Le blog d’Hadrien Klent

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vendredi 7 mai 2010

Secret de fabrication, 1: la première version

Le fichier informatique est daté de 2004. Cela fait donc 6 ans que j'ai ce projet de livre. J'ai retrouvé ce qui était la toute première version du futur Chaos: cela devait s'appeler u(n)+1. Il y avait, si je me souviens bien (j'avais un cahier sur lequel j'avais inventé la théorie des calques, mais je ne le retrouve pas), un lien plus mathématique dans les calques et la façon dont ils étaient distribués.

J'ai quelques souvenirs de comment devait se passer cette version: le narrateur, trader qui s'ennuie, est enlevé un jour par une organisation qui cherche à regrouper un maximum de personnes d'un même calque:

(le plus étonnant ensuite cela a été : comment ont-ils fait, de quelle énorme puissance ils disposent pour enlever quelqu’un dans la rue, le faire sortir du pays sans que personne ne s’en rende compte – physiquement dans quoi étais-je placé ? un avion privé ? un bateau ? un voiture qui m’aurait amené à une base leur appartenant avant exfiltration ? – et ce (je consulte le dossier à la page me concernant) au moins 47 fois puisque j’étais le quarante-septième.)

Ensuite, le réveil, la sensation, presque insupportable, de froid. La reprise de conscience : des morceaux mais trop disparates de souvenirs de ce qui s’est passé avant – la voiture, l’homme qui s’approche, un réveil et un bruit de moteur et ça vibre légèrement, un autre réveil et des voix dans le noir en anglais, un réveil où un homme en blouse blanche me regarde mais si demain il était devant moi je ne pourrai le reconnaître, et me voici, là, dans cette petite pièce qui ressemble à une chambre d’hôpital, mais il y a quelque chose qui ne va pas, je comprends, enfin : il n’y a pas de fenêtre ni de poignée à la porte, ce n’était donc pas |...| un malaise, dans la rue, à Paris, rue Bernard de Palissy je ne me suis pas évanoui de façon naturelle, comme si je n’avais pas pris assez de sucres courts le matin et le fait de se coucher à deux heures pour se lever à huit et demi, avec en plus le petit bip de l’ouverture du Nikkei que je regarde machinalement à 4 heures avant de me rendormir, comme le passage d’un train en sifflant tous les jours sauf le week-end, ces mauvaises petites nuits j’aurais bien pu finir par en faire, un malaise, c’était peut-être la seule façon de décrocher du travail (pas complètement la seule : il y a eu celle-là).

Celle-là. Cette façon pas normale.

Il fait froid. Je déteste le froid. C’est tout blanc. Je déteste le blanc. Je suis en sueur et je tremble. J’ai peur, aussi, bien sûr. D’abord, donc, penser à un accident – je traverse, une voiture, ou un bus, le choc, l’oubli, l’hôpital – à un malaise – je traverse mais j’ai le cœur qui bat un rien trop vite à cause des trois tasses de café les jambes qui fléchissent, le son de la rue masqué par un bourdonnement intense, le sang qui vient à manquer, tenter de s’asseoir, sombrer dans le noir, l’hôpital – à quoi encore, un attentat – je traverse, passe à côté de la voiture piégée, l’explosion, immédiatement la perte de connaissance et amnésie qui va avec, l’hôpital.

Et puis ce sentiment d’étrangeté. Ces petits riens qui ne sonnent pas comme il faut. Cette pièce, trop nette, ces machines, ces habits qui me donnent une impression de décalage. Ce n’est pas, notez-le bien, que je sois un familier des hôpitaux français, mais : ce n’est explicable, mais j’ai vite senti qu’il y avait quelque chose de pas normal.

La théorie des calques est très vite rendue publique:

Ce n’est jamais qu’une conférence de presse du laboratoire L94 rattaché au CNRS, dans les locaux de l’Institut Curie à Paris cinquième, la petite salle de réunion a été maladroitement organisée, des rangées de fauteuils en plastique pour les journalistes et sur une vague estrade en bois un petit pupitre et un écran pour les transparents, ce n’est qu’une conférence de presse du laboratoire L94 et pourtant se pressent des dizaines de journalistes de photographes de cameramen qui se marchent les uns sur les autres – cohue indescriptible.

Dans la pièce d’à côté, les souris en cage perçoivent à défaut d’entendre que cela vibre d’une façon anormale dans cet Institut Curie construit en briques, il règne une atmosphère a-scientifique qui risquerait de compromettre la concentration de tous les chercheurs hagards qui tentent de continuer à travailler sur leurs domaines, physique nucléaire, statistiques biologiques, géométrie de la poussière, secteurs de recherche qui apparaissent bien dérisoires à côté de ce que vient de découvrir le professeur Diamant-Berger.

Le professeur Diamant-Berger entre par la porte peinte en beige située à côté de l’estrade. Brutalement, le silence. Ce n’est pas que le professeur soit particulièrement intimidant, mais les journalistes

Le narrateur parvient à s'échapper, à rentrer en France. Il se réfugie avec Clotaire, son ami d'enfance, qui travaille sur la théorie des calques, dans une maison de campagne:

Ce n’est pas moi, il n’y a personne, qui regarde. Ce sont juste des images. Vous n’êtes pas là, non plus. Tout y est, et nous n’y sommes pas.

La première minute est semblable à une minute habituelle, la route serpente et elle est vide, le premier lacet avec les pancartes qui signalent le virage dangereux puis cette descente plate bordée d’arbres à droite et voici le deuxième lacet qui fait exactement cent quatre-vingt degrés puis qui repart et sur la gauche le chemin en pierre qui sert de raccourci autrefois avant l’invention de l’automobile c’était la route plus rude mais plus droite et c’est le troisième lacet où la chaussée est élargie et qui montre les premières fermes de l’autre côté des champs mais nul tracteur ce qui après tout peut arriver, le quatrième lacet est tout en bas, sur un petit pont, la route remonte ensuite et le cinquième lacet est banal peut-on appeler cela un lacet, il précède de peu le sixième lacet on s’approche du village, mais il en faut un dernier, somptueux avec presque une frondaison qui le surplombe, voici que sont passés les sept lacets mais qu’il n’y a personne,

la dixième minute est loin derrière, la quinzième aussi, le village est passé, voilà la ville et la gare, les trains sont là, ils sont vides,

les voies au sol, sur lesquelles pas un train ne circule,

les heures s’en vont, voici la capitale, et sa gare surmontée d’un immense clocher, et là soudain cela devient terrifiant |...|

— voilà, voilà ce qui arriverait si un seul de ces calques plantait.

Le style, toujours. Ainsi est Clotaire : ne peut s’en empêcher. A bien raison.

C’était presque trop court. On aurait pu écouter encore. La nuit est tombée, cette fois. Avril se lève. Va se coucher ; seule me fait-elle savoir de ses yeux décidés.

Il y avait donc un personnage qui s'appelle Avril... Mais je ne sais plus quel était son rôle dans l'histoire!

Il n'y a presque rien d'autre sur mon fichier. Hormis une théorie astucieuse sur la théorie des calques abordée dans certaines oeuvres de fiction (plagiat par anticipation). Cela sera l'occasion d'un autre «secret».

Depuis Bergerac...

Un commentaire d'une libraire à Bergerac:

Un sacrément bon polar qui se lit d'une traite, assaisonné d'une grosse louche de science-fiction, une pincée de cynisme, une bonne dose d'intelligence et beaucoup d'audace. Pour un premier roman, ça dépote avec efficacité !

C'est sur cette page.

jeudi 6 mai 2010

Sortie du livre!

C'est aujourd'hui que sort le livre en librairies dans toute la France. Comme je ne suis pas en France, je ne pourrai pas le voir, mais je compte sur les visiteurs de ce blog pour me dire s'ils l'ont aperçu en librairie...

Le livre est aussi disponible via les librairies de vente à distance, pour les gens qui, comme moi, résident à l'étranger.

À partir d'aujourd'hui, ce blog va ouvrir une rubrique «Secrets» où je vais raconter, un peu comme dans les bonnus d'un DVD, les différents états de l'écriture du livre. Toute première version, modifications de la structure, fins alternatives, etc.

mercredi 5 mai 2010

Un autre libraire

Là où je suis, les librairies ne ressemblent pas à ce qu'on trouve en France... Je dois dire que, grâce à Internet, je réalise que les libraires français lisent les livres... Et en parlent plutôt bien.

Voici donc le commentaire de la librairie du Rivage, à Royan:

Ce premier roman, un thriller, de Hadrien Klent est époustouflant d’efficacité. L’ouvrir c’est plonger en apnée dans un univers où se mêlent les théories de physique les plus débridées, la psychanalyse et une réflexion sur notre rapport au temps et à la solitude. Avec son style sec et froid, presque syncopé, ce roman ne se lache pas une minute.

Korta, un scientifique misanthrope, expert de l’identification par analyse de l’iris dans une société américaine développant des systèmes de surveillance, découvre les travaux d’une jeune universitaire britannique, la théorie des calques. Entre ses mains, c’est la possibilité d’être enfin "le dernier homme sur terre"...

Au delà de la tension narrative fort bien construite, des ruptures de rythme apportées par le récit, l’auteur nous fait également entrevoir une allégorie de nos vies éclatées, de la solitude de chacun et de la nécessité du lien social pour notre survie.

Vite, votre calque est peut-être en préparation !

À retrouver sur cette page.

dimanche 2 mai 2010

Une lecture du début

Magie et surprises de l'internet mondial... Je découvre qu'une radio étudiante lilloise a choisi, dans son émission de lectures, «Paludes» (leur site), un extrait du Chaos, juste à côté de l'ami Bolaño...

L'extrait choisi n'est pas, à mon sens, le plus pertinent (c'est le tout début du livre, qui fonctionne par approches chronologiques successives en courtes scènes, des années 1950 à aujourd'hui), mais c'est assez étonnant d'entendre ça, avant même la sortie du livre en librairies!

L'extrait à écouter se trouve ici, et le fichier mp3 au bout de ce lien.

vendredi 30 avril 2010

Le regard d'un libraire

Je reçois un mail d'un libraire, que je ne connais pas, qui travaille à Entre deux noirs, sis à Langon (leur site). Il a manifestement aimé mon livre, voici ce qu'il en écrit sur le site de la librairie:

Ha, quelle claque ! Une excellente entrée en matière, une “théorie des calques“ qui vous fait vous demander “mais où a-t-il été chercher tout ça ?“, une écriture qui paraît sèche au début mais qui sert parfaitement la narration, une histoire qui oscille entre Londres et les Etats-Unis (où vous êtes quand même plus coincé entre le bureau de Korta et celui de son psy qu’autre chose), une évolution de l’histoire inattendue (nous n’en dirons pas plus), d’excellentes scènes de désarroi quand certains se retrouvent seuls au monde, des personnages bien campés, rien ne manque à ce premier – et explosif – premier roman qui sera sans doute l’un des meilleurs de l’année.

(Avec un résumé «fait maison», à lire sur cette page).

mardi 20 avril 2010

La présentation du livre

Une découverte scientifique aussi révolutionnaire que la théorie de la relativité. Un chercheur misanthrope qui voudrait être le dernier des hommes. Un psychanalyste qui lèche les choses pour vérifier qu’elles existent. Un tueur à gages qui pratique le relativisme culturel. Une Mexicaine prise au piège de ses yeux. Un dentiste qui raffole des mâchoires de Staline. Un magicien qui s’évapore. Et un couple improvisé qui, dans ce chaos naissant, va tenter de sauver l’humanité. Dans une tension cinématographique, Et qu’advienne le chaos multiplie les rythmes et les histoires.

À lire sur la page de l'éditeur: http://www.editions-attila.net/chaos/chaos.html

lundi 12 avril 2010

La couverture définitive

Cette fois, ça y est: le livre est parti chez l'imprimeur. Voici la couverture définitive: elle est l'oeuvre (comme l'intérieur) de la graphiste Lola Duval. J'aime bien (d'ailleurs, si je n'aimais pas, vous ne la verriez pas: en grand paranoïaque, j'ai fait rajouter dans mon contrat que les «couverture, quatrième de couverture, documents de présentation publics du livre» ne pouvaient être choisis sans mon accord), elle n'est ni trop tape-à-l'oeil (genre lettres rouge sang et ombre portée) ni trop sérieuse.

Couverture

dimanche 4 avril 2010

Les dernières corrections

J'ai reçu les épreuves du livre, prêt à partir à l'impression. Parce que j'aime bien la transparence, je copie-colle ici le mail que j'ai envoyé à mon éditeur avec mes remarques:

Salut

voici mes dernières correc après lecture des épreuves (au passage, la nouvelle fin, beaucoup plus immédiate, me semble beaucoup mieux):

- épouvantable erreur d'horaire page 38: Tijuana se situe à UTC-8, donc en heure locale il est 3h03 (certes c'est un peu tard, mais pour un congrès de prestidigitation, et au Mexique, ça ira...) Du coup il faut corriger page 26, remplacer "près de deux heures" par "près de trois heures".

- page 72, ligne 7: remplacer "rit comme un enfant" par "jubile", Korta ne pouvant pas rire comme un enfant (il ne peut même pas pleurer comme un enfant, deuxième scène du livre).

- page 88, ligne 1: "Et c'est en effet vers Paris" (rajouter "en effet").

- page 97, pb de guillemets: le » doit venir après "vaines dépenses?" et non pas après la tirade lancée par le tiret.

- page 102, § 6: "surmonté d'une molette" (enlever le 2° "petite", pour une fois c'est moi qui suis dérangé par la répétition!)

- page 117. Peut-être le plus grave: Vincent ne peut pas être seul quand il appelle Montesquiou au téléphone (cela signifierait qu'il est déjà isolé, alors que Montesquiou non, c'est donc impossible). Donc, après le saut de ligne. "À Londres, Vincent est regardé par April." (et non pas "seul dans le bureau"). puis, plus bas: "À l'autre bout du fil, Vincent est bien là. April n'a eu qu'à fermer les yeux."

- page 140: je trouve un peu lourd les références au m² des supermarchés. Enlève tout, pour ne garder qu'une simple énumération: "deviennent absurdes: baskets, sièges automobiles, rideaux..." (et donc rajout de points de suspension.)

- page 145, ligne 7: Vincent tutoie Montesquiou. "Tu as entendu?"

- page 192, § 4: "Il tire à nouveau. Encore une fois. Et encore une fois." (donc supprimer le premier "Et")

- je n'ai pas les pages 204-207, j'espère que c'est juste un problème d'impression, pas qu'elles ont disparu du livre (à l'inverse j'ai eu deux doubles blanches un peu plus tôt dans le livre, je ne me souviens plus quand)

- page 225, § 5, dernière ligne: "qu'April puisse aller voir le patron de Biometrics, lui révéler ce qu'elle sait."

- page des remerciements, l'avant dernier: "...ce livre d'exister, a poussé à ce qu'il soit amélioré".

Et voilà!

HK

mercredi 24 mars 2010

Attila au salon du livre

J'apprends que les éditions Attila seront présentes au salon du livre de Paris (26-31 mars), stand P63. Quelques exemplaires (tirage numérique, version non-corrigée) du livre seront disponibles, pour les libraires et les journalistes intéressés. Pour les autres, il faudra attendre début mai...

Je n'ai pas encore vu cette version numérique (ils sont en train de l'imprimer; ensuite le temps qu'il arrive jusqu'ici...). En revanche j'ai reçu une image d'un essai de couverture. La voici:

Vignette Essai couverture

dimanche 7 mars 2010

La date de sortie

C'est maintenant officiel: le livre va sortir aux éditions Attila le 6 mai 2010.

dimanche 19 octobre 2008

Premier billet

Il est temps d'ouvrir mon blog. Pour y raconter, d'ici à la sortie du livre, comment tout cela est advenu.