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Critique of the Situationist International
by Jean Barrot
Publication Details
This article was first published in the American journal Red-eye #1 (Berkeley, 1979). It has twice been reprinted, first as a pamphlet retitled "What is Situationism ?" (Unpopular Books, London, 1987) and secondly in the anthology "What is Situationism ? A Reader" ed. Stewart Home (AK Press, London, 1996). (The version in the latter includes some minor typo's mostly involving the emphases).
The footnotes are the translator's notes from the original Red-eye version and in some instances are out of date. We have added additional notes to some of them.

The original translator's introduction is also included. The translator Louis Michaelson had been a member of the group For Ourselves (best known for the pamphlet "The Right to be Greedy") and subsequent to this was involved with the journal Processed World.
This article doesn't seem to have been published in French. The translator's introduction refers to it being a chapter from a proposed book on the history and ideology of the revolutionary movement. This book was never published. We understand it was called Les géants des sectes and also contained chapters on Socialisme ou Barbarie, Bordiga and Invariance.
Gilles Dauvé the author of this article, who wrote as Jean Barrot in the 1970's, was involved with the journal La Banquise in the 1980's. The second issue of that journal included a long article "le roman de nos origines" about the origins of the political current within which La Banquise situated itself. "le roman..." has sections dealing with various groups including the S.I. and presumably drew on the work done for this proposed book. (It refers to this article.) "le roman..." is available in French here on this site, and some sections, including that on the S.I are available as draft translations.
La Banquise announced more than once that it would publish an article about the S.I. In its final issue, in an article looking back at its own activities, it published the following :
et l'IS ?
Une critique de l'IS avait été annoncée dès le no. 1 de LB. Un texte reste à faire. Il devrait ne pas ressembler à un bilan, encore moins à une réfutation, et poser autrement les questions abordées par l'IS, les déplacer si besoin. Il faudrait, grâce à l'IS et contre elle, parler de choses cruciales, sans imaginer dans la critique de l'IS une « clé »théorique ou pratique. (Rappelons que l'un des meilleurs textes sur l'IS date de 1974: Supplément au no. 301 de la Nouvelle Gazette Rhénane.)
Sans remplir ici cette tâche, on peut indiquer quelques directions, qui ne sont pas sans rapport avec ce que nous disions plus haut du militantisme.
Le no. 2 de l'IS (décembre 1958, p. 10) expose ainsi la critique de la vie quotidienne :
« [... ] répandre une autre idée du bonheur. La gauche et la droite étaient d'accord sur une image de la misère, qui est la privation alimentaire. La gauche et la droite étaient aussi d'accord sur l'image d'une bonne vie. C'est la racine de la mystification qui a défait le mouvement ouvrier dans les pays industrialisés. »
« La propagande révolutionnaire doit présenter à chacun la possibilité d'un changement personnel profond, immédiat [ ... ] Les intellectuels révolutionnaires devront abandonner les débris de leur culture décomposée, chercher à vivre eux-mêmes d'une façon révolutionnaire. »
« Au centre de notre action collective il y a en ce moment l'obligation urgente de faire bien comprendre ce qu'est notre tâche spécifique, un saut qualitatif dans le développement de la culture et de la vie quotidienne. »
Pour mesurer à la fois l'écart entre cette époque et la nôtre, et bien évaluer la vision de l'IS, citons Debord dans Potlach (no. 29, 5 novembre 1957) :
« Je crois que tous mes amis se satisferaient de travailler anonymement au ministère des Loisirs d'un gouvernement qui se préoccuperait enfin de changer la vie, avec des salaires d'ouvriers qualifiés.»
On peut se demander si l'erreur centrale de l'IS n'est pas d'être partie d'un usage de la vie, et d'en avoir cherché un nouveau, alors qu'il n'y a pas d'usage à organiser : de là viendraient l'obsession stratégique, le formalisme conseilliste, c'est-à-dire la tendance (parallèle au postulat gestionnaire de SoB) à faire de tout une question d'organisation plus que de contenu. Cela n'empêchait pas l'IS de retrouver et développer le contenu communiste, mais à travers le filtre autogestionnaire et malgré lui.
Dans son no. 3 (décembre 1959, p. 23), l'IS explique longuement comment les révolutionnaires dans la culture doivent trouver « de nouveaux métiers ». Là se situe une illusion qui en entraînera d'autres : l'IS remplacera le rôle d'« avant-garde expérimentale » et expérimentant dans l'art et la culture par un rôle d'avant-garde dans la façon d'être.
l'IS, qui s'était toujours définie comme groupe d'intellectuels révolutionnaires, a rejoint le prolétariat en 1968 : son action au CMDO fut l'affirmation de principes plus qu'une pratique révolutionnaire. Sa propagande pour les conseils ouvriers, de par sa nature même de propagande, de mot d'ordre plaqué, déconnecté des rapports de lutte réels où quelque chose d'autre aurait pu se jouer, prouvait l'extériorité de l'IS par rapport à un mouvement social dont par ailleurs elle exprimait bien certaines aspirations.
Les situationnistes ont eu la bonne attitude face à toute une série de réalités à détruire, sans pouvoir généralement la fonder. Mais quand il n'y a plus eu que l'attitude, il n'y a bientôt même plus eu la bonne attitude, comme ce fut le cas après 1968 (autovalorisation, incapacité à se dégager du conseillisme, fascination pour la stratégie, erreurs à répétition sur l'Italie, le Portugal).
La limite de l'IS est contenue à l'intérieur de son point fort : la critique de la marchandise. La Société du spectacle reprend une analyse fondamentale sans aller jusqu'au fondement.
Qu'est-ce qui constitue le noyau de notre critique du monde marchand et salarial? Chaque marchandise se confronte à l'autre en donnant d'elle-même un visage qui n'est pas elle, qui n'est pas sa nature profonde, puisqu'elle met en avant la quantité de travail incarnée en elle et non son contenu réel. Elle présente un résumé d'elle, si différent d'elle qu'il ne dit rien d'elle, qu'il parle d'autre chose. Les marchandises n'arrêtent pas de s'échanger sans se dire ce qu'elles sont. Leur rapport s'établit sur une forme, une enveloppe : chacune emballe un paquet de travail dont on ne s'occupe plus. Puisque tout est marchandisé, notre monde est une société de la représentation.
Chaque personne, chaque acte, chaque objet n'existe pas seulement par sa présence réelle, mais par son image. Tout doit se présenter et être représenté. Tout possède un second niveau d'existence qui double le premier et en dépossède, devenant plus réel que le premier. Avec l'expansion industrielle et consommatoire, ce processus s'étend à tout, de l'économie à la politique, l'art, la pensée, la vie publique et privée. La démocratie s'avère la forme la plus adéquate au capitalisme, puisque son principe repose sur la délégation et la représentation d'un pouvoir : il s'agit toujours de trouver le lieu et le moment aptes à confronter les opinions, à instaurer une structure de décision, à inventer une forme d'organisation incarnant une volonté générale.
Le capital est la société où en art comme en politique, en affaires comme dans l'échange d'idées, le problème essentiel est de représenter une collectivité afin de lui donner une réalité qu'elle n'aurait pas sans cette réunion censée décider de son avenir.
Face à cette démocratisation, le risque est grand de s'enfermer dans la seule dénonciation de son côté formel, en réclamant une démocratie « réelle » introuvable. L'une des limites des révolutionnaires du milieu du XIXe siècle, Marx inclus, fut de ne pas pouvoir relier critique de la marchandise et critique de la politique et de la démocratie. Il y en avait pourtant des éléments pratiques dans les réactions de prolétaires contre le libéralisme bourgeois, et théoriques dans certains textes, en particulier chez Marx. Mais la critique de la démocratie en tant que telle n'était pas faite. En revenant aux sources (Marx, Feuerbach ... ) l'IS reprit et développa ce qu'elles contenaient de mieux, mais aussi leur limitation historique. Les situationnistes sont toujours à la recherche d'une véritable démocratie, d'une structure où les prolétaires ne seraient plus passifs, mais actifs.
Le spectacle est le résultat de la transformation de notre vie en une image qui la redouble et s'y substitue. Tout un travail social, dont l'échange est le coeur, éloigne de nous la vie directement vécue. Le spectacle en est le produit autonomisé. Il part de nous, cesse d'être nous, et la représentation universelle des marchandises est le mécanisme de cette séparation. Le spectacle ne devient extérieur à notre vie que parce que cette vie produit et reproduit sa propre extériorisation.
Si l'IS a tant insisté sur le spectacle, peut-être à cause de son origine dans la critique de l'art, et non sur la représentation, qui est un concept plus total et mieux explicatif que celui de spectacle, cela l'a poussée à revendiquer aussi une société du non-spectacle mais qui resté dans les problèmes de représentation : la démocratie des conseils. Il n'y a pas et il ne peut y avoir de critique de la démocratie chez l'IS, parce qu'elle n'est pas allée au fond du mécanisme capitaliste dont elle a pourtant montré la voie.
La Banquise Nº 4. 1986
In 2000 Gilles Dauvé has published an article 'Back to the S.I' which we understand is an introduction for a reprint of this text. An english translation can be found on-line at this link.



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