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Classement mondial 2008

33

L’Afrique

Certains chefs d’Etat et de gouvernement africains ont compris quel bénéfice leur pays pouvait tirer de la liberté de la presse. D’autres se sont, cette année encore, comportés comme des despotes. Les nations les mieux classées sur le continent restent peu ou prou les mêmes, avec la Namibie (23e), le Mali (31e), le Cap Vert (36e) et Maurice (47e) comptant parmi les cinquante pays les plus respecteux de la liberté des médias. Quelques pays durement éprouvés par des années de guerre ou de dictature sortent également des profondeurs où la violence les avait plongés, à l’instar du Liberia (51e), où la brutalité de certains policiers est toujours déplorable, ou du Togo (53e), qui se maintient dans des normes démocratiques acceptables.

Dans les démocraties que sont le Botswana (66e) ou le Bénin (70e), le climat est régulièrement détérioré entre le gouvernement et la presse, ne permettant pas à ces pays de gagner les places qu’ils mériteraient, eu égard à la situation politique générale.

En revanche, le Sénégal (86e) perd une nouvelle fois des places dans le classement, étant donné l’obstination du gouvernement à ne pas vouloir réformer sa loi sur la presse et le comportement parfois outrancier d’une partie des journaux de Dakar. Des journalistes sénégalais ont, cette année encore, connu la prison. La mauvaise surprise est également venue de Mauritanie (105e), où les réformes législatives n’ont manifestement pas été suffisantes et la culture politique toujours marquée par les pratiques de l’Etat policier de l’ancien président Ould Taya.

Car le tout n’est pas d’avoir une presse diverse et souvent insolente, encore faut-il le tolérer sauf faire appel aux forces de l’ordre ou à une justice influençable. Tel est le cas en République centrafricaine (85e), au Burundi (94e) ou en Guinée (99e), où la moindre déstabilisation politique envoie des journalistes en prison ou, au moins, au commissariat.

Les points noirs de l’année 2008 en Afrique sont le Kenya (97e), qui a perdu 19 places après les violences post-électorales, et surtout le Niger (130e), qui a perdu 41 places après une année très éprouvante pour les journalistes de Niamey et d’ailleurs. La rébellion touarègue du Nord est manifestement devenue un tabou absolu pour le gouvernement nigérien, d’autant plus à l’approche de l’élection présidentielle de 2009.

Les pays africains occupant le bas du classement sont toujours les mêmes, illustrés par la Gambie (137e), la République démocratique du Congo (148e) ou le Zimbabwe (151e), où le journalisme indépendant requiert du courage, de la ténacité et une grande tolérance à la violence et l’injustice.

Enfin, si la situation de l’information en Guinée équatoriale (156e) peut se résumer aux affiches géantes à la gloire du président Teodoro Obiang Nguema qui parsèment le "Koweït de l’Afrique", le pays le plus martyrisé sur le continent est, cette année encore, l’Erythrée (173e, dernière du classement). Le chef de l’Etat, Issaias Afeworki, n’a pas renoncé au choix délibéré de la cruauté à l’encontre des très nombreux journalistes détenus au secret depuis 2001, ni au despotisme pour gouverner un pays qui se vide de sa population.

Les Amériques

Les États-Unis gagnent huit places et se classent 36e. La libération de Sami Al-Haj, cameraman d’Al-Jazira, après six ans de détention sur la base militaire de Guantanamo Bay, a contribué à cette évolution. Pour autant, le secret des sources est toujours menacé par les tribunaux fédéraux en l’absence de "loi bouclier", mais les cas de journalistes convoqués par la justice ou forcés de révéler leurs sources ont diminué ces derniers mois et aucun d’entre eux n’a été envoyé en prison. Toutefois, l’impunité demeure, un an après l’assassinat, le 2 août 2007, de Chauncey Bailey, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Oakland Post en Californie. L’enlisement de l’enquête dans des conflit d’intérêts locaux et l’absence d’intervention de la justice fédérale expliquent aussi que les États-Unis n’aient pas obtenu un meilleur classement. Les nombreuses arrestations de journalistes durant les conventions démocrate et républicaine ont également été prises en compte.

La chute la plus spectaculaire concerne la Bolivie, qui recule de 47 places (115e). La crise institutionnelle et politique qui mine le pays a accentué la polarisation entre médias publics et privés, et exposé à la violence des journalistes stigmatisés selon leurs liens présumés avec le gouvernement ou l’opposition. La presse publique compte un tué. Au contraire du gouvernement d’Hugo Chávez au Venezuela (113e), celui d’Evo Morales a toutefois tenté, à travers ses offres de dialogue avec l’opposition, d’atténuer cette “guerre médiatique”.

Le Pérou (108e) reste à la pointe des agressions, mais cette violence demeure moindre qu’en Colombie (126e) et au Mexique (140e), où groupes armés et narcotrafiquants menacent la survie de la presse dans certaines régions. Dans ces deux pays, le nombre de tués a certes diminué, mais au prix d’une augmentation des départs en exil. Enfin, les quelques signes d’ouverture du gouvernement de Raúl Castro, à Cuba (dernier du continent, 169e), n’ont en rien modifié la situation des droits de l’homme. Vingt-trois journalistes dissidents demeurent emprisonnés et la liberté de la presse est toujours inexistante.

La Jamaïque (21e) et Trinidad et Tobago (27e) sont rejoints en haut du classement par le Surinam (26e), qui y fait son entrée cette année avec le Guyana (88e). Les tensions entre le gouvernement du président Bharrat Jagdeo et le monopole de l’État sur la radio expliquent le moindre rang de ce dernier. Haïti poursuit sa lente remontée (73e), l’Argentine gagne un meilleur classement (68e), tandis que le Brésil (82e) stagne en raison de certains cas de violences graves contre la presse.

L’Asie

L’Asie est toujours majoritaire dans les dix pays les moins bien classés. On y trouve, certes, une majorité de dictatures mais, pour la première fois, le Sri Lanka (165e), un pays où le gouvernement a été élu, se classe particulièrement mal. La presse y est confrontée à une violence trop souvent organisée par l’Etat.

A l’opposé, des pays enracinés dans la démocratie, la Nouvelle-Zélande (7e), l’Australie (28e) ou le Japon (29e) sont présents dans les trente premières places. Avec le Canada (13e), la Nouvelle-Zélande est le seul pays non européen à se placer dans les vingt premières places.

Par rapport à 2007, certaines jeunes démocraties ont connu des progressions spectaculaires. Les Maldives (104e) profitent maintenant d’une presse indépendante florissante. Il en est de même pour le Bhoutan (74e), dont les premiers médias privés affirment peu à peu leur singularité.

Au contraire, l’Afghanistan (156e) plonge, notamment du fait des violences commises par les taliban et les hommes de main des chefs de guerre, mais également par les représentants de l’Etat. La Birmanie (170e), déjà mal classée, recule encore. La vague de répression lancée après les manifestations de septembre 2007 n’a jamais cessé : des dizaines de journalistes ont été arrêtés ou menacés, et la censure militaire est féroce. En Asie du Sud-Est, le Cambodge (126e) obtient un mauvais score après l’assassinat d’un journaliste vraisemblablement commandité par un policier et un contrôle des médias renforcé, au moment des élections législatives. De même, le Viêt-nam (168e) perd six places, après que la répression s’est étendue à la presse libérale, accusée d’aller trop loin dans ses enquêtes sur la corruption.

Si des changements politiques majeurs ont eu lieu au Pakistan (152e) et au Népal (138e), leurs effets sur la liberté de la presse ne se sont pas encore fait sentir. Dans le premier de ces pays, le départ du général Pervez Musharraf de la tête de l’Etat devrait profiter à la presse, mais la guerre avec les taliban est une menace encore plus sérieuse pour les journalistes.

Le mauvais classement des Etats-Unis, hors territoire américain (119e) est notamment dû aux abus commis par l’armée américaine en Afghanistan. Ainsi, le "fixeur" d’une télévision canadienne a été détenu arbitrairement pendant plusieurs mois, sans aucune forme de procès.

La Chine (167e), quant à elle, reste mal classée malgré les efforts de nombreux médias pour échapper au carcan de la censure et du contrôle policier. Le nombre toujours très important d’arrestations, de cas de surveillance et de contrôle de l’information par la police politique et le Département de la propagande empêchent une remontée significative de la nouvelle puissance asiatique.

Le Maghreb et Moyen-Orient

Six pays du Moyen-Orient figurent chaque année dans le bas du classement mondial de la liberté de la presse et les champions de la répression, dans cette région, ont confirmé leur statut en 2008. La liberté d’expression reste une utopie en Irak (158e), en Syrie (159e), en Libye (160e), en Arabie saoudite (161e), dans les Territoires palestiniens (163e) ou encore en Iran (166e). Les journalistes y sont soit soumis à une censure implacable, soit confrontés à une violence inouïe. Les Territoires palestiniens n’ont jamais autant régressé dans le classement. Le bilan de la lutte entre les principales factions a été désastreux pour la liberté de la presse. La fracture politique entre la bande de Gaza et la Cisjordanie s’est accompagnée d’une segmentation des médias. La responsabilité de l’armée israélienne dans la mort d’un cameraman palestinien de l’agence de presse Reuters, en avril 2008, et l’impunité dont a bénéficié le soldat auteur du tir fatal expliquent la chute d’Israël (149e, hors territoire israélien) dans le classement.

Au Maghreb, le Maroc (122e) poursuit sa chute, entamée deux ans auparavant. L’emprisonnement du journaliste Mostapha Hurmatallah a marqué un tournant dans la détérioration des relations entre la presse et l’Etat. Une série de procès intentés par le pouvoir contre des journalistes et des internautes ont révélé que la liberté de la presse au Maroc s’arrêtait aux portes du palais royal.

Le Liban (66e) a gagné 32 places, puisque aucun journaliste n’a, cette année, figuré sur la liste des victimes des attentats qui ont frappé le pays. L’attaque orchestrée par le Hezbollah, en mai 2008, contre certains médias affiliés à l’opposition anti-syrienne n’a pas fait de victimes et a soulevé un courant d’indignation au sein de la société libanaise.

L’Europe et ex-URSS

Peu de changements dans le peloton de tête cette année : les vingt premiers pays sont européens, à l’exception du Canada et de la Nouvelle-Zélande. Les vingt-sept membres de l’Union européenne se positionnent dans les soixante premières places, même si la Bulgarie, mauvais élève du continent pour sa complaisance avec la corruption et la violence politico-mafieuse, occupe un médiocre 59e rang. Le mauvais climat général, les menaces et les violences des mafias en Italie (44e), et la peur que fait régner l’ETA en Espagne (36e), contribuent au classement très moyen de ces pays.

Depuis deux ans, la France (35e) détient le record européen en nombre d’interventions policières ou judiciaires liées au secret des sources, avec cinq perquisitions, deux mises en examen et quatre convocations de journalistes. Le placement en garde à vue de Guillaume Dasquié (geopolitique.com) par la Direction de la surveillance du territoire (DST) en décembre 2007, les perquisitions et la mise en examen d’un journaliste d’Auto Plus, prouvent que la protection du secret des sources n’est toujours pas garantie au "pays des droits de l’homme".

L’évolution dans l’ancien espace soviétique se caractérise par une grave dégradation de la situation dans le Caucase, où deux des trois Etats qui le composent (Arménie, 102e et Géorgie, 120e) ont connu des troubles importants et l’instauration de l’état d’urgence. La Géorgie, théâtre d’un conflit aussi violent que soudain, a fait plusieurs victimes dans les rangs des journalistes.

L’Asie centrale et le Bélarus (154e) continuent d’occuper la queue du peloton, avec notamment l’Ouzbékistan (162e) et le Turkménistan (171e) dans les vingt dernières places. La situation en Russie (141e), où la violence et le harcèlement contre la presse se poursuivent, n’a guère évolué avec l’accession à la présidence de Dimitri Medvedev.

Dans le monde de l’après-11 septembre, seule la paix protège les libertés

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Ce n’est pas la prospérité économique, mais la paix qui garantit la liberté de la presse. Tel est l’enseignement principal du classement mondial de la liberté de la presse, établi comme chaque année par Reporters sans frontières, et dont l’édition 2008 est rendue publique le 22 octobre. L’autre conclusion tirée de cette liste, où l’on trouve une nouvelle fois en dernière place le "trio infernal" Turkménistan (171e), Corée du Nord (172e), Erythrée (173e), est que le comportement de la communauté internationale envers des régimes autoritaires comme Cuba (169e) ou la Chine (167e) n’est pas assez efficace pour donner des résultats.

"Le monde de l’après-11 septembre est désormais clairement dessiné. Les grandes démocraties sont déstabilisées et placées sur la défensive, grignotant peu à peu l’espace des libertés. Les dictatures les plus puissantes économiquement revendiquent leur autoritarisme avec arrogance, profitant des divisions de la communauté internationale et des ravages des guerres menées au nom de la lutte contre le terrorisme. Les tabous religieux ou politiques s’imposent chaque année davantage à des pays qui avançaient auparavant sur la voie de la liberté", a déclaré Reporters sans frontières.

"Dans ce contexte, le musellement général à l’oeuvre dans les pays fermés au monde, dirigés par les pires prédateurs de la liberté de la presse, continue dans une absolue impunité, à mesure que les organisations internationales, comme l’ONU, perdent toute autorité sur leurs membres. Cette dérive mondiale donne d’autant plus de relief aux petits pays économiquement faibles, qui garantissent malgré tout à leur population le droit de n’être pas du même avis que le gouvernement et de le dire publiquement", a ajouté l’organisation.

Guerre et paix

La liste établie pour la période allant du 1er septembre 2007 au 1er septembre 2008 met non seulement en évidence la place prééminente occupée par les pays européens (les 20 premières places sont tenues par les pays de l’espace européen, à l’exception de la Nouvelle-Zélande et du Canada), mais également la position très honorable de certains pays d’Amérique centrale et des Caraïbes. En effet, en 21e et 22e positions, la Jamaïque et le Costa Rica côtoient la Hongrie (23e), à quelques positions devant le Surinam (26e) ou Trinidad et Tobago (27e). Ces petits pays caribéens se classent même bien mieux que la France (35e), qui recule encore cette année en perdant quatre places, ou que l’Espagne (36e) et l’Italie (44e), deux pays toujours plombés par la violence mafieuse ou politique. Selon les critères retenus pour ce classement, il ne manque qu’un point à la Namibie (23e), un grand pays pacifié d’Afrique australe, qui se classe cette année en tête des pays africains devant le Ghana (31e), pour entrer dans le peloton des vingt pays les mieux classés.

Le point commun des pays du peloton de tête, aux disparités économiques immenses (le ratio entre le PIB par habitant de l’Islande et celui de la Jamaïque est de 1 à 10), est d’être gouvernés par un système démocratique parlementaire. Et, surtout, de n’être pas engagés dans une guerre.

Or, tel n’est pas le cas pour les Etats-Unis (36e sur le territoire américain, 119e hors territoire américain), Israël (46e sur le territoire israélien, 149e hors territoire israélien), où, pour la première fois depuis 2003, un journaliste palestinien a été tué par des tirs de l’armée. La reprise de la lutte armée a affecté également la Géorgie (120e) ou le Niger, qui chute lourdement (de la 95e place en 2007 à la 130e en 2008). Ces pays, pourtant dotés d’un système politique démocratique, sont engagés dans des conflits de "basse" ou de "haute intensité". Ils ont, de ce fait, exposé au danger des combats, ou livré à la répression, les proies faciles que sont les journalistes. La récente libération provisoire de Moussa Kaka, correspondant de RFI et de Reporters sans frontières à Niamey, après 384 jours de prison, ou de Sami Al-Haj, libéré de l’enfer de Guantanamo après six ans de détention, est venu rappeler que les guerres broient les vies mais aussi, le plus souvent, les libertés.

Sous le feu de belligérants ou d’un Etat omniprésent

Faute d’avoir apporté une solution à leurs graves problèmes politiques, les pays engagés dans des conflits d’une grande violence, comme l’Irak (158e), le Pakistan (152e), l’Afghanistan (156e) ou la Somalie (153e), restent des "zones noires" de la presse. Assassinats, kidnappings, arrestations arbitraires et menaces de mort sont le lot quotidien de journalistes qui, en plus d’être pris sous le feu des belligérants, sont souvent accusés d’être partisans. Toutes les excuses sont bonnes pour se débarrasser des "gêneurs" ou des "espions", comme cela a été le cas dans les Territoires palestiniens (163e), notamment à Gaza, où la situation s’est nettement détériorée avec la prise du pouvoir par le Hamas. Dans le même temps, au Sri Lanka (165e), où le gouvernement est pourtant élu, la presse est confrontée à une violence trop souvent organisée par l’Etat.

Pour l’essentiel, les pays qui ferment la marche sont des dictatures plus ou moins déguisées, où des dissidents ou des journalistes réformateurs parviennent à fissurer le carcan dans lequel on les contraint à vivre. L’année olympique en Chine (167e) a, certes, été celle de l’incarcération de Hu Jia et de nombreux autres dissidents ou journalistes, mais également l’occasion de donner quelques arguments supplémentaires à ces médias libéraux qui s’efforcent, peu à peu, de s’affranchir du contrôle policier imposé aux citoyens de la nouvelle puissance asiatique. Etre journaliste à Pékin ou à Shangai, mais aussi en Iran (166e), en Ouzbékistan (162e) ou au Zimbabwe (151e), reste un exercice à hauts risques, source de nombreuses frustrations et d’un harcèlement judiciaire permanent. Depuis de nombreuses années, dans cette Birmanie (170e) que dirige une junte xénophobe et inflexible, les journalistes et intellectuels, même étrangers, sont vus comme des ennemis de la junte au pouvoir, et en payent le prix.

Les "enfers immobiles"

Dans la Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali (143e), la Libye de Mouammar Kadhafi (160e), le Bélarus d’Alexandre Loukachenko (154e), la Syrie de Bachar el-Assad (159e) ou la Guinée équatoriale de Teodoro Obiang Nguema (156e), l’omniprésence du portrait du chef de l’Etat dans les rues et à la une des journaux devrait suffire à convaincre les sceptiques sur l’absence de liberté de la presse. D’autres dictatures ne pratiquent pas le culte de la personnalité, mais l’étouffoir reste le même. Ainsi, au Laos (164e) ou en Arabie saoudite (161e), rien n’est possible, si ce n’est dans la ligne des autorités.

Enfin, la Corée du Nord et le Turkménistan restent ces "enfers immobiles" où la population est maintenue coupée du monde, sous le poids d’une propagande d’un autre âge. Tandis qu’en Erythrée (173e), qui ferme la marche pour la deuxième année consécutive, le président Issaias Afeworki et son petit clan de nationalistes paranoïaques continuent de gérer le plus jeune pays d’Afrique comme un immense bagne à ciel ouvert.

La communauté internationale, notamment l’Union européenne, répète à l’envi que la seule solution reste "le dialogue". Mais sans grand succès, manifestement, tant que les gouvernements les plus autoritaires pourront toujours ignorer les récriminations, sans risquer autre chose que le mécontentement sans conséquences de quelques diplomates.

Dangers de la corruption et des haines politiques

L’autre maladie qui ronge les démocraties et leur fait perdre du terrain dans ce classement est la corruption. Le mauvais exemple de la Bulgarie (59e), toujours lanterne rouge de l’Europe, rappelle que le suffrage universel, le pluralisme des médias et quelques garanties constitutionnelles ne sont pas des critères suffisants pour parler valablement de liberté de la presse. Encore faut-il que le climat soit favorable à la circulation de l’information et à l’expression des opinions. Les tensions sociales et politiques au Pérou (108e) ou au Kenya (97e), la politisation des médias, comme à Madagascar (94e) ou en Bolivie (115e), ou encore les violences dont sont victimes les journalistes d’investigation au Brésil (82e), sont l’illustration de ce poison qui gangrène les démocraties émergentes. Et le fait que ceux qui , dans une totale impunité, enfreignent la loi pour s’enrichir, et punissent les journalistes "trop curieux", est un fléau qui maintient plusieurs "grands pays" à des positions honteuses (le Nigeria est 131e, le Mexique, 140e, l’Inde 118e).

Et puis certains de ces prétendus "grands pays" se comportent délibérément de manière brutale, injuste ou simplement inquiétante. A l’instar du Venezuela (113e), où la personnalité et les oukazes du président Hugo Chavez sont parfois écrasants, la Russie du duo Poutine-Medvedev (141e) exige un contrôle strict des médias publics et d’opposition. Comme Anna Politkovskaïa, chaque année des journalistes tombent sous les balles "d’inconnus" souvent proches des services de sécurité dirigés par le Kremlin.

Résistance des tabous

Dans le "ventre mou" du classement se trouvent également des pays hésitant entre répression et libéralisation, où les tabous restent inviolables. Ainsi, au Gabon (110e), au Cameroun (129e), au Maroc (122e), à Oman (123e), au Cambodge (126e), en Jordanie (128e) ou en Malaisie (132e), par exemple, évoquer la personne présidentielle ou royale, son entourage et ses éventuelles turpitudes sont des interdits absolus. Des législations liberticides au Sénégal (86e) ou en Algérie (121e) envoient régulièrement des journalistes en prison, en violation des standards démocratiques prônés par l’ONU.

La répression de l’Internet est également l’un des révélateurs de ces tabous tenaces. En Egypte (146e), des manifestations initiées sur Internet ont agité la capitale et inquiété le gouvernement, qui considère aujourd’hui chaque internaute comme un danger potentiel pour le pays. L’usage du filtrage est chaque année plus important et les Etats les plus répressifs n’hésitent pas à emprisonner les blogueurs. Si la Chine reste première au palmarès des "trous noirs du Web", déployant des moyens techniques considérables pour contrôler les internautes, la Syrie (159e) est devenue championne régionale de la cyber-répression. La surveillance y est tellement poussée qu’après la moindre publication critique, l’arrestation n’est qu’une question de temps.

Seuls quelques rares pays ont connu des avancées. Ainsi le Liban (66e) retrouve-t-il une place logique après la fin des attentats ayant visé des journalistes influents ces dernières années, tandis qu’Haïti (73e) poursuit sa lente remontée, de même que l’Argentine (68e) et les Maldives (104e). En revanche, la transition démocratique en Mauritanie (105e) s’est enrayée, empêchant le pays de poursuivre sa progression. Tandis qu’au Tchad (133e) et au Soudan (135e), les maigres acquis de ces dernières années ont été balayés par l’instauration, du jour au lendemain, de la censure.

CLASSEMENT MONDIAL

ENNEMIS D'INTERNET

RAPPORT MONDIAL

LE CLASSEMENT 2008

RangPaysNote
1 Islande 1,50
- Luxembourg 1,50
- Norvège 1,50
4 Estonie 2,00
- Finlande 2,00
- Irlande 2,00
7 Belgique 3,00
- Lettonie 3,00
- Nouvelle-Zélande 3,00
- Slovaquie 3,00
- Suède 3,00
- Suisse 3,00
13 Canada 3,33
14 Autriche 3,50
- Danemark 3,50
16 Lituanie 4,00
- Pays-Bas 4,00
- Portugal 4,00
- République Tchèque 4,00
20 Allemagne 4,50
21 Jamaïque 4,88
22 Costa Rica 5,10
23 Hongrie 5,50
- Namibie 5,50
- Royaume-Uni 5,50
26 Surinam 6,00
27 Trinidad et Tobago 6,13
28 Australie 6,25
29 Japon 6,50
30 Slovénie 7,33
31 Chypre 7,50
- Ghana 7,50
- Grèce 7,50
- Mali 7,50
35 France 7,67
36 Afrique du Sud 8,00
- Bosnie-Herzégovine 8,00
- Cap-Vert 8,00
- Espagne 8,00
- Etats-Unis (territoire américain) 8,00
- Taïwan 8,00
42 Macédoine 8,25
43 Uruguay 8,33
44 Italie 8,42
45 Croatie 8,50
46 Israël (territoire israélien) 8,83
47 Corée du Sud 9,00
- Maurice 9,00
- Pologne 9,00
- Roumanie 9,00
51 Hong-Kong 9,75
- Libéria 9,75
53 Chypre (partie Nord) 10,00
- Montenegro 10,00
- Togo 10,00
56 Chili 11,50
57 Panama 11,83
58 Kosovo 12,00
59 Bulgarie 12,50
- Nicaragua 12,50
61 Koweït 12,63
62 El Salvador 12,80
63 Burkina Faso 13,00
64 Serbie 13,50
65 Timor-Leste 13,75
66 Botswana 14,00
- Liban 14,00
68 Argentine 14,08
69 Emirats arabes unis 14,50
70 Bénin 15,00
- Malawi 15,00
- Tanzanie 15,00
73 Haïti 15,13
74 Bhoutan 15,50
- Equateur 15,50
- Qatar 15,50
- Seychelles 15,50
- Zambie 15,50
79 Albanie 16,00
- Fidji 16,00
81 Guinée-Bissau 16,33
82 Brésil 18,00
- République dominicaine 18,00
- Tonga 18,00
85 République centrafricaine 18,50
86 Sénégal 19,00
87 Ukraine 19,25
88 Guyana 19,75
89 Comores 20,00
90 Mozambique 20,50
- Paraguay 20,50
92 Congo 20,75
93 Mongolie 20,83
94 Burundi 21,00
- Madagascar 21,00
96 Bahreïn 21,17
97 Kenya 21,25
98 Moldavie 21,38
99 Guinée 21,50
- Honduras 21,50
101 Guatemala 22,64
102 Arménie 22,75
- Turquie 22,75
104 Maldives 23,25
105 Mauritanie 23,88
106 Tadjikistan 25,50
107 Ouganda 26,00
108 Pérou 26,25
109 Côte d’Ivoire 26,50
110 Gabon 26,75
111 Indonésie 27,00
- Kirghizstan 27,00
113 Venezuela 27,33
114 Sierra Leone 27,75
115 Bolivie 28,20
116 Angola 29,50
- Lesotho 29,50
118 Inde 30,00
119 Etats-Unis (hors territoire américain) 31,00
120 Géorgie 31,25
121 Algérie 31,33
122 Maroc 32,25
123 Oman 32,67
124 Thaïlande 34,50
125 Kazakhstan 35,33
126 Cambodge 35,50
- Colombie 35,50
128 Jordanie 36,00
129 Cameroun 36,90
130 Niger 37,00
131 Nigeria 37,75
132 Malaisie 39,50
133 Tchad 41,25
134 Djibouti 41,50
135 Soudan 42,00
136 Bangladesh 42,70
137 Gambie 42,75
138 Népal 43,25
139 Philippines 45,00
140 Mexique 46,13
141 Russie 47,50
142 Ethiopie 47,75
143 Tunisie 48,10
144 Singapour 49,00
145 Rwanda 50,00
146 Egypte 50,25
147 Swaziland 50,50
148 République démocratique du Congo 51,25
149 Israël (hors territoire israélien) 51,50
150 Azerbaïdjan 53,63
151 Zimbabwe 54,00
152 Pakistan 54,88
153 Somalie 58,00
154 Bélarus 58,33
155 Yémen 59,00
156 Afghanistan 59,25
- Guinée équatoriale 59,25
158 Irak 59,38
159 Syrie 59,63
160 Libye 61,50
161 Arabie saoudite 61,75
162 Ouzbékistan 62,70
163 Territoires palestiniens 66,88
164 Laos 70,00
165 Sri Lanka 78,00
166 Iran 80,33
167 Chine 85,50
168 Viêt-nam 86,17
169 Cuba 88,33
170 Birmanie 94,38
171 Turkménistan 95,50
172 Corée du Nord 96,50
173 Erythrée 97,50
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