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Conférence public de Gô Nagai à Japan Expo 2008 !

Ecrit par Gemini , le 08-07-2008

Le 3 Juillet 1978 débarquait sur les petits écrans français un robot gigantesque qui allait marquer son époque. Fruit de l'imagination fertile de Gô Nagai, Goldorak allait faire naître toute une génération de fans, faisant de son auteur un des plus populaires en France comme au Japon. Retour sur une carrière hors-norme avec la conférence de Gô Nagai à la Japan Expo 2008.


 

(c) Dynamic Planning  Parmi les nombreux invités de la Japan Expo, Gô Nagai était certainement un des plus prestigieux. Je dirais bien "le plus prestigieux", mais ce titre pouvant être remis en cause par des lecteurs de shonen de moins de 18 ans et des collectionneurs de figurines Rei Ayanami, je n'en ferais rien. D'ailleurs, si nous nous basons uniquement sur le nombre de personnes assistant aux différentes conférences publiques, Gô Nagai n'a pas fait le meilleur score ; si nous nous basons sur la moyenne d'âge, par contre, celle-ci avait la plus haute (et la plus faible était pour la présentation du Jeu Pokemon Donjon Mystère).

Gô Nagai est pour beaucoup une légende. Dans la convention, plusieurs personnes se déplaçaient avec de petites figurines Goldorak sur lesquelles étaient marquées : "Sans moi, vous ne seriez pas là." Ma foi, c'est peut-être bien vrai. Autant dire que sa conférence était très attendue ; mais aussi, avouons-le, redoutée. En effet, sa séance de dédicaces qui se déroula plus tôt dans la journée fût pour le moins houleuse : le Maître arriva avec près de 45 minutes de retard, et déclara qu'au moindre flash d'appareil photo, il s'en irait. Une peur sourde monta progressivement, et les fans commençaient à craindre que Gô Nagai ne casse un mythe devant leurs yeux ; ce qui ne les empêcha de venir nombreux à sa conférence.


(c) Dynamic PlanningMais lorsque celle-ci commença, les peurs furent dissipées. Le papa du Géant de Fer arriva affichant un large sourire, et accepta sans le moindre problème de prendre la pause devant son public et ses appareils photo. Le point le plus positif fût que la majorité du temps se révéla consacrée aux questions de l'assistance. Et quelle assistance ! Comme déjà dit plus haut, c'était en large majorité du fan, du vrai (et des journalistes même si les deux ne sont pas incompatibles). Cela se ressentait dans le côté le plus souvent pointu des questions.
Mais venons-en à la principale particularité de la conférence, outre le fou-rire du Maître quand il devient question de Kekko Kamen. Le mot "fan" vient de "fanatique" qui a souvent une connotation religieuse. Et bien pour ceux qui y ont assisté, ce mot prend tout son sens. Pour beaucoup de personnes présentes, voir Gô Nagai - lui parler pour certains - était comme être en présence d'une divinité, une entité venue d'ailleurs ; un fan espagnol a même eu du mal à poser sa question tant il pleurait de joie. Finalement, c'était moins une conférence qu'une expérience mystico-religieuse, une sorte de transe collective. Vraiment impressionnant.

La seule personne sur le salon à avoir pu obtenir un résultat similaire, c'est Dorothée durant sa séance de dédicaces sur le stand Kana.

A noter que pour les besoins du compte-rendu, les noms en rapport avec la saga Mazinger utilisés sont toujours les équivalents français. Néanmoins, il faut savoir que Gô Nagai parlait bien de "Goldorak" et non de "Grendizer". 

 

Première partie : Présentation de l'auteur

(c) Toei Animation / Dynamic Planning

Nous allons commencer la conférence de Monsieur Go Nagai. Tout d’abord, il va vous présenter son œuvre, puis si vous avez des questions, il essayera d’y répondre. Et pour les photos, il n’y a pas de problèmes.

Gô Nagai : Bonjour. Je suis heureux d’être en France, car à travers l’engouement pour Goldorak, je peux ressentir la passion des fans. Merci. Je remercie aussi tous ceux qui contribuent - en achetant mes œuvres - à me permettre de continuer à vous faire rêver.
Quand j’étais plus jeune, je regardais beaucoup d’animes qui ont forgé mon caractère de mangaka ; j’espère que mes séries ont pu faire la même chose.
Il y a longtemps, j’ai créé la saga Mazinger comprenant Mazinger Z, Great Mazinger, et Goldorak. J’ai eu cette idée, à partir de Mazinger Z, de faire piloter quelqu’un à l’intérieur même du robot. Mais concrètement, l’idée de Mazinger Z est née lors que j’ai vu un accident de voiture : des voitures s’étaient emboîtées ; j’en ai vu l’aspect pratique et j’ai eu cette image de deux machines qui s’imbriquaient. De là est venu Mazinger Z ; j’ai imaginé un robot qu’un être humain ferait bouger entièrement.
La série a été un immense succès au Japon, qui a pu faire entre 30 et 60% de parts d’audience. Mais ma fierté personnelle, c’est que Goldorak a réussi en France ce qu’il n’a pas fait au Japon : atteindre 100% de parts d’audience.
Encore plus qu’au Japon, je remercie vraiment le public français.
Le fait que Actarus vienne de l’espace, que ce soit un homme du futur, c’était pour amener les gens à penser au futur, à regarder vers l’espace. Dans ce sens, Goldorak à apporter beaucoup de choses. Maintenant, je compte continuer à créer du Goldorak, dont un nouvel anime.

© MATA - web© MATA - web

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(c) Tôei AnimationDeuxième partie : question du public

Est-ce que vous avez suivi l’affaire des DVD de Goldorak ? <= Le traducteur n’a pas fait part de la question à Gô Nagai, et a demandé que le sujet soit évité car l’affaire n’est toujours pas réglée.

Est-ce que Violence Jack et Devilman ne seraient pas une seule et même personne ?
Gô Nagai
: J’avais commencé à écrire Devilman quand le personnage de Violence Jack est apparu. Au Japon, l’idée de la réincarnation est très importante, donc oui, je crois que Devilman s’est réincarné dans Violence Jack.

Est-ce que le manga de Violence Jack sortira en France ?
Gô Nagai
: Nous ne savons pas encore.

Saviez-vous qu’il existe un Mazinger Z à taille réelle dans un parc en Espagne, et l’avez-vous déjà vu ?
Gô Nagai
: J’en ai vu des photos, et j’ai hâte de le voir en vrai.

D’où viennent vos passions des démons et de la science-fiction ?
Gô Nagai
: Quand j’étais enfant, j’adorais Astro Boy, une œuvre largement orientée vers la science-fiction. Quant aux démons, j’étais surtout intéressé par les démons intérieurs des êtres humains.

(c) Mazinger Z / Gô Nagai / Dynamic PlanningQu’est-ce qui vous poussent à montrer des aspects si violents et malsains chez certains de vos personnages ?
Gô Nagai
: Les humains sont suffisamment immondes pour déclencher des guerres et autres ; je voulais montrer ce côté-là.

Vous avez parlé d’un nouvel anime Goldorak. Pouvez-vous nous donner des précisions ?
Gô Nagai
: J’ai en effet un projet de nouvelle série Goldorak, où j’introduirai de nouveaux personnages tout en essayant de bien garder l’ambiance d’origine. Elle bénéficiera des techniques d’animation récentes.

Allez-vous encore créer de nouvelles séries et de nouveaux personnages ?
Gô Nagai
: J’ai 63 ans cette année, cela me laisse encore 10 ans pour me faire plaisir et pour vous faire plaisir.

A propos des personnages de Baron Ashura et Minos, d’où vous est venu cette idée de deux personnalités différentes s’exprimant dans un corps, ou d’une personnalité s’exprimant de deux façons différentes ?
Gô Nagai
: J’ai trouvé l’idée intéressante. L’être humain, ou plutôt son âme, est divisée en deux parties – une féminine et une masculine – d’où une double personnalité. Dans le cas de Minos, il s’agit d’un seul et même personnage, tandis que pour Ashura, c’est sa deuxième âme qui s’exprime.

Comment avez-vous imaginé le concept de Getter Robo ?
Gô Nagai
: Je trouvais intéressant que trois machines qui ne sont pas des robots en forme un une fois réunies, et surtout qu’il y ait trois pilotes différents ; cela faisait trois héros, et il était intéressant de voir lequel serait préféré par le public.

(c) Dynamic PlanningSelon vous, qui est le plus fort entre Goldorak et Mazinkaiser ?
Gô Nagai
: C’est un peu difficile pour moi de répondre, je laisse les fans décider.

Dans les années 70, certains de vos mangas ont fait scandale. Considérez-vous que les productions actuelles n’ont rien à leur envier niveau violence et érotisme ?
Gô Nagai
: En effet, elles n’ont rien à leur envier. Mais c’est une autre génération. Et puis malgré les scandales, je suis toujours là.

Quand Goldorak est arrivé en France, vous vous attendiez à un tel succès ?
Gô Nagai
: Je ne pensais pas qu’il y aurait un tel engouement, mais je m’attendais à un certain succès étant donné que la série casse les codes pré-établies du genre et touche aussi un public adulte.

Avez-vous la bande-annonce du film amateur de Goldorak – The UFO– et si oui qu’en pensez-vous ?
Gô Nagai
: Je l’ai découverte aujourd’hui. Je reconnais le travail de fan, et la qualité du travail. Après, pour des problèmes de droit, je ne peux pas le cautionner.

Ne trouvez-vous pas que Kekko Kamen est une héroïne culottée ?
Gô Nagai (rires)
: A la base, Kekko Kamen est une parodie de Gekko Kamen. C’était une blague, et je l’avais envoyé à mon éditeur en pensant qu’il refuserait ; sauf qu’il a adoré, et que la blague dure depuis 30 ans. Comme je ne voulais pas que les jeunes femmes se sentent offensées par l’attitude de cette héroïne, j’ai introduit dans Kekko Kamen plusieurs personnages féminins à la forte personnalité.

(c) Dynamic PlanningComment s’est fait le choix des couleurs pour Koutetsushin Jeeg ?
Gô Nagai
: J’ai voulu obtenir quelques choses de différents de ce que j’avais fait auparavant, les Mazinger et autres. Oui, c’est ça : le but était vraiment d’avoir un résultat différent.

Aujourd’hui, quand elles sont rediffusées, certaines de vos séries sont censurées. En tant qu’auteur, comment le ressentez-vous ?
Gô Nagai
: Ces coupes sont nécessaires pour toucher un public plus jeune. Par contre, cela fait perdre de vue la réalité des choses ; s’il devait y avoir une guerre, les plus jeunes seraient vraiment choqués par les images qu’ils pourraient voir des champs de bataille, notamment à la télévision, car ils n’y seraient pas préparés.

Est-ce que vous prévoyez de nouvelles adaptations live de vos séries où vous seriez vous-même impliqué ?
Gô Nagai
: Quand j’écris une nouvelle série, je l’imagine toujours comme un film et j’espère toujours le voir un jour en prises de vue réelles.

Quels sont vos goûts en matière de cinéma ?
Gô Nagai
: Ils sont beaucoup trop larges pour que je puisse tous les énumérés.

Est-ce que le manga de Goldorak est prévu en France ?
Gô Nagai
: Je ne peux pas vraiment vous répondre, mais je sais que j’aimerais dessiner quelque chose de nouveau sur Goldorak.

Pour Devilman, pourquoi le manga et l’anime sont-ils si différents, et quel est votre préféré ?
Gô Nagai
: J’ai débuté les deux projets en même temps, mais ne pouvant pas gérer les deux simultanément, j’ai dû me consacrer plus au manga, ce qui explique les différences et ma préférence pour ce-dernier. Cela ne veut pas dire pour autant que je n’aime pas l’anime.

Je vous remercie d’avoir participé à la conférence de Monsieur Nagai.

 

Traduction assurée par Emmanuel Bochew
Propos recueillis par Gemini
Relecture/Adaptation : Équipe mata-web/review-channel

(c) Go Nagai / Dynamic Planning

 



Les images sont © Go Nagai / Dynamic Planning