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  hommages illégitimes à danciens activistes


lundi 24 janvier 2005


Après Toulon, Nice, Théoule, Perpignan ... bientôt Marignane ... Peut-on laisser se multiplier les hommages à des membres dune organisation terroriste dont le but était de renverser la République ?

[Première mise en ligne, le 2 janvier 2005,
dernière mise à jour : le 24 janvier 2005]


Une stèle à Marignane pour honorer les morts de lOAS.

par Alexandre Nasri [Le Figaro, 6/7 novembre 2004, section  France/Société ]

Le maire de Marignane (Bouches-du-Rhône), Daniel Simonpiéri (DVD) [1], vient dattribuer à l Association de Défense des Intérêts Moraux et Matériels des Anciens Détenus et Exilés politiques de lAlgérie française (ADIMAD) une parcelle vierge dans le nouveau cimetière de sa ville. LADIMAD souhaite y ériger un monument à la mémoire danciens membres de lOrganisation Armée Secrète (OAS) emprisonnés ou condamnés à mort. Linauguration a été fixée au 6 juillet 2005, si lassociation réussit à rassembler les 30 000 euros nécessaires. Elle affirme avoir déjà récolté les deux tiers de cette somme par le biais dune souscription. Le monument de bronze sera dédié  aux fusillés et combattants morts pour que vive lAlgérie française .

Deux monuments du même type existent déjà dans le sud de la France. Le premier a été inauguré à Théoule (Alpes-Maritimes) le 1er novembre 2002 : il sagit dune simple stèle portant linscription :  A tous nos camarades tombés pour la défense de lAlgérie française.  Le second monument, baptisé Stèle des fusillés, est beaucoup plus imposant - celui de Marignane sera bâti sur le même modèle : inauguré à Perpignan le 5 juillet 2003 [2], il sagit dun cénotaphe de bronze et de marbre : on y voit, attaché à un poteau, un homme qui seffondre. Cette sculpture symbolise la mort dun condamné au peloton dexécution. Sous cette icône est gravé :  Terre dAlgérie.  Dessous, une autre plaque énumère quatre noms : Bastien-Thiry, Degueldre, Dovecar et Piegts.

Jean-Marie Bastien-Thiry, ingénieur militaire et membre de lOAS, a été fusillé le 11 mars 1963 pour avoir tenté, lors de lattentat du Petit-Clamart du 22 août 1962, dassassiner le général de Gaulle [3]. Roger Degueldre, responsable des commandos Delta de lOAS, a été condamné à mort par la cour militaire de justice et fusillé le 6 juillet 1962. Albert Dovecar et Claude Piegts, qui agissaient sous les ordres de Degueldre, ont eux participé à lassassinat du commissaire de police Gavoury. Ils ont été fusillés le 7 juin 1962.

 Nous étions tous des résistants, explique aujourdhui Jean-François Collin, président de lADIMAD. Bastien-Thiry et tous nos camarades se sont rebellés contre de Gaulle, qui avait trahi la Constitution en ouvrant la voie à la sécession de départements français. Les barbouzes gaullistes ont torturé à qui mieux mieux nos camarades. Aujourdhui encore, la France honore les porteurs de valises du FLN. Nous, nous honorons nos combattants. 

Le président de lADIMAD précise aussi que Daniel Simonpiéri a rapidement donné son accord à limplantation du monument sur le territoire de sa commune. Dans cette ville de 30 000 âmes vivent principalement des ouvriers, des employés et des retraités. Environ 4 000 pieds-noirs y résident :  Peut-être que son électorat lui en sera reconnaissant ? , ajoute Jean-François Collin. Mais du côté de la mairie de Marignane, on ne souhaite plus aujourdhui faire trop de publicité autour de cette affaire. Daniel Simonpiéri, élu la première fois à la tête de sa ville en 1995 sous létiquette Front national, puis membre du MNR, a intégré le 31 mars dernier le groupe UMP au Conseil général des Bouches-du-Rhône. Il refuse de faire le moindre commentaire sur loctroi de la parcelle à lADIMAD. Son service de communication se contente de dire que  lan dernier, une stèle similaire a été inaugurée à Perpignan et cela na pas soulevé autant démotion .  [4]

Larticle précédent oublie au moins deux monuments de ce type.

-  Dans les Jardins dAlsace-Lorraine à Nice, se trouve une stèle en pierre (denviron 1m60 de haut) "Aux martyrs de lAlgérie Française", avec au dos leffigie de Roger Degueldre.

-  Le premier monument aux "Martyrs de lAlgérie Française" a été inauguré à Toulon en juin 1980, dans des conditions dramatiques. Et Toulon possède également une plaque qui rend hommage au "général Raoul Salan, libérateur de Toulon", cadeau de la municipalité dextrême-droite en mars 2001 [5]

Le midi de la France na malheureusement pas le monopole des hommages à danciens activistes : le 10 janvier 2005, le député François Lamy protestait solennellement contre linstallation dune rue Raoul Salan à Wissous (Essonne). Le député a sollicité lintervention du président de la République pour que cessent "ces initiatives immorales".  [6]

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Après une telle énumération, on peut se poser quelques questions.

-  " Que pense le gouvernement de la multiplication de stèles à la mémoire de quatre membres de lOAS exécutés pour leurs actions criminelles contre le Chef de lEtat, contre un Commissaire de police républicain, contre les six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs, service de lEducation nationale créé à linitiative de Germaine Tillion ? "

-  " La République peut-elle accepter que soient honorés les membres dune organisation terroriste dont le but était de la renverser ?"


A lire :

"les tueurs de lOAS coulés dans le bronze" - le Canard Enchaîné du 12 janvier 2005


[1] Daniel Simonpieri, a été membre du F.N. de 1974 à 1999 puis du M.N.R. de 1999 à 2002. Il a défilé avec Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de la présidentielle de 2002, avant de rejoindre le groupe UMP-UDF au Conseil général des Bouches-du-Rhône.

[2] Linauguration a eu lieu en présence du premier adjoint de Perpignan représentant le Sénateur-Maire, Jean-Paul Alduy (UMP), et de Pierre Sidos, fondateur du mouvement dextrême droite Jeune Nation.

[3] Interrogé sur cette initiative, Pierre Messmer a déclaré : "Construire un monument à Bastien-Thiry, qui a tout raté dans sa vie, y compris les attentats contre le général de Gaulle, cest de la bêtise ou de la provocation." [Le Canard enchaîné du 12 janvier 2005.]

[4] Dans un article paru le 8 novembre 2004, dans le journal gratuit Métro, Alexandre Nasri donne la réaction dArmand Gide, président (local) de la Fnaca. Ce dernier se dit "scandalisé par laccord donné par le maire de Marignane, ancien du FN et du MNR. Cest comme si lon honorait la mémoire des collabos sous lOccupation. Les fusillés de lOAS étaient des traîtres à la nation". "Je suis surpris, ajoute-t-il, que ni les élus UMP de la Région, ni les élus socialistes naient réagi dans cette affaire".

[5] Les Toulonnais attendent toujours que leur maire, Hubert Falco, fasse disparaître ce vestige des années frontistes.

[6] Signalons également lAPUMAF, association qui milite pour que Raoul Salan soit "élevé au MARÉCHALAT DE FRANCE" (sic), et qui recherche une ville acceptant dériger sur une place publique " un grand monument mémorial " avec une sculpture dudit général.



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