Lost Paradise : Elle a le corps revolver

Lost Paradise, tome 1© Toru Naomura / SQUARE ENIX CO., LTD.

Toute petite, Sora rêvait de devenir un vaillant chevalier. Transférée à Utopia, luxueux campus ou vit la jeunesse dorée japonaise, elle découvre avec stupeur un jeu de réalité virtuelle pratiqué par les étudiants masculins. Les filles qui servent d'armes aux garçons lors de ces affrontements, y sont maltraitées et méprisées. Indignée, Sora bouleverse les règles et entre dans l'arène comme combattante...

Lost Paradise, nom japonais Shitsurakuen, écrit et dessiné par Toru Naomura, est un manga dont la publication est aujourd'hui terminée, après un an de prépublication dans le magazine Gangan Comics. Acquis par les éditions Ki-oon en France, le premier tome est donc sorti le mois dernier. Il faut également noter que c'est le premier manga relié de l'auteure.

La première chose qui frappe après avoir conclu la lecture du premier tome de ce manga c'est les points communs qu'il partage avec un manga bien plus ancien mais assez connu grâce, entre autres, à son adaptation animée déjantée : Utena la filette révolutionnaire. On retrouve ainsi dans les deux œuvres une héroïne chevaleresque faisant face à un mystérieux conseil des élèves, des personnages féminins qui servent d'armes, un campus luxueux et isolé qui sert de cadre, des sous-entendus yuri...
Mais là où dans Utena, du moins dans sa version animée, ces éléments ne servaient que de prétexte pour des choses beaucoup plus larges, ici dans Lost Paradise, ils sont pris de manière bien plus terre-à-terre et forment l'aspect principal du scénario.

Lost Paradise, tome 1Chevalerie, chevalerie
© Toru Naomura / SQUARE ENIX CO., LTD.

Ainsi, alors que dans Utena les combats se concentraient autour d'une seule et unique jeune femme, qui avait aussi particularité de pouvoir offrir à son « propriétaire » une épée diablement classe, dans Lost Paradise c'est toutes les femmes qui se changent en armes, dans le cadre d'un jeu virtuel, l'Hexagram, et qui peuvent faire l'objet d'un contrat de propriété − qui peut lui-même être mis en jeu dans des duels entre hommes, où le gagnant peut remporter l'arme − donc la fille − de l'autre. Cela débouche sur un campus ou la misogynie est reine, et ou les membres du sexe féminin ne sont plus traitées que comme des outils au service de leur propriétaire, leur seul espoir étant de tomber sur un « gentil » propriétaire. Ce qui est loin d'être gagné, les dirigeants de l'école encourageant ce sexisme...

Lost Paradise, tome 1Sora, à votre service
© Toru Naomura / SQUARE ENIX CO., LTD.

C'est ce système que l'héroïne, Sora, la seule fille du campus à avoir la possibilité de prendre part aux combats du jeu virtuel, fera alors face, avec pour objectif d'obtenir la « libération » de toutes les femmes du campus. L'univers est ainsi parfaitement décrit et dès le premier chapitre, on a pleinement conscience du fonctionnement de ce campus et de l'enfer vécu quotidiennement par les membres du sexe féminin. Même si on pourrait du coup critiquer le manichéisme du manga, avec des hommes qui sont tous présentés comme des monstres inhumains, sans qu'une réelle exception ne soit pour l'instant montrée.

Lost Paradise, tome 1Les combats de l'Hexagram peuvent
être surprenants
© Toru Naomura / SQUARE ENIX CO., LTD.

Malgré tout en un seul tome, l'auteure parvient vite à faire monter les enjeux et le rythme, rendant la lecture de ce tome un très vite passionnante. L'ouvrage bénéficie en outre d'un style graphique certes assez simple mais qui se distingue surtout par des visages expressifs et bien réalisés. Enfin, l'action des combats y est lisible et on ne s'y reprend jamais à relire une page pour essayer de comprendre ce qui vient de se passer. Même si d'un autre côté, les combats risquent fort de vite tourner en rond, l'Hexagram ne semblant à priori pas posséder de subtilité et se jouer à qui possède la plus grosse... arme. Aux tomes suivants de nous surprendre sur ce point.

Sur un autre point, la série semble aussi déjà commencer à exhiber une galerie de personnages attachants. La star étant bien entendu l'héroïne, Sora, qui se révèle très vite forte, optimiste, énergique et courageuse. Bref l'héroïne idéale, mais non dénuée de défauts puisqu'elle est aussi d'une naïveté qui lui joue bien des tours - la fin du premier tome, sans spoiler, promet d'ailleurs un développement intéressant pour le personnage. À coté l'antagoniste principal, le mystérieux « L », oui comme dans ce manga avec des cahiers, crée lui aussi un certain interêt et exhibe déjà tout le long de ce tome un certain machiavélisme qui promet des jolis retournements de situations pour la suite de l'histoire.

Lost Paradise, tome 1Koharu, très heureuse d'avoir été
sauvée par Sora
© Toru Naomura / SQUARE ENIX CO., LTD.

Pour le reste, le casting est jusqu'à présent plutôt plaisant, et assez varié, même si pour l'instant les personnages secondaires restent très peu caractérisés. Il est dommage, par exemple, que le personnage de Koharu ne soit pour l'instant mémorable que grâce à sa généreuse poitrine... On verra dans le futur comment ces personnages sont développés, en espérant que l'auteure ne sacrifie pas la qualité au détriment de la quantité.

Mais pour conclure, le meilleur pour la fin. Et donc rassurez-vous jeunes hommes et jeunes dames : la couverture ne ment pas ! Les relations ambiguës entre jeunes filles consentantes − du yuri quoi − sont déjà présentes dans ce premier tome. Il suffit de regarder les sentiments de Koharu envers Sora qui, dès leur rencontre, sont déjà très... ostentatoires. Et quand on remarque que les personnages « sauvés » tout au long de ce premier tome commencent eux aussi à montrer des signes d'affection plus ou moins subtils, difficile d'imaginer que l'héroïne ne se composera pas un joli harem d'ici la fin de la série !

En un tome, Lost Paradise pose les bases d'un manga d'action assez intéressant, très inspiré d'Utena mais parvenant très vite à acquérir sa propre personnalité et ses propres qualités. Il saura plaire à ceux qui ne sont pas dérangés par le yuri et qui recherchent un manga divertissant. Lost Paradise ne révolutionne pas la roue mais pour un premier manga, c'est prometteur ! Maintenant, on se demande comment l'histoire, assez ambitieuse, parviendra à ne tenir que sur six tomes...

Damien « Amo » Bandrac