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Interview de Daniel Knauf,
le créateur de La caravane de létrange.

(Interview parue dans le SériesTV Magazine n°27, en kiosque le 22 avril 2005)

Véritable épopée sur le Bien et le Mal, sur fond d’apocalypse et de femmes à barbe, La caravane de l’étrange (ou Carnivàle en VO), auréolée de 5 Emmys Awards, est la série culte du moment ! À l’occasion de la saison 2 sur Jimmy, SériesTV Magazine est allé discuter avec son créateur, Daniel Knauf. Il nous explique les origines de la série, comment elle est conçue, ainsi que sa vision de la saga.

SériesTV : Initialement, La Caravane de l’étrange ne devait pas être un film ou un roman, non ?
Daniel Knauf : J’ai commencé le scénario en 1991. Jusqu’en 1992, je l’abordais comme un long-métrage et à l’époque, j’avais peu d’expérience comme auteur. Je n’avais pas vraiment compris que je n’étais pas en train d’écrire un long-métrage. Je suis arrivé à la page 180 et je n’avais pas terminé le deuxième acte. Pourtant, il n’y avait rien d’inutile, en fait il manquait plutôt des choses. Je me suis rendu compte que je ne savais pas ce que j’avais écrit, mais ce n’était sûrement pas un long-métrage, alors je me suis dit que ce serait peut-être un roman un jour. Je n’y ai pas pensé comme projet pour la TV avant le milieu des années 90. Mais, même dans les années 90, les séries comme Les Soprano, qui ont une histoire qui se développe sur une saison, n’existaient pas. Ce que j’imaginais de mieux, c’était une mini-série. Puis, au début du nouveau millénaire, on a commencé à voir apparaître sur le câble des séries qui racontaient des histoires plus longues sur plusieurs épisodes. C’était donc devenu un projet viable pour la télévision. Il y a dix ou quinze ans, on ne pouvait pas vraiment mettre ce genre d’histoire sur pellicule. Même aujourd’hui, c’est un vrai défi de présenter ce genre de projet à une chaîne, parce que la série n’est pas simple. Si vous dites : « c’est un mélange de La Guerre des étoiles et des Raisins de la colère », les producteurs prennent peur !

SériesTV : Vous dites que c’est un mélange de La Guerre des étoiles et des Raisins de la colère. Si vous deviez définir le genre de la série, diriez-vous que c’est un peu La Guerre des étoiles dans les années 30 ?
Daniel Knauf : (Rire.) C’est l’épopée du Bien contre le Mal, en cela ça ressemble au Seigneur des anneaux ou à La Guerre des étoiles. C’est la rencontre de plein de trucs différents. Mais si vous voulez un genre ou un sous-genre qui définisse l’histoire, ce serait de la « magie réaliste ». Ces grandes épopées contiennent le plus souvent un élément de magie. Donc, par certains côtés, c’est ça, et par d’autres c’est La Guerre des étoiles, avec les gentils et les méchants. Il y a aussi des éléments des Raisins de la colère ou du Fléau de Stephen King. Le film Freaks de Tod Browning a également été une source d’inspiration. Bref, il y a plein d’influences et moi-même, j’ai du mal à définir exactement ce que c’est que La Caravane de l’étrange. Ce que je voulais faire, c’était une épopée du Bien contre le Mal, et c’est situé dans les années trente parce que c’était une époque très riche. C’est une époque très importante dans l’histoire des États-Unis. Entre les deux guerres mondiales, c’est la période qui a forgé le pays tel qu’il est aujourd’hui.

SériesTV : Le Bien et le Mal ne sont pas clairement définis dans la première saison, jusqu’à l’épisode 6 ou 7, on ne sait pas très bien qui est de quel côté.
Daniel Knauf : Moi, si ! (Rire.) Écoutez, quand quelqu’un devient tueur en série, c’est peut-être qu’il a un penchant pour ça, peut-être que c’est un sadique qui fantasme là-dessus, mais, à un moment où un autre, c’est une question de choix. D’un autre côté, c’est peut-être quelqu’un qui résiste chaque jour à cette pulsion. Mais c’est toujours un choix et c’est pour cela que l’on punit les gens, même s’ils ont certaines pulsions. C’est aussi vrai de Frère Justin et de Ben. Il y a ce qu’on appelle « les avatars ». Il y en a deux à chaque génération, l’un représente les ténèbres, l’autre la lumière, l’un est bon, l’autre mauvais. Si vous êtes l’avatar du Bien, cela veut dire que votre nature est bonne, pas nécessairement que vous serez une bonne personne, vous pouvez aussi faire des erreurs. Et être quelqu’un de bien n’empêche pas de faire des choses terribles. L’inverse est vrai d’une personne mauvaise. On peut être mauvais et résister à cet instinct et le combattre. Dans les deux premiers épisodes, les scènes clefs sont celle entre Frère Justin (Clancy Brown) et Eleanor (K. Callan), quand elle vomit des pièces, et celle entre Ben (Nick Stahl) et Maddy (Jenna Boyd), où il la soigne. Si vous regardez ces deux pouvoirs, l’impact qu’ils ont sur les personnes qui les accompagnent, on voit bien qui est le gentil. Il y en a un qui soigne et l’autre qui entraîne dans un affreux cauchemar. Ce qui brouille les pistes, c’est que Frère Justin essaie ardemment d’être gentil, il a passé sa vie à nier sa véritable nature. En un sens, on pourrait le considérer comme un héros parce qu’il est horrifié par sa véritable nature, plus encore que les autres et il essaie d’y échapper et de devenir un homme juste. Mais il n’y a rien à faire, c’est comme nager à contre-courant, ça finit par fatiguer. Il a fait des erreurs dans sa vie, des trucs horribles, mais il essaie de résister. Alors que Ben est un homme bon mais qui a été élevé par une mère folle. On ne l’a jamais tenu dans ses bras, ni touché, ni aimé. Donc, émotionnellement, il est assez paumé, il a ses propres limites à gérer. Frère Justin est un antéchrist récalcitrant, alors que Ben, il lui manque les outils pour devenir ce qu’il doit être. Il est coincé en tant qu’être humain à cause de son passé, mais à l’intérieur se trouve une véritable bonté. En grattant un peu la surface des personnages, on découvre qui ils sont.

SériesTV : Quelles sont les différences entre les deux premières saisons ? Comment voyez-vous la progression de la série ?
Daniel Knauf : Dans la première saison, les deux personnages découvrent qui ils sont, dans la deuxième, ils se confrontent à leur destinée. Notre vision de la série, c’est que c’est une histoire sur six saisons organisée comme une trilogie de trois cycles de deux saisons chacun. Donc, vous allez voir le deuxième volet du premier cycle. Comme pour tout, la série s’accélère à mesure qu’elle avance et le rythme s’accélère de plus en plus. Donc, il se passe plus de choses cette saison, tout est plus fort et plus rapide. Si vous regardez la structure des douze épisodes, les sept premiers sont le premier acte, les épisodes huit à douze sont le deuxième acte et les sept premiers de cette saison sont le troisième acte. C’est en fait un long-métrage de vingt-quatre heures.

SériesTV : Comment avez-vous travaillé le look et la mise en scène ?
Daniel Knauf : J’ai beaucoup travaillé à partir de films et de photos d’époque. Les années trente ont été une époque très bien documentée par des photographes géniaux et par plein de films. J’ai travaillé avec le réalisateur Rodrigo Garcia, qui a été directeur de la photo avant d’être réalisateur et qui, du coup, est très sensible à l’aspect visuel. Il voulait un aspect un peu sali, différent des autres séries TV où tout le monde a l’air tout frais sorti de sa douche. Pour tous les décors, véhicules et costumes, on a fait des recherches documentées et détaillées. Pour la photo de la série, on a choisi une palette de couleurs un peu éteintes. On a voulu tourner ça plus comme un film que comme une série TV, on n’a pas peur de mettre la caméra sur pied et de ne plus la bouger. On voulait tourner presque comme on l’aurait fait dans les années trente. À cette époque, l’équipement était tellement lourd qu’on évitait de le bouger. Donc, il y avait beaucoup de plans fixes. Pendant le montage, on a laissé ces scènes respirer, pour certaines, les plans d’ensemble ont été montés intégralement. Et quand on bouge la caméra, c’est toujours pour une bonne raison et c’est toujours assez subtil. Le faire autrement, en tournant autour des acteurs avec une Steadycam à la MTV serait anachronique. Donc, c’est presque un film des années trente.

SériesTV : Il y a toutefois un usage intensif de scènes à effets spéciaux, comme les séquences de rêve, qui sont plutôt des scènes de cauchemar.
Daniel Knauf : (Rire.) Oui, mais même ces montages sont tournés plutôt dans l’esprit de l’époque. Je ne crois pas que nous ayons fait mieux que ce que faisait Eisentein à l’époque. Oui, il y a des effets spéciaux, mais la plupart sont invisibles, comme des changements de ciel ou des objets qu’on doit effacer de l’image parce qu’ils appartiennent aux années 90 ou 70. La plupart des effets sont des effets directs, faits à la prise de vue. Il n’y a pas beaucoup d’effets numériques. Enfin si, il y a beaucoup de travail numérique, mais pas des effets spéciaux, plutôt des trucages d’arrière-plan.

SériesTV : Avez-vous eu du mal à trouver des décors qui rendent l’atmosphère de cette époque ?
Daniel Knauf : Nous tournons dans le désert à quelques heures de Los Angeles. La seule chose contrariante, ce sont les gaz d’échappement des avions dans le ciel. Nous tournons aussi dans de petites villes au nord de Los Angeles, comme Peyroux, qui n’a pas tellement changé depuis les années 30. Mais c’était difficile d’obtenir le look que nous voulions. On a dû pas mal tourner au ranch des studios Paramount et on a dû maquiller le décor pour transformer la ville des années 1880 en ville des années 30.

SériesTV : À quoi ressemble une saison de production de cette série ? Combien de temps faut-il en moyenne pour tourner un épisode ?
Daniel Knauf : À peu près deux semaines par épisode. Donc 24 semaines par année de production. Après, il y a la postproduction…

SériesTV : Ron Moore était le showrunner de la saison un, mais il est parti faire Galactica. Pendant la saison deux, cétait vous le showrunner. Y a-t-il eu des changements importants à la production entre les deux saisons ?
Daniel Knauf : Quand la série a commencé, je n’avais jamais fait de TV et le budget était important, alors la chaîne HBO ne pouvait pas le faire confiance et me laisser diriger la série seul. Ça aurait été comme demander à un pilote d’ULM de piloter un DC-10. Et même s’ils me l’avaient demandé, j’aurais refusé. Alors l’une des premières choses qu’on a faites a été de chercher un bon showrunner, qu’on a trouvé en la personne de Ron Moore. Mais son rôle ne se limitait pas à faire tourner la production, il devait aussi m’apprendre à le faire. C’était une situation un peu dure, parce que ce qui arrive souvent à la TV, c’est qu’on engage un showrunner, qui est lui-même scénariste et on vire le créateur, car la production devient rapidement comme un monstre à deux têtes. (Rire.) Ron et moi avons certes eu quelques désaccords, mais on a toujours pu tout régler. Ron supervisait l’écriture pendant la première saison et cette saison c’est moi qui le fais. Je crois que la série reflète plus ma vision cette saison que la saison passée. Entre la première et la seconde saison, il y a donc des différences subtiles. Je crois que la saison passée, il y avait des différences dans la façon dont chaque auteur écrivait les personnages comme Samson. Cette saison, je crois que les voix des personnages ont plus de cohérence et puis, il y avait des épisodes moyens et d’autres fantastiques et cette année, il y a une vraie constance dans la qualité des épisodes. C’est moins maladroit. Il y a quelques trucs que nous avons faits l’année dernière que je revois en me disant : « Oh mon Dieu, on n’a jamais développé ça ». Maintenant, les lignes directrices sont plus claires et il y a plus de cohérence.

SériesTV : Vous êtes combien à écrire la série pendant la saison 2 ? Comment travaille léquipe de scénaristes ?
Daniel Knauf : Cinq, plus moi ! On écrit à tour de rôle… Je crois que nous avons eu deux épisodes et demi chacun. Cette année, on s’est réunis pour écrire l’histoire ensemble. D’habitude, on attribuait chaque épisode à celui qui en avait eu l’idée chaque épisode était assigné à celui qui en avait eu l’idée ou à celui qui est particulièrement doué pour le genre d’histoire de l’épisode en question. Une fois que l’histoire était dégrossie en groupe, l’auteur repartait pour écrire le plan détaillé de l’épisode. Moi, je corrigeais ces plans, je les reprenais avec les auteurs, qui écrivaient les scripts et me les rapportaient terminés. Je faisais ensuite des notes dessus. Ce qui est plus inhabituel, c’est qu’après, on reprenait le script tous ensemble. L’auteur entendait les commentaires de tout le groupe. C’est très inhabituel, mais comme nous écrivons des épisodes où l’histoire de chacun influe sur celle des autres, cela me paraissait logique de procéder comme ça. Donc, on se réunissait pour revoir le script, faire nos commentaires à l’auteur, puis je le voyais individuellement pour choisir les modifications nécessaires. Il préparait ensuite une nouvelle version, puis quand c’était fait, je repassais dessus. Une autre étape inhabituelle est que je retourne toujours voir l’auteur d’origine après avoir retouché son texte, pour discuter avec lui de ce qu’il aime ou déteste dans mes modifications. Il faut rester ouvert aux idées des autres, sinon, c’est déjà mort sur le papier. Quand j’ai imaginé ces histoires, je ne savais pas pour autant tout ce que chacun allait dire ou faire. C’est plutôt comme avoir plein de très bons ingrédients et cinq chefs en cuisine. Il faut laisser la porte ouverte à d’heureux accidents. Quand on travaille avec des auteurs du calibre de ceux avec lesquels je travaille, il faut les laisser respirer. Ce serait du gâchis de leur donner tant de contraintes qu’ils n’auraient plus qu’à remplir les blancs, il faut leur laisser l’occasion de faire des propositions. Et ça ne vaut pas que pour les auteurs, il faut aussi laisser les personnages faire des choses inattendues.

SériesTV : Arrive-t-il que vous constatiez quun personnage change un peu dorientation quen regardant un épisode et que vous décidiez daller dans ce sens ?
Daniel Knauf : Tout à fait. Parfois aussi, on voit qu’il y a une alchimie entre deux personnages et on se dit qu’il faut exploiter ça. Même en regardant les rushes, il arrive qu’on voit des choses imprévues se passer. Ou il arrive que les acteurs viennent me voir. Par exemple, quand on tournait le pilote, Tim DeKay et Cléa DuVall, qui interprètent Clayton et Sophie, sont venus me dire qu’ils aimeraient qu’il y ait une scène dans laquelle ils se lancent une balle de baseball. Et je l’ai mise dans l’épisode 8 parce que c’était cool, ça leur donnait un passé et c’est un passe-temps typiquement américain. Donc, toutes sortes d’influences s’ajoutent.

SériesTV : Quand peut-on sattendre à voir la saison trois ?
Daniel Knauf : On n’a pas encore de réponse pour la saison trois, on attend de savoir si HBO nous renouvelle ou pas. Tous les auteurs et les acteurs sont sur des charbons ardents à attendre la décision de M. Albrecht et ce n’est pas une décision facile, car c’est une série très chère. Mais on aura une réponse en juin, car c’est à ce moment que les contrats de tout le monde expirent, donc ils devront nous prévenir avant.

SériesTV : Au pire, si HBO ne vous renouvelle pas, seriez-vous satisfait de clore lhistoire avec un téléfilm ?
Daniel Knauf : Je ne peux pas clore l’histoire en un téléfilm, ou bien alors il faudrait un téléfilm de 48 heures ! (Rire.) Ce serait totalement artificiel d’essayer de conclure à ce moment de l’histoire. Je veux que la série se termine avec l’explosion de la bombe atomique. On est à neuf ans de cela à la fin de la saison deux, c’est-à-dire en 1936. La bombe, c’est en 1945. Il y a pas mal de choses à dire entre 36 et 45 et ce n’est pas avec un film de deux, trois, ou même six heures qu’on peut le faire. Et je n’ai aucune envie de faire ça. Ce serait presque mieux qu’ils annulent simplement la série et que tout s’arrête avec la saison deux, les gens verront cela comme inachevé, plutôt que quelque chose de bâclé ou grossièrement fini.

John Prate
Rédacteur en chef de SériesTV Magazine

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