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La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 2, 2000

Le thème de ce numéro est « Suicide et orientations sexuelles ».photo Michel Dorais

Éditorial
Un double tabou

Michel Dorais
Professeur, École de Service social
Université Laval


Malgré des recherches concluantes de plus en plus nombreuses, il y a encore des réticences à reconnaître les liens existant entre la stigmatisation sociale de l'homosexualité et le nombre élevé de tentatives de suicide chez les jeunes hommes homosexuels ou identifiés comme tels. C'est qu'il y a là un double tabou : tabou de l'homosexualité, dont on ne traite pour ainsi dire jamais en présence des jeunes, si ce n'est de façon négative, et tabou du suicide. Les jeunes homosexuels se sentent souvent coupables d'être ce qu'ils sont ; si, en plus, ils songent à en finir, ils savent qu'ils décevront doublement les attentes de leurs proches, en parti-culier leurs parents. Ces parents, à leur tour, se sentiront honteux deux fois plutôt qu'une : honteux d'avoir un fils homosexuel, honteux d'avoir un fils suicidaire (ou suicidé), deux fois « pas normal » aux yeux des bien-pensants. Aussi, se taisent-ils le plus souvent. Autant de raisons qui font que le problème du suicide chez ces adolescents est resté aussi longtemps caché, secret, muet. De surcroît, le plus souvent, les jeunes dont les tentatives de suicide étaient complétées emportaient leur secret dans leur tombe. Et ce n'est généralement pas leurs proches qui allaient témoigner de leur souffrance, de crainte d'être à leur tour stigmatisés. C'est le syndrome du garçon-si-parfait-qui-n'avait-vraiment-aucune-raison-de-vouloir-en-finir, mais qui a tout de même tenté de le faire ou qui, hélas, a complété son suicide.

Dans ce numéro, nous avons réuni divers articles faisant état de la situation parfois dramatique vécues par un grand nombre de jeunes hommes homosexuels ou identifiés comme tels. Le degré d'ostracisme qu'ils recontrent et l'absence d'écoute, voire de protection à leur endroit, ne peuvent que surprendre. Ignorés sur le plan social, sans soutien dans leur famille et encore moins à l'école, bon nombre d'adolescents ou de jeunes hommes homosexuels n'arrivent pas à envisager un avenir viable. Les constantes railleries de mauvais goût, le harcèlement psychologique, voire les violences physiques vécues au quotidien en viennent à leur rendre l'existence insupportable.

Quoique notre société possède des lois qui reconnaissent l'égalité de tous les citoyens adultes, quelle que soit leur orientation sexuelle, les jeunes homosexuels ou bisexuels se retrouvent généralement sans informations et sans recours, même lorsqu'ils sont systématiquement ostracisés, dénigrés ou violentés. Les campagnes contre le sexisme et contre le racisme ont contribué à une notable amélioration du sort des filles et des divers groupes ethniques au cours des dernières décennies. Mais pour les jeunes homosexuels, presque rien n'a changé. Certes, il existe des groupes d'entraide, mais encore faut-il que les jeunes concernés en soient informés. Or, beaucoup d'écoles ne veulent pas être accusées de faire du prosélytisme. Quant aux médias, qui raffolent pourtant des blagues sur les « tapettes », ils ne se précipitent guère pour présenter une contrepartie positive à leurs caricatures...

Alors, des jeunes continuent de mourir parce qu'ils se croient seuls au monde, parce qu'ils en ont assez d'être victimes d'intolérance ou parce qu'ils ne perçoivent pas d'autres issues que celle d'être jugés, méprisés et rejetés leur vie durant. Au moment d'écrire ces lignes, le Québec entier est endeuillé par la mort d'un grand joueur de hockey dont on loue, non sans raison, le courage et la combativité. Je me dis qu'il faut assurément autant de ténacité à ces petits garçons qui, tous les jours, endurent quolibets, mépris et coups, simplement parce qu'ils sont différents de l'idée que l'on se fait d'un « vrai homme ». Ils ne seront sans doute jamais célébrés comme des héros, mais leur courage et leur endurance sont très durement mis à l'épreuve. Bien souvent depuis leur jeune âge, ils ont souffert d'un cancer méconnu mais combien destructeur : l'intolérance. Elle amène l'individu à ne plus croire ni en lui-même, ni aux autres et ultimement, à perdre toute envie de vivre.

La lettre que Jean-Philippe, 15 ans, a écrite juste avant de se suicider est, hélas ! éloquente. Sa mère endeuillée me l'a transmise :

« À tous ceux et celles qui m'aiment et à ceux et celles qui ne m'aiment pas.

Je suis écœuré de cette vie de merde. Écœuré !!! Je suis tellement tout seul. Seul avec mes souffrances. Mais là, j'aime mieux mourir que de suppor-ter ces souffrances. »

Jean-Philippe xxx

PS : « ...En passant, j'étais gai et j'aimerais dire à ceux qui m'aiment encore que je ne les oublierai jamais. »

Nous aussi, nous ne devrions pas oublier Jean-Philippe, jamais. Et surtout, nous devrions songer à toutes les vies que nous pourrions sauver si seulement nous acceptions de tendre la main aux jeunes comme lui.

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 (Rév. 27/11/01