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ENTRETIENS

Le professeur Thomas C. Spear salué par la Francophonie

Thomas C. Spear a été invité le 16 mars dernier à Amiens, France, à une cérémonie des « Trophées de la langue française » à Amiens le 16 mars. Il y a reçu pour le site web « île en île », « le trophée de la diversité culturelle 2005 ».

La cérémonie des « Trophées » s'est déroulée dans le Cirque Jules Verne à Amiens, choisi comme cadre pour marquer l'année Jules Verne. M. Spear a été co-lauréat de la distinction avec Sylvie Roussel Gaucherand qui a fondé l'« Association d'île en île » en 1997 et d'où le site « île en île », en activité depuis 1998, tire son nom.

Il s'agit de 4 trophées relatifs à l'orthographe, la chanson/poésie, la traduction et la diversité culturelle. Le dernier a été présenté par le ministre de la Culture française, M. Renaud Donnedieu de Vabres, a précisé l'intéressé, qui a accepté de répondre aux questions de Haiti Press Network.

HPN - Vous venez d'être distingué pour votre travail de défense de la Francophonie et des littératures du Sud. Que représente pour vous le Trophée de la diversité culturelle?

Thomas C. Spear - La distinction récente était pour « île en île », un site web qui valorise les cultures insulaires francophones, surtout leurs littératures. Il ne s'agissait pas de francophonie - un mot que je finirai peut-être un jour par trouver moins insupportable, moins colonialiste - ou de littératures du Sud. Le trophée de la diversité culturelle, par définition, est « attribué à une personnalité, personne ou entreprise apparentée ou non au monde francophone, ayant contribué, de quelque manière et dans quelque domaine que ce soit, au maintien ou au développement de la diversité culturelle dans le monde ». Si je fais une défense d'une « francophonie », ce serait la francophonie telle qu'elle est présentée dans un recueil d'essais que j'ai dirigé (La Culture française vue d'ici et d'ailleurs, Karthala, 2002) : une francophonie plurielle où, contrairement à la francophonie institutionnelle, la France et l'Europe ont leur place appropriée par rapport aux francophones du monde, majoritairement du « Sud », pour utiliser votre expression.

On dirait que la « diversité culturelle » est une expression à la mode ces jours-ci. La « couleur » et la religion des enfants, nés en Europe et issus de parents ou même de grand-parents immigrés des anciennes colonies et du Sud, ont transformé la composition des « natifs-natals ». Du côté ouest-Atlantique, nos pays soulignent une immigration fondatrice (au détriment des descendants des autochtones, survivants des massacres et aux maladies apportés d'ailleurs). Aux États-Unis, l'habitude était de parler d'un « melting pot », un chaudron créant une sorte de fondue suisse où tout se dilue dans une fade homogénéité judéo-chrétienne, voire puritaine et protestante. Les populations exclues résistent depuis toujours à cette norme, mais ce n'est que vers les années 1960-70 – avec les droits civiques réclamés par les Afro-américains, les Chicanos et les Latinos, les communautés d'homosexuels et tout simplement les femmes - où l'on se débarrasse de la notion de « fondre » pour parler de notre société étatsunienne en d'autres termes. Il y a une vingtaine d'années, on entendait plutôt parler de « salade composée » et de « mosaïque » : un ensemble où les communautés diverses gardent leur identité et particularités culturelles. Loin de dire que dans le pays de l'Oncle Sam les communautés différentes habitent en harmonie, mais l'identité à trait-d'union est la norme et on n'affiche plus un visage unique pour représenter l'ensemble de la population.

Au Canada, on parle depuis longtemps de « minorités visibles » (chiffrées dans le recensement national de la population) ; récemment, j'ai vu une annonce pour une réunion à Montréal où étaient invités les membres de la « communauté ethnoculturelle ». Comment devient-on une « minorité invisible » ? N'est-on pas toujours « visible » ? Il me semble que tout le monde appartient à une ou à plusieurs communautés « ethnoculturelles ». En France, le terme canadien (« minorités visibles ») commence à se répandre, et on fait du bruit autour des efforts à faire de la « discrimination positive » - par exemple, quand le président Chirac a nommé un préfet, Aïssa Dermouche, désigné comme une personne “issue de l'immigration... - une sorte de réponse aux inégalités, comme ce que l'on appelle l'« affirmative action » aux États-Unis. En avril dernier (2005), il y a eu un colloque à Paris qui s'appelait « Le Printemps de la diversité culturelle en France », organisé par le Cercle d'action pour la promotion de la diversité en France (voir www.capdiv.org). Cette organisation mène une belle bataille, tout comme Collectif Égalité (Calixthe Beyala, Manu Dibango, etc.) qui réclame plus de présence à la télévision, dans la politique et autrement sur la scène nationale. De telles organisations n'auront plus leur raison d'être le jour où toute personne sera reconnue comme issue d'une catégorie de « minorités » et d'« immigrés », et quand la collectivité valorisera tous ses composants dans leur diversité et pour leurs apports particuliers.

« Le Trophée de la diversité culturelle » représente pour moi des fruits d'une bataille personnelle, partagée par une grande communauté qui participe à la création du site web « île en île » depuis 1998. Il s'agit de revoir ce que nous lisons - et enseignons - comme lettres francophones, qu'elles soient françaises, québécoises, africaines ou autres, et de répondre à la réalité francophone en multipliant les centres et pôles d'influence. Les auteurs insulaires sont, dans tous les sens du terme, un groupe culturellement très divers.

HPN - Pourquoi vous n'accordez pas une place aussi importante à la littérature orale de la Caraïbe?

TCS - Pour les grandes zones couvertes par le site (Caraïbe, Océan Indien, Pacifique), la documentation sur la littérature écrite, déjà, est souvent mince. Le site vise à combler une partie du vide critique en donnant aux lettres insulaires une plus grande visibilité. Les livres circulent trop peu à l'extérieur de ces zones dites « périphériques » par rapport à la France (ce qui n'est pas très différent pour les publications de l'Afrique francophone ou même du Québec). La littérature insulaire dans ses formes les plus populaires - au théâtre et à la radio, comme pour la poésie - est souvent en langues locales (créole, malgache, ma'ohi, etc.). La construction et l'entretien de la base de données du site pour la littérature écrite dépassent déjà les possibilités de mon temps disponible.

Par définition, « île en île » est un site francophone. Destiné aux francophones du monde, il est également consulté par des personnes qui apprennent cette langue, ou qui la maîtrisent mal. Il y a des dizaines d'heures d'enregistrements audiophoniques sur le site. Les extraits audio sont toujours accompagnés du texte lu : c'est-à-dire, cette « oralité » a un support textuel qui aide à la compréhension. L'audition de la voix de ces auteurs qui « dévient » d'un français « standard » facilite la lecture de leurs particularités en syntaxe et de vocabulaire où des mots et des phrases en langue étrangère s'intègrent au texte en français (écoutez, par exemple, la voix de Monique Agénor ou de Paulette Poujol-Oriol).

Cela répond en partie à votre question sur la littérature orale. Les auteurs ne sont pas non plus présentés par hiérarchie de maison d'édition. Les dossiers pour les auteurs publiés à Paris se présentent de la même façon que ceux et celles publiés par de petites maisons ou à compte d'auteur. Une auteure comme Mona Guérin peut y figurer pour son oeuvre écrite, tout en soulignant son oeuvre de scénariste pour la radio. De telles traditions orales paraissent avec d'autres auteurs : je pense par exemple au kabar réunionnais, au théâtre mauricien de Dev Virahsawmy, et à la notion même de littérature ou de l'écriture pour les auteurs polynésiens qui participent à la revue Littérama'ohi, où l'écrit, l'oral, le chant, la sculpture et le tatouage sont des façons diverses pour eux de parler de littérature.

Sur le site « île en île », des dénominateurs précis ont été choisis : insulaire et francophone. Comme pour ces termes déjà trop réducteurs, il y a des façons diverses de définir la littérature, qu'elle soit écrite ou orale.

HPN - Comment envisagez-vous l'avenir de la Francophonie plurielle?

TCS - L'avenir d'une telle entité sera certes, comme aujourd'hui, polyglotte. La plupart des francophones (c'est-à-dire, africains) parlent une autre langue maternelle, comme pour la majorité des Haïtiens. Beaucoup des hommes et des femmes d'affaires au Québec parlent anglais, comme les Maghrébins parlent arabe standard avec l'arabe dialectal ou le berbère maternel. Cela ne les empêche pas d'être francophones.

En ce moment, quand on voit plutôt s'agrandir les écarts économiques entre les pays « riches » et les pays « pauvres », je ne suis pas très optimiste. L'organisation officielle de la francophonie (www.francophonie.org) peut parfois démontrer une solidarité pour contrecarrer une certaine dominance anglosaxonne ou américaine, genre CocaCola-McDo-Hollywood. Cela revient à la question de la diversité culturelle et l'importance de souligner, de célébrer et de défendre les différences. Ce n'est pas une différence manichéenne d'un « oui » ou « non » à la George W. Bush (« avec nous ou contre nous ») : blanc ou noir, homme ou femme, hétéro ou homo, catho ou athée... Il faut penser aux autres... disons gris !

Les quotas pour la musique ou les films peuvent servir à protéger une production domestique, mais, comme un logiciel Microsoft, on voit le monde bouffer aveuglément les produits brevetés américains à gros budgets qui dominent les marchés planétaires. Si l'avenir de la francophonie plurielle est celui d'une « minorité visible », tant mieux pour qu'en français on sache dire, Vive la différence ! Vous n'allez pourtant pas me faire croire que les états associés et les états observateurs de la francophonie officielle – tels l'Albanie, la Grèce, la Hongrie, la Lituanie, la Macédoine et la Pologne – témoignent d'un intérêt considérable pour la langue française ! Parlez-moi d'une francophonie française quand le quotidien parisien Le Monde publie un supplément tiré du New York Times, en anglais, tous les samedis. La visite en mars dernier d'Abdou Diouf en Haïti n'est pas inutile, si les beaux discours sont suivis par des actions concrètes.

Sans parler des institutions officielles, le français reste une langue véhiculaire qui permet, par exemple, à un arabophone du Maghreb de communiquer avec une personne qui parle créole, kmer, lingala ou wolof. L'anglais peut aussi bien servir de relai de communication, comme l'arabe, le chinois, l'espagnol... peu importe. Il m'est arrivé de passer des soirées à Montréal où tout le monde suit la conversation en français, anglais et espagnol, selon l'interlocuteur qui prend la parole. J'ai récemment entendu des barmen en France parler avec des clients en anglais, s'amusant à pratiquer cette langue – chose rare il y a une vingtaine d'années. Les Français sont peut-être parmi les moins bilingues et polyglottes des francophones, et souvent même plus complexés par rapport à l'anglais que les Québécois. Au Cameroun, il y a plus de 200 langues parlées, mais ce n'est que l'anglais et le français qui sont officiels. À Yaoundé, si vous parlez français à l'école et béti à la maison, ce sera en ewondo -comme à Dakar en wolof, à Port-Louis en créole, à Bamako en bambara (et à New York en espagnol) -, vous payerez sans doute moins cher votre trajet de banlieue en taxi. Si la langue française se porte très bien au Cameroun, c'est un exemple qui fait réfléchir au rôle de la « francophonie » à préserver la diversité linguistique du monde et à protéger les autres langues « dominées ».

S'il y avait une « francophonie plurielle », ce serait une communauté solidaire et humanitaire qui appliquerait les valeurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme : pour renforcer et augmenter les droits de chaque individu, protégeant l'environnement et les espèces en disparition (faune et flore, dont les graines de notre pain quotidien de plus en plus chimiques et transgéniques), le droit à un travail, et un travail rémunéré correctement, les droits égaux pour tous les membres de la société. La force de cette langue est dans sa taille, étant une langue bien implantée sur tous les continents. Mais cette solidarité linguistique est un leurre : les lois de l'économie du libre marché ne protègent que ceux à qui appartiennent déjà le capital. On ne voit pas beaucoup d'efforts solidaires, de faire en sorte, par exemple, que tous les Comoriens, Haïtiens, Malgaches, Togolais (etc.) aient accès à de l'eau potable, un médecin et des médicaments, ou à une école à la Jules Ferry - obligatoire, gratuite et laïque - pour que les générations futures puissent apprendre à lire et à écrire, en français ou dans n'importe quelle autre langue.

Propos recueillis par

Dominique Batraville

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