Actu Rugby - Tillous-Borde porté disparu
Le 17/02/2010 à 15:27 Par SYLVAIN LABBE
De Sports.fr
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Tillous-Borde porté disparu

Parmi les grands absents du XV de France cet hiver, Sébastien Tillous-Borde, s'il n'est pas opérationnel pour les Bleus, ne l'est pas plus pour son club, le Castres Olympique. Opéré le 4 novembre dernier de l'épaule droite sur les conseils de l'encadrement de l'équipe de France, le demi de mêlée, qui aurait déjà dû reprendre l'entraînement avec contacts, n'est toujours pas réapparu. Et le CO, son employeur, se déclare ni plus ni moins otage d'une situation qu'il ne maîtrise pas.

Censé avoir repris l'entraînement avec contacts, Tillous-Borde ne sait toujours pas quand il pourra rejouer... (castres-olympique.fr) Censé avoir repris l'entraînement avec contacts, Tillous-Borde ne sait toujours pas quand il pourra rejouer... (castres-olympique.fr)
C'était il y a un an tout juste. Tournoi 2009: Sébastien Tillous-Borde, titulaire lors des deux premières levées des Bleus en Irlande et face à l'Ecosse, s'installe à 23 ans parmi les cadres de l'ère Lièvremont en équipe de France. A ses quatre premières capes honorées en 2008, le demi de mêlée ajoute quatre autres sélections et prend surtout, à un peu plus d'un an de la Coupe du monde, une nouvelle dimension. Douze mois plus tard, alors que Morgan Parra se saisit à pleines mains des clés du camion, le Castrais a disparu de la circulation, invisible à Marcoussis et dans le paysage tricolore, parmi les grands absents de l'hiver international aux côtés des Barcella, Chabal, Millo-Chluski, Traille, Mermoz et autre Dupuy.

Mais à la différence du Parisien, écarté suite à une suspension longue durée, Tillous-Borde, lui trahi par son corps et réduit à une totale inactivité, s'il est indisponible pour les Bleus, l'est aussi pour son club du Castres Olympique, actuel co-leader du Top 14. La faute à une épaule droite en capilotade, tenaillée par une douleur récurrente durant de longues semaines au cours desquelles le n°9 castrais a préféré serrer les dents. La blessure, épreuve ordinaire pour le sportif de haut niveau, pourrait-on dire. Sauf que dans le cas précis, c'est sur les conseils de l'encadrement médical de l'équipe de France et, en dernier ressort de sa propre initiative, que l'international choisit de prendre le chemin du bloc opératoire le 4 novembre dernier pour y subir une intervention destinée à stabiliser son articulation. Quelques jours plus tôt, c'est en concertation avec le Doc des Bleus, Jean-Philippe Hager, et en urgence suite à une arthroscopie effectuée à Lyon, que le joueur aurait décidé de franchir le pas, rapportait le bi-hebdomadaire Midi Olympique. Tout en s'affranchissant du service médical castrais, à la qualité d'expertise pourtant irréprochable au sein d'un CO parmi les clubs du Top 14 les plus épargnés par les blessures cette saison, Tillous-Borde espère alors, malgré les plus de trois mois d'indisponibilité promis, revenir plus fort.

Swiadeck: "Je pense que certaines pressions ont été effectuées pour que les choses se passent de cette manière"

Aujourd'hui, l'éclipse de l'ancien Biarrot n'en est que plus douloureuse ; lui qui devrait actuellement reprendre l'entraînement avec contacts reste sur le flanc. Fin janvier, la description de l'évolution de sa convalescence dans les colonnes de L'Equipe, avait de quoi rendre perplexe sur le bien-fondé de sa décision. "Mon épaule droite s'affaisse", lâchait-il, incapable alors de mener à bien sa rééducation. "Il se peut que le nerf soit touché. Mon retour est retardé de semaines en semaines, et c'est dur à vivre car, forcément, je pense à la suite de ma carrière, avec le club et l'équipe de France." Des propos teintés d'inquiétude, qui trahissaient déjà un sentiment d'impuissance partagé aujourd'hui par son club et son président, Jean-Philippe Swiadeck, confrontés à cette véritable impasse. "Sébastien aujourd'hui est en retard sur son programme de reprise." Aucune date, ni même aucune info ne filtre dans un dossier des plus sensibles puisqu'au coeur des relations brûlantes entre équipe de France et clubs de l'élite...

"Le domaine médical est un domaine très compliqué du fait justement du secret médical et du droit privé", souligne un Jean-Philippe Swiadek qu'on devine tout à la fois embarrassé, sincèrement désolé pour son joueur, mais désireux pourtant de faire valoir la voix d'un CO forcément lésé en tant qu'employeur. Ou comment un joueur tiraillé entre les intérêts de son club, qui joue les premiers rôles en championnat, et ceux de l'équipe de France, pour laquelle il ambitionne de disputer la prochaine Coupe du monde, voit sa carrière prometteuse mise entre parenthèses.

Le président castrais sait marcher sur des oeufs et pèse chacun de ses mots. "Je ne veux pas me mêler de choses qui ne me regardent pas puisque c'est une histoire un peu alambiquée, qu'on a n'a pas pu maîtriser pour différentes raisons." Mais néanmoins il affirme: "Je pense que certaines pressions ont été effectuées pour que les choses se passent de cette manière. Elles se sont faites et aujourd'hui, on se retrouve un peu le bec dans l'eau." A ne pas pouvoir compter à l'approche du sprint final de la saison de l'un de ses meilleurs atouts. "C'est le joueur qui a décidé, après je ne peux pas savoir et je ne veux pas savoir qui a exercé des pressions, ni d'où ça vient. Tout ce que je sais, c'est qu'on ne peut pas utiliser le joueur, qui avait fait un début de championnat très intéressant, et le joueur, lui, se pose beaucoup de questions sur sa reprise. Nous, de notre côté, on se retrouve entre deux eaux, à risquer de ne pas pouvoir nous retourner par la suite si jamais on intervient... (...) Il est difficile de nous mêler des affaires d'un joueur, qui a pris une initiative et qui se retrouve dans une impasse. On se tourne vers nous aujourd'hui pour essayer de régler le problème, le souci, c'est qu'on risque à notre tour de nous retrouver dans une impasse." En clair, le CO a-t-il vocation à tenter de réparer les dégâts éventuels qu'une initiative personnelle, voire pressée par le staff de l'équipe de France, sous peine de ne pas pouvoir faire valoir ses droits si la santé de son joueur n'évoluait pas de manière positive ? Une concertation serait sans doute bienvenue, seulement, comme le précise le successeur de Pierre-Yves Revol, "tous nos interlocuteurs ne sont pas forcément très dynamiques à réagir..."

Un CO fier de ses Bleus

Dans le contexte de cette affaire, et plus encore que dans la passe d'armes autour du cas du Toulousain Jean-Baptiste Poux cette semaine (voir aussi: Un Poux dans la tête), autrement plus anecdotique que la suite de la carrière du demi de mêlée castrais, l'hommage rendu par Marc Lièvremont aux clubs du Top 14 prend une résonance toute particulière aux oreilles du successeur de Pierre-Yves Revol, qui déplore également le retour de sélection d'un Luc Ducalcon blessé. "Qu'ils nous remercient, c'est la moindre des choses. C'est tout de même le Top 14 qui fait l'équipe de France. Le joueur pour l'essentiel de la saison est choyé par ses entraîneurs, son staff médical et par l'ensemble du club."

Pour autant, et même si Castres a pu sembler vexé par un manque de reconnaissance internationale de la part des sélectionneurs, pas question pour Swiadeck de tirer à vue sur les Bleus. "Ce n'est pas moi, qui vais me plaindre d'avoir des joueurs internationaux. C'est une fierté pour le club." En attendant, Tillous-Borde, plus discret que jamais, reste dans l'expectative, lui qui déclarait après son opération dans La Dépêche du Midi. "Il y a les blessures plus graves, c'est plus difficile à vivre et là on peut gamberger."

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