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Mozart, l’opéra rock - Un Mozart sans génie et sans impertinence
Attendu depuis de longs mois et précédé d’une énorme campagne de marketing et de vente des principaux tubes, Mozart, l’opéra rock vient d’être présenté à la presse.

L’attente avait aiguisé les appétits, tant la vie et l’œuvre du compositeur autrichien fascinent toutes les générations. La déception est à la hauteur. Même pas assassiné, Wolfgang Amadeus ! Le voilà rock, mais pas star ! Le voilà sans génie et sans l’insolence. L’impertinence avait marqué le formidable film que Milos Forman avait naguère consacré à Mozart. Rien de cela ici.

« Trop de notes, trop de notes… »
Après un début de spectacle qu’il a fallu attendre plus de trois quarts d’heure, les scènes s’enchaînent, certes d’une manière bien rythmée, mais le découpage de la première partie est décousu et ne maintient guère l’intérêt. Jusqu’à l’entracte, à part une référence au tout début, au Dies irae, dans la messe de requiem, pas une note de Mozart. On ironiserait même sur les propos du comte Rosenberg, rapportant la célèbre phrase de l’empereur Joseph II, « trop de notes, trop de notes, Mozart ». Ici, il n’y en a vraiment pas assez. Et la vie que l’on nous raconte en chansons pourrait être celle de n’importe quel créateur anxieux et dissolu.
La seconde partie est beaucoup plus animée, tout simplement parce qu’on parle vraiment de musique et de création avec quelques beaux moments d’émotion dus – c’est un comble pour un opéra rock – à la jeune chanteuse lyrique Estelle Micheaud. Parmi les interprètes, les filles minaudent. On ne croit pas un instant au personnage mutin de Constance. Et Mozart gesticule. Le seul crédible est Salieri, mais il est vrai que les méchants ont toujours plus de relief.

Des interprètes sans consistance
Les chanteurs et les comédiens n’ont en effet pour la plupart pas plus de consistance que celle de personnages de BD. On ne les sent jamais comme des êtres de chair et d’os. Quant au son, il est évidemment trop fort. Jamais Mozart n’aurait pu imaginer tant de décibels. La voix des chanteurs en live, fortement amplifiée, est frontale. Quel que soit l’endroit où ils se trouvent sur la scène, on les entend toujours de la même manière.
Les ados, qui remplissent pour l’essentiel le Palais des Sports, sont certes enthousiastes. Ils connaissent depuis longtemps les chanteurs et les airs qu’ils fredonnent. Et c’est de là que vient l’espoir. Si en rentrant chez eux, ils ont la curiosité d’écouter un disque de Mozart, alors Mozart, l’opéra rock aura été un pari réussi et leur donnera peut-être envie d’aller à l’opéra, le vrai !

Un rock beaucoup trop lisse
Après trois heures de show, les amateurs de guitares électriques sortiront déçus d’une version où les cordes s’avèrent trop léchées et finalement bien sages.

Que pouvait-on attendre d’un opéra rock annoncé comme l’événement de la rentrée ? Du rythme, de la magie, de la démesure à la sauce rock and roll… Sur ces quelques points, Mozart, l’opéra rock n’a pas tenu ses promesses. Le premier acte du spectacle, qui en comporte deux, traîne des pieds. Le rythme est lent, voire soporifique. Les décors sont certes somptueux mais la magie ne prend pas. Les chorégraphies de Dan Stewart sont loin de valoir celles de notre Kamel Ouali national. Les tableaux ont un goût de déjà-vu, le spectacle n’éblouit pas.

Des titres « marketing »
Quand vient le temps du titre Tatoue-Moi (après une heure de show), interprété par Mikelangelo Loconte, l’assistance reprend espoir. Va-t-on voir des jeunes filles en jupons courir autour de notre Mozart, des jeux de lumière délirants ou encore même un Wolfgang déchaîné, grimpant sur les tables et envoyant tout balader ? Non. Mikelangelo chante seul. Sous la pluie, dans les rues de Paris, là où son personnage est venu trouver le succès. Le « tube » tombe à l’eau. Le marketing l’a définitivement emporté sur le spectacle. Le clip est ambitieux et esthétiquement attrayant. Les costumes très sombres des protagonistes sur la vidéo semblent tout droit sortis de l’imagination de Tim Burton. Mais sur scène, la réalité est tout autre. L’opéra, dit rock, s’essouffle vite. Désabusés à la fin du premier acte, les spectateurs y trouveront tout de même leur compte dans une deuxième partie plus audacieuse.

Des chanteurs à la hauteur
L’applaudimètre explose quand Mozart, Salieri ou encore Aloysia arrivent sur scène et que les guitares sortent des sentiers battus. Ce qui arrive trop peu souvent. Les basses ponctuent les morceaux, mais les guitares, censées donner un ton rock, sont trop léchées, trop sages. La dualité baroque-rock ne travaille pas assez les contrastes. Il n’y a pas de prise de risques. Ceux qui ont imaginé des guitares électriques sur scène ont dû être frustrés. Le style rock est trop homogène. Les nuances sont inexistantes. Bon point pour le final du spectacle qui est époustouflant et contraste avec le premier acte. La prestation 100 % live des chanteurs est éblouissante. Aucune fausse note ! Leur talent a sauvé Mozart, l’opéra rock.

Mozart, l’opéra rock, Palais des Sports de la porte de Versailles. Jusqu’au 29 novembre. Réservations : www.mozartoperarock.fr

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