Clairefontaine de diamants

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Par Loïc MOREAU
De Football.fr
le 18/10/2007

Ben Arfa, de la petite lucarne aux Bleus (Reuters).Ben Arfa, de la petite lucarne aux Bleus (Reuters).
Jamais une promotion de l'INF de Clairefontaine n'aura été aussi fructueuse que celle de 1986, dirigée de 1999 à 2002 par Claude Dusseau. Parmi les 24 gamins ayant intégré le centre de formation le plus prestigieux de France à cette période, quatre sont déjà internationaux français (deux en A, deux en Espoirs) et six autres évoluent dans de grands clubs. Filmée par les caméras de Canal + sous la forme de deux documentaires, la promotion 1986 a bénéficié d'un coup de projecteur médiatique, exacerbant le talent certain de ces adolescents.

En 1999, les caméras de Canal + s'invitent au sein de l'INF de Clairefontaine, pour y filmer pendant trois ans l'évolution de ces jeunes talents, qui rêvaient de marcher dans les traces de leurs glorieux ancêtres de l'INF, à l'instar d'Henry, Anelka, Gallas, Saha ou Rothen, tous internationaux français à l'heure actuelle.

Les deux tiers sont toujours amateurs...

Ils n'avaient que 12 ou 13 ans, et pourtant, tout le monde se souvient des bouilles enfantines des Ben Arfa, Diaby, Dembélé ou Jourdren. Au sein d'une promotion de 24 joueurs, dirigée par l'ancien directeur de l'INF, Claude Dusseau, plusieurs éléments allaient se détacher durant leur trois années de pré-formation, avant de partir achever leur formation dans les clubs professionnels. "Je leur ai toujours dit : vous êtes vingt-quatre, mais il n'y aura pas vingt-quatre professionnels", prévenait André Merelle, l'entraîneur des 2e année. Effectivement, comme l'exige la cruelle loi du football, la majorité n'a pas percé au niveau professionnel, malgré de belles promesses. D'autres sont passés pros, sans pour autant réussir à s'imposer dans les grands championnats européens. Garra Dembélé par exemple, passé par le centre de formation de l'AJ Auxerre, avant d'en être renvoyé pour son comportement, puis de connaître des démêlés judiciaires. Il évolue désormais à Aarhus, au Danemark. Olivier N'Siabamfumu, passé par le Stade Rennais, s'est lui exilé en Italie, à Ascoli (Serie B). Ou encore Helmi Loussaïef, qui avait signé à l'AS Monaco, avant de rejoindre le Club Africain, en Tunisie.

... d'autres ont mieux réussi

Mais sur les 24 jeunes du départ, un tiers est tout de même parvenu à faire son trou au haut niveau, voire au très haut niveau pour certains. Les gardiens Geoffrey Jourdren et Quentin Westberg jouent respectivement à Montpellier et Troyes, avec lesquels ils avaient signé leur premier contrat professionnel. Le premier est titulaire cette saison dans l'Hérault, et garde la cage de l'équipe de France Espoirs, en l'absence d'Hugo Lloris. Le second, international espoir américain, est la doublure de Cyrille Merville à l'Estac, après avoir été celle de Ronan Le Crom. Sébastien Bassong parvient à faire sa place au FC Metz, où il était passé pro, ainsi que chez les Espoirs. Habib Bellaïd, le défenseur de Strasbourg, s'est imposé comme titulaire en Alsace, ainsi qu'en sélection espoir aux côtés de Younes Kaboul. Son ancien coéquipier au Racing, Ricardo Faty, est quant à lui prêté par l'AS Roma au Bayer Leverkusen, pour retrouver du temps de jeu. Mais les deux vedettes de cette promotion 1986 restent Hatem Ben Arfa, le milieu de l'Olympique Lyonnais, et Abou Diaby, celui d'Arsenal, tous deux internationaux A.

Ben Arfa et Diaby, majors de la promo

Considérés comme les plus doués dès leur première année de formation - Ben Arfa a été le premier à intégrer le centre à l'âge de 12 ans -, les deux internationaux tricolores suscitent d'énormes attentes, alors qu'ils n'ont qu'une vingtaine d'années. Si Claude Dusseau avait très tôt deviné le potentiel de ces deux garçons, ces derniers n'ont pour l'instant fait que confirmer le bien qu'il pensait d'eux. Aucune promotion n'avait compté autant de diamants en son sein. Même André Merelle n'osait croire à une tel succès. "La moyenne est de six pros par promo, on peut aller au-delà , on peut avoir une grosse promo, mais en général la moyenne est de six pros", rapportait-il. La promo 86 a pourtant sorti une dizaine de pros. Alors simple coïncidence que cette promotion ait particulièrement réussi devant les caméras de la chaîne cryptée ? Pas si sûr.

L'effet loupe du double reportage

Le principe même du double reportage de Canal +, "A la Clairefontaine" et "A la Clairefontaine, 7 ans après..." est de suivre l'évolution d'un joueur âgé de 13 ans durant sa formation, mais aussi et surtout, au-delà. Dès lors, s'installe une proximité entre le spectateur et l'adolescent, qui vieillissent ensemble, et donne l'impression de connaître la personne depuis plusieurs années. Le succès de ce double reportage a permis à la promotion d'être connue, à un âge où la plupart des professionnels en devenir n'intéressent que les recruteurs. Sous l'oeil des caméras, la promotion 86 a donc bénéficié d'un rayonnement sans précédent. La corrélation entre le succès de cette promotion si particulière et la diffusion télévisée de son évolution apparaît dès lors comme évidente. Mais ce qui est sûr, comme le dit la chanson, jamais nous n'oublierons la promo 86.