Maison

dimanche 19 juin 2005

 Message de service

En raison d'un changement d'hébergeur de ce site Internet, des perturbations seront à prévoir à partir du 20 juin 2005, et pour une durée n'excédant pas une dizaine de jours. Merci de votre compréhension. il y a un peu plus, je vous le mets ?

lundi 13 juin 2005

 Louche

Dimanche, on apprend deux événements survenus la veille. D'abord la libération de Florence et de Hussein. Ensuite l'annulation de la dette des 18 pays les plus pauvres par les ministres du G8. Se méfier d'une journée comme celle-là. Tôt ou tard, il faudra bien la payer.

samedi 11 juin 2005

 Zap : Sexclub

Sport collectif : jouer avec le feu.

Hier aussi, à 23h30, rendez-vous pour un zap d'Act Up devant le Banque Club, un baisodrome qui ne distribue pas de capotes, qui lui sont pourtant vendues 3 centimes par le SNEG.

Les chaudasses y sont allées chauffées et en colère : c'était bien.

 Flash mob : Tuileribambelle

Sport collectif : jouer avec l'eau.

La onzième flashmob s'est déroulée vendredi au jardin des Tuileries, près de la fontaine Concorde. Chacun un gobelet numéroté : les impairs le remplissent d'eau, et font passer la flotte au gobelet pair suivant, ainsi de suite, sur l'air des Petits bateaux et de la Claire fontaine. Après quelques minutes, ils envoient tout valser.

Les flashmobbeurs en sont partis mouillés et ravis : c'était bien.

vendredi 10 juin 2005

 Petite forme

Non, je n'ai pas encore changé d'appart. J'ai pu signer un prolongement de bail, délicieusement appelé “convention d'occupation précaire” pour encore quelques semaines. Ouais, je suis à nouveau célibataire. Je n'avais pas regoûté à une relation amoureuse depuis des lustres. Redécouverte du sentiment, confrontation avec mes démons et ceux de l'autre. Incroyable qu'une même personne puisse faire autant de bien et autant de mal. L'amour comme un match de boxe sans arbitre. J'ai fini KO. Heureusement requinqué par l'alimentaire : le boulot m'a repêché au dernier moment, il m'a occupé les doigts et rempli le ventre. La tête, elle est plus que jamais partie dans l'asso dont je fais désormais partie du comité de direction. Voilà pour les nouvelles.

Ils étaient adorables vos messages d'encouragement. En vrac, merci à tous de me rappeler qu'il y a des gens bons de l'autre côté de l'écran, et qu'on n'écrit pas dans le vide. Je vais tâcher de moins vous laisser dans l'expectative - ou carrément d'arrêter, mais de décider, de faire un truc. J'ai cogité - trop - sur ce blog pendant tout ce temps et j'y suis décidément attaché, mais il n'est plus aussi naturel pour moi de coucher toutes mes pensées par ici. À force de forcer, le naturel s'enfuit et ça tourne à vide. Penser à trouver une méthode contre l'angoisse de la page blanche. Tant qu'à faire, un bon designer pour dépoussiérer ce site. Déjà, changer d'hébergeur (ça risque de bugguer pendant quelques jours, au fait). J'ai été loin de me sentir bloggueur. L'envie revient, je m'en saisis, en espérant ne pas la gâcher, faut vite la planter, la faire grandir, sinon elle va mourir.

Je n'ai pas été un lecteur, non plus. Aux autres bloggueurs, pardon de ne pas avoir suivi leurs aventures. Mais mon propre égocentrisme m'a déjà suffisamment épuisé, je n'ai pas eu la force de lire celui des autres. Trop dur de voir continuer sans moi une aventure à laquelle j'ai eu l'impression d'appartenir. Mais je reviens maintenant. Enfin, sans garantie. Pas forcément pour longtemps. Disons qu'aujourd'hui, je suis là. Et c'est déjà ça.

PLAYLIST : Jay-Jay Johanson - So Tell the Girls that I Am Back in Town

samedi 16 avril 2005

 100 jours plus tard

À l'entrée du journal Libération, une silhouette est revenue hanter le lieu où elle exerçait son métier. Grandeur nature, de couleur sépia, le pochoir interpelle ceux qui n'ont pas connu le personnage, qui croient voir en lui une simple figure d'art de rue. En s'approchant cependant, ils peuvent reconnaître son visage, qui en quelques mois leur est devenu familier. L'œuvre est signée “Blek Le Rat”, pionnier du pochoir en France et sporadiquement collaborateur de Libération, qui a voulu offrir ainsi à Florence une occasion de rentrer chez elle un peu plus tôt.

Florence Aubenas et son “fixeur” Hussein Hanoun al-Saadi sont retenus en otage en Irak depuis 100 jours.

Profession fixeur - L'Express
Pour Florence et Hussein

vendredi 15 avril 2005

 Et moi, et moi, et moi

S'il retrouve la trace de cette vidéo quelque part dans les décombres de la tour de TF1 détruite par un avion kamikaze, un anthropologue pourrait savoir précisément comment étaient les Français en 2005, rien qu'en regardant l'interview du Président face « aux jeunes », hier soir. Un public qui n'a rien compris à la Constitution, mais qui dans le doute, s'apprête à voter non en majorité (confession confirmée par un vote à main levée sur le plateau !), qui n'a qu'une question à la bouche « Qu'est-ce que ça va nous m'apporter, à moi, la Constitution ? » face à un communiquant[1] qui clâme des simplifications poujadistes (« Les services publics restent de compétence nationale » comme à peu près tout, d'ailleurs, selon lui), les rares fois où il répond aux questions. Avant d'avouer être « toujours un peu étonné, il doit y avoir des raisons, et je ne les conteste pas, de voir que s'exprime chez nous un sentiment de peur. (...) En Europe, la France a une place aujourd'hui tout-à-fait capitale à tous égards, notamment pour garantir un certain nombre de valeurs, pour défendre nos intérêts. On a l'impression qu'aujourd'hui on a peur. C'est un sentiment, je ne vous le cache pas, que je comprends mal. » A-t-il seulement essayé ? Moi j'ai l'impression d'avoir eu sous le nez l'état de la France, encore incapable de sortir de son nombril, et de parler d'Europe en 2005. Et là, je partage le constat du Président : j'ai peur. Et honte, aussi, un peu.

Notes

[1] Le Président, non content de ne pas répondre aux questions, avait aussi choisi tranquillement sa chaîne, son heure, sa date, ses “journalistes” (2 au moins, sur les 4 intervieweurs, n'en sont pas, ici) et son public, recalant ceux qui risquaient d'être trop bons () mais ça, l'anthropologue ne le saurait pas.

Sur la Constitution, ne manquez pas de lire le texte et les débats sur le blog Publius.

mercredi 13 avril 2005

 Back

De Genève, prendre le train et traverser le Marais pour rentrer chez moi. C'est vraiment étrange, après avoir vu un militant des îles Fidji pleurer en racontant la répression dont il est victime dans son archipel, de retrouver cette assemblage familier de drapeaux, de vêtements branchés et de photos de cul. Il y a des mondes. Au Togo, un groupe de militaires s'empare du pouvoir et réprime des manifestations ; ici, on s'apprête à utiliser un référendum comme moyen d'infliger un blâme à notre gouvernement.

A propos du référendum, un Suisse d'adoption, à Genève, était emballé par son nouveau pays : « ici c'est fantastique car le gouvernement organise beaucoup plus de référendums qu'en France,» disait-il. «Et les Suisses ont vraiment le sens des responsabilités, ajoutait-il, puisque pendant de nombreuses années ils ont voté CONTRE le congé maternité !»
Mais quel sens des responsabilités, répondais-je ? Le sens de l'engagement envers son entreprise, certes. Cette décision des femmes de ne pas prendre de repos après avoir mis au monde un enfant, le président du MEDEF local a dû s'en réjouir. Mais la responsabilité envers son enfant, est-elle plus ou moins importante ?

Le sens des responsabilités, l'engagement à long terme, c'est le genre de pensées qui me traversaient l'esprit en regagnant la grotte qui me sert d'appartement. Ce n'est qu'en arrivant que j'ai réalisé pourquoi ces réflexions me semblaient subitement si agréables : le sol est en train de se dérober sous mes pieds, car dans 5 jours, le bail de mon appartement est terminé. Le propriétaire m'a signifié, depuis six mois déjà, qu'il comptait revendre le studio et me demandait donc de partir. Si je n'ai toujours pas trouvé de solution de rechange d'ici vendredi, je n'ai plus de chez moi à moi.

vendredi 8 avril 2005

 En direct du Palais des nations

Juste pour le fun et la frime, un billet depuis les postes en libre consultation de l'ONU à Genève, où les membres des ONG invités aux débats viennent consulter leur horoscope (véridique !) pendant que les diplomates patientent pour consulter leurs mails...

Dire que l'ONU est un microcosme serait un euphémisme. Quand on pénètre par l'entrée principale du Palais des Nations, le saint des saints de la diplomatie internationale, il faut d'abord montrer son accréditation à un vigile moustachu, puis pénétrer dans une grosse pâtisserie dont la couleur est fânée depuis les Accords de 1954. Dans le hall, on ne rencontre que des secrétaires et quelques journalistes perdus qui demandent leur chemin presque en chuchotant : le lieu est désert, loin du concert des Nations qu'on imaginait. Il faut passer plusieurs centaines de mètres d'un couloir minuscule, digne de la Guerre froide, emprunter l'ascenseur 41, se rendre au premier étage devant la salle de conférences XVII pour déboucher sur le genre de salle que l'on attendait. Des dizaines de tables basses, des fauteuils en cuir griffés seventies, et le brouhaha multiculturel des groupes de diplomates qui font la politique du monde. En boubou, en burka ou en bretelles, ils négocient leurs résolutions dans un anglais diplomatique.

Car il ne faut pas se méprendre : ce n'est PAS dans l'assemblée plénière, où Kofi Annan introduisait hier la 61ème session de la Commission des droits de l'homme, que les choses se jouent. Celle-là est juste bonne pour permettre au représentant de Monaco de remercier le soutien du président de la commission dans son deuil de Rainier, avant de se lancer dans un speech sur les actions de la Principauté contre l'enfance maltraitée. Non, l'essentiel se passe sur les fauteuils marrons. Tout n'est que négociations et cuisine interne. Comme le soutien de l'ILGA, l'International gay&lesbian association, que je suis venu rencontrer pour Têtu, à la résolution pour faire apparaître les droits LGBT dans la charte des droits fondamentaux. Une résolution qui n'est pas prête d'être votée.

À la base, le Brésil avait lancé l'idée en 2003 d'inclure "l'orientation sexuelle" comme un droit de l'Homme. Immédiatement, les pays musulmans et le Vatican, formant une union sacrée du meilleur goût, ont bloqué le texte en amendant le texte 55 fois, de sorte qu'il était impossible, dans un temps limité, d'en débattre avec des représentants du monde entier. Depuis, les militants LGBT, dans ces fameux fauteuils marrons, ont fait pression sur les diplomates brésiliens pour inclure les termes "gays, lesbiennes, identité de genre" (comprendre les transsexuels et tous les personnes questionning sur leur propre sexe). On imagine la perplexité des brésiliens, alors que le premier texte a déjà fait scandale. De plus, ces mêmes brésiliens, sur d'autres fauteuils marrons, recherchent le soutien économique des pays musulmans pour faire face à la crise. Pas le moment de les froisser avec avec les libertés individuelles... Bref, ils ont complètement laissé tomber le projet de résolution et laissent les lobbyistes LGBT attendre qu'un autre pays reprenne le projet de résolution. Les pays ayant approuvé le projet de résolution (toute l'Union européenne, le Canada, l'Australie... l'intégralité de l'Occident, mis à part les USA of course) ne veulent rien faire pour des raisons "fauteuils marrons" : la résolution n'a aucune chance d'être approuvée si elle vient d'un pays décadent. Cette année, les LGBT placent donc leur espoir sur l'Argentine, qui pourrait, selon certaines rumeurs, reprendre le débat. Sans trop d'illusions. Les gays rencontrent encore bien trop d'hostilité dans la plupart du monde, ce n'est pas demain la veille de leur existence en termes diplomatiques...

dimanche 20 mars 2005

 Before Sunrise / Before Sunset

« You know, love... I mean, I don't know. .»
Lui, Sunrise.

Before / After Pour Alfred Hitchcock en son temps, la meilleure idée de scénario tenait en trois mots : « boy meets girl ». Before Sunrise en 1995, ce n'était que ça. Un Américain (Ethan Hawke) rencontre une Française (Julie Delpy) et passe une nuit avec elle à Vienne, à tourner autour de l'amour, avant que leurs chemins ne se séparent. À tout jamais ? A la fin du film, ils promettaient de se revoir 6 mois plus tard. On ne savait pas s'ils s'étaient retrouvés. Les groupies de ce film - dont je faisais partie - n'avaient plus qu'à imaginer la suite.

« In a way, I put all my romanticism into that one night and I was never able to feel all this again. »
Elle, Sunset

Sorti cette semaine, Before Sunset révèle dès le départ la nouvelle : non, ils ne s'étaient pas revus (elle avait un enterrement). Mais une nouvelle chance leur est offerte. Ils se retrouvent à Paris, 9 ans plus tard, bizarrement maigres, dans ma librairie préférée, Shakespeare and Co à Saint-Michel. L'amour repointe son nez. Et puisque l'amour, c'est des mots, le flot de paroles retrouve aussitôt son débit initial, le cadre parisien (les bâteaux-mouche, Notre Dame...) soulignant l'influence surprenante des films d'Eric Rohmer sur cette production US indépendante. Cette fois-ci dans l'urgence, puisque les personnages n'ont plus une nuit entière, mais seulement 90 minutes. Ce qui permet au film de se dérouler en temps réel, l'idéal pour sentir l'amour renaître et se demander ce qu'est ce putain de sentiment, bordel.

« The world might be evolving the way a person evolves. Me for example. When I was younger, I was healthier but I was whacked with insecurity. Now I'm older, my problems are deeper but I'm more equiped to handle. »
Lui, Sunset.

On a tous connu ce sentiment, cette impression bizarre que telle personne rencontrée, là en face de nous, serait la personne idéale... simplement si les choses avaient été autrement. Before Sunset met en scène cette deuxième chance qu'on espère, alors. Et ça fonctionne, grâce au charme des acteurs-scénaristes. Après une décennie d'attente, je n'ai pas été déçu par cette suite dont la chute est l'une des plus belles que j'aie vues récemment.

« I believe if there's any kind of God, it wouldn't be in any of us. Not you or me. But just this little space in between. If there's any kind of magic in this world, it must be in the attempt of understanding someone, sharing something. I know it's almost impossible to succeed, but who cares, really? The answer must be in the attempt. »
Elle, Sunset

En écoute : Nina Simone, Just In Time. LA chanson du film, hélas absente de la bande originale...

vendredi 18 mars 2005

 Morts au feu

Photo: Nouvel ObsSur le parvis du musée Beaubourg, un tas de charbon et huit brasiers représentent 87 cercueils sur lesquels on n'a pas assez pleuré. 87 morts en région parisienne depuis quatre mois. Décédés dans la rue et enterrés le plus souvent dans l'anonymat. Le collectif des morts de la rue essaie d'organiser au fur et à mesure, autant que possible, des enterrements dignes et de casser l'anonymat du “carré des indigents” au cimetierre de Thiais (Val-de-Marne). Mardi, on égrénait donc la liste des 87 SDF morts de solitude, dont l'espérance de vie aura été de 47 ans.

Inutile de se dire que l'arrivée des beaux jours va stopper l'hémorragie : au printemps, certains lieux d'accueil ferment et leur propre attention à leur santé se relâchent. Ainsi ils sont plus nombreux à mourir à cette période.

jeudi 10 mars 2005

 Dissidence

Ça, c'est de la provoc.

mardi 8 mars 2005

 Smiley®, une icône française

Extraite de cet article du Monde, cette révélation selon laquelle le Smiley international, avant d'être le symbole de l'acid music, provient de... France Soir. En 1971. Et vient confirmer que la “positive attitude” de Raffarin n'est qu'un éternel recommencement. Et que les pigistes peuvent faire fortune (parfois) (rarement).

Chaban-Delmas bataillait à Matignon pour faire accepter son projet de « Nouvelle société » par le président Pompidou qui n'y croyait pas du tout. [...] Comme à leur habitude, les journaux étaient pleins d'annonces de manifestations et de catastrophes en tous genres, et, surtout les ventes du France Soir de Pierre Lazareff piquaient du nez.

Donc Lazareff se mit en tête d'aider son copain Chaban, tout en dopant un peu la diffusion de son propre journal d'une manière inédite. [...] C'est un pigiste entré en 1963 à France Soir qui trouva la solution : « Il n'y a tout de même pas que des mauvaises nouvelles dans la vie !, raconte Franklin Loufrani. On peut gagner à la loterie ou applaudir au succès des Beatles. Pour illustrer ce genre de bonnes nouvelles, j'ai inventé un petit rond avec deux yeux et une bouche souriante et nous l'avons collé dans les articles racontant d'heureux événements. Ça a fait un malheur ! Notre campagne «sourire» a été suivie par tous les médias mondiaux. Comme j'avais pris la peine de déposer la marque à l'Institut national de la propriété industrielle, le pigiste fauché que j'étais s'est retrouvé à la tête d'une petite fortune. » Tee-shirts, autocollants, etc., apparaissent au stade no 1 du merchandising.

M. Loufrani part chez Hachette diriger l'agence des droits de reproduction, baptise son fameux sourire « Smiley » parce que l'anglais est plus répandu que le français, et crée Smiley World en Grande-Bretagne pour défendre bec et ongles son logotype hilare contre tous les copieurs de la planète.

... l'histoire ne pas s'il touche aussi des droits d'auteurs sur les pillules d'extasy.

Ça lui appartient aussi : Smileyworld.com.

Playlist : Bobby Mc Ferrin - Don't Worry Be Happy, quoi d'autre ?

UPDATE : Merci pour les suggestions !
REM - Shiny Happy People
Rolling Stones - Happy
Louis Armstrong - When You're Smiling (the whole world smiles with you)
Who Framed Rogger Rabbit Soundtrack - Smile, Darn Ya Smile!

jeudi 3 mars 2005

 M'Halles sapé

Aux deux coups (de sirènes) de midi, Laurent Laurent nous enseigne la technique du “ski mental” : tout schuss dans l'escalator. C'est un peu plus lent qu'en réalité, mais par chance il a neigé hier et on s'y croirait presque. Les passants nous prennent pour des fous (mais ils n'ont peut-être pas tort ?), nous on s'amuse bien en tous cas.

La grosse dizaine que nous sommes suit ensuite notre guide dans le “terrier” des Halles, la galerie commerciale du centre de Paris, le royaume de la fringue, un choix logique pour le co-fondateur d'un collectif nommé Malsapé-Paris. Il a choisi l'angle du vêtement pour démontrer l'absurdité de cette ville, « car si en 2000 on était encore libre de notre apparence, maintenant on n'a plus le droit de mal s'habiller à Paris... »

L'ancienne expression “le ventre de Paris” prend tout son sens quand il nous fait une démonstration de son invention du “pédofeeling”, ou l'art de s'habiller au rayon 10 ans. « Et ça le fait ! » comme il dit, sans doute influencé dans son langage par son accoutrement... Après un hommage aux pigeons refaisant la déco du centre commercial, il développe le concept du “pull under” (j'ai bien aimé, j'ai rien compris), nous présente son invention de lunettes de soleil ultra-légères et économiques (deux verres teintés, un peu de scotch, ça ne donne pas l'air intelligent mais le tour est joué).

En bon GA (gentil artiste), il nous fait visiter les recoins sous-estimés (une porte anonyme menant à un couloir sombre sans fin, des travaux d'aggrandissement, la sortie handicapés traversant le local des poubelles, etc). Puis il tente une expérience : parsemer un couloir de gants trouvés dans les rues. Pour voir au bout de combien de temps un passant les ramasserait et ce qu'il en ferait. Résultat : en 15 secondes un balayeur les ramassait, en 30 secondes les vigiles accouraient pour nous interdire ce rassemblement ! Comme le dit Laurent Laurent, c'est un nouveau sens au mot d'ordre de Malsapé-Paris, « I'm different but we are tous pareils » : on accepte l'extravagance à condition que l'on fasse comme tout le monde, et dix personnes qui se réunissent pour une rencontre artistique, c'est trop différent, donc probablement dangereux.

Dans le jardin enfin, on s'immortalise tout en méditant sur le caractère éphémère du cadre qui nous entoure, et pour s'en remettre on va tous déjeûner ensemble pour mieux faire connaissance. Des performances comme ça, j'en reprendrais bien une couche !

mercredi 2 mars 2005

 Point final

Dangerously sleep deprived. Dossier sur les gays de plus de 50 ans pour Têtu, à rendre pour... la semaine dernière, tout va bien. Deux nuits sans dormir, trois litres de thé, je me suis remis à fumer à défaut d'amphétamines... A l'aube, le papier était rendu. Mais comment je me débrouille ? Chaque fois, besoin de me torturer pour arriver à pondre un texte ; le pire c'est qu'à la fin, quand après un long combat j'ai enfin achevé d'écrire, je me dis que j'ai aimé faire ça. Je suis content de moi, même, ce qui n'arrive pas souvent. J'ai envie de recommencer, et puis... au papier suivant, ça recommence. Pathétique.

Pour rencontrer des vieux, une tentative d'aller à une réunion d'anciens au centre gay et lesbien. Comme jamais, l'impression d'être une grosse sucette à la fraise au milieu d'un square rempli de gamins... Au départ, c'est drôle : je me présente, j'explique le dossier, mon speech est suivi d'un silence. Rompu par un homme qui crie à l'oreille de son voisin : « Il est drôlement mignon, hein ! » Comment ils s'appelaient, dans le Muppet Show, les deux vieux au balcon, déjà ?

Un autre me tend son recueil de poèmes, intitulé Le Braguettor. Des histoires de drague dans les “tasses”, comme on appelait alors les sanisettes, le seul lieu de dragues pour les homos d'avant le Dépôt. Le livre commence par un

Ah Robert
La pipe que tu préfères

Sur les vingt ans
Ça vient d'un élan

La pipe que t'aimes tant
En trois temps deux mouvements

Quand tu finis
Pendant qu'il s'essuie.

Autre poème pris au hasard :

L'édicule ne tue pas
Pas plus
Que mon pipi poétique.

Je tiens les références du bouquin à disposition des intéressés.

Au bout de deux heures de réunion, les questions deviennent plus directes (« Ils sont tous homos, les journalistes de Têtu ? Je veux dire, vous l'êtes ? Non parce qu'on se dit tous que vous êtes très joli... ») cela devient intenable, je sors en décidant de ne faire les interviews suivantes que par téléphone.

Dans la radio blog :
FFF - Morphée
Eels - I Need Some Sleep