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07/02/2008 19:56

La France a permis à Idriss Déby de sauver son régime



Des troupes spéciales françaises ont pris part aux affrontements de la semaine dernière, tandis que la France soutenait en munitions et en renseignement le régime tchadien


Hervé Morin, ministre français de la défense, serre la main du président tchadien, Idriss Déby, mercredi 6 février, à N'Djamena (photo Guyot/AP).

Sans le soutien de la France, le président tchadien Idriss Déby n’aurait pas pu contrer l’offensive de trois forces rebelles coalisées en fin de semaine dernière. C’est ce qui ressort d’informations livrées par des diplomates et des militaires français. En dépit des assurances données par les responsables français et tchadiens, des troupes françaises ont été engagées dans des combats visant à contrer l’offensive rebelle.

Dans le cadre d’un Détachement d’assistance militaire et d’intervention (Dami) envoyé quelques semaines plus tôt au Tchad , des officiers français ont notamment coordonné l’attaque menée le 1er février par l’armée tchadienne contre la colonne rebelle à Massaguet (50 km au nord-est de N’Djamena).

C’est un échec : les combattants de l’ethnie présidentielle zaghawa font défection, le chef d’état-major est tué et le président Déby contraint de regagner N’Djamena. Il refuse alors sèchement l’offre d’« exfiltration » présentée par Nicolas Sarkozy.

Paris a aussi fourni à Déby du renseignement

Dès le lendemain, des éléments du Commandement des opérations spéciales (Cos) français s’impliqueront dans les combats de N’Djamena, avec une stratégie qui se révélera payante : épuiser les rebelles, bientôt à court de munitions.

Au cours de l’évacuation des 1 200 ressortissants étrangers, des soldats français auront par ailleurs à ouvrir le feu contre des rebelles approchant de l’aéroport de N’Djamena. Indispensable à l’évacuation, cet aéroport aura aussi un rôle stratégique dans les combats, puisqu’il permettra le décollage des hélicoptères d’attaque tchadiens, pilotés par des mercenaires.

En vertu de l’accord de coopération militaire qui lie la France et le Tchad, Paris a aussi fourni à Idriss Déby du renseignement sur les mouvements des rebelles, au moyen d’avions (Mirage F1 et Bréguet-Atlantic) déployés dans le cadre de l’opération Epervier, ainsi que grâce à ses satellites. La France a aussi fait livrer des munitions par la Libye, notamment pour les chars T-55 de fabrication russe qui ont permis à Idriss Déby de laminer ses opposants à N’Djamena.

Plusieurs tonnes de munitions sont arrivées de Tripoli

Selon un proche du dossier, la seule fois où Idriss Déby a paru tendu au téléphone lors d’une de ses conversations avec Nicolas Sarkozy, le week-end dernier, c’est lorsqu’il a constaté qu’il était à court de munitions. « Voilà la preuve que nous avons bien fait d’accueillir Mouammar Kadhafi en décembre dernier », ironise un diplomate français. Après quelques coups de téléphone, plusieurs tonnes de munitions sont en effet arrivées de Tripoli.

L’appui militaire a été doublé d’un fort activisme diplomatique. La France s’est appuyée sur la condamnation de l’attaque rebelle affichée – tardivement – samedi par les chefs d’État de l’Union africaine rassemblés en Éthiopie.

Deux jours plus tard, sur proposition française, le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait une « déclaration » condamnant la tentative de putsch et appelant « les États membres à apporter leur soutien au gouvernement du Tchad, ainsi qu’il l’a demandé et en conformité avec la Charte des Nations unies ».

Pour l’Élysée, bien qu’elle soit non contraignante, cette déclaration fournit la base juridique d’une éventuelle intervention directe des forces françaises dans le conflit. Une menace qui pèse dorénavant sur les forces rebelles dont deux colonnes ont été repérées à l’est de N’Djamena.

Le mandat de l’Eufor n'intègre pas la lutte contre la rébellion

La France a par ailleurs veillé à ce que ses partenaires européens ne remettent pas en cause l’Eufor, une opération militaire de l’Union européenne destinée à protéger les populations civiles à l’est du Tchad et en Centrafrique.

Après le feu vert donné par les 27 États membres de l’UE le 28 janvier, des troupes autrichiennes et irlandaises étaient attendues vendredi dernier à N’Djamena. Leur arrivée a été retardée mais devrait avoir lieu « dès le début de la semaine prochaine », selon Bruxelles.

Idriss Déby a lancé jeudi 7 février un « appel solennel à l’Union européenne et à l’initiateur de cette idée, la France, pour faire en sorte que cette force vienne s’installer le plus rapidement possible pour alléger le poids que nous supportons aujourd’hui ». Il n’est pas prévu que le mandat de l’Eufor, qui devrait être composée de 3 700 hommes, dont 2 100 Français, intègre la lutte contre la rébellion.

Jeudi, cette dernière s’en est prise vivement à la France qui, par la venue de son ministre de la défense Hervé Morin, mercredi à N’Djamena, a apporté un « soutien sans faille » à Idriss Déby. Un soutien que Nicolas Sarkozy devrait confirmer à la fin du mois par une visite au Tchad.
Laurent d'ERSU et Jean-Christophe PLOQUIN


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