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    10-06-2007 - 13:48 (GMT +0200) ImprimerEnvoyer à
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La 2e guerre mondiale au Luxembourg - quelques points de repère



Vers le niveau supérieur

HEIM INS REICH
La 2e guerre mondiale au Luxembourg - quelques points de repère


Chronologie


d’après Gilbert Trausch, L’Histoire du Luxembourg : Le destin d’un ‘petit pays’. Editions Privat : Toulouse, 2003

1939 Le Luxembourg, rassemblé autour de la Grande-Duchesse, célèbre avec ferveur le centenaire de son Indépendance.
10 mai 1940 L’Allemagne viole la neutralité luxembourgeoise et envahit le pays. La Grande-Duchesse et le gouvernement partent en exil (Grande-Bretagne, Canada et Etats-Unis).
début août 1940 Un Gauleiter est mis en place comme chef de l’administration civile avec le but de germaniser le plus rapidement possible le Luxembourg.
Août-octobre 1940 L’usage du français est interdit. Les organes de l’Etat sont dissous. Les partis politiques et les syndicats sont interdits.
10 octobre 1941 Les Luxembourgeois transforment un recensement racial organisé par les nazis en un référendum en faveur de leur langue maternelle et de leur nationalité, bref de leur indépendance.
30 août 1942 Le Gauleiter introduit le service militaire obligatoire pour les jeunes Luxembourgeois des classes d'âge 1920 à 1927.
30 août-2 sept 1942 Les Luxembourgeois répondent par une grève générale qui est réprimée dans le sang. 20 patriotes sont fusillés à Hinzert, un autre est décapité à Cologne.
25 février 1944 Exécution de 23 chefs de la Résistance luxembourgeoise à Hinzert.
10 sept 1944 Libération du Luxembourg par les Américains.
19 décembre 1944 - janvier 1945 Retour offensif des Allemands (bataille des Ardennes) Le nord et l’est du pays sont ravagés.
14 avril 1945 Retour de la Grande-Duchesse.

Les principaux thèmes du film

L'invasion: le 10 mai 1940 et le départ de la Grande-Duchesse et du gouvernement
Le Gauleiter Simon
Premières mesures restrictives des Allemands et premières arrestations, Gëlle Fra
La politique de germanisation du Luxembourg, le recensement raté d’octobre 1941
La collaboration : VDB, Ortsgruppenleiter, les volontaires de la Wehrmacht, collaboration économique
Le sort des Juifs au Luxembourg
Résistance : groupements, motivations activités, hétérogénéité des mouvements
La grève générale après l’instauration de la Wehrmacht, répression et peines de mort
Les réfractaires dans les cachettes
Les enrôlés au front russe, les déserteurs, le sort des prisonniers de guerre en Russie
L'attitude de l'Eglise
La Libération du Luxembourg
L’épuration : l’arrestation des collaborateurs, les procès, la mort du Gauleiter

tournage devant la villa Pauly

Tournage devant la Villa Pauly
photo: Romain Girtgen © CNA

L’invasion : le 10 mai 1940 et le départ de la Grande-Duchesse et du gouvernement

Le 10 mai 1940, le vendredi avant la Pentecôte, à 4.35 hrs du matin, l’armée allemande franchit la frontière à l’est du pays. Peu après, les troupes allemandes font leur entrée dans la capitale.

Pendant la nuit, le gouvernement reçoit l’information que l’invasion est imminente et prépare immédiatement le départ de la Grande-Duchesse vers Lamadelaine. Les cinq ministres qui forment alors le gouvernement devaient fuir avec elle. Seuls quatre y réussissent. Quand la France capitule le 22 juin, la Grande-Duchesse et les ministres se rendent au Portugal en traversant l’Espagne. A partir du Portugal, la Grande-Duchesse passera en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et puis au Canada. En se rendant à Londres, la Grande-Duchesse marque son choix du camp allié. La famille grand-ducale ainsi que deux ministres vont rester au Canada, alors que les deux autres résident à Londres avec la Grande-Duchesse (à partir de 1942) pour être près des autres gouvernements en exil. Le 5 septembre 1940, la Grande-Duchesse lance son premier message aux Luxembourgeois par les voies de la BBC.

Le Gauleiter Simon
Rue de l'Eau

Rue de l'Eau (1941?); photo: Josef Schmithüsen © Service des Sites et Monuments nationaux


Le 24 juillet 1940, le "Oberkommando der Wehrmacht" nomme Gustav Simon, Gauleiter du Gau Coblence-Trèves, instituteur de formation, "Chef der Zivilverwaltung in Luxemburg".

Le 2 août, Hitler confirme sa nomination par un "Führererlass" qui implique la subordination directe de Simon au Führer. Gustav Simon fait son entrée solennelle le 6 août à la Place d’Armes accompagné de 600 policiers. Il y prononce son premier discours dans lequel il énonce ses objectifs pour le Luxembourg. En premier lieu, Gustav Simon va essayer de tranformer le Luxembourg, qu’il trouve trop influencé par la langue et la culture françaises, en un pays germanique.




1ères mesures restrictives des Allemands et 1ères arrestations, Gëlle Fra

6 août 1940Par une "Verordnung über den Gebrauch der deutschen Sprache im Lande Luxemburg" l’allemand devient la seule langue officielle. Le décret ne règle pas seulement l’emploi de la langue au plan administratif et officiel mais également dans la vie quotidienne. Il est ainsi interdit d’utiliser des expressions comme "bonjour" ou "merci", il faut saluer avec "Heil Hitler" et dire "danke" pour remercier.
31 janvier 1941 Les noms de famille doivent également être germanisés ("eingedeutscht"). Les noms des rues, les noms et prénoms de consonance française sont remplacés par des noms germaniques. Les inscriptions sur les frontons des magasins et sur les papiers commerciaux sont traduits en allemand.
18 février 1941 Il est interdit de porter le béret basque.

une rue change de nom

Une rue change de nom; un soldat allemand filme la scène, DR


Le 20 octobre 1940, les nazis démolissent le monument de la Gëlle Fra. Ce monument, érigé en souvenir des Luxembourgeois volontaires dans l’armée française pendant la 1ère guerre mondiale, constitue en effet une offense aux yeux des Allemands. Au moment des préparations de démolition qui prennent plusieurs jours, des élèves de l’Athénée qui se trouve juste vis-à-vis (dans le bâtiment de l’actuelle Bibliothèque nationale), sortent de l’école et sont parmi les premiers à protester contre cette action. Certains parmi les jeunes se mettent à crier des slogans anti-allemands. La Gestapo finit par intervenir et arrête un certain nombre de jeunes qu’ils sortent de la foule au hasard. Ils seront relâchés après avoir été questionnés et tabassés par les nazis.

La politique de germanisation du Luxembourg, le recensement raté d’octobre 1941

Défilé rue du Fossé 1941

Défilé allemand rue du Fossé 1941
photo: Marcel Duffau
© Photothèque de la Ville de Luxembourg

La politique de germanisation du Gauleiter ne s’arrête pas au changement des noms des personnes et des rues et à la destruction de la Gëlle Fra.

Le 10 octobre 1941, le chef de la "Zivilverwaltung" décide d’entreprendre une "Personenbestandsaufnahme", un recensement racial qui contient, entre autres, trois questions insidieuses sur la langue maternelle ("Muttersprache"), l’appartenance ethnique ("Volkstumszugehörigkeit") et la nationalité ("Staatsangehörigkeit"). Les Allemands font passer le message que les Luxembourgeois doivent y répondre à chaque fois par "allemand". La résistance lance des appels à la population pour l’inciter à répondre "lëtzebuergesch" aux trois questions. Soupçonneux, les Allemands prélèvent des échantillons au hasard la veille du dépouillement. Constatant qu'une écrasante majorité des Luxembourgeois a en effet répondu par "lëtzebuergesch" aux trois questions incriminées, ils annulent le recensement.

La collaboration : VDB, Ortsgruppenleiter, les volontaires de la Wehrmacht, collaboration économique

Le gauleiter sous le tableau de Hitler (tournage)

Le Gauleiter Simon sous le tableau de Hitler (tournage du film)
photo: Romain Girtgen © CNA

Avant même l’arrivée de Gustav Simon, des mouvements pro-allemands se font entendre. Le 13 juillet 1940, la Volksdeutsche Bewegung (VDB) se forme avec, à sa tête, Damian Kratzenberg, professeur d'allemand à l’Athénée de Luxembourg. Le VDB rassemble des Luxembourgeois et des Allemands habitant au Luxembourg, tous convaincus des bienfaits du national-socialisme. Le VDB propage l’idée que les Luxembourgeois ont la même histoire que le peuple allemand et font par exemple, à l’aide d’affiches, allusion au "Klëppelkrich", rappelant que les Luxembourgeois se sont déjà battus contre les Français et pour une cause prétendument pro-germanique. C’est aussi le VDB qui crée le slogan "Heim ins Reich" qui reflète bien leur programme. Jusqu’à l’arrivée du Gauleiter, le VDB ne connaît qu’un succès limité. Organisé comme le parti national-socialiste, il aura son siège au coin de la Grand-rue et de la rue du Fossé, au Roude Pëtz.

Dès 1941, les autorités allemandes commencent à faire appel aux volontaires luxembourgeois pour entrer dans la Wehrmacht. Il n’existe toutefois pas de source précisant le nombre concret de volontaires partant dans la Wehrmacht avant l’introduction du service militaire obligatoire.

Après l’arrivée de Gustav Simon, le nombre de membres du VDB augmente rapidement. Cela tient en partie au fait que les fonctionnaires p. ex. craignent de perdre leur travail s’ils ne s’inscrivent pas au VDB. Une majorité de gens entre donc au VDB par peur et non par conviction.

La collaboration économique est également encore mal étudiée. En tout cas, les industries, et notamment la sidérurgie, continuent de fonctionner et de produire pendant la guerre pour le compte de l’Allemagne, surtout pour son industrie de guerre.

Le sort des juifs au Luxembourg

Au début de la guerre, les quelque 4000 juifs vivant alors au Luxembourg forment une population constituée d’une part de Luxembourgeois installés au pays depuis des générations et d’autre part des réfugiés allemands qui ont fui leur pays après 1933. Près de 2000 d’entre eux quittent le Grand-Duché en mai 1940, quelque 600 autres sont expulsés en août 1940 ou octobre 1941.

5 septembre 1940 La VDB (et non le Gauleiter) décide de faire apposer sur les magasins juifs l’inscription "Jude".
Septembre 1940 Les élèves juifs sont exclus des écoles luxembourgeoises.
Avril-mai 1941 Les Allemands ferment et détruisent les synagogues à Luxembourg et à Esch-sur-Alzette.
14 octobre 1941 Les juifs doivent dorénavant porter l'étoile jaune.
A partir du 16 octobre 1941 Tous les juifs du pays (700), y compris les juifs immigrés, qui n’ont pas réussi à quitter le pays, sont concentrés dans un ancien couvent à Cinqfontaines dans le nord du pays. A partir de là, ils sont déportés dans des camps de concentration et d'extermination allemands. Seuls 43 d’entre eux survivront.

Tournage du film

Tournage du film Heim ins Reich
photo: Romain Girtgen © CNA


Résistance : groupements, motivations activités, hétérogénéité des mouvements

A partir de l’hiver 1940-1941, plusieurs mouvements de résistance naissent. Les groupements issus de milieux différents ne défendent pas nécessairement le même programme politique, mais ont le but commun de chasser les Allemands et de libérer le Luxembourg. Ainsi on trouve des groupes issus d’un parti politique comme les communistes, d’autres d’un groupe social comme les scouts ou les jeunes ouvriers et étudiants. Comme il n’y a pas de service militaire au Luxembourg, les armes à feu sont rares et la résistance luxembourgeoise n’est point armée. On peut parler plutôt d’une résistance clandestine qui travaille essentiellement avec des tracts. A partir de 1942, quand la question des réfractaires (les jeunes gens qui refusent de rejoindre la Wehrmacht) devient un sujet important dans le pays, les résistants jouent un rôle important dans l’organisation et l’approvisionnement des cachettes ainsi que dans les réseaux de fuite vers l’étranger.

C’est seulement au printemps 1944 que les différents groupements de résistants se rassemblent dans l’Union.

Après la Libération, la résistance tentera de jouer un rôle important dans la restauration du gouvernement et dans les procès d’épuration.

La grève générale après l’instauration de l'enrôlement de force dans la Wehrmacht, répression et peines de mort

Le 30 août 1942, Gustav Simon proclame l'introduction du service militaire obligatoire. Ayant eu vent de cette ordonnance, les résistants décident d’appeler à une grève générale. Dans ce but, des tracts sont imprimés pour informer la population que le 31 août 1942, personne ne doit travailler ou aller à l'école. Le mouvement de grève commence le matin à Wiltz et s’étend vers l’ensemble du pays. Les Allemands répondent par une répression sanglante pendant laquelle les responsables supposés sont arrêtés et condamnés à mort par un tribunal d’exception (« Standgericht ») 20 personnes seront fusillées en septembre 1942 au camp de Hinzert.

Les réfractaires dans les cachettes

Quand le service militaire dans la Wehrmacht devient obligatoire, bon nombre de jeunes gens fuient le pays pour passer dans le camp des alliés ou dans la résistance et le maquis français ou belge. D’autres partent bien pour la formation militaire mais n’y retournent pas après le congé qu'ils reçoivent avant d'être envoyés au front. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent fuir à l’étranger, se cachent dans le pays avec l’aide de la résistance et de particuliers. Un grand nombre de cachettes sont installées dans les forêts, des mines, des fermes et des églises ; le plus clandestinement possible. 2/3 des réfractaires sont ainsi cachés au pays même. Les risques encourus par les réfractaires et les particuliers qui les cachent sont immenses, pouvant aller jusqu’à impliquer la mort et, pour la famille des réfractaires, régulièrement la déportation (Ëmsiedlung). Au total, plus de 3500 jeunes hommes échapperont au service dans la Wehrmacht sur les 10200 appelés.
tournage dans les mines

Tournage dans une mine
photo: Romain Girtgen © CNA


Les enrôlés au front russe, les déserteurs, le sort des prisonniers de guerre en Russie

Ceux qui ne peuvent échapper à l’enrôlement de force connaissent l’enfer au front russe. Bon nombre de Luxembourgeois désertent sur le front même et rejoignent le côté adverse. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas le faire sont faits prisonniers avec les Allemands après la victoire des troupes soviétiques et traités de la même façon que ces derniers. Ensuite, 1004 Luxembourgeois sont envoyés au camp de Tambow dont seuls 838 reviendront chez eux en 1945.

L’attitude de l’Eglise

L’Eglise catholique au Luxembourg reste relativement silencieuse pendant la guerre. Elle ne s’exprime pas officiellement sur le sort des juifs ni sur le régime nazi. D’un côté, l’évêque souffre d’une maladie qui le cloue au lit et ne se trouve donc pas en état de faire de l’opposition active et d’autre part, l’Eglise voit sa propre existence mise en danger par la politique anti-religieuse nazie. Ainsi les manifestations religieuses publiques sont interdites comme p.ex. les processions de l’Octave et la procession dansante.

La Libération du Luxembourg

Dès mai 1944, l’aviation alliée attaque des objectifs militaires (gares de Luxembourg et Bettembourg) au Luxembourg. Le 9 septembre, les Américains libèrent le pays en entrant sur le territoire luxembourgeois à Pétange. Le lendemain, la capitale est libérée. Parmi les troupes américaines la population en liesse découvre le Prince Felix et le Prince Jean ; ce dernier s’est engagé dans les Irish Guards en octobre 1942.

Le gouvernement rentre de l’exil le 23 septembre et tente de reprendre en main le pays. La Grande-Duchesse ne reviendra que le 14 avril 1945, après la Bataille des Ardennes qui a ravagé l’Oesling durant l’hiver 1944/45.

L’épuration : l’arrestation des collaborateurs, les procès, la mort du Gauleiter

Après la fuite des Allemands, la Milice de l’Union commence à arrêter les collaborateurs et les Allemands restés au pays, en attendant que leur soit fait le procès. L’épuration sera une épreuve longue et difficile. Lors des « procès politiques », un certain nombre de collaborateurs sont condamnés à des peines de prison, mais il y a aussi 12 condamnations à mort dont 8 peines seront exécutées. Dès 1953 une amnistie va permettre à de nombreux collaborateurs de se ranger dans la société.

Le Gauleiter est recherché pour crimes de guerre. Un officier anglais le retrouve à Paderborn où il vit sous un faux nom. Simon sera alors emprisonné. Une délégation luxembourgeoise doit le ramener au Luxembourg mais il est trouvé pendu dans sa cellule. La version officielle veut qu’il se soit suicidé. Des rumeurs parlent d’un assassinat. En tout cas, Gustav Simon n’est jamais arrivé vivant à la prison de Luxembourg.
Arrestation de collaborateurs à Hollerich (11 septembre 1944)

Collaborateurs arrêtés à Hollerich (11 septembre 1944)
photo: Tony Krier © Photothèque de la ville de Luxembourg



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