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Serge de Beketch répond à Quartier Libre

 

Q.L. : Plus que par ses victoires électorales, la gauche est parvenue à instaurer la domination de ses valeurs en phagocytant totalement le domaine culturel. Pensez-vous qu’il soit aujourd’hui encore possible sinon d’inverser la tendance du moins de l’équilibrer et quels sont selon vous les domaines dans lesquels doit prioritairement s’investir la résistance culturelle ?

S de B : Je ne parlerais pas de culture mais de civilisation. Ce à quoi nous assistons, c'est à la fin d'un civilisation. Je ne connais pas dans l'Histoire d'autre exemple de résistance que celle que les moines ont opposée a l'effondrement de la civilisation romaine : de petits groupes isolés préservant et enrichissant, chacun de leur coté, ce qui peut l'être.



Q.L. : Estimez-vous que le combat culturel doive primer sur le combat électoral ?

S de B : N'étant pas démocrate, je n'attache aucune importance au combat électoral sinon en ce qu'il permet de compter les derniers résistants. Ce qui compte, c'est de savoir que cinq à six millions de Français ont osé, une fois au moins, voter pour la résistance au Nouvel ordre Mondial.
Pour le reste, moins la droite nationale aura d'élus, moins elle sera contaminée par la peste de la corruption et de la compromission.


Q.L. : Ne pensez-vous pas que l’une des faiblesses, dans ce domaine, de l’opposition au totalitarisme égalitaro-mondialiste est un passéisme excessivement rigide, une mémoire muséifiée qui se borne à pleurer les merveilles passées et pour qui toute création issue de la modernité ne peut être que médiocre et néfaste ?

S de B : C'est vrai. Le problème est qu'il est très difficile de distinguer ce qui mérite d'être retenu dans les créations modernes. Nous sommes dans un système piégé qui ne cesse de nous asservir en multipliant les progrès "pour notre bien". UN exemple : il y a dix ans a peine, tout le monde se passait sans aucune difficulté de téléphone portable. Aujourd’hui, on considère que c'est un progrès formidable puisqu'il permet (on nous le serine a longueur de temps) de "prévenir les secours " (en montagne, en mer, sur la route etc...) Ce que l'on ne nous dit pas, c'est qu'il permet aussi et surtout de savoir en permanence où est son possesseur.
Maintenant, si ,dans les domaines de l'art, vous pouvez me citer un contemporain qui fait aussi bien que Mozart, Le Nain, Michel Ange, Mansard, Balzac, Rimbaud, je prends.



Q.L. : Quel est votre sentiment concernant la mouvance de ce que l’on appelle le « rock identitaire français » ?

S de B : Quand j'avais l'âge de ceux qui, aujourd'hui, écoutent le RIF, j'étais un fou de Gene Vincent et de Vince Taylor un blouson noir qui chantait à cheval sur une Harley en faisant tournoyer une chaîne d'acier. Ca me paraissait d'une audace extraordinaire . Ma mère aurait pu s'émouvoir. Ca la faisait rire et elle m'expliquait que, quand elle avait mon âge, dans les années trente, elle passait pour une dangereuse toquée auprès de ses grands parents parce qu'elle idôlatrait Trenet "le fou chantant", Les grands parents en question avaient, quant à eux, acclamé Milton qui chantait "elle me fait pouet-pouet, je lui fais pouet-pouet et puis voilà".
Donc si les adolescents aiment le RIF, qu'ils s'en mettent jusque là. Dans vingt ans, ils feront comme moi : ils écouteront avec nostalgie Brixia et avec jubilation Bach

 

Q.L. : Vous qui êtes catholique de tradition, que pensez-vous de la conception polythéiste diffusée notamment par la « Nouvelle Droite » dAlain de Benoist et de la césure qui en résulte au sein de la mouvance identitaire entre néo-païens et catholiques ?

S de B : Si Benoist veut croire aux esprits des forêts, c'est son affaire. Moi, je crois aux saints intercesseurs et aux anges recteurs. Je crois qu'ils sont les exécuteurs de la volonté divine et que des myriades d'anges règlent en permanence la marche de la Création comme les ouvriers d'une prodigieuse horloge vivante.
Je ne crois pas à l'évolution.
Je crois que le monde n'est pas vieux de plus d'une dizaine de milliers d'années. Je crois ce qui est écrit dans la Bible. Je suis convaincu que le déluge, l'Arche de Noé, la Tour de Babel sont des faits historiques.
Et je ne crois pas du tout que l'Homme descend du singe. Même quand je regarde Giselle Halimi, ce qui est méritoire.
Et je vais vous faire une confidence : j'attends encore que l'on me démontre que ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre.
Bon alors maintenant qu'est ce qu'on fait ? Les Benoitistes vont me clouer à une porte de grange ou c'est moi qui vais les brûler sur un tas de vieilles planches ?
A mon avis, le plus raisonnable est de faire ce que nous avons à faire en ce bas monde et de se donner rendez vous dans l'au-delà pour voir qui a raison.
A ce moment là, si je suis bouffé par le loup Ragnarok, je reconnaîtrais bien volontiers que Benoist a gagné.
Mais je ne suis pas inquiet...

 

Q.L. : Partagez-vous l’opinion de Bernard Anthony affirmant qu’il se sentirait toujours plus proche d’un catholique africain que d’un païen européen ?

S de B : Toujours ? Ca veut dire quoi, toujours ? Il y a des nègres catholiques qui sont de parfaits abrutis et des païens blancs qui sont des types délicieux. Le contraire est vrai aussi. Si vous voulez, je suis plus proche de Leopold Senghor que d'Enrico Macias mais plus près de Julius Evola que de Monseigneur Emmanuel Milingo. Et puis, entre nous, je serais curieux de savoir si Bernard sera TOUJOURS du même avis si, dans dix ans, la petite Benedicte lui présente deux prétendants : un aborigène catholique et un basque païen...


Q.L. : Vous vous engagez avec beaucoup d’énergie et de  courage tant dans vos émissions sur « Radio Courtoisie » que dans votre décadaire « Le Libre Journal », est-ce un baroud d’honneur ou croyez-vous encore à la possibilité d’une victoire sur la décadence et l’abrutissement actuels ?

S de B : Si on ne se battait que quand on est sûr de la victoire, ça manquerait de panache, non ? Je ne me pose pas la question. Je fais ce que j'ai à faire à la place où je suis. Quand on est dans une barque au milieu d'un lac d'excréments, on a deux solutions : éviter de remuer en espérant s'habituer à l'odeur ou ramer en se disant que, bien sur, ça pue un peu plus mais qu'on en verra peut être le bout.
Chacun sa méthode. La mienne, c'est de ramer.


Q.L. : Quels principaux auteurs conseilleriez-vous à des jeunes gens désireux d’échapper aux diktats de la pensée unique ?

S de B : Faurisson. C'est un bon début pour se décaper les neurones. Le reste vient tout seul.


Q.L. : Une dernière question, y’aura-t-il un jour une suite à « La nuit de Jéricho » ?

S de B : La suite , il y a longtemps que nous l'avons écrite avec Alain Sanders mais elle est tellement en retrait par rapport a la réalité que nous ne la publierons sans doute jamais . Et puis, comme disait Roland Laudenbach, fondateur de la Table Ronde : " si les gens écrivaient un peu moins, ils auraient un peu plus le temps de lire. " Chaque jour qui passe, je découvre que j'ai encore beaucoup à lire.

 

 

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