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Edition 3425 du Samedi 14 Mai 2005

SUPPLEMENT

Evolution de la musique congolaise moderne de 1930 à 1950

Par  Le Potentiel

Parler de la musique congolaise d’avant 1930 est un exercice difficile à soutenir, parce que sans archives et autres documents probants, nous ne serons pas en mesure de situer notre musique au moment de l’urbanisation des cités de Léopoldville et de Brazzaville. A partir de 1930, on pouvait observer ce qui constituait déjà le repère qui permet aujourd’hui de parler de l’émergence du phénomène musical congolais moderne, après des années de balbutiements observés entre 1908 et 1925.

Les années 30 regroupaient des associations qui rassemblaient ses hommes et femmes d’une même contrée et d’une même province, dans le but de recréer dans un environnement urbanisant certaines pratiques villageoises, facteurs de cohésion et une forme de la nouvelle socialité urbaine. Cette décennie voit naître ceux qui vont contribuer à l’épanouissement de la musique congolaise moderne : Honoré Liengo, Jean-Bosco Mwenda, Joseph Kabasele, Goby De La France, Tino Baroza Balozi, Dominique Kuntima, alias Willy Mbembe, Adolphe Gondo, Paul Mwanga, Mathieu-Ferdinand Kouka, Baudouin Mavula, Joseph Mingiedi, Edo Ganga, Pandy Saturnin, Moango Armando Brazzos, Augustin Moniania Roitelet, Jeannot Bombenga, Paul Ebengo alias Dewayon, Alphonse Biolo, Daniel Loubelo alias De La Lune, Roger Izeidi, Charles Mwamba alias Déchaud, José-Philippe Lando Rossignol, Célestin Kouka, Dieudonné Nino Malapet, Jean-Serge Essous, Simon Moke, Sumbukeni Pierre, Simon Lutumba Simaro, Albert Taumani, François Luambo Franco, Max Masengo, Joséphine Bijou Mbouale, Flamy Kiyika, André Lumingu Zorro, Jean Munsi Kwamy, Papa Noël Nedule, Nicolas Kasanda alias Docteur Nico, Casimir Mutshipule, etc.

UTILISATION DES INSTRUMENTS ETRANGERS

Dans les années 30, les groupes musicaux congolais utilisaient déjà les instruments étrangers, qui constituent la panoplie instrumentale de l’époque comme l’accordéon, le patenge, la guitare, la mandoline, le bongo, le piano, etc., importé par le colonisateur et les missionnaires catholiques et protestants. Cela permit à Jean Réal, militaire français d’origine antillaise de monter l’orchestre « Congo Rumba » à Brazzaville. Et réussit à réactiver ce groupe avec des instruments électriques. La même année, Manuel Edouard D’Oliveira, guitariste et chanteur angolais, originaire de San Salvador, au Nord de l’Angola, débute sa carrière musicale à Matadi et s’installe à Léopoldville pour y poursuivre sa carrière. Deux ans plus tard, en 1939, le Français Jean Hourdebise crée à Brazzaville, la « Radio Congolia », l’année même du début dans la musique d’Adou Elenga, coastmen (ghanéen) de mère congolaise de Watsha, dans la province Orientale, qui se lance dans la chanson en tant que chanteur individuel.

Dès cette époque, les musiciens de Léopoldville et de Brazzaville, passent d’une rive à l’autre pour jouer, d’abord dans le sens Brazzaville-Léopoldville, de 1940 en 1960, puis dans le sens contraire vers les années 59, 60, etc. La musique congolaise se nourrit de ces échanges réguliers. La musique à Brazzaville est marquée par Paul Kamba et le guitariste aguerri Camille Mokoko. A Léopoldville, Camille Feruzi, Kalimasi et Petrus sont déjà des accordéonistes chevronnés. En dehors de Paul Kamba et Camille Mokoko, Brazzaville compte aussi des instrumentistes confirmés tels que Albert Loboko, Raymond Nguema, Georges Mozebo, Gabriel Kakou, Batokwa et sa femme Nathalie.

LES ANNEES 1940

La décennie 40 est sans conteste la période de gloire de Paul Kamba et sa Victoria. Il était l’unique vedette, personne ne l’égalait surtout que le magister qu’il exerçait était incontestable. Il n’avait pas de vrai rival. Beaucoup voulaient l’imiter. La décennie 40 marque aussi la naissance de plusieurs musiciens de talent : Sinamoyi Pascal Rochereau Tabu Ley, Joseph Mulamba Mujos, Gérard Madiata, Franklin Boukaka, Michel Boyibanda, Alphonse Mpasi Mermans, Michel Sax, Kiamwangana Verckys, Ange Linaud, Domsis, Francis Bitsoumanou alias Celi Bitsou, Alexis Mayukuta, Paul Ndombe Opetun, Sam Mangwana Jean Rolly Nsita, Max Maxime Mongali alias Idi Mane, Paul Vangu Guvano, Henriette Boranzima alias Miss Bora, Réne Kasanda, Ray Lema, Michel Ngouolali, Empompo Déesse, Gilbert Youlou, Freddy Kebano, Soki Vangu, Sax Matalanza, José Dilu Dilumona, Bopol Mansiamina, Dave Makondele, Josky Kiambukuta, Loko Massengo, etc.

En 1941, un Gabonais nommé Pierre-Marie Siffolt, initie la première dame musicienne et instrumentiste connue, jusqu’ici, Emma Louise Putu Okoko, à la guitare, à l’harmonica et à l’accordéon. En 1943, Bateko dit Maître Taureau crée Victoria Kin, qui n’hésite pas à imiter celui de Paul Kamba. Les années 40 marquent un véritable tournant dans l’évolution, de la musique congolaise moderne. Elle voit l’installation de la « Radio Congolia » à Léopoldville, en créant des postes publics qui fonctionnaient de 18 à 19 heures.

C’est cette radio qui produit pour la première fois la musique congolaise. Elle enregistrait le matin les œuvres des artistes-musiciens congolais qui sont ensuite diffusées le soir. La création de premières maisons d’éditions musicales, « Olympia » en 1946 par M. Patou, un ancien militaire belge. Monsieur Gert, un sujet belge est le chef du studio et le chanteur Manoka Souleymane dit De Saïo, de père sénégalais, Jean-Pierre Mayombe, Adolphe Ngondoko, Paul Mputu sont les premiers musiciens à enregistrer chez Olympia. Olympia était installé un peu avant l’arrivée de Wendo à Léopoldville. Toujours en 1946, M. Janseens, un Belge crée la Société belge du disque, la Sobedi, avec des labels comme Olympia et Novelty. M. Patou est chargé de procéder aux enregistrements de la musique locale pour le compte de la Sobedi. 1947 marque la création des éditions « Ngoma » par le commerçant grec Nicolas Jéronimidis. Souleymane Manoka De Saïo, Camille Feruzi, Georges Edouard, Léon Bukasa, Camille Mokoko, Adou Elenga, François Bosele, Victor Mokoko, Albert Luampasi et Wendo sont les premiers artistes-musiciens individuels s’accompagnant d’un instrument, à avoir enregistré chez Ngoma.

Voyant le développement du secteur musical s’accélérer, l’Etat colonial belge installe des haut-parleurs publics à Léopoldville pour retransmettre les programmes des émissions africaines de Radio Congolia, qui donne naissance grâce à Monsieur Patou qui, à l’aide d’un phonographe, lui permet d’enregistrer et de produire sur des sons pressés, à la première marque de disque en ardoise, disque 78 tours, au Congo. Le premier disque gravé appelle de nouveaux musiciens. C’est alors qu’un jeune Centrafricain de mère congolaise, Zacharie Elenga dit Jhimmy l’Hawaïenne, se lance dans la musique, il est le premier guitariste électrique.

Il est servi au chant par Paul Mwanga, chanteur d’origine angolaise. Il fait partie du groupe Odéon kinois d’Antoine Kasongo. Une année après la sortie du premier disque, on voit la naissance par Nicolas Jéronimidis des éditions Ngoma, seconde maison de disque à Léopoldville, d’où se sont révélées de nombreuses vedettes. Ngoma voit arriver la grande vedette Henry Bowane qui s’exprime magistralement avec Antoine Wendo dans la première version de « Marie-Louise ». Une chanson qui battra tous les records de vente et de célébrité et qui marque aussi fortement la rencontre de Wendo et Bowane qui fut un grand monument de la musique congolaise.

A Brazzaville, Emile Faignond, organisateur, inaugure le dancing bar Faignond à Poto-Poto. En 1949, Jhimmy et Paul Mwanga se constituent en duo « le groupe Jhimmy na Mwanga». Les frères Moussa Benathar donnent naissance aux éditions « Kina ». Ils bénéficient du précieux service technique de M. Patou, promoteur en 1947 des éditions Olympia dissoutes.

Paul Mwanga est en l’honneur, il enregistre le premier disque de cette marque. Il est accompagné par Crispin Loleka à l’accordéon et de Michel Buta à la guitare. A cette époque déjà, la musique congolaise est distribuée au Cameroun par un grec installé à Douala, M. Rosidès, qui vend les produits des éditions Ngoma. Au Cameroun, la musique congolaise fait déjà rage.

Tout le monde danse au rythme de la musique congolaise, qui est propulsée par des commerçants grecs. La fin de la décennie 40 marque aussi la création par Papadimitriou des éditions « Loningisa ». Joseph Kabasele dit Kallé Jeff commence sa carrière musicale chez lui.

ANCIENS DE SAÏO, LES PRECURSEURS

La première génération des musiciens congolais, de la musique dite moderne, les pionniers et précurseurs sont ceux qu’on appelle des anciens De Saio, du nom de l’un d’eux, Souleymane Manoka De Saïio. On peut aussi les appeler les meilleurs, la crème des musiciens congolais, pour emprunter le terme cher du ministre de la Presse et Information, M. Henry Mova Sakanyi. Ce sont ces artistes-musiciens des années 30 et 40, Camille Feruzi, Emmanuel Mayungu D’Oliveira, De Saïo, Adou Elenga, Avambole, Baudouin Mavula, Georges-Edouard Dula, etc. Ils sont considérés comme les ancêtres génétiques de la musique congolaise moderne. Leur musique était considérée comme ingrédient de base de loisir, pour ne pas dire un passe-temps. Ces artistes ont créé les premiers ensembles musicaux avec des courants musicaux étrangers avec des sons de la musique folklorique, des sons afro-cubains qui sont teintés de mélange des rythmes africains, surtout avec l’orchestre « Excelsior », créé par les Popo ou Coastman (ghanéen) en 1940 et les orchestres « Américain », « Odéon », « La Martinique ». Ces coastmen sont pour la plupart descendants d’anciens esclaves. Leur musique était beaucoup attachée aux tam-tams qui rythmaient leur existence quotidienne dans leurs milieux coutumiers et traditionnels.

C’est en ce moment que les Congolais adoptent le rythme étranger, mais ils opèrent des symbioses avec d’autres influences. Ils s’initient au solfège et utilisent des instruments occidentaux dans l’exécution de leurs oeuvres. L’introduction du phonographe amène les Congolais à commencer leurs fêtes par des chansons religieuses, pour terminer avec la boisson et la musique traditionnelle.

LES ANNEES 1950

La décennie suivante, c’est-à-dire, pendant les années 50, la musique congolaise moderne prend forme avec la naissance de premiers orchestres poly instrumentiste, tels que le groupe rythmique Ngoma, monté en 1951 par Nico Jéronimidis, le patron des éditions Ngoma, orchestre doté de toute la gamme des instruments de musique typique et de jazz. Cet ensemble musical est composé des têtes d’affiche de la firme Ngoma qui avait pour objectif de réussir le plus grand nombre d’enregistrements, pour le rayonnement de leur maison d’édition. C’est d’ailleurs dans ce groupe que la contrebasse fut introduite pour la première fois en 1952 dans la musique congolaise.

Les CDJ, les « Compagnons de Joie », deuxième orchestre moderne, crée par Diaboua Marie-Isidore dit Le Lièvre en 1952, à côté des chansonniers ambulants et autres griots. Mais pour paraître, il faut danser le boléro, le tango, le merengue, comme le blanc. Au lieu des interprétations folkloriques et populaires se joignent les compositions des chansons d’amour, ironique, insultante, satirique pour ne pas dire provocateur.

Cette décennie est la plus importante de l’évolution de la musique congolaise moderne sur le plan de la qualitaté, de la mélodie, sur le plan harmonique et rythmique. Elle marque le début de l’ère moderne de notre musique. De nombreux artistes musiciens de qualité arrivent sur la scène musicale, et entrent aussitôt en concurrence avec les pionniers de la musique congolaise. C’est l’explosion musicale qui est aussi liée à la multiplication des éditions musicales, qui suscite de nouvelles vocations. Bill Alexandre introduit la guitare électrique en 1953, à la maison d’édition Comptoir d’Enregistrement du folklore africain, en sigle Cefa. Les années 50 façonnent les caractéristiques fondamentales avec l’émergence de deux écoles musicales qui vont imprimer un élan impétueux à la musique congolaise moderne. C’est la décennie de la modernité marquée par l’arrivée de la guitare électrique à Kinshasa. Il s’agit d’African Jazz, crée en 1953 par Joseph Kabasele, dit Grand Kallé, évolué et ancien chantre de la chorale de l’église catholique, qui évoluait sous la férule de Georges Dula et de Zacharie Elenga dit Jhimmy. Celui-ci produit une musique très stylisée et mesurée, ciselée en oeuvres d’art et l’O.K Jazz, crée en 1956 de François Luambo, dit Franco, contestataire et indiscipliné, issu de la rue, qui produit des œuvres puissantes et quelquefois débridées et de Victor Longomba, dit Vicky, bureaucrate, qui aimait bien le boléro et un style calme et mélodique.

Deux styles, deux écoles, deux façons de jouer la guitare, avec Tino Baroza ou Nico Kasanda et de l’autre côté Franco Luambo, que perpétuent encore aujourd’hui les jeunes artistes-musiciens congolais. Ces orchestres constituent des groupes aux effectifs plus importants, correspondant aussi à la constitution de grands ensembles de l’échiquier musical congolais.

LES ARTISTES ETRANGERS A KINSHASA

Cette décennie voit l’arrivée d’une foule de chanteurs et d’instrumentistes de talent aussi bien à Léopoldville qu’à Brazzaville : Franck Lassan, Adikwa, Kallé Jeff, Edo Ganga, Lando Rossignol, Essous Jean-Serge, Vicky Longomba, Célestin Kouka, Edo-Clary Lutula, Loubelo De La Lune, Guy-Léon Fylla, Nico Kasanda, André Kambite dit Damoiseau, Tino Baroza, Charles Kibonge, Charles Muamba Déchaud, De Soin Bosuma, Jean Lompongo, José Booto, etc. La musique congolaise doit aussi beaucoup à l’apport des artistes-musiciens étrangers dans son façonnement. Pilaeis et John Werk, organistes aux éditions Ngoma, Bill Alexandre, enseignant et guitariste aux éditions Cefa, qui formait et intervenait dans de nombreuses œuvres de Jhimmy l’hawaïenne et de Grand Kallé, Maurice Evan, bassiste belge des éditions Cefa, Gilbert Warnant des éditions Opika, Fud Candrix aux éditions Esengo, Charly Ivora, accordéoniste du CDJ, Boup Ousseni, Tagbor, etc.

Ce sont aussi les étrangers qui sont à l’origine de plusieurs maisons d’éditions ayant permis à notre musique de s’épanouir : « Olympia », créé en 1947 par M. Patou, « Ngoma », créé en 1948 par Nico Jeronimidis, « Kina », créé par les frères Moussa Benathar, belge d’origine juive, qui deviendra en 1950 « Opika », « Loningisa » créé par Papadimitriou en 1950, « Cefa », créé par le belge Bill Alexandre en 1953, « Esengo », créée en 1956 par Dino Antonopoulos, puis viendront les éditions «Gallotone », créé en 1956 par M. Hugh Tracy à Elisabethville au Katanga, « Philips », « Ecodis », etc., dans les années 50. C’est aussi la décennie de premières dislocations et de premières dissidences, avec la première scission d’un orchestre congolais, due à la concurrence des éditions musicales, la scission de Negro Jazz, qui favorisa la création de l’O.K Jazz, du Rock’A Mambo et de Makina Loca en 1956.

Toujours, cette décennie marque la venue des individualités féminines incontestées, qui se révèlent assez rapidement comme des grandes vedettes : Emma Louise Putu Mokoko, Marthe Badibala, Marie Kitoko, Lucie Eyenga, Mpia Caroline, Marcelle Ebibi, Pauline Lisanga, Ninin Jeanne, Esther Sudila, Léonine Mbongo, Anne Mbombo, Albertine Ndaye, Bernadette Sakina, Cathérine Egwolo, Anne Mokosso, Ikambou Louise, Mokoko Véronique, Hélène Buala, etc. Kallé Jeff commence à s’imposer dans l’univers musical de Léopoldville à partir de cette décennie. Franco Luambo prend véritablement l’envol vers la fin des années 50.

Cette période marque la naissance de plusieurs artistes de talents: Diatho Lukoki, Kalama Soul, Bazizila Souza Vangu, Jacques Koyo Chairman, Gerry Dialungana, Benz Bozi Boziana, Kabasele Yampanya dit Pépé Kallé, Dieudonné Mpoyo Mbuta dit Mashakado, Zéphyrin Matima dit Mbuta Matima, André Bimi Ombale, Joseph Nyoka Longo dit Jossart, Espérant Kisangani, Gina Efonge, Evoloko Antoine dit Joker, Claude Nsumbu Lengi Lenga dit Ya Lengos, Pépé Fely Manuaku, Likinga Redo, Elisabeth Finant Abeti Masikini, Guimarès Amador Bipoli, Germain Kanza, Popolipo Zangilu dit Benicko 5/5, Kanda Bongo Man, Agbepa Mumba dit Koffi Olomide, Ben Nyamabo, M’Pongo Love, Mathurine Nzonzi dit Mamhy Claudia, Tshomba Sedjo Kha, Pascal Lokwa Kanza, Damien Aziwa, Tshala Muana, etc.

L’APPORT DE L’INDUSTRIE DU DISQUE

Grâce à l’industrie du disque, plusieurs chanteurs et de bons instrumentistes se révèlent et exercent une influence durable sur les autres, tels que Franck Lassan, excellent chanteur et ténor confirmé, Jean Lopongo, véritable homme-orchestre, qui joue de la trompette, du piston, de la contrebasse, de la batterie et de l’accordéon. L’ambiance, la fraternité et la créativité n’avaient pas de borne durant cette période. Toutes les mondanités sont agrémentées par la présence de la femme, habillée avec élégance. A Léopoldville comme à Brazzaville, les hommes et les femmes créent des associations pour soutenir leurs vedettes. C’est ainsi qu’on avait des clubs comme « les Viveurs », « les Jeunes premiers », « les Diamants », « La Mode », « Milano », « La Violette », « La Rose », « Bana Amida », « Bana l’Ages » (association des gentlemen sélectionnés), « La Pose », etc.

Les maisons d’éditions regroupent les musiciens en écurie, c’est alors qu’on aura le « groupe rythmique Ngoma », des éditions Ngoma, avec D’Oliveira, Camille Feruzi, François Bosele, Antoine Kasongo et tant d’autres. « Bana Opika » de Gabriel Moussa Benathar, avec Jhimmy l’hawaïenne, Paul Mwanga, Déchaud Muamba, Albert Taumani, Tino Baroza, Pierre Ndinga, Kallé Jeff, Georges Dula, Marcellin Laboga, Albert Yamba Yamba, Tanko, Basile, Eboma, etc., Cefa regroupe en son sein Henry Bowane, Roger Izeidi, Marcelle Ebibi, Guy-Léon Fylla, Roitelet Moniania, Armando Brazzos, etc. Henry Bowane forme l’orchestre Lopadi « Loningisa ya Papa Dimitriou », avec Bosuma De Soin, Lando Rossignol et Loubelo De la Lune, quelques temps après il incorpora Franco Luambo et Moango Brazzos dans son équipe. Entre-temps au Katanga, les éditions Gallotone, crées par Hugh Tracy, un Anglais, sortent des disques de musiciens de la ville d’Elisabethville, notamment Losta Abelo, Patrice Ilunga, Edouard Masengo, Kabongo et Jean-Bosco Mwenda.

Cette décennie révèlera vers fin 1959, de bons artistes-musiciens tels que Gérard Madiata, Simon Lutumba, Joseph Mulamba Mujos, Jean Munsi Kwamy et un musicien extraordinaire, le plus grand, le plus renommé Sinamoyi Pascal Tabu Ley dit Rochereau. On note un net progrès dans l’élaboration des textes et de l’orchestration. La musique des années 50 est une musique qui se libère de la musique folklorique et développe sa thématique sur la femme et l’amour et d’autres thèmes. La création des Bantous de la Capitale changera la donnée dans la musique congolaise. A titre illustratif on peut citer des chansons comme : « Chérie Bondowé » de D’Oliveira, « Awalé esika minene » et « Ata ndele » d’Adou Elenga, « Naluli kobina » d’Adikwa, « Kalé Kato » de Joseph Kabasele, « Bakosi liwa ya Wendo » de Wendo, « Joséphine » de Léon Bukasa, « Nzungu te, sani te » et « Tosi toyebi sango na yo » de Maître Taureau, « Liwa liponi tata » de François Bosele, « Bolingo ya La Joie » de Lucie Eyenga, « Aimé wa bolingo » d’Edo Ganga, « Babomi mboka », « Masumbuku » (Lineti) et « O.K Jazz makila mabe » de Franco, « Baila » de Essous Jean-Serge, « Clara Badimuene » de Léon Bukasa, « La belle Lucie Botayi » de Gérard Madiata, « Keliya » de Pascal Rochereau, etc.

Jeannot ne Nzau Diop