Bande dessinée

«Rani» dans les griffes du maître

L'efficace Jean Van Hamme retrouve Francis Vallès pour une nouvelle saga

Jean-Philippe Bernard - le 12 novembre 2009, 22h25
Le Matin

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«La nature m'a doté d'une qualité primordiale: je sais quand une histoire n'est pas bonne.» Il dit ça avec un petit sourire rusé au coin des lèvres. A ce moment du prologue, alors qu'il goûte aux caresses d'un soleil automnal à la table d'un bistrot lausannois, on pourrait croire que Jean Van Hamme fait le malin. Mais, honnêtement, son parcours plaide pour lui. En trois décennies, cet ancien ingénieur chez Philips s'est imposé avec une facilité déconcertante comme le scénariste le plus redoutable de tout l'univers de la bédé populaire. Désormais, le Belge jouit de la réputation d'un tireur d'élite qui ne manque sa cible: le grand public.

Il faudrait l'équivalent d'un vénérable bottin de téléphone pour lister les sagas imaginées par ce très alerte septuagénaire (il est né en 1939 à Bruxelles) qui cache toujours un livre dans sa boîte à gants pour le cas où il tomberait en panne!

Sans entrer dans le détail, on citera «Thorgal», «Largo Winch», «XIII» ou encore «Les maîtres de l'orge». Avec cette série romanesque dessinée par Francis Vallès riche en drames, en trahisons et généreusement saupoudrée de violence et d'érotisme, le renard wallon a tenu en haleine la francophonie durant une bonne partie de la dernière décennie du XXe siècle. Le succès des «Maîtres» s'est prolongé le temps d'une adaptation télévisée mais curieusement, Vallès et Van Hamme ont ensuite choisi de poursuivre leur parcours artistique sur des voies séparées. Pour le plus grand plaisir de l'éditeur Le Lombard et des lecteurs, le duo (épaulé pour le découpage du scénario par un jeune loup très efficace du nom de Didier Alcante) vient de nouveau d'unir ses forces pour lancer «Rani», une saga prévue pour s'étirer sur huit albums. Dès les premières planches de «Bâtarde», le premier volet du projet, on se retrouve en terrain connu. Le trait de plus en plus précis de Vallès permet à Van Hamme et à son bras droit de tirer de vieilles et grosses ficelles narratives avec une habileté bluffante.

Une héroïne loyale
A l'époque où l'histoire démarre, en 1743, la Rani du titre se nomme encore Jolanne de Valcourt. Fille naturelle d'un marquis d'Auvergne, la jeune fille, héritière désignée du domaine de son géniteur, achève son éducation dans un couvent et profite de ses longues nuits d'internat pour découvrir les plaisirs saphiques en compagnie de Laure de Marsac, son amie d'enfance. Las, un beau matin, Jolanne apprend que le marquis est mort dans son sommeil. En fait, le brave homme a été étouffé par son propre fils Philippe, un vrai bon à rien (lâche, paresseux, coureur de jupons) qui venait de découvrir que son nom ne figurait pas en bonne place sur le testament paternel. On s'en doute, les relations entre le fourbe Philippe et la loyale Jolanne vont être quelque peu tendues. Epaulé par quelques nervis, le fils indigne va d'abord tenter de marier sa demi-soeur avec un noble lubrique avant de la faire accuser de meurtre. Pour échapper à la peine capitale, Jolanne n'aura d'autre choix que l'exil dans un pays lointain...

On l'aura compris, Van Hamme (qui vient par ailleurs d'écrire le prochain album de «Blake Mortimer») ne fait ni dans la nouveauté ni dans la dentelle. Et il le sait pertinemment: «Que voulez-vous, cher monsieur, tout a été dit dans le genre et je ne suis pas Alexandre Dumas! Dans «Rani», il y a par contre un petit côté «Angélique, marquise des anges» qui n'est pas pour me déplaire. Je suis juste un amateur d'histoires à rebondissements qui a la chance incroyable d'avoir des lecteurs...» Un amateur qui connaît, à défaut de les avoir inventées, quelques recettes. Des recettes mitonnées avec un plaisir malicieux qui, cette fois encore, lui vaudront quelques applaudissements supplémentaires...

«Rani»
Distr. Dargaud

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