcations sont faites de cinq pièces de Figueyra de inferno sec : la première mesure une brasse et demie de long, et deux autres de chaque côté sont de deux empans plus courtes. Ces trois pièces sont réunies avec la ficelle dont on fait le filet mentionné plus haut ; en arrière elle sont toutes trois égales mais en avant la pièce médiane fait saillie parce qu'elle est plus longue. Par là-dessus ils fixent encore les deux dernières pièces, entièrement séparées, chacune d'un côté : elles mesurent 6 empans. C'est au milieu de cet assemblage de morceaux de bois qu'ils placent leurs filets, leur femme et leurs enfants, ou toute autre chose qu'ils désirent transporter. Le pêcheur s'assied en arrière sur les trois pièces les plus saillantes, avec les jambes à l'intérieur posées sur la plus large. Et dans chaque main, il tient une planchette d'un empan et demi de long et d'un demi empan de large, avec lesquelles il rame. Ceux qui sont dans la barque sont dans l'eau jusqu'au-dessus du genou, et ils vont ainsi sans se noyer. Et de cette manière ils traversent n'importe quel golfe de ces bas-fonds sur douze lieues et parcourent aussi de cette façon tout le littoral. Dès qu'ils ont abordé, ils font aussitôt sécher leur barque au soleil pour la rendre plus légère. Si l'un d'entre eux possède une de ces barques et un filet, il se regarde comme riche » (Cenival et Monot 1938 : 119-121).

       D’après nos données de terrain, les produits de la pêche sont répartis inégalement entre les différentes familles d'une même fraction tribale. Par ailleurs, les espèces de poissons pêchées ont des usages différents ; le mulet et, dans une moindre mesure, la courbine sont consommés quotidiennement tandis que la tortue de mer ne l’est qu’occasionnellement. D’un point de vue religieux, aucune espèce n’est prohibée puisqu'un hadith affirme que l'eau de la mer est pure et que les animaux issus de la mer sont consommables.

        Cependant, la licéité du dauphin posa problème aux juristes musulmans en raison du nom même de cet animal, qui renvoie au porc. Le mystique Ibn Arabî a fait état de cette controverse dans ses écrits car elle soulève le problème philosophique du rapport entre le nom (tasmiya) et la réalité : « On demanda à Malîk b. Anas : Quelle est ton opinion au sujet de la licéité de la chair de cochon d'eau [khinzîr al-mâ : expression qui désigne les cétacés en général ou, plus précisément, les dauphins] ? Il répondit [ fa aftâ : il s'agit d'une responsa juridique et non d'un simple échange de répliques ] qu'elle était illicite. On lui objecta : Cet animal ne fait-il pas partie des animaux marins [littéralement ‘des poissons’, dont la chair est licite ] ? Certes, dit-il. Mais vous l'avez appelé cochon [khinzîr] » (Chodkiewicz 1992 : 39).

       Si toutes les espèces aquatiques à l'exception controversée des dauphins sont licites, comment expliquer que les Imraguen ne consomment ni les requins, ni les poissons plats tels que les soles ou les raies guitares. À propos de ce dernier type de poissons, A. Gruvel et R. Chudeau (1909 : 82-83, note 4) remarquent que de nombreuses populations de pêcheurs font de même parce qu'ils contiennent trop d'arêtes en proportion de leur chair. D’autre part, on peut émettre l’hypothèse que la crainte de l'anthropophagie explique que les Imraguen ne mangent pas de requins ; les hommes perdus en mer pouvant être dévorés par ces carnassiers, en consommer reviendrait à prendre le risque d’ingérer indirectement de la chair humaine. Aujourd’hui, les Imraguen pêchent les poissons plats et les requins[29] pour les exporter dans les pays demandeurs mais continuent à ne pas les intégrer dans leur propre régime alimentaire.

       Une grande part de poisson frais est consommée grillée par les Imraguen. Traditionnellement, comme dans de nombreuses sociétés de pêcheurs, le varech servait de combustible ainsi que le montre la description de V. Fernandes (Cenival et Monot 1938 : 55) : « Ces Azenègues schirmeyros ou ‘pêcheurs’, sont si pauvres et si misérables qu'ils n'ont ni pain, ni huile, ni bois à brûler, ni sel, ni oignons, ni rien d'autre de ce que l'homme emploie pour son usage. Pour préparer leur nourriture, ils ramassent du varech, y mettent le feu, placent le poisson qu'ils prennent à la partie inférieure de ce feu, le rôtissent de la sorte et le mangent sans ajouter aucun autre ingrédient ».

       D’après nos observations, les Imraguen consomment également du poisson séché (tishtâr) qui leur sert de réserve en période de carence. De l'huile est fabriquée à partir de la graisse du mulet ; elle est désignée par le terme qui sert à nommer l'huile produite par les nomades à partir de la graisse de mouton, d'han. L' « huile de poisson » (d'han al-hût) possédant des vertus médicales particulières, elle était échangée contre du riz, du mil ou des graines de pastèques (vundi). V. Fernandes (ibid. : 123) témoigne au XVème siècle de ce type d’échange entre les Imraguen et les nomades bien que l’huile produite était alors issue de la tortue de mer : « Quand ils approchent du bord de la mer, ils achètent du poisson sec et des quartiers de tortue, avec de l'huile de tortue et l'apportent à leurs tentes. En échange, les Aznègues reçoivent un peu d'or et des peaux pour conserver leur eau et couvrir les parties naturelles ».

       La pêche est une activité exclusivement masculine alors que le traitement du poisson est strictement féminin. Les femmes s’occupent en effet du salage, du séchage, du tranchage et produisent de la poutargue, aujourd’hui majoritairement exportée en Europe[30]. Cette complémentarité des rôles s'articule sur des représentations symboliques sexuées et sexuelles, la mer étant considérée comme strictement masculine. Aussi, de même que la femme doit rester à distance de l’homme pour ne pas susciter son désir et générer le désordre (fitna), elle ne peut s’approcher du rivage sans que la mer ne se déchaîne, ce qui aurait pour conséquence de compromettre dangereusement la pratique de la pêche.

       Les migrations traditionnelles des Imraguen le long du rivage suivent celles du mulet et de la courbine, respectivement de septembre à avril et de mai à juillet (Revol 1937 : 208). Les Maures de l’intérieur du pays (bâdiyya) avec lesquels les Imraguen restent en relation, en raison de leur ancien statut de tributaire, viennent encore aujourd’hui faire une cure de poisson appelée du nom du mulet : azawl. A. Gruvel et R. Chudeau (1909 : 115) témoignaient au début du siècle de ces échanges entre pêcheurs et nomades : « Ces derniers[31] viennent, simplement avec des chameaux ou, plus souvent, des bourricots, chercher des chargements de poisson sec, qu'ils échangent contre du mil, des guinées, des moutons, chèvres, etc., et qu'ils emportent dans leurs divers campements et, parfois même jusqu'en Adrar »[32]. Les Imraguen possèdent en outre des chèvres dont ils consomment le lait ainsi que quelques chameaux qui assurent leur transport.

       Aujourd’hui encore, des marabouts dont dépendent les Imraguen fabriquent des talismans (hujub) qui leur garantissent une bonne pêche. C'est le cas par exemple d'un marabout Tandgha, de la famille des Ahal Buala, qui ne pêche pas lui-même, mais qui favorise par son art magique la pêche des Imraguen. Il apprend également les rudiments du Coran aux enfants. Pour ses bons et loyaux services, les Imraguen avaient encore récemment l'habitude de lui faire don (hadiyya) du dixième de leur pêche. Le rôle de ces marabouts est déterminant pour la pêche des Imraguen et a fortiori pour leur survie, comme le montre cette histoire que nous avons recueillie à Nwamghar. Les habitants de cette localité étaient restés quatorze jours sans pêcher, l'éclaireur n'ayant signalé aucun poisson sur la côte. Un marabout avait alors confectionné un hijâb en soufflant sur du sable contenu dans un coquillage qu'il avait jeté ensuite à la mer ; peu de temps après, les dauphins arrivèrent du sud et de l'ouest, rabattant le poisson vers la côte[33].

 

Effets de miroir

       Les Imraguen et les Némadi représentent l'autre du nomade. Pratiquant une activité différente de celle qui est valorisée par les pasteurs, ils sont l’objet de mépris. La description peu flatteuse de ces pêcheurs et de ces chasseurs représente le négatif de l’image positive que les bédouins ont d’eux-mêmes. Tout se passe comme si les défauts qui leurs sont attribués donnaient encore plus de relief aux qualités du groupe majoritaire.

       Ainsi, leur manque de profondeur généalogique est une preuve, au regard des dominants, de leur absence de noblesse dans une société où le statut d’un individu dépend largement de l’origine de sa lignée. Le fait qu'ils ne vivent que de leur prise, consistant en poisson pour les uns et en gibier pour les autres, les assimile à des parias démunis de la seule richesse reconnue dans une société de pasteurs : le bétail. Leur régime alimentaire, constitué surtout de poisson pour les Imraguen et d’animaux sauvages pour les Némadi, apparaît comme plus fruste que celui des éleveurs qui consomment essentiellement la chair de bêtes domestiquées.

       Les modes d'habitation des Imraguen et des Némadi, respectivement des huttes et des bouts de tissu étendus sur des buissons, diffèrent des tentes des nomades que ceux-ci tiennent, avec les maisons, pour le seul type d'habitat civilisé. Les vêtements de peau de gazelle couvrant à peine leur nudité placent les membres de ces groupes plutôt du côté de l’animalité que de l’humanité.

       Le mépris des nomades vis-à-vis des Imraguen et des Némadi est d’autant moins indifférent qu’il concerne des individus qui partagent la même culture, la culture maure (bizan), et qui parlent la même langue, le hassâniyya. Ainsi, ces deux groupes, malgré leurs différences d’activité d’avec les pasteurs, sont-ils suffisamment semblables culturellement, pour leur servir de miroir réfléchissant. Dans ce jeu de miroir, que nous avons mis en évidence, pêcheurs et chasseurs représentent pour les bédouins un reflet inversé, un double méprisé qui sert à consolider leur propre identité.

 

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[1] Depuis la sécheresse de la fin des années soixante, de nombreux troupeaux ont été décimés, contraignant une grande partie des nomades à se sédentariser. Malgré cela, il subsiste une culture bédouine attachée à des valeurs pastorales et nomades. Les Maures peuvent aussi pratiquer le commerce, anciennement caravanier, ou posséder de petites échoppes.

[2] Il est admis que l’étymologie des termes désignant ces groupes fait référence à leur activité ; le terme de némadi (nimday) signifiant dans la langue berbère locale (klâm znâga) les chasseurs, et celui d'imraguen (imrâgan), les pêcheurs. À propos de la langue, soulignons que la langue berbère, qui était surtout parlée dans la région du Trarza, n’est plus aujourd’hui utilisée. La langue courante des Maures est un dialecte arabe, le hassâniyya. Dans ce texte, le point inférieur qui sert habituellement à transcrire les lettres emphatiques arabes d, s, t, et z, comme aussi le h guttural, a été remplacé, pour des raisons de compatibilité typographique, par une marque de soulignement.

[3] Cette zone est classée site du Patrimoine Naturel Mondial afin de préserver sa richesse naturelle, et en particulier halieutique.

[4] C'est par exemple le cas des groupes de chasseurs au Soudan où l'élevage représente l'activité majoritaire (Tamari 1987).

[5] Cette distinction est empruntée à Maurice Godelier (1978).

[6] La bibliographie de cet article le confirme.

[7] Ainsi P. Marty (1930 : 121) note que pendant la saison sèche, les Némadi fréquentaient la région du Gorgol noir jusqu’au Rag, celle d’Ajar al-abiodh jusqu’à Maghama, ainsi que les rives du fleuve Sénégal, et pendant l’hivernage, ils se rendaient dans les villages d’Orbé, de Diallé, d’Aguilt, et remontaient dans le Sahara.

[8] Le chasseur d'adax est appelé d’un terme dérivé de gaymâra : gaymar (pl. gwamir) (Brosset 1991 : 37).

[9] La femme ne peut chasser, ni sacrifier dans la plupart des sociétés car, selon F. Héritier (1996 : 234), elle ne peut, à la différence de l’homme, faire couler le sang.

[10] Un mouflon en hassâniyya se dit râwi (pl. ruyan).

[11] Diego Brosset, officier de l’armée coloniale française au Sahara à partir de 1916, est l’auteur d’Un homme sans l’Occident.

[12] Ce type de brindilles sèches est surtout utilisé pour allumer le feu.

[13] Ces incantations telles « viande rouge », « intestins de grillade », « côtelettes de la grande graisse » semblent avoir été imparfaitement traduites par J. Gabus (1993 : 166).

[14] Cette expression peut être traduite par : « Va, attaque ! ».

[15] Ce pain est cuit avec du sel dans un trou (huvra) fait dans le sable où ont été déposés du charbon et de l'huile.

[16] Le contenu de la dot relevé par P. Marty concorde avec la description d' O. du Puigaudeau (1972 : 188) selon laquelle la dot des Nemadi était constituée de chiens dressés, de cordes de cuir tordu, et d’outres de peau de gazelle. D'après P. Marty (1930 : 121), de grosses dots pouvaient comprendre entre une vingtaine et une centaine de chiens.

[17] Selon P. Marty (1930 : 121), ils mangeaient toute sorte de bêtes sauf le lion (sba‘) et l’éléphant (fil).

[18] De ce point de vue, les interdits alimentaires musulmans diffèrent des prescriptions du Deutéronome où certains animaux, qui devraient être interdits du fait de leur caractère hybride, sont autorisés dès lors qu'ils sont chassés.

[19] Selon L. Revol (1937 : 196), les deux tentes de la famille des Ahal Buya chez les Imraguen sont issues de ce peuplement berbère, ainsi que la fraction Ahal ‘Abdal Wahâb.

[20] Les Portugais leur procuraient par ailleurs de l'eau douce contre un impôt appelé le quint. Le problème de l'eau douce semble avoir toujours été crucial sur le Banc d'Arguin. Et aujourd'hui, alors que les Japonais y ont construit une centrale de désalinisation de l'eau, les Imraguen refusent de boire cette eau qui vient de la mer, préférant l'eau de source, transportée par camion de Nouakchott.

[21] Si l'étymologie du terme taghada est obscure, le terme de tijikrit désigne, dans la langue berbère locale, le filet.

[22] Pour plus de précisions sur la nature et l'importance de ces taxes, voir le Lieutenant Lotte (1937) et le Lieutenant Revol (1937).

[23] Il s’agit d’‘Abaydi wuld Ahmad ‘Abaydi de la famille des Ahal Mina, appartenant à la tribu des Awlâd Bisba‘ du Sud (Lotte 1937 : 56).

[24] L. Revol (1937 : 203) écrit à ce sujet : « Le premier de ces conflits eut lieu au XIXème siècle. Les Ouled Bou Sba étaient remontés momentanément vers le nord, un homme d'origine El Gra : Mohamed ould Haoutar vint s'établir à Arguin avec un certain nombre de lanches. Quand le chef des Ouled Bou Sba, Ben Omar ould Bouda fut de retour, il se rendit immédiatement à Arguin, chassa les El Gra par la force et confisqua même une partie des lanches à titre d'amendes ».

[25] Parmi les Imraguen, les hommes savent nager, compétence qui ne va pas de soi dans une société de pêcheurs, l’initiation à la nage se fait sans préalable, les pères laissant leurs fils se débrouiller seuls dans l'eau dès l’âge de cinq ou six ans.

[26] Selon L. Gruvel (1908 : 81), les boules d'argile cuites au feu qui font office de plomb étaient en partie remplacées par des fragments de brique de l'ancienne forteresse de Portendick.

[27] Ce type de pêche a fait l'objet de nombreux documentaires audiovisuels.

[28] Les grandes mailles des filets sont nommées icuervan, leur nombre varie selon la taille du filet, de trois pour un petit, à dix pour un grand.

[29] Seuls les ailerons de requin sont commercialisés et exportés au Japon.

[30] La poutargue est obtenue à partir des œufs de mulet entourés de leur poche qui sont salés et séchés.

[31] Il s'agit précisément des Ahal Barikallah et des Tandgha qui nomadisent dans l'Agneitir, l'Akchar, et le Tasiast (Gruvel et Chudeau 1909 : 115).

[32] Il semble que certains Imraguen partaient parfois chez leurs anciens maîtres pour faire une cure de lait pendant l'hivernage, le mois d'août constituant un temps mort pour la pêche.

[33] On dit que la puissance magique du marabout était si grande qu'il aurait pu faire venir les poissons du côté le plus aride du littoral où la mer a fait place aux dunes ; mais, comme il s'agit de l’est, direction sacrée, le marabout aurait pieusement restreint l'efficacité de son acte magique.


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N°7
Printemps
2004
FIGURES SAHARIENNES

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