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Paru dans le JDD Dimanche 20 Mai 2007

Arno Klarsfeld: "J'attends juste un minimum de respect "

Recueilli par Marie Quenet
Le Journal du Dimanche
>> L'avocat Arno Klarsfeld, 41 ans, est le candidat (UMP) aux législatives dans la très disputée huitième circonscription (l'est du 12e arrondissement) de Paris. Il devra d'abord convaincre les électeurs de la circonscription, qui ont majoritairement voté pour la candidate socialiste Ségolène Royal le 6 mai (50,8%). Il affrontera vingt candidats dont Sandrine Mazetier (PS) qu'il a croisé pour la première fois sur les marchés samedi.

Pourquoi vous lancez-vous en politique ?
Nicolas Sarkozy et François Fillon m'ont proposé d'être candidat dans le XIIe. C'est un beau challenge. Je suis né à Paris, je suis amoureux de cette ville. J'ai déjà mené plusieurs missions pour Nicolas Sarkozy et participé activement à sa campagne. Maintenant il est important qu'il ait une majorité au Parlement. Quand j'étais petit, je voulais être archéologue, vétérinaire ou cycliste, pas député. Mais j'aime les défis !

Certains dénoncent un parachutage...
C'est étrange de se voir traité de parachuté quand on habite le VIIIe, à quelques stations de métro du XIIe. Cette accusation vient souvent des partis de gauche ou d'extrême gauche qui proposent que les étrangers puissent voter aux élections nationales mais refusent qu'un Parisien se présente aux législatives à dix minutes en vélo de chez lui.

Quels sont vos liens avec le XIIe ?
C'est là que s'est achevé mon premier acte contre l'extrême droite, en 1987. Je me suis rendu au meeting du FN au Bourget pour y traiter Le Pen de raciste, seul devant 5.000 de ses supporters. Je suis reparti en sang, après avoir été passé à tabac par le service d'ordre, et j'ai été hospitalisé plusieurs jours à la Fondation Rothschild, dans le XIIe. Sinon, c'est un arrondissement dont je connais bien l'histoire. Et je me suis rendu souvent au bois de Vincennes. Ce qui est important aussi, pour les électeurs, c'est d'avoir un député qui peut avoir l'oreille du Président.

Si vous êtes élu, quelles seront vos trois priorités ?
Je m'attacherai à préserver la qualité de vie. J'ai une modeste légitimité car j'ai toujours circulé en rollers ou en vélo. Il faut enseigner l'écologie à l'école et privilégier les transports alternatifs. Deuxième priorité: la sécurité. J'ai rendu un rapport sur la délinquance des mineurs dont les propositions ont été reprises par Nicolas Sarkozy: les mineurs récidivistes violents seront jugés comme des majeurs. Enfin, il faut revoir la loi sur l'immigration. Les régularisations doivent être traitées au cas par cas.

Le XIIe a voté majoritairement à gauche à la présidentielle, comment allez-vous convaincre les électeurs ?
Nicolas Sarkozy a pris l'habitude de me confier des missions difficiles. Je veux faire une campagne de terrain, avec sérieux et modestie. Il faut qu'on me trouve sympathique, cohérent. J'essaie donc de rester moi-même. C'est la meilleure façon de ne pas stresser. Et je suis aidé par mon suppléant Jean-Pierre Bechter, qui connaît très bien le 12e.

Votre mission sur les sans-papiers pour Nicolas Sarkozy pourrait avoir déplu à certains électeurs...
Grâce à moi, 7.000 parents sans papiers ont pu être régularisés. Si l'enfant scolarisé a toutes ses attaches avec la France, il doit y rester. Mais les gens comprennent bien qu'on ne peut pas régulariser tout le monde. Tout le monde disait que les écoles feraient grève. Finalement, il n'y a pas eu de protestations. Je crois que j'ai joué un rôle pédagogique important auprès de l'opinion publique.

Vous êtes de droite ?
Je n'ai pas la carte UMP. Je me sens plutôt au centre, et attaché à Nicolas Sarkozy. Notre amitié s'est intensifiée depuis deux ans. Durant la campagne, j'étais tous les jours rue d'Enghien. Son enthousiasme m'a bluffé. Ce n'est pas un homme vaniteux, mais orgueilleux: il aura à coeur de mettre en oeuvre son projet. Ce sera un président impartial, énergique, qui saura aussi protéger les défavorisés.

On vous envoie au front avant de vous nommer secrétaire d'Etat ?
Je ne sais pas. J'ai rempli un vaste rayon de missions pour Nicolas Sarkozy, sur la justice, l'immigration, l'écologie, mais aussi le social ou la mémoire. Si on me propose un secrétariat d'Etat, j'accepterai. Un secrétariat pas plan-plan, mais une mission difficile, avec des coups à prendre, une réforme juste à mener, cela m'intéresserait.

Vous devriez alors céder votre siège...
Cela ne m'empêchera pas, si je suis élu, de rester fidèle à mes électeurs. Je deviendrai un expert de l'arrondissement. Les gens continueront à s'adresser à moi. C'est comme une relation amoureuse qui ira en s'intensifiant avec le temps.
Si M. Bechter (Jean-Pierre, conseiller UMP de Paris, ndlr) devenait député, cela pourrait réveiller les rivalités locales... Je ne rentre pas dans les conflits locaux. Je ne critique pas mes adversaires. J'aime bien le maire de Paris. Je le vois chaque année, lors du marathon. Du haut de la tribune, il me dit : "Bonjour Arno." Je réponds: "Bonjour Bertrand." Dans le XIIe, la candidate PS Sandrine Mazetier a l'air très sympathique. J'attends juste un minimum de respect.

Serez-vous tête de liste aux municipales dans le XIIe, comme le souhaite Françoise de Panafieu ?
Je l'ignore. Chaque chose en son temps.