Bienvenue à Zouar et sa région!  
  
 
 
 
 

 
 
Présentation

La ville de Zouar est située dans le Sahara oriental, à l’extrême nord du Tchad, en Afrique. C’est la ville symbole de tous les Toubou. Selon une légende teda ou toubou, Zouar est la ville protectrice du clan des Toumagra. C’est la capitale du Derdé depuis l’Antiquité, choisie par le Derdé Tohorti Tezermi pour être le centre de l’empire des Toubou. Elle remplaçait à l’époque la capitale Tezerbou, à environ 390 km au nord-est de Tezer (ou Koufra), dans l’actuelle Libye. Zouar est située dans une vallée rocheuse encadrée par deux entrées : l’entrée nord appelée Zouarko et l’entrée du sud appelée Sainzigi.
La ville de Zouar et le sud-ouest du Tibesti sont sous la souveraineté de la famille du prince Woné Arami, depuis 1690 Après JC.

Les quartiers de Zouar
Les quartiers de Zouar sont éloignés les uns des autres. Le centre s’appelle le Tougui ; entre lui et certains quartiers, la distance peut avoisiner 3 à 20 km.
Les quartiers sont :
– Momore, Zouïré, Michére, Zouarké, Orougouri, Dordou, Taou, Gui, Bedourou, Aroune, Oloo, Gonigue, Moursou, Kaanée, Toussoura, Ormogué, Kobourtchi, Kougou, Wanaka, Kazondogué, Chichi, Souroud, Kayouga, Kilitigui, Loguodé, Nossome, Oré, Youour, Tchodi, Sanzigui, Logodé, Oone.
Les grands villages environnant Zouar sont riches en palmiers, dattiers, palmiers doum et arbres fruitiers, leurs terres cultivables sont :
– Moussoe, Tigahane, Gobone, Doubousssour, Kayougué.
Les pâturages sont les suivants :
– Sarada, Dordodowouni, Youwo, Momor, Sooungha, Sabka, Brichi, Dorsou, Tarsou.

Le climat
Le climat du Tibesti a son originalité. Le cycle saisonnier comporte un hiver froid (de novembre à février), un printemps tiède et éphémère, un été chaud (de début mai à septembre) et un bel automne (en octobre-novembre).
En hiver, la température descend jusqu’à 0 °C, parfois même jusqu'à –19 °C dans la région du Tarsou. En été, elle peut atteindre +44 °C à Zouar.

Histoire de Zouar
Les peintures et gravures rupestres de Zouar et du Tibesti témoignent d’une civilisation ancienne remontant à 30 000 ans av. J.-C.
– À partir de l’Antiquité, Zouar devient vallée sacrée pour sa population. À la même période, elle devient capitale du Derdé.
– Vers 400 après J.-C., surgit le conflit entre les Gona et les Toumagra, ces deux clans descendant directement du Derdé Taharké. Le conflit se résout en faveur du clan toumagra, qui choisit Zouar comme fief pendant que le clan gona s’installe à Zala (actuel sud de la Libye).
– 1550-1590 : après la mort du Derdé Moli a Zouar, le royaume est partagé entre ses trois fils, Arami, Erdy et Lay, un partage du pouvoir qui est toujours d’actualité.
– En 1560 a lieu le premier contact entre les Toubou et l’Empire ottoman.
– En 1650 le Derdé Arami et le roi touareg signent le traité de paix et de reconnaissance des territoires.
– En 1690, quand le Derdé Kosso Arami crée le Maïna de Zouar (en français « principauté de Zouar »), il nomme son petit frère Woné gouverneur à vie et instaure le droit de succession de père en fils, avec pour but de défendre Zouar contre les usurpateurs. Il s’agissait d’une mesure stratégique contre le prince Moussa Molomi (appartenant au clan gona), qui voulait conquérir Zouar. Juste après cette mesure, le Derdé Arami perdit la vie pendant la guerre contre l’Empire ottoman, qui avait comme complices les princes gona. Mais grâce à l’organisation que le Derdé avait imposée – la création du Maïna de Zouar –, la majorité des Gonas furent chassés du Tibesti.
   Maïna
Les Maïna (Maïna en pluriel, Maï au singulier) sont des princes gouverneurs descendant des anciens Derdé de Derdé (Derdé Naga). Ils jouent le rôle de gouverneur sur leur territoire, leur succession se faisant de père en fils. Ils ont été abolis par le Derdé Oumé Kelémi vers 1080 apr. J.-C., et rétablis par le DerdéArami, ce dernier nomma son frère Woné Maï de Zouar et du sud-ouest du Tibesti, incluant les Tarsou et les Goubone.
Les Maïna de Zouar et du sud-ouest du Tibesti :
Woné, né le deuxième mois de l’hiver 1630 (1706-1720).
Sougomé, né l’été 1690 (1720-1785).
Tchenimé, né l’été 1760 (1785-1850).
Togoï Tchénimémi (1851-1856) laisse la place à son petit frère Getty et devient conseiller du Derdé puis Derdé lui-même de 1876 à 1888.
Getty, né l’été 1835 (1856-1927 ou 1929).
Aliha (1929-1938).
Elie, né vers janvier 1880 (1938-1956).
Jomode (1956-1999). Depuis 1970, Issa Aliha était représentant par intérim et était détesté par la population de Zouar. En 1994, Jomode a désigné son petit-fils, fils de Mahouma Jomode, Jomode DobyMi (Mi ou My mot signifiant « fils de »).

Le Maï Getty Tchénimémi (1835-1927 ou 1929)
Le Maï Getty est de la dynastie arami. Mieux aimé de la population, il succède à son père à l’âge de 21 ans, car son grand frère Togoï ne voulait pas être Maï de Zouar et du sud-ouest du Tou (ou Tibesti), parce qu’il ne pouvait cumuler deux pouvoirs (le descendant du Woné a le droit d’être Derdé et Maïné à la fois). Mais Togoï était soutenu par la majorité du Toumagra, cette règle étant fixée par les Toumagra eux-mêmes. Quand Getty a succédé à son père, après plusieurs années, il devint conseiller de son frère (DerdéTogoï) et, après la disparition de son frère, il créa la confédération des Toubou à travers l'Assemblée traditionnelle composée des 38 chefs de clan plus des clans du Borkou, dont les Annakaza. Getty joua un rôle important dans le rapprochement entre l’Empire ottoman et l’Empire teda. Pendant l’été 1890, Getty conclut un pacte avec l'Empire ottoman, accompagné d’un échange de représentants des deux parties. Il envoya son filsAliha comme représentant du Maï à Mourzouque en 1891, premier représentant dans l’Empire ottoman. Un dénommé Ahmat Bali vint au Tibesti avec deux architectes, et les représentants ottomans donnèrent au Getty 1 321 armes à feu. Lors du confit entre le Derdé Chahaï et le Maï Getty, ce représentant de l’Empire ottoman joua le rôle d’intermédiaire pour leur faire respecter le rôle du Derdé et les droits du Maï de Zouar, qui existaient depuis plus de quatre siècles. Le conflit entre le Derdé et le Maï ne s’arrêta pas là. Après que le Derdé eut fait alliance avec la confrérie sounissie (ou sénoussie), il autorisa les sounissites à ouvrir une zaouïa à Gouro, ce qui ne dérangea pas le Maï dans ses relations avec l’Empire ottoman, la concurrence restant présente entre le Derdé et le Maï, et chacun connaissant son rôle. En 1895, Getty créa une nouvelle doctrine qui donnait aux personnes issues de l’esclavage (Kamaja) le droit de se marier avec une Tede (singulier de Teda), une sorte de deuxième abolition de l’esclavage, celui-ci ayant été aboli depuis 1790, mais pas très efficacement. Auparavant, un esclave n’avait pas le droit de se marier avec une Tede, mais avait le droit de participer aux expéditions militaires. La politique du Getty a changé les mentalités de la majorité des Teda, beaucoup de Kamaja étant devenus les égaux des Teda, il a donné aussi à certains esclaves qui le réclamaient la fierté d’être des Teda.
Durant l’hiver 1913, Getty envoya son fils à Boulma pour conclure un pacte avec l’armée française, dans lequel il acceptait l’installation des troupes françaises à Zouar. Il envoya son fils Erzaï comme représentant du Maï à Boulma, mais le pacte ne fut pas respecté par les Français qui envahirent Bordo (Bardaï), alors sous l’autorité du Derdé. Après que les Français eurent occupé Bordo, le Derdé Chahaï s’exila à Tezair. Getty se sentant trahi par les Français lança une attaque contre leurs troupes, aidé de proches du Derdé. Après plusieurs attaques, les Français quittèrent le Tibesti pendant l’été 1916. Après sa mort en mars 1927 (à Yo), Getty devint un symbole de la liberté et de la résistance. Getty est la fierté de tous les Teda, sa tombe est devenue pour eux un lieu de pèlerinage, qu’on appelle Borkodi, ce qui signifie le Béni.

– En 1780, il y eut une attaque lancée par le Derdé de l’époque contre l’empereur ottoman ; suite à cette confrontation, on enregistra presque 60 % de pertes dans la population. Dans la période qui a suivi, les Toubou vivant à l’étranger se sont vus obligés de revenir dans leur territoire natal à cause des menaces de l’Empire ottoman. Des « répliques » arrivèrent de la part du Tibesti, qui arrêtèrent le commerce caravanier, important pour l’économie ottomane.
– En 1805, le Tibesti réussit à arrêter la conquête militaire du pacha de Tripoli.
– En 1820, un deuxième traité de paix fut signé entre le Derdé et le roi touareg.
– À partir de l’année 1890, le Tibesti fut divisé en deux parties, la partie nord-est contrôlée par le Derdé Chahaï, et la partie sud-ouest contrôlée par le Maï Getty.

Envoyé du prince Otto von Bismarck
En 1860, Bismarck, conseillé par Molkomi, envoie au Tibesti son meilleur espion et en même temps son meilleur médecin, le docteur Nachtigal. Depuis la victoire des Teda sur l’Empire ottoman vers 1805 à Dozomion, à environ 200 km au nord de Zouar, les Teda ont porté la victoire même si plus de 60 % des Teda y ont perdu la vie. La victoire des Teda contre le pacha de Tripoli a créé une fascination de la part de l’élite ottomane ; pour cette raison, Molkomi, ancien conseiller du sultan des Ottomans, est passionné par le Tibesti.
Depuis l’Antiquité, les Teda vivent à Taïrzerbou, où ils ont créé vers 300 après J.-C. une zone refuge, le « cercle de Tou », le berceau des Teda (l’actuel Tibesti), contre un ennemi plus puissant qu’eux. Aucun étranger ne pouvait y pénétrer sans autorisation : ils furent plusieurs à le tenter mais aucun n’en ressortit vivant. Le docteur Nachtigal fait partie des premiers Occidentaux à être entré dans le « cercle de Tou » et à en être sorti vivant. En 1869, le docteur Nachtigal sollicite l’aide du Wali de Mourzouque. Ce dernier lui propose de se mettre en contact avec Birsa, un Teda vivant à Mourzouque et petit frère du représentant du Derdé à Mourzouque. De son côté, Nachtigal s’entretient avec Birsa et explique le but de son voyage : voir le Derdé pour lui remettre une lettre de son roi. La proposition est acceptée par Birsa, en contrepartie de quoi Nachtigal paiera les frais du voyage.
Avant l’arrivée de l’espion allemand, le « docteur Nachtigal », ce sont un Américain et deux missionnaires qui sont parvenus au Tibesti, mais ils ont été arrêtés par Yorbou, un guerrier Tedé(un Toubou), et exécutés à côté d’un tehi(Acacia tibestiana). Avant de mourir, ils disaient « America America sorry », à la suite de quoi l’endroit fut baptisé Tehi Americaina. Nachtigal n’est donc pas le premier Occidental à être entré au Tibesti, il est le quatrième. D’après nos recherches, sa mission était d’espionner le Tibesti et de fournir autant de renseignements que possible. Le Maï de Zouar en ayant été informé par les neveux du Wali de Mourzouque, c’est pour cela qu’il voulait la mort de Nachtigal.

Le médecin allemand est ainsi le premier Occidental à venir à Zouar, la capitale politique du Tibesti, et le quatrième qui y soit parvenu. Les autres Occidentaux n’ont jamais pu aller à Zouar, car ils n’avaient pas l’autorisation d’y entrer sous le règne de Tohorti Wahlmi (1823-1876). Nachtigal est condamné par l’Assemblée traditionnelle à la peine capitale pour espionnage ; il fait appel auprès du Conseil des Maïna, mais l’appel est rejeté. Il est sauvé par le Maïné, ou prince Arami Tetimi, qui le protège et l’héberge à Yigatchi, au fond de Doudué dans la vallée de Bardaï. Après son retour en Allemagne, il publie le livre Sahara et Soudan. Sans l’aide d’Arami qui l’a protégé à la demande de Birsa, Nachtigal n’aurait jamais été sauvé.

En 1885, Getty Ier (1835-1927 ou 1929) crée la confédération des Teda ou Toubou à travers l'Assemblée traditionnelle composée des 38 chefs de clan, dont les clans annakaza et koukorda. En 1890, Getty Ier signe un traité avec l’Empire ottoman. C’est encore lui qui, en 1895, durcit les peines applicables à ceux qui se rendent coupables de razzias – piratage des caravanes étrangères – et d’esclavage (pratique hors la loi depuis 1750). Toutefois on continuera à ne pas punir les razzias contre les caravanes de l’armée française jusqu’en 1960.
– Le 10 décembre 1913, une partie du Tibesti est occupée par l’armée française, qui est vite chassée par les guerriers de Getty.
– Après la mort de Getty, en 1930, la région de Zouar est occupée par l’armée française, et c’est à partir de 1940 que le Tibesti devient partie intégrante des colonies françaises, sans être pour autant dépendant de l’administration française.
– En 1936, le fils de Getty, Elie, signe un accord avec les Italiens de Libye pour lutter contre les Français. Cet accord est vite « rompu », les Italiens ayant trahi, ce qui oblige Elie de Zouar à conclure un pacte avec l’armée française. En mars 1941, c’est la victoire de Leclerc à Koufra grâce au soutien financier du Maï de Zouar (Elie). Elie a fait don à l’État français de 9 chameaux plus 40 chameaux en crédit vente, non encore payés à ce jour, et des guerriers guides ont joué un rôle important dans la première victoire de l’armée du général de Gaulle sous le commandement de Leclerc.
– En 1947, début de la résistance contre la présence de l’armée française, dirigée par les fils du Derdé et Elie Getty mi suite à leur intervention en faveur de Weddey Kihidémi pour la succession du Derdé.
– En 1965, occupation du Tibesti par l’armée tchadienne, la résistance est contenue comme avant.
En 1968, intervention militaire française à la demande du président tchadien contre la rébellion. 25 rebelles morts, 121 Toubou massacrés à Zouar, Gobone, Mousso et Yo.

 

 
 

Image 1
La porte de Zouar, "Zouarko"

Image 2
Vallée de Zouar, "Kichi Zouar"