• Bébête show - Guignols :
    le duel des marionnettes cathodiques

    Philippe Goulliaud
    10/08/2009 | Mise à jour : 09:20
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    Deux stars incontournables des « Guignols de l'Info » : PPD et Jacques Chirac, ici le 24 avril 2003.
    Deux stars incontournables des « Guignols de l'Info » : PPD et Jacques Chirac, ici le 24 avril 2003.

    LES EMISSIONS CULTES (25) - L'émission vedettede Canal +, qui a fini par ringardiser sa rivale de TF1, vient de fêter ses vingt ans de succès.

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    «Allez, à tchao, bonsoir !» Cette phrase, avec laquelle PPD, la marionnette de Patrick Poivre d'Arvor, prend congé des téléspectateurs des «Guignols de l'info», sur Canal +, est entrée dans le langage courant. Tout comme sa variante dominicale, qui conclut la rediffusion hebdomadaire du best of de la semaine écoulée : «Vous pouvez éteindre la télévision et reprendre une activité normale.» Et comme tant d'autres formules, répliques et expressions qui, depuis vingt ans, se sont répandues comme une traînée de poudre dans les bureaux, les salles de rédaction et les cours de récréation.

    En mars, «Les Guignols» ont fêté leurs 20 ans et, pour l'occasion, se sont offert une campagne d'affichage massive et une fête anniversaire dans la grande tradition Canal. Après des débuts poussifs, à l'automne 1988, sous le nom des «Arènes de l'info», «Les Guignols» se sont imposés comme le rendez-vous obligé de tous ceux qui, de près ou de loin, s'intéressent à l'actualité. Et si possible, traitée avec humour et dérision.

    » Jacques Chirac dans les Guignols :

    L'émission, portée par Alain de Greef, alors directeur des programmes de Canal +, est devenue, avec le sport new-look et le porno du samedi soir, l'une des marques de fabrique de la chaîne cryptée. L'un des fleurons de ce fameux «esprit Canal» qui a fait les grandes heures de la chaîne.

    «Les Guignols » cultivent l'hu­mour vache. Mais ils n'ont pas été les premiers à prospérer sur ce terrain. Les auteurs se sont largement inspirés de «Spitting Image» («Portrait craché»), l'émission britannique où l'on n'hésitait pas à couper le cou de la marionnette de la Dame de fer, Margaret Thatcher, et où même la reine n'était pas épargnée.

    En France, c'est TF1 qui a ouvert la voie avec «Le Bébête Show», lancé en octobre 1983. Avant de devenir, le succès aidant, un programme quotidien diffusé juste avant le JT de 20 heures, «Le Bébête Show» n'était qu'une séquence dans l'émission de Stéphane Collaro «Co-Co Boy», devenue «Cocoricocoboy». Au départ, les marionnettes étaient la transposition française de celles du «Muppet Show», la série humoristique anglo-américaine à succès dont les stars étaient Kermit, la grenouille, et Miss Piggy, la cochonne.

    Rebaptisée Kermitterrand, la grenouille a les traits de François Mitterrand, et c'est Georges Marchais, Marchie, qui reprend les atours de Piggy. Dans ce bestiaire signé Jean Amadou, Stéphane Collaro et Jean Roucas, les dirigeants politiques se font étriller, même si on est loin de l'impertinence à venir des «Guignols». Kermitterrand, mégalomane et tyrannique, se prend volontiers pour Dieu. Jacques Chirac apparaît sous les traits de Black Jack, l'aigle agité, Raymond Barre, sous ceux de Barzy, l'ours placide, seul à rire de ses calembours idiots. Michel Rocard est le corbeau Rocroa, rudoyé par Kermitterrand, Jack Lang est une chèvre servile. Et Édouard Balladur un pélican surnommé Ballacan le Pélimou.

    Mais c'est avec Édith Cresson que «Le Bébête Show» se montre incontestablement le plus cruel. Sa marionnette, la panthère Amabotte, est la compagne soumise de Kermitterrand. Au point que les féministes ont dénoncé cette caricature, jugée dégradante pour la première femme à accéder au poste de premier ministre.

    Cette polémique a contribué à dégrader l'image du programme et de ses auteurs, accusés de machisme et de grossièreté. L'émission s'est finalement usée, avec son humour version beauf et ses jeux de mots faciles. Plus modernes, plus jeunes, plus incisifs, plus dans l'air du temps, très marqués à gauche, «Les Guignols» ont ringardisé les marionnettes du «Bébête Show», malgré les liftings que celles-ci avaient subis. Ils ont porté le coup de grâce à cette chronique des années Mitterrand finissantes.

    «Et voici “Le Bébête Show”, pour les RI, les socialos, les RPR et les fachos, ce sont tous des rigolos» : le générique de l'émission de TF1 dit assez combien elle avait fait son temps. Les RI, les Républicains indépendants, appartenaient déjà au passé.

    Symboliquement d'ailleurs, «Le Bébête Show» disparaît des écrans en 1995, année du départ de François Mitterrand de l'Élysée et de la victoire de Jacques Chirac à la présidentielle. Année où «Les Guignols» sont à leur apogée. Depuis «Les Guignols» triom­­phent sur Canal +. Ils tendent à la société française un mi­roir. Un miroir déformant comme toute caricature qui se respecte, mais très révélateur de l'époque. «De­puis vingt ans, nous faisons en sorte que notre rire de bureau soit communicatif. Pourvu que ça dure », confie le producteur, Yves Le Rolland.

    En vingt ans, plus de 4 000 émissions ont été diffusées en clair, juste avant 20 heures. Une trentaine de personnes manipulent les quelque 320 marionnettes en latex, de plus en plus sophistiquées. Et le succès persiste, avec entre 2,5 et 3 millions de fidèles chaque soir, et des sommets au moment des élections présidentielles de 1995 et 2007.

    La recette de cette longévité ? Un humour décalé, corrosif, souvent déjanté, parfois dévastateur. Des dialogues percutants et des répliques cultes. Des imitateurs de talent, notamment Yves Lecoq, Jean-Éric Bielle, Sandrine Alexi, Daniel Herzog et Nicolas Canteloup. Et un vivier d'auteurs renouvelé au fil du temps, parmi lesquels les historiques Benoît Delépine, Jean-François Halin et Bruno Gaccio, qui tous revendiquent l'irrévérence et même une certaine cruauté. Et surtout, surtout, des marionnettes hautes en couleur, incarnant, au gré de l'actu, le petit monde politico-artistico-sportif.

    Sur Canal +, certains personnages ont, plus que d'autres, crevé l'écran. À commencer par PPD, le présentateur de cette parodie de journal télévisé, qui doit beaucoup à l'original et n'a pas peu contribué à la gloire médiatique de la star de TF1. De temps à autre, les créateurs des «Guignols» ont essayé de le remplacer, mais PPD est tout simplement indéboulonnable.

    Bernard Tapie, alias «Nanard», «sévèrement burné», qui maltraite PPD, l'appelle «bonhomme» et fait assaut de machisme et de cynisme, est une autre star des «Guignols». Et, bien sûr, Jacques Chirac (lire ci-contre), mieux réussi que son successeur Nicolas Sarkozy, dont «Les Guignols» raillent le goût pour les Rolex .

    Autre personnage récurrent, le commandant Sylvestre, archétype du militaire américain borné, cynique et sans scrupule, symbole de l'impérialisme et du capitalisme US que «Les Guignols» pourfendent avec un antiaméricanisme d'une parfaite mauvaise foi. Tout naturellement, il connaît son heure de gloire pendant la guerre du Golfe, puis la guerre en Irak. À la tête de la «World Company», le commandant Sylvestre et ses clones, calqués sur le Rambo de Sylvester Stallone, imposent leur loi à un George W. Bush, présenté comme un demeuré irrécupérable.

    Dans ce théâtre, on croise Johnny Hallyday et sa «boîte à coucou», le duo Doc Gynéco et Joey Starr, le coureur cycliste Richard Virenque, dopé «à l'insu de son plein gré», les footballeurs Jean-Pierre Papin («P-A-P-IN») et Fabien Barthez («Je peux dire une connerie ?»), mais aussi Oussama Ben Laden («Ispèce de counnasse») ou Arlette Laguiller («Travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie»).

    Pour tout homme politique, avoir sa marionnette aux «Guignols» est une forme de reconnaissance. Le signe flatteur qu'il appartient au premier cercle. Mais c'est aussi le risque de voir son image ridiculisée. Et parfois de ne pas pouvoir s'en relever. Beaucoup de téléspectateurs, notamment les plus jeunes, ne font guère de différence entre la marionnette et sa version en chair et en os. D'autant que «Les Guignols» se piquent de donner le la, et que personne n'ose s'attaquer à eux, sous peine de passer pour un mauvais coucheur.

    Robert Hue a longtemps été caricaturé en nain de jardin et François Hollande comme un flan. François Léotard était le «Neu-Neu» en chef, François Bayrou un bêta provincial, Philippe Séguin un looser masochiste pendant sa désastreuse campagne parisienne de 2001. Bernadette Chirac, présentée bien à tort comme l'épouse effacée de son président de mari, a été la cible d'une saynète scabreuse avec son sac à main, largement aussi déplaisante que les attaques contre Édith Cresson. Quant à Lionel Jospin, il est passé du «Yo-Yo» assez niais d'avant 1997 au mauvais joueur maudissant ce « pays de merde» qui n'a pas voté pour lui en 2002.

    Au fond, comme le confiait récemment Rachida Dati : «“Les Guignols”, c'est toujours plus drôle quand ça parle des autres.»

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    La question du jour : Quel est l'homme politique à l'origine de la création de la télévision française ?

    1. Georges Mandel

    2. Paul Reynaud

    3. Léon Blum

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    HORS ANTENNE - Jacques Chirac et son «boulot de dans deux ans»

    «J'espère que c'est pour d'autres raisons que j'ai été élu.» Interrogé par l'AFP en mars, à l'occasion du vingtième anniversaire des «Guignols», Jacques Chirac minimisait l'influence de sa marionnette sur sa victoire face à Édouard Balladur à la présidentielle de 1995. «Je crois d'ailleurs que “Les Guignols” reflètent plus l'état de l'opinion qu'ils ne l'influencent», ajoutait l'ancien chef de l'État.

    Alors «Les Guignols», faiseurs de rois ou simples vecteurs, peut-être avec un léger temps d'avance, de l'opinion publique ? Les auteurs se sont toujours défendus d'avoir voulu faire élire Chirac, même s'ils n'ont jamais caché qu'ils n'aimaient pas Balladur et son «côté aristo». «Chirac était à cette époque sympathique. En 1995, il était trahi de tous côtés et malgré les sondages, il a décidé d'y aller. Nous n'avons fait qu'amplifier ce phénomène en le rendant plus caricatural et évident», expliquait le producteur de l'émission, Yves Le Rolland.

    De fait, entre 1993 et 1995, la marionnette de Chirac a été l'une des plus populaires et des plus drôles de l'émission. «Putain, deux ans !», répétait le maire de Paris, en rêvant de son «boulot de dans deux ans», alors que dans son dos étaient fichés les poignards de ses amis d'hier .

    Après sa victoire, Chirac a continué à être l'invité le plus régulier de «d'Arvor», nom dont il affuble PPD. Président s'ennuyant pendant la cohabitation avec Jospin, complotant contre la gauche et tentant d'échapper au huis clos avec «Maman», son épouse Bernadette, ou «Supermenteur» vêtu à la manière de Superman, il est toujours là après son départ de l'Élysée en 2007. Modeste retraité, il est confronté aux problèmes du pouvoir d'achat. Bref, il apparaît comme un Français moyen, épousant toutes les contradictions de la société française.

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