A Certain Magical Index : Parle à ma main

Lancée en grande pompe lors de Japan Expo avec stand et sac dédiés, A Certain Magical Index est la dernière acquisition des éditions Ki-oon, adaptation d'une série de romans extrêmement populaires sur le sol japonais. Au programme : science, magie, religion et distribution de gnons dans un univers à la croisée de nombreuses références.

Une image classeIllustration du light novel original, par Haimura Kiyotaka ©ASCII Media Works

A Certain Magical Index (nom japonais To Aru Majutsu no Index) a pour héros Tôma. Ce jeune adolescent est élève dans une ville-école proche de Tôkyô, nommée la "Cité Académique", où tous ses habitants sont soit professeurs, soit élèves. La majorité d'entre eux est dotée de pouvoirs surnaturels, souvent obtenus à l'aide d'expériences scientifiques. Mais hélas pour lui, Tôma est un "niveau 0", c'est-à-dire un élève quasiment dénué de pouvoirs, à l'exception d'un seul : son bras droit semble annuler tous les phénomènes surnaturels avec lequel il entre en contact.

Pour cet élève un brin malchanceux, c'est le début des vacances d'été et il compte bien en profiter malgré les classes d'été qui lui ont été imposées à cause de ses notes lamentables. C'est alors qu'il retrouve sur son balcon une jeune nonne à l'aspect enfantin qui se présente sous le nom d'Index et qui proclame détenir 103 000 grimoires interdits par l'église chrétienne. Il va vite se rendre compte que certaines personnes veulent s'attaquer à elle... et comme c'est un bon gars, il va essayer de la défendre contre toutes ces menaces !

DiscussionsDis-moi ton pouvoir, je te dirais le mien ! © Kazuma Kamachi / ASCII MEDIA WORKS
© Chuya Kogino / SQUARE ENIX CO., LD.

Si l'on peut dire une chose de l'univers de A Certain Magical Index, c'est qu'il est extrêmement... riche. L'écrivain du roman original, Kazuma Kamachi, s'amuse ainsi à faire cohabiter dans son monde des notions scientifiques, des références religieuses, de la magie et même des créatures surnaturelles comme les vampires, le tout dans une cité-école qui peut faire penser à un Poudlard scientifique et beaucoup moins barré. C'est un contexte relativement original dans le monde du manga, même si ici la profusion de références diverses et variées peut parfois donner l'impression d'un grand gloubi boulga du fantastique et de la science-fiction.

DiscussionsLa fin classique d'un combat dans l'univers d'Index
© Kazuma Kamachi / ASCII MEDIA WORKS
© Chuya Kogino / SQUARE ENIX CO., LD.

Ce qui fait qu'on a parfois le sentiment d'avoir affaire à une fanfiction ou à une œuvre écrite par un adolescent enthousiaste aux idées débordantes. Se défaire de cette impression n'est pas aidé par les personnages et tout particulièrement le héros, Tôma, qui est clairement ce qu'on pourrait définir par le terme technique de "Mary Sue." Comprenez par là un personnage extrêmement idéalisé, qui suinte la perfection et les bons sentiments par tous les pores, qui a toujours raison, qui n'échoue jamais, qui peut régler en une heure des problèmes jugés insolubles par les plus grands experts et qui se trouve inexplicablement au centre de tous les enjeux. Dès le second tome, difficile de ne pas déjà en avoir marre de ce héros décidément trop unilatéral pour mériter notre affection. Il remporte tous les combats sur des stratégies parfois douteuses, ses raisonnements ne tiennent que rarement la route mais sont toujours présentés - parfois de manière incohérente - comme des bonnes idées, il n'est ni spécialement charismatique ni très malin, la totalité de ses "réussites" tiennent soit à un coup de pot scénaristique soit à l'intervention d'un deus ex machina... Il y a là une grossière erreur de casting !

Mais il n'y a pas que le héros qui soit spécialement mal écrit : on peut aussi parler des deux antagonistes de ces deux premiers tomes, Styl et Kaori. On est presque habitués maintenant à voir dans les mangas des personnages tenter de tuer le héros puis ensuite devenir ses meilleurs potes et faire comme si la tentative d'assassinat n'avait jamais existé au préalable. C'est même une récurrence dans le shônen manga. Mais rares sont les mangas à réussir à faire ça en à peine un demi-tome ! C'est dommage parce qu'en soi ces deux personnages sont loin d'être inintéressants mais ils passent trop vite du statut de "grosses crapules" à "gens biens" pour que ça paraisse naturel. Cela donne à nouveau le sentiment d'avoir été fait sur un coup de tête, comme si l'auteur avait soudainement décidé d'un chapitre sur l'autre que finalement, ces deux personnages-là n'étaient pas si vilains que ça.

Cette écriture qu'on peut qualifier d'impulsive, vous commencez à le comprendre, voilà de loin le plus gros défaut de l'univers de A Certain Magical Index. Rien dans ces deux tomes ne donne l'impression d'avoir été réfléchi au préalable, de coller naturellement à l'histoire. Beaucoup trop de choses importantes sortent de nulle part. Pire, beaucoup d'événements présentés comme impressionnants ne semblent avoir la moindre conséquence à long terme. Cela se révèle vite assez frustrant, les évènements en question ayant souvent le potentiel de chambouler énormément de choses. Mais, las, jamais l'auteur n'en tient compte plus de dix pages...

DiscussionsCouverture du tome 1
© Kazuma Kamachi / ASCII MEDIA WORKS
© Chuya Kogino / SQUARE ENIX CO., LD.

Autre gros souci : le manga n'est juste pas joli. Du moins le premier tome, des améliorations se faisant nettement sentir à partir du second. Cela s'explique néanmoins par le fait que c'est le premier manga professionnel de son dessinateur, Chuya Kogino, qui, comme il nous l'explique avec humour dans sa postface, sait qu'il a beaucoup de choses à apprendre. Mais le tome un reste assez peu agréable à voir, et le même personnage peut ne pas avoir le même visage ou le même style graphique d'une page sur l'autre, ce qui est tout de même déstabilisant. Mais comme dit plus haut, ce souci s'atténue vraiment à partir du tome deux qui commence à proposer quelques pages qui ont de la gueule, comme on dit. Et tout cela va aller en s'améliorant. Pas d'inquiétudes à avoir, donc.

Mais malgré tout, difficile d'être emballé après la lecture de ces deux premiers tomes de A Certain Magical Index, même en sachant d'avance que le prochain arc narratif sera d'une qualité bien supérieure à celui-ci. D'un univers rempli de promesses, Kazuma Kamachi ne réussit qu'à offrir un fourre-tout indigeste et immature, certainement pas sauvé par une esthétique balbutiante - même si prometteuse. On espère néanmoins que cela permettra la sortie en France du manga spin-off, A Certain Scientific Railgun, meilleur en tous points.

Damien "Amo" Bandrac