Interview avec Ryukishi07, auteur chapeauté

Cette année, la plus vieille convention encore en activité de France, Epitanime, avait pour invité Ryukishi07, le cerveau derrière les ouvrages, adaptés en animes, Higurashi No Naku Koro Ni et Umineko No Naku Koro Ni. Nous avons pu le rencontrer le vendredi soir, trois heures avant le début de la convention.

01.jpgRyukishi07 Photo T.H

Q : Pouvez-vous vous présenter pour tous les Français qui ne vous connaissent pas ?

Ryukishi07 : À tous les Français : enchanté ! Je m'appelle Ryukishi07 ! Je produis les visual novel Higurashi No Naku Koro Ni, Umineko No Naku Koro Ni, bref la saga When They Cry. J'aimerais pouvoir appeler ça "sound novel" mais c'est une marque déposée au Japon, tout comme "visual novel".

Q : Ça règle le souci de savoir si on doit appeler ça un "sound novel" ou un "visual novel"...

Ryukishi07 : En France le terme n'est pas déposé donc on peut appeler ça comme on veut. Au Japon par contre, la notion la plus sûre en terme de droits c'est "PC-Novel".

Q : Quelle était votre expérience professionnelle avant d'écrire la saga When They Cry ?

Ryukishi07 : À mes 20 ans, j'ai passé trois mois dans une entreprise ordinaire, et après cela j'ai été fonctionnaire pendant dix ans au sein d'une mairie de district (ndt : équivalent d'une mairie d'arrondissement pour les Français.)

Q : Justement, dans Higurashi et Umineko, on note souvent des relations compliquées entre enfants et adultes. Par exemple dans Higurashi entre Satoko et son oncle ou, dans Umineko, entre Rosa et sa fille Maria. Est-ce que cette expérience professionnelle vous a inspiré ?

Ryukishi07 : Pendant les dix ans ou j'ai été fonctionnaire, je suis passé par énormément de départements où j'ai appris énormément de choses. Et, oui, cette expérience se reflète dans Higurashi et Umineko.

Q : Quel est votre sentiment par rapport au fait d'être publié et édité en France ?

Ryukishi07 : En fait au départ, mon public, c'était les otaku qui assistent au Comiket, qui sont une fraction très réduite des otaku japonais, eux-mêmes une part minime de la population japonaise en générale ! Je n'ai jamais imaginé une seule seconde que je pourrais être lu, publié, édité à l'autre bout de la planète, en France.

Q : D'ailleurs, vous avez aussi autorisé un groupe de fans anglais nommé Witch Hunt à développer et publier un patch anglais et gratuit pour Umineko No Naku Koro Ni... Quel est votre sentiment vis-à-vis de cette distribution internationale du jeu ?

Ryukishi07 : Comme pour Higurashi, je n'ai jamais pensé que des gens en dehors du Japon pourraient s'y intéresser. Surtout qu'Umineko est un texte que même les Japonais peuvent trouver compliqué à lire. Alors imaginer que des étrangers aient fait l'effort de le lire, le comprendre et le traduire, c'est pour moi un bonheur indescriptible.

03.jpgRyukishi07 Photo T.H

Q : Quel est votre rapport avec vos fans ? Les rencontrez-vous encore régulièrement, par exemple au Comiket ?

Ryukishi07 : Lors des débuts d'Higurashi, pour les trois premiers épisodes, l'histoire était encore assez méconnue... Je produisais moi-même avec des amis les CD, je les vendais directement aux gens au Comic Market et à l'époque, le prix devait avoisiner les 100 yens (ndr : 1 €), c'est-à-dire qu'on suppliait pratiquement le public de les prendre ! Et en même temps on leur disait « si après la lecture, vous pouviez nous donner par mail vos impressions sur l'histoire, on vous enverra le prochain chapitre gratuitement ! »

Je n'envisageais pas à l'époque la série comme une source de profit. Je voulais juste qu'elle soit connue le mieux possible.

Q : Dans les sound novel Higurashi/Umineko, on retrouve souvent cette étrange ambivalence entre scènes macabres et humour potache...

Ryukishi07 : Pour moi, une histoire doit être comme un grand huit. C'est-à-dire qu'avant d'écrire une scène vraiment cruelle, il faut faire monter les gens, avec par exemple des scènes fun.

Q : Et aussi, par exemple, nous attacher aux personnages...

Ryukishi07 : Oui. Mais pour écrire une scène cruelle, il faut de toute façon obligatoirement passer par ce procédé là ! Avant d'écrire une scène de pure désespoir, il faut passer par des scènes d'espoir. Et, effectivement, quand je l'écris, tout ça m'amuse beaucoup

04.jpgRyukishi07 Photo T.H

Q : Quelles sont les informations que vous pouvez nous donner sur votre prochain titre, Rose Guns Days ?

Ryukishi07 : Je suis étonné qu'en France on connaisse déjà Rose Guns Days ! Je n'ai pratiquement rien annoncé au Japon sur l'œuvre donc je vais déjà vous dire ce que je peux...

L'histoire se déroulera en 1947. Mais ça sera un 1947 alternatif, avec des faits historiques qui n'auront rien à voir avec la réalité. Une uchronie, en quelques sortes. Pour le reste j'ai été très inspiré par le film Le Troisième Homme qui se déroule dans le Vienne d'après la Seconde Guerre mondiale, quand la ville est divisée en quatre par les alliés. C'est cette ambiance là que j'ai voulu retranscrire.

Q : On peut donc penser à une ville japonaise divisée en quatre...

Ryukishi07 : Imaginez une ville divisée comme un jeu d'échecs, entre l'Amérique et la Chine...

Q : Est-ce que ça va être inclus dans la saga When They Cry ?

Ryukishi07 : Non, ça ne fera pas partie de la série.

Q : Umineko est une œuvre faisant une dissection sans pitié du genre littéraire du mystère et du policier. Quelles furent vos principales inspirations ?

Ryukishi07 : J'ai été influencé par beaucoup d'œuvres mais plus particulièrement par un roman d'Agatha Christie nommé Les Dix Petits Nègres.

Q : Et si vous étiez un personnage de la saga When They Cry, lequel vous seriez ?

Ryukishi07 : (Rires) Dans le cas d'Higurashi, je veux devenir Keichi ! Dans le cas d'Umineko, ça serait plutôt Béatrice (rires) !

Q : Béatrice... laquelle ?

Ryukishi07 : (Rires) La réponse devient compliquée... Allez, au final, je vais rester sur Keichi d'Higurashi pour faire simple !

Q : Et enfin la dernière question... que feriez-vous, du coup, si vous pouviez avoir l'or de Béatrice ?

Ryukishi07 : J'achèterais le château de Versailles (rires)  ! Non plus sérieusement sur les 200 millions de dollars que le trésor doit représenter, je donnerais la moitié à la préfecture de Fukushima et avec l'autre moitié j'achèterais une île pour y construire un manoir, prendre dix fans au hasard et leur envoyer des invitations (rires)  !

02.jpgRyukishi07 Photo T.H

Remerciements à Stéphane Lapie pour l'interprétariat et à Thomas Hajdukowicz pour l'aide matérielle et le soutien moral.

Damien "Amo" Bandrac