Esope est un fabuliste grec, il serait né vers 620 avant JC et mort en 560 avant JC. On connaît peu de choses d’Esope. C’est un personnage semi légendaire.

Beaucoup d’hypothèses ont été fondées sur ses origines. La plus courante est celle d’un esclave Phrygien affranchi, il aurait vécu à la cour de Lydie. D’après Plutarque, il aurait été mis à mort par les Delphiens.

C’était un esclave disgracieux et boiteux, son nom signifie « pieds inégaux ». Il aurait été esclave de plusieurs maîtres. Le roi de Lydie l’aurait envoyé en mission dans de nombreuses cités grecques et il aurait voyagé également en Afrique et en Orient.

Les courtes fables ou apologues (elles mêmes inspirées de contes orientaux) dont il serait l’auteur faisaient partie de la tradition orale.

Les acteurs de ses fables mettent en scène des animaux dont le comportement est une véritable morale pour l’homme.

Plusieurs thèmes y sont développés : la difficulté de changer son destin, l’avarice « posséder sans jouir n’est rien », la solidarité « l’union fait la force », l’amitié, la tromperie de la flatterie, la valeur de l’effort, du travail, l’art de savoir utiliser son talent, la justice etc.

Ces fables étaient connues des athéniens dès la fin du VIe siècle av JC. Elles furent recueillies par Démétrios de Phalère dès la fin du Ve siècle. On peut dire que ces fables font partie de la culture des populations indoeuropéennes et sans doute les plus lues de la Littérature.

Vers le Ier et IIe siècle avant JC, le poète grec Babrias donna une version en vers de ces récits ou apologues. Phèdre écrivain versifia en latin les 123 fables.

Les écrits d’Esope influencèrent la littérature occidentale, le Moyen-Age et plus tard notre célèbre Jean de La Fontaine. Celui-ci d’ailleurs ne se cachait pas des sources de ses célèbres fables. Esope fut son plus grand inspirateur.

Comparons un instant Esope et Jean de La Fontaine.

Le Corbeau et le renard
Un corbeau déroba un morceau de viande et alla se percher sur un arbre.
Un renard, l’ayant aperçu, voulut se rendre maître du morceau.
Posté au pied de l’arbre, il se mit à louer la beauté et la grâce du corbeau :
« A qui mieux qu’à toi convient-il d’être roi ? En vérité tu le serais, si tu avais de la voix !
« Le corbeau voulant lui montrer qu’il n’en était pas dépourvu, laissa tomber la viande et dit :
« Ô corbeau, si tu avais aussi de l’intelligence Il ne manquerait rien pour être le fou de tous Les animaux »
Avis aux sots

Esope

Le Corbeau et le renard
Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« hé ! bonjour, Monsieur du corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
A ces mots le corbeau ne se sent plus de joie ;
Et pour montrer sa belle voix.
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Jean de la Fontaine

La fourmi et le hanneton
Par un jour d’été, une fourmi, errant dans la campagne Glanait du blé à la mauvaise saison.
La voyant faire, un hanneton s’étonna de la trouver si dure à la tâche,
Elle qui travaillait à l’époque même où les autres animaux oublient leur labeurs pour jouir de la vie.
Sur le moment, la fourmi ne dit rien.
Mais plus tard L’hiver venu, quand la pluie eut détrempé les bouses
Le hanneton, affamé vint la trouver pour lui quémander quelques vivres :
« O hanneton ! » lui répondit alors la fourmi, « si tu avais travaillé au temps où je trimais et où tu me le reprochais, tu ne manquerais pas de provisions aujourd’hui. »


Esope

La cigale et la fourmi
La cigale,ayant chanté tout l’été
Se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue
Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine.
La priant de lui prêter quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle
Je vous paierai, lui dit-elle
Avant l’Oût, foi d’animal
Intérêt et principal.
La fourmi n’est pas prêteuse
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? J’en suis fort aise
Et bien ! dansez maintenant

Jean de la Fontaine