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Enquête

L'acteur David Monfield, avec les DJ Robin Tee et Hend de Coy. Mais où se cache le pirate? - Dominick Tyler

La fiancée du pirate

Qui a fait passer clandestinement FIP, la séduisante radio française, outre-Manche ?

Ce 25 janvier au soir, ils sont des dizaines à investir The Hope, au 10, Queens Road, à Brighton. Un pub traditionnel où des affiches annoncent « une célébration de la musique et du fol éclectisme de la mystérieuse station musicale française ». Quelle est donc cette radio ? Nulle autre que notre FIP nationale, créée en 1971 ! Le dernier jeudi de chaque mois, les habitants de l’élégante cité balnéaire se réunissent pour célébrer l’éclectisme musical de celle qu’ils appellent, accent oblige, la « pheep ». Comment arrivent-ils à capter sur leur bande FM une radio française alors que Brighton est située à 180 kilomètres de Dieppe et du Havre, soit hors de portée des émetteurs hexagonaux ? Par quelle prouesse technique ?

Après (déjà) huit ans de vie commune avec la « pheep », ses fans ne se posent même plus la question. Ils préfèrent l’imaginer chevauchant les ondes, telle une sirène, pour arriver comme par miracle jusqu’à leurs oreilles. Elle s’est imposée comme une sorte d’idéal radiophonique, un jardin sonore secret à partager.
Alors ce soir, The Hope, plafond rouge, canapés Chesterfield et manches à bière de rigueur sur le comptoir, accueille deux DJ : Robin Tee et Hend de Coy. Pas d’écoute collective de FIP au programme, mais plutôt un hommage à son esprit, les deux DJ mixant des musiques inventives qui lui ressemblent. « Il n’y a pas d’équivalent en Angleterre, assurent Maria, Martha, James, Matthew et Mike, cinq fans de FIP, une pinte à la main. Chez nous, les radios sont toutes formatées. L’une diffuse du blues, l’autre du rock. Il n’y a jamais de mélange. Chez vous, les animateurs connaissent tous les styles de musique, et s’intéressent au répertoire depuis les années 60. »

Certains de ces amateurs anglais apprécient tellement le bain sonore conçu par FIP qu’il leur arrive de déménager sur les collines pour la capter mieux encore. D’autres l’enregistrent sur cassette ou CD pour l’emporter dans leurs déplacements. Et on entend FIP dans les boutiques, les taxis, les restaurants.
Après quelques tournées de bière, l’organisateur de la soirée, le comédien local David Mounfield, apparaît dans le pub enfumé. Ce jeudi, il jouait dans une pièce humoristique tout près d’ici, dans une salle en vogue. « Vous savez, les gens qui aiment FIP sont des amateurs d’art et de culture ! Les radios commerciales ne prennent aucun risque côté musique, et leurs présentateurs parlent tout le temps. Quant aux radios locales de la BBC, elles s’adressent plutôt aux personnes âgées. Il est logique que FIP ait trouvé son public, ici, dans la ville des excentriques et des esprits indépendants. La seule du pays qui devrait passer aux mains des écologistes lors des prochaines élections ! ».

A côté de David Mounfield, un homme l’écoute attentivement. Nous engageons la discussion et, au bout de quelques minutes, il tombe le masque : « l’ingénieur », celui qui a mis au point le système pirate de diffusion de FIP à Brighton, c’est lui. L’envie de partager cette radio qu’il adore était trop forte. Par peur de représailles, il refuse de décliner son identité mais, pour la première fois, révèle son secret. « Je récupère la modulation satellite… Puis je l’envoie sur deux émetteurs FM de faible puissance installés sur deux collines, près d’ici. J’ai choisi les fréquences de manière à ne pas brouiller celles des stations commerciales de la ville… » Une seule plainte et c’en serait fini, les émetteurs seraient saisis. Dans le pub, personne ne réagit. Ou ne veut entendre. Ces auditeurs aiment trop l’idée que FIP est une radio fantôme amenée par le flux et le reflux des vagues .
Anne-Marie Gustave
Télérama n° 2979 - 17 Février 2007

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