Envoyer Imprimer Réagir Politique / Social - Économie - Article paru
le 21 février 2004
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Résistance. l’Affiche rouge Rino Della Negra, ailier droit résistant

Joueur " prometteur ", ce fils d’immigré italien est exécuté en 1944 avec ses compagnons du réseau FTPMOI. Avant de mourir, il écrit à son frère : " Envoie le bonjour et l’adieu à tout le Red Star. "

Rino Della Negra n’a rien pu faire cette fois-là. L’ailier droit du Red Star (1) ne dribble personne ce 21 février 1944 au Mont-Valérien. De toute façon, que faire quand les balles ne sont pas de ce cuir qu’il aimait tant taquiner, mais d’un acier lourd et cruel qui plombe le corps ? Rien… Si, tomber dignement face à la mitraille nazie comme les 22 membres du réseau FTP MOI de Missak Manouchian. Un des compagnons d’armes de Rino, Thomas Elek - " juif hongrois, huit déraillements " au palmarès de l’Affiche rouge - a écrit avant d’être exécuté par l’occupant Allemand : " Je meurs, mais je vous demande de vivre. " Rino meurt aussi. Avant, il trouve le temps de glisser une lettre à son petit frère. Les mots sont simples, émouvants, même frappés sur un clavier soixante ans plus tard : " Envoie l’adieu et le bonjour à tout le Red Star. "

Au bout du fil, ce jeudi 19 février 2004, il y a un peu de l’âme du club banlieusard. C’est la voix du capitaine des années quarante, Léon Foenkinos, qui résonne de son accent chantant de pied noir algérien. On lui parle de Rino Primo Della Negra, gosse d’Argenteuil, fils d’un briquetier italien chassé de son pays par les chemises noires de Benito Mussolini. Il répond : " J’aimais ce gosse-là, un Italien qui défendait la France. Je ne savais pas qu’il était dans la Résistance, je ne l’ai su qu’en 1944, lorsqu’il a été fusillé. " Inès Tonsi, en revanche, savait beaucoup. Pourtant, elle aurait aimé ne pas connaître la fin de l’histoire, la fin de l’existence de Rino, le beau gosse couleur sépia sur cette photo des archives municipales d’Argenteuil qui nous fixe au moment où on dévide le fil de sa vie. Elle raconte : " J’étais l’estafette de Rino, c’est-à-dire qu’on lui apportait les armes à l’endroit d’une opération. Ensuite, le travail accompli, Rino nous les ramenait. "

Et le chemin était souvent très long jusqu’aux hauteurs d’Argenteuil, sur la colline de Mazagran où vivait une petite colonie italienne. C’est là que Rino avait aimé le football. Dans les ruelles de ce quartier de brique et de broc d’abord, puis sous le maillot de la Jeunesse sportive argenteuillaise, bien vite étroit pour son talent naissant. Le grand Red Star, pas celui d’aujourd’hui, englué dans des divisions inférieures qui ne collent pas avec sa légende, lui ouvre alors ses portes. C’est l’époque glorieuse d’Alfred Aston, 31 sélections en équipe de France, un petit gabarit de 1,65 mètre, surnommé le " Feu-follet ".

Rino n’aura pas le temps de se faire un surnom. Mais, dans la mémoire d’Inès Tonsi, son souvenir de footballeur demeure : " C’était un crack, décrit-elle. Il n’avait peur de rien. Quelquefois, il jouait contre les Allemands aussi… " Elle rit de bon cour : " De temps en temps, il leur mettait de drôles de ramponneaux dans les jambes… Moi, je lui faisais remarquer : " Les pauvres, ils n’y sont peut-être pour rien dans cette guerre ! " Il répondait en souriant : " Peut-être mais je ne peux pas faire autrement… " "

Lui non plus d’ailleurs n’y est pour rien. Cela ne l’empêche pas d’intégrer les rangs des partisans lorsque le service du travail obligatoire en Allemagne le rattrape au collet. En 1942, Rino Della Negra rejoint la clandestinité au sein du 3e détachement italien des FTP MOI de la région parisienne, commandé par Missak Manouchian. Lorsqu’il n’est pas sur les terrains de football, Rino joue donc à balles réelles et se forge un " palmarès " : destruction du siège du parti fasciste italien, exécution du Général Von Apt, attaque de la caserne Guynemer à Rueil…

Inès n’est jamais très loin pour jouer les agents de liaison. Comme ce 12 novembre 1943, rue Lafayette à Paris, qu’elle n’a pas oublié. Ce jour-là, Rino est accompagné de six hommes. L’objectif, un convoyeur de fonds allemand. " J’avais un pressentiment en attendant de récupérer les armes, raconte aujourd’hui Inès. Il y avait trop de mouvement autour d’eux. " L’attaque tourne mal, Rino est blessé, une balle dans la jambe, son groupe est arrêté. Missak Manouchian tombe lui aussi peu après. La suite est encore dans les cauchemars d’Inès Tonsi. Vingt-trois exécutés au Mont-Valérien. Elle dit : " Je prends toujours des cachets pour dormir. "

Frédéric Sugnot

(documentation Claude Dewaele)

(1) Le Red Star rend dimanche 22 février à 14 heures un hommage à Rino Della Negra au Stade Bauer à Saint-Ouen. À 15 heures, le Red Star rencontrera en championnat de Paris l’ASO arménienne.

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