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Teda, Toubou, Tubu


Bien connaître les Teda ou Toubou
Définition du mot « Toubou »
Ce mot est d’origine kanouri. Les Kanouri employaient l’expression « Tou boï » pour désigner les Teda dans leur langue, ce qui signifie « l’homme (bou) des rochers (tou) ». Tou est le nom local du Tibesti, ce qui veut dire que les Teda ou Toubou sont les habitants du Tibesti. Au Tibesti, la population locale préfère utiliser Teda au lieu de Toubou, tout comme les Anglais disent German pour désigner les Allemands, alors que les Allemands eux-mêmes utilisent le mot Deutsch. L’origine du nom Toubou signifie donc « qui sont les Teda ».

L’origine du nom Gourane
Ce mot d’origine arabe (chérifien) désigne les populations du Gouro, celles-ci étant constituées de divers clans teda (tede au singulier).
Souvent les auteurs français définissent les Toubou comme étant des Teda-Daza, mais Teda-Daza n’a en fait aucune signification. On dit souvent que les Daza sont des Toubou du Sud et les Teda des Toubou du Nord, mais, comme il n’existe pas de spécialiste des Toubou, les auteurs français utilisent des définitions données par le docteur Nachtigal. Celui-ci avait trouvé le nom du clan teda vivant au Borkou. Cet espion envoyé par Bismarck, condamné à mort le jour même de son arrivée au Tibesti, arrêté et fait prisonnier, s’est enfui avec la complicité d’un Tede. De retour en Allemagne, il a publié un livre, Sahara et Soudan, dans lequel il dit que les Toubou sont des Teda-Daza. Cette définition est fausse. Depuis l’occupation française de 1929 à 1965, les Français utilisaient cette définition, mais ils ont inventé d’autres populations qui vivent dans le Sahel, qu’ils ont nommées Toubou, alors qu’il n’y a pas de Toubou au Sahel. Le mot Daza (Dazi au singulier) était un nom utilisé par des Teda du Tou (ou Tibesti) pour désigner des Teda qui vivent dans le Borkou, et qui sont des Annakaza, des Doumoza et des Kocorda, tous étant des clans teda immigrés en dehors du « cercle de Tou » (actuel Tibesti). Souvent des auteurs français font l’amalgame entre différents clans. Par exemple certaines populations que les Français appellent Daza au Niger ne sont pas des Toubou, car le gouvernement français utilisait les mots Toubou et Toubochi pour désigner les Teda pendant le conflit entre les FAP (Forces armées populaires) et les FAN (Forces armées du Nord). Les auteurs français disent que Goukoni Weddeï est toubou et que Hisseine Habré est gourane, ou disent encore que Goukoni Weddeï est teda et que Hisseine Habré de clans anakaza. La seule différence entre Goukoni et Hisseine est que le premier est du clan toumagra (Teda de Tou), et que le second est du clan annakaza (Teda enneri borkou). Ils sont tous deux de clans teda. Annakaza signifie « union des gens », mélange de personnes d’origines différentes, de clans teda immigrés dans le sud du Tibesti vers le xive siècle. On trouve des personnes originaires des clans houctia et toumagra et odowea, etc. Goukoni Weddeï est du clan toumagra Teda broin, plus connu sous le nom de guesebida. Beaucoup de Teda ont immigré en dehors du « cercle de Tou », le fief de tous les Teda. Il faut savoir que, avant l’arrivée au Tibesti de Habrémi (Hisseine Habré), baptisé « dougoli Tou » (Lion du Tibesti) par les Toubou, les Teda pro-gouvernementaux de l’époque et les Teda rebelles dirigés par Goukoni Weddeï s’entre-tuaient. C’est grâce à dougoli que l’union Teda est devenue forte comme à l’époque du Derdé Dounama.

La culture teda
  La musique
Les Teda pratiquent plusieurs sortes d’instruments, des instruments à cordes ainsi que des flûtes et des tambours.
Les tambours : il en existe de deux sortes, un connu sous le nom de naang-anra, et un autre sous le nom de kidi.
Le naang-anra est frappé par des hommes, jamais par des femmes ; les femmes chantent, dansent seules ou avec les hommes. Il existe deux sortes de naang-anras, le naang-anra soussoma et le naang-anra dugudale. Le premier est grand, on le pose par terre et on en joue à deux personnes, l’une frappant dans un style simple et continu, et l’autre frappant selon plusieurs formes de styles pour créer une mélodie. Le second est constitué de deux naang-anras, un grand et un petit, le grand étant attaché au tronc d’un arbre, et le petit tenu dans la main. Le grand est frappé par plusieurs personnes, le petit par une seule personne.
Le kidi est un tambour réservé aux griots ou doudy, les non-griots n’ayant pas le droit de le toucher. Les griots frappent et chantent en composant des mélodies, souvent de plusieurs griots. Les femmes et les hommes non-griots forment un cercle, se tiennent par la main et dansent ensemble sur les mélodies de danse nommées bassabassa, teteler et tcholou.

Les instruments à cordes : il en existe deux formes, le kiloli et le kiki.
Le kiloli est une sorte de guitare à deux cordes, mais le kiloli ancien, appelé kololi-ting, possède trois cordes. Le kiloli est un instrument dont les Teda jouent sans chanter, parfois pour les guerriers. Le kiloli est joué par une personne, les autres écoutent et, après chaque morceau, font des commentaires sur le morceau, puis c’est au tour d’une autre personne d’en jouer.
Le kiki est une sorte de violon à une corde, dont les Teda jouent sans chanter. Il est joué par une personne, mais souvent celle-ci prononce quelques mots pour guider ses amis spectateurs. C’est un violon utilisé dans les petites soirées entre amis.

L’egaïdeymi est une cornemuse Teda fabriquée avec du cuir de chèvre, mais qui n’a rien à voir avec la cornemuse écossaise.

La flûte et la clarinette
Il existe plusieurs sortes de flûtes : l’orloko est un tuyau long de 50 à 60 cm, qui existe depuis l’Antiquité. La tokoï est une petite flûte à deux tuyaux de 30 cm. L’orloko et la tokoï sont d’origine purement Teda.

 

Les chants
Les chansons ont une valeur très importante dans la société teda. Il existe plusieurs sortes de chansons, parmi lesquelles hemi, kedey, naang-anras owou debana, soussoma, toutes chantées par des femmes. Il existe aussi des chansons chantées par des hommes, par exemple le dobana tirkia et le dobana gorsoa.
Hemi est une chanson que les femmes teda chantent seulement pendant les cérémonies de mariage ou de fiançailles. Elles font un cercle et les paroles sont chantées pour souhaiter le bonheur dans le couple, puis dans le cercle une femme danse.
Kedey est une chanson que les femmes teda chantent seulement pour la cérémonie de circoncision, en faisant un cercle, en chantant et en tapant dans leurs mains.
Naang-anras owou debana est une chanson réservée aux femmes, surtout aux femmes divorcées. Elles chantent avec le naang-anra (naang-anra est le tambour frappé par des hommes et owou désigne une femme divorcée).
Dobana tirkia est un chant de selle, une chanson que chantent les hommes lorsqu’ils montent un chameau pour voyager, souvent par des gens voyageant seuls. Ces chansons parlent souvent de la nature et des femmes.
Dobana gorsoa est un chant de guerre, une chanson que les hommes entonnent pour aller combattre un ennemi étranger ou lors d’une expédition militaire.

La poésie
La poésie porte le nom de mimi. Elle n’est pas écrite et devient souvent chanson.

Les sports
Les Teda pratiquent plusieurs sortes de sports : goloubo, howoya et soulore.
Goloubo est une course de chameaux, un sport très dangereux souvent pratiqué pendant les fêtes. La course se fait par groupes de 15 dans chaque composition. C’était le sport des guerriers dans le passé. Le vêtement du chameau joue un rôle très important.
Howoya est une sorte de duel mettant en jeu une personne face à une autre ou un groupe face à un autre. Il consiste à mettre la main sur la jambe gauche et à sauter pour garder l’équilibre au combat. Celui qui tombe a perdu.
Soulo ou soulore est un sport mixte, qui se joue entre filles et garçons, il es proche rugby une sorte de rugby à la manière teda. Les règles ne sont pas celles du rugby international. Ce sport existait déjà à l’époque antique, il est né à l’époque de Taharké. Il ne se pratique que la nuit.

La cuisine teda

La cuisine du Tibesti est très diversifiée car les Teda mangent beaucoup de crêpes et de galettes. Il existe plusieurs variétés de crêpes teda (« fodack ») et de galettes teda (« dogo »). Le wassou se présente comme une graine (semoule de la taille d’un grain de riz) à base de blé ou de maïs. Le tibi est à base de céréales, un mélange de blé et de mil mangé avec du lait. Tous ces produits sont des aliments traditionnels des Teda, qui en mangent plusieurs fois par jour. Les crêpes sont accompagnées de viande sèche. Les Teda ne mangent pas beaucoup de viande, sauf la viande séchée avec du sel, car ils pensent qu’en manger beaucoup provoque des maladies. Au Tibesti, on mange la viande uniquement pour les grandes occasions.
Le petit déjeuner : selon les coutumes, le petit déjeuner est toujours à base de dogassobou, qui est fait uniquement de graines de sobou, un palmier doum, et parfois de dogatiné, des galettes faites avec des dattes, accompagnées de lait de chamelle ou de chèvre. Le holi est une boisson au goût très sucré, à base de lait mélangé à du blé et du miel ou des dattes.
Dans la journée, vers 10 heures, les Teda mangent des dattes séchées.
Déjeuner et dîner : il n’existe pas d’obligation alimentaire pour le déjeuner, la majorité des Teda consomment du wassou, mangé avec une soupe aux légumes, ou du « fodack », des crêpes pour le déjeuner très diversifiées : il existe plusieurs sortes de fodack et de wassou.
Alahar : « environ 1 heure avant le coucher du soleil », les Teda mangent des abourou, un mélange de dattes et d’abour, un fruit vert indéterminé au goût amer qui est le symbole des Teda. Ils mangent chaque jour une nourriture typiquement teda comme le wassou, le fodack, le dogassobou.


Dazi est un nom de personne. Par exemple Dazi Togoï est un héros tede mort au combat contre les Ottomans, qui ont tenté d’entrer au Tibesti pendant l’été 1805, et c’est grâce à lui que les Teda ont obtenu la victoire.