Vikings
800-1050
Un ouvrage très clair qui cherche à établir quelques repères sur la vie quotidienne des Vikings.

Régis Boyer, les Vikings 800-1050, Hachette Littératures

L’auteur cherche très clairement dans cet ouvrage à modifier les représentations des lecteurs sur le peuple viking. Il y parvient avec simplicité et pédagogie. Son travail est très plaisant à lire, documenté et nous initie à une civilisation inconnue.

Sources
Les sources sont principalement archéologiques et permettent de corriger bien des a priori. Les Vikings par exemple ne portent pas de casques à cornes. La numismatique est le second grand type de source avec la runologie (études des inscriptions). La toponymie nous aide à retrouver les frontières du Danelaw par exemple. Les Islandais, christianisés en 999, se sont mis à partir de cette date à écrire.

Définition
Le Viking est avant tout un commerçant scandinave (Danois, Norvégien, Suédois ou Islandais), doué pour le négoce et la navigation avec son knörr, auteur d’incursions en occident chrétien vers le IXe siècle. Ces agissements sont à l’origine de cette image de pillards qui « colle » aux Vikings et est colportée par les clercs. L’auteur distingue trois grandes périodes dans la période viking :
- 800 à 850, l’ère des tâtonnements,
- 850 à 900, l’apogée, période de colonisation de l’Islande,
- 980 à 1050, d’autres expéditions sont entreprises, notamment vers l’Asie.
Nous sommes en outre assuré du fait que le mot Viking a pour origine le vicus (la place marchande) ce qui renforce la thèse centrale de l’auteur : les Vikings sont un peuple de marchands qui se déplace de vicus en vicus.

Famille et clan
A la base, la famille définit le Viking qui appartient à un clan. Elle inclut les consanguins, les amis proches et les frères jurés, parents adoptifs et pauvres à la charge de la maison. Les Vikings avaient des esclaves auprès d’eux.
À la tête des Vikings, le roi était choisi ou élu par les grands à l’intérieur de quelques familles. Il pouvait être destitué s’il ne donnait pas satisfaction. Les marchands enfin étaient liés entre eux par des serments. La femme trouve sa place : elle est certes exclue des affaires publiques mais elle est par exemple chargée de défendre l’honneur de son époux. Elle est en outre la maîtresse dans la maison. Les pauvres, nombreux, sont confiés aux familles.

La femme
La femme accouche en position accroupie ou à genoux ; l’enfant à sa naissance est aspergé d’eau. Le père peut le rejeter et le laisser aux bêtes sauvages. Dans le cas contraire, il doit lui donner un nom. L’enfant est très vite considéré comme un adulte (dès l’âge de 14 ans) ; il est élevé de manière correcte (les archéologues ont retrouvé par exemple des jouets). Un cadeau est donné lors de la première dent. L’enfant doit se livrer aux sports : équitation et jeu des armes pour les garçons. Les enfants illégitimes entrent dans la famille par une cérémonie étrange : le père doit abattre un bœuf puis fabriquer une chaussure avec le cuir de la patte droite de la bête ; cette chaussure est ensuite essayée par chaque membre de la famille. Le mariage est une étape cruciale de l’existence ; les trois jours, banquet nuptial ponctué de déclamation de poèmes ou de récits, de chants et danses sont la tradition.
Le divorce existe mais il est très rare.

Croyances
Les Vikings croient dans l’existence d’une âme. La mort est ritualisée ; le mort est enterré dans un coffre en bois ; les descendants célèbrent les funérailles lors d’un festin.
Ils croient également en un au-delà : une sorte d’enfer est désignée par le mot « Hel ». « C’est là que le dieu Odin rassemble, en vue du Ragnarök (consommation du destin des Puissances plutôt que le wagnérien Crépuscule des dieux, les deux versions toutefois existent), les guerriers d’élite, ou einherjar, qu’il a fait choisir par ses valkyries pour qu’ils trépassent sur le champ de bataille ».
Le viking se choisit un protecteur.
Pour l’auteur le Viking n’est pas très religieux dans la mesure où il ne pratique pas la prière mais, en revanche, des rites existent dans des lieux naturels (car il n’y a pas de temples). Le sacrifice est fréquent, le sang est recueilli et sert à la consultation des augures puis la viande de l’animal immolé est consommée. Le panthéon se compose notamment d’un géant à la lance : Odin dieu des morts, d’un bonhomme-verrat qui est le grand maître de la Valhöll avec ses combattants d’élite servis par des valkyries, Freyr ou d’un personnage à la hache (bÓrr). Avec son marteau Mjölnir (symbole de la foudre) réduit tout ce qui risque de nuire aux hommes et aux dieux. Il est donné pour fils du dieu terre. En outre, le soleil est adoré.
Selon la cosmogonie des vikings, les premiers habitants de la terre ont été des géants : Surtr et Loki, capable d’extraordinaires métamorphoses. Askr et Embla forment le premier couple humain sur la terre. Au centre se trouve la demeure des dieux, entourée du monde des humains lui même cerné par le monde extérieur ou se situe la Grande mer. Le Grand arbre est le pilier du monde qui supporte les neuf mondes (trois aériens, trois terrestres et trois souterrains).

Justice
Le ping est l’assemblée où la loi est lue. Les juges étaient le plus souvent des voisins ou des dignitaires locaux. La peine de mort n’existe que pour des cas très graves (viol, vol et le meurtre d’une victime sans défense, magie ou sorcellerie). On condamne souvent à l’amende ou au bannissement dans les cas plus graves.

Habitat
Les Vikings vivent dans des fermes aux bâtiments multiples dont les murs sont en courbe, dotés d’une pièce principale pour les humains. Il n’y a ni fenêtres ni cheminées mais une fosse à feu, située au centre qui sert à chauffer et éclairer. Les espaces libres sont occupés par des banquettes dont le couvercle se relève et qui contient la literie ; ces banquettes sont recouvertes de peaux et de fourrures. Les tables sont constituées d’une planche articulée sur deux pieds que l’on enfonce dans le sol au moment des repas. Le sol est en terre battue. La lampe est un récipient semi sphérique où brûle du suif ou de l’huile de poisson. Le métier à tisser est le meuble le plus important. Le toit est recouvert de lattes de bois recouvertes de tourbe gazonneuse. L’habitat n’est jamais groupé.

Vêtements
Le Viking porte un pantalon long et flottant ; sur la tête un bonnet de feutre ou de laine. Les sous-vêtements n’existent pas encore. Il garde sa barbe et une longue chevelure. La femme porte une longue robe de laine plissée.

Repas
Les Vikings confectionnaient à la base de leurs recettes un fond de sauce genre ketchup et accompagnait le plat d’un pain croustillant sur lequel était étalé du beurre. Le plat principal était du poisson séché. On mangeait dans des assiettes en bois, des écuelles. On cuisinait dans des chaudrons. Les seuls fruits consommés sont des pommes, des noisettes et des noix. On buvait de la bière ou de l’hydromel dans des gobelets très évasés.

La vie en bateau
Les Vikings se déplaçaient à cheval ; dans les bateaux, ils couchaient leurs chevaux. L’auteur précise que la disparité entre la soi disante taille des hommes et celle des chevaux est une idiotie.
Le knörr est un navire surprenant : le bordage est monté à clins (se chevauchant l’un l’autre) : la proue et la poupe sont symétriques ; une rame-gouvernail est située à l’arrière. Souvent la proue est figurée par un dragon d’où le terme impropre de drakkar donné par les Français à ce navire. Le mât porte une voile rectangulaire. Ce bateau est très souple. Une tente est parfois dressée à l’intérieur. L’ancre n’est pas inconnue. Dans les batailles navales, les bateaux sont attachés entre eux. Des pierres sont projetées (elles se trouvaient en cale pour équilibrer le knörr), puis des flèches et enfin, on passe à l’abordage. La bataille est terminée quand le chef est mort. Nous ne savons pas tout à fait comment les Vikings faisaient pour se diriger étant donné qu’ils ne connaissaient pas la boussole. Certes, les mers sont ponctuées d’îlots et les Vikings favorisaient le cabotage mais il reste une inconnue pour les grands voyages. Les marins se nourrissaient de poisson.

Aspects militaires
Les opérations de razzias se faisaient le plus souvent en se postant à l’embouchure des fleuves et en attendant que les habitants soient distraits par une foire et une fête pour fondre sur eux. L’épée est la principale arme, terminée par un pommeau rond et conique, de médiocre qualité comme en témoigne les récits de soldats qui doivent redresser leur arme en pleine bataille. Le casque est conique et prolongé par un nasal, de cuir épais avec des lunettes du genre de celles de motocyclistes. Les batailles débutent généralement par un déluge de pierre suivi d’un corps-à-corps confus.

Une année
L’année début avec le mois d’avril, mois du coucou, des semailles. Il faut aussi couper du bois. En mai, les Vikings s’occupent de leurs moutons, chassent le faucon, pèchent (notamment les cétacés). Mi juin est le mois du soleil vénéré et du ping, la grande assemblée et des grandes expéditions. En juillet, viennent les foins. En septembre, on commence à enterrer la viande pour la surgeler en prévision de l’hiver. Le Viking chasse à l’arc et à l’épieu. La pèche se poursuit pendant les mois d’hiver en forant un trou dans la glace. Ils fabriquent également des serrures et des clefs ; se livrent à des joutes d’énigmes pour passer le temps. Cette longue période est rythmée par les fêtes (celle du solstice d’hiver durant laquelle un grand sacrifice est pratiqué).

le corps et la tête
Le viking est un chasseur qui pratique le ski, le patinage, la lutte, la natation, le tir à l’arc. Les signes de l’écriture viking se gravent avec un objet pointu (stylet, couteau, hachette…) sur un support dur (bois, pierre, cuir métal, os…). L’écriture est épigraphique (qui se rapporte aux inscriptions dites runiques). La langue est germanique et donc indo-européenne. La première syllabe des mots est accentuée.



Tarissement de l’esclavage, sédentarisation puis intégration sur les côtes occidentales, christianisation emportent cette civilisation.

sources
définitions
Famille et clan
La femme
Croyances
Justice
Habitat
Vêtementsts
Repas
La vie en bateau
Aspects militaires
Une année
Vie intellectuelle

C’était au premier âge/ où il n’y avait rien / ni sable ni mer / ni froides vagues / de terre point n’y avait / ni de ciel élevé / béant était le vide / et d’herbe nulle part.

National Museum of Natural History
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