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Serge Ravanel (1920-2009)

Serge Ravanel, un des figures de la Résistance vient de disparaître
http://aeri-resistance.com/html/actu.php
http://tinyurl.com/df2vxe
http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/35.html

Il a publié en 1995 L’Esprit de la Résistance
http://histoireresistance31.free.fr/espritderesistance.html

Témoignage sur l’INA (payant, sauf les 10 premières minutes)
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CPD02000137

Emmanuel l’avait reçu dans La Fabrique le 19 mars 2007

La dépêche rappelle la blessure provoquée par le " jugement cinglant et injuste "
du général de Gaulle à Toulouse le 16 septembre 1944
http://tinyurl.com/c4t46k

Voir ou revoir "Français si vous saviez" de Harris et Sédouy,
il raconte son entrée en résistance, ,la libération de Toulouse, 
la présentation de ses compagnons à de Gaulle
et la réponse de celui-ci : "vous avez fait votre devoir, maintenant, rentrez chez vous". (source CR)


rediffusion d'émissions de 1993 dans A Voix Nue, en mai 2009

http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090511.ram

http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090512.ram

http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090513.ram

http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090514.ram

http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090515.ram

ou en rstp : 
rtsp://streaming.od.tv-radio.com/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090511.rm

rtsp://streaming.od.tv-radio.com/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090512.rm

rtsp://streaming.od.tv-radio.com/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090513.rm

rtsp://streaming.od.tv-radio.com/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090514.rm

rtsp://streaming.od.tv-radio.com/france_culture/AVOIXNUE/AVOIXNUE20090515.rm


Serge Ravanel - Le Monde 3 mai 2009

Il était une des dernières grandes figures vivantes de la Résistance intérieure à l'occupant allemand, pendant la deuxième guerre mondiale, après en avoir été, à 24 ans, le plus jeune colonel. Compagnon de la Libération, grand officier de la Légion d'honneur, croix de guerre avec palme, décoré de la Bronze Star Medal américaine, Serge Asher, dit Ravanel, est mort lundi 27 avril, à l'hôpital militaire parisien du Val-de-Grâce. Il avait 88 ans.

Serge Asher est né le 12 mai 1920 à Paris. Sa mère, qui avait participé au mouvement d'indépendance en Tchécoslovaquie avant de s'installer en France, était commissionnaire en haute couture. Elève brillant, il intègre l'Ecole polytechnique en septembre 1939, après avoir fait sa scolarité au lycée Louis-le Grand. Il est affecté le 1er avril à l'Ecole d'officiers d'artillerie de Fontainebleau. Il devait rejoindre le front en octobre, comme sous-lieutenant, mais l'effondrement de l'armée française en mai 1940 et l'armistice du 22 juin 1940 l'empêchèrent de connaître l'épreuve du feu.

L'élève officier s'engage alors dans les Chantiers de jeunesse : il espère qu'ils constitueront la base de la renaissance de l'armée française. Dans ses Mémoires, L'Esprit de résistance (Seuil, 1995), il se souviendra qu'il lui était alors impossible de douter du Maréchal : " A l'époque je suis attaché à la fois à de Gaulle et à Pétain. J'imagine Pétain contraint d'assumer sous la pression des ordres qu'il désapprouve (...) Dans mon esprit, Pétain ruse avec l'ennemi. " En novembre 1940, il reçoit l'ordre de regagner l'Ecole polytechnique, repliée à Lyon, en zone sud.

En avril 1941, alors qu'il se préparait à partir au Portugal pour gagner Londres, il rencontre le général Cochet, qui le fait entrer en résistance. Serge Asher se choisit un pseudonyme, qu'il ne quittera plus : désormais, il est Ravanel, en hommage à deux célèbres guides de haute montagne de Chamonix, Joseph et Jean Ravanel. En juin 1942, une fois terminée sa scolarité, il se voit proposer par Jacques Brunschwig d'entrer dans le mouvement de résistance Libération Sud, dont il devient vite un des permanents.

Le 5 novembre, il est arrêté à Marseille ; mais il parvient à s'échapper dès le lendemain, grâce à des policiers français qui facilitent son évasion. Puis il est victime d'un coup de filet de grande ampleur, le 12 mars 1943 : une vingtaine de résistants lyonnais sont arrêtés. Cette fois-ci, il s'échappe avec d'autres prisonniers, de l'hôpital de l'Antiquaille, où il s'était fait admettre en simulant une maladie. Le 12 juin, il est nommé chef national des groupes francs par la direction des mouvements unis de la Résistance (MUR), regroupant les trois principaux groupes de zone sud, Combat, Franc-Tireur et Libération.

A ce titre, on lui demande de faire évader Jean Moulin, arrêté à Caluire, le 21 juin. Mais les groupes francs n'ont pas le temps de mettre sur pied une opération de libération. En revanche, le 21 octobre, ils réussissent à faire évader un autre des prisonniers de Caluire, Raymond Aubrac. Entre-temps, Ravanel aura été arrêté une troisième fois, le 19 octobre, près de Meximieux, dans l'Ain. Il s'échappe en sautant d'une fenêtre, et plonge dans l'Ain, en pleine nuit.

AMERTUME

Nommé chef des corps francs de libération le 1er avril 1944, Serge Ravanel se rend à Toulouse pour nommer un nouveau responsable régional. Comme personne ne fait l'unanimité, il se propose d'occuper le poste, à titre provisoire. Sa candidature est retenue. Le 6 juin 1944, le général Koenig le nomme colonel des Forces françaises de l'intérieur (FFI). Il a à peine 24 ans. C'est donc à lui que revient d'organiser la libération de la région, en coordonnant l'action de groupes très divers. Il a sous ses ordres le chef des FFI de Haute-Garonne : le philosophe et historien Jean-Pierre Vernant (1914-2007).

Après le débarquement allié en Provence, le 15 août 1944, les forces allemandes s'efforcent d'évacuer la région de Toulouse, de peur d'être encerclées. Le 19 août, les FFI entrent dans Toulouse. Les unités tuent un millier de soldats allemands et font 13 000 prisonniers.

Les premiers temps de la libération de la ville sont houleux. Ravanel appelle des troupes de francs-tireurs et partisans (FTP) d'Ariège et du Lot pour rétablir l'ordre. " Cet afflux d'éléments communistes vers la ville inquiète de Gaulle, qui craignait la création d'une "république rouge" dans la région. Les services de renseignement voyaient Ravanel comme un jouet du PCF ", souligne l'historien toulousain Michel Goubet. Le 16 septembre, de Gaulle se rend à Toulouse et traite sans ménagement les chefs de la résistance locale, accusés d'avoir pris des initiatives regrettables. Pierre Bertaux est nommé commissaire de la République : la brutalité de la reprise en main blesse profondément Serge Ravanel, qui racontait encore, plusieurs décennies après l'épisode, comment de Gaulle lui fit retirer la croix de l'Ordre de la libération qu'il portait, récompense qui lui avait été attribuée de façon non officielle.

Grièvement blessé dans un accident de moto à Paris, à la fin de septembre 1944, il quitte son commandement. A la fin de la guerre, il est nommé chef de bataillon, puis diplômé d'état-major. Il quitte l'armée en 1950 : ingénieur d'électronique, il crée plusieurs sociétés et travaille comme consultant.

Il revient dans la vie publique en 1981, comme membre du cabinet du ministre de la recherche, Jean-Pierre Chevènement. Il figura d'ailleurs sur la liste conduite par celui-ci aux élections européennes de 1994. Serge Ravanel consacra la fin de sa vie à défendre la mémoire de la Résistance, prenant notamment la défense de Raymond Aubrac, en 1997, lorsqu'un livre accusa ce dernier d'avoir été la cause de l'arrestation de Jean Moulin. Il est également à l'origine de la fondation l'Association pour les études sur la résistance intérieure (AERI).

Les honneurs militaires lui seront rendus mardi 5 mai à Paris, aux Invalides. Des 1 038 compagnons de la Libération, il ne reste plus que 51 survivants.

Jérôme Gautheret - Le Monde, carnet 3 mai 2009