Black Rebel Motorcycle Club : réaction psychotique et carburateur flingué

Après plus de 10 ans passés au service du rock’n’roll, le clan des BRMC n’a pas lâché le guidon puisqu’il est de retour pour la sortie d’un huitième album, Specter at the Feast. 

Du Vietnam à la Nouvelle Orléans et avec plus d’une cinquantaine de dates à travers le monde, les rockeurs de San Francisco n’ont pas perdu de leur fougue et se sont embarqués dans une tournée spectaculaire. Avec huit albums aux compteurs et une énergie intacte, les californiens brillent sur la durée et dominent  la scène rock’n’roll underground depuis presque 15 ans. Un stop à Nantes le 7 Février dernier, histoire de faire le plein et de montrer aux Nantais que Spread your love n’a pas pris une ride. Un rock qui tâche mais qui n’a pas pour autant rouillé le co-fondateur de la machine. Peter Hayes a accepté de répondre à nos questions dans les loges du Stereolux. Un peu confus dans ses propos mais passionné et passionnant.

Aucun doute , le trio des Black Rebel fonctionne au diesel. Infatigables les BRMC ?

Peter Hayes, chanteur et guitariste de BRMC.

Peter Hayes : chanteur et guitariste de BRMC.

Salut Peter,

Vous avez joué récemment à Kao Yai, en Thaïlande, et une partie de votre  tournée se déroule en Asie, où il y a une large communauté de rockeurs. Faites-vous une distinction entre le public européen et asiatique ?

Je ne pense pas. On ne peut pas dire quel est le meilleur public… qu’il soit français, anglais ou américain. Je ne le vois pas de cette façon. Tu es fan et ça s’arrête là. Les cultures sont différentes quel que soit l’endroit où on se rend et heureusement (rires). C’est important parce que ça veut dire que l’on est pas seul sur terre. La musique rassemble les gens et c’est d’ailleurs ce qui est beau dans l’art.

 

Vous jouez plutôt dans des lieux intimistes comme les bars lorsque vous êtes en Asie. Au contraire, en Europe,  vous vous produisez dans de gros festivals. Adaptez-vous votre façon de jouer selon le contexte ?

Non. On a commencé à jouer en acoustique, dans nos chambres, comme la plupart des groupes. Si on oublie ça et si on est plus capable de jouer en acoustique, on ne peut plus rien jouer du tout. L’acoustique, c’est ce qui nous donne de la force. Aucune importance si on joue devant 200 personnes ou 3 000 personnes. Notre façon de jouer ne change pas, c’est plutôt la barrière que les fans créent qui modifie la donne. La question n’est pas de savoir devant combien de gens tu joues mais comment tu les traites.

Beaucoup de vos morceaux ont une base Blues. Pour vous, quels sont les plus grands ?

Je pense automatiquement à Little Walter, qui est un mes interprètes favoris. Il y a aussi Skip James, Blind Lemon Jefferson et Blind willie Dickson. Je ne suis pas très scolaire dans la musique, les noms ne me viennent pas automatiquement.

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Peter Hayes dans les coulisses du Stéréolux, à Nantes, le 7 Février 2014. © Mona Gautier

Ces gars-là racontent des histoires…

Oui et c’est d’ailleurs magnifique, tous ces morceaux qui racontent des histoires. Je pense à Johnny Cash, qui est un de mes préférés. On n’a pas du tout la même façon d’écrire et de penser ; son écriture est plus abstraite et je crois qu’il se cache derrière ça. Pour raconter des histoires, il faut avoir une putain de vie intéressante ! (rires). C’est beaucoup plus difficile d’écrire sur des textes abstraits que d’écrire des anecdotes réelles.

C’est impossible d’être musicien sans prêter attention à ces artistes, sans leurs donner le crédit qu’ils méritent. Ils ont écrit des textes magnifiques, mieux que ce qu’on est capable de faire aujourd’hui (rires). On essaye de les respecter à notre façon… Je suis un fan de musique et on se doit d’être fiers d’eux et de leur art. Ils sont passés avant nous et ils méritent du respect. Je pense qu’à l’époque, les compositeurs étaient meilleurs, c’est pourquoi leurs mélodies et thèmes sont encore beaucoup repris.

 

Vos paroles sont engagées, avez-vous déjà eu des réactions virulentes pendant un concert ou dans la presse ?

Non, parce que les gens n’ont pas envie d’en parler. C’est une des choses les plus frustrantes dans nos interviews. Ils préfèrent s’occuper de nos coupes de cheveux et de nos vêtements et n’ont pas envie d’aller plus loin (rires). On peut exprimer nos opinions mais rarement débattre sur ces dernières, mais ça me va.

 

Mais certaines choses ont besoin d’être entendus…

Certaines choses doivent être dites c’est vrai. Putain, c’est frustrant…et tellement compliqué !

                                           

Que cache votre projet BRMC guerilla ? Le but était-il de vous rapprocher de vos fans, ou y avait-il autre chose derrière ?

On a envie que les gens soient impliqués. Ça nous fait plaisir d’être supportés par des gens et qu’ils soient connectés. C’est génial de rentrer chez soi, de s’asseoir sur son canapé et de se dire qu’on rend nos fans heureux. Les formes d’art, la peinture ou l’écriture sont une des choses apportant le plus de respect aux cultures. Elles devraient être plus discutées à l’école car c’est une forme de médecine, elles apportent de l’imagination. Il faut être ouvert à l’art pour qu’il agisse comme un médicament et puisse aider les gens dans leur frustration. Je pense que c’est la valeur politique qu’on défend le plus. Mais je crois que tous les moments sont des choix et qu’on ne peut pas changer tout le monde.

 

Vous êtes chanceux d’avoir une certaine reconnaissance pour passer un message et d’être entendus de beaucoup de gens…

Oui c’est sûr, on a énormément de chance. Beaucoup de groupes jouent dans des bars et voudraient dire certaines choses mais n’ont pas forcément la reconnaissance pour être entendus de tout le monde. On a beaucoup de respect pour ces gens-là, c’est super important. Tout le monde ne peut pas être connu, c’est un des aspects les plus honteux de notre système. De la même façon que j’aimerais que les fringues soient gratuites, que la nourriture le soit…ça devrait être comme ça. Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? (rires).

 

Vous dites dans une de vos interviews que la musique permet d’échapper à la solitude. C’est peut-être ça la solution, on doit être sauvé par la poésie…

Je crois de tout mon cœur que la musique et les arts sont une forme de médecine. Tu peux vivre pour l’art parce que c’est un véritable médicament. Certaines personnes arrêtent de se battre et c’est leur forme d’apaisement…c’est tellement compréhensif (rires). L’art est quelque chose de sain, on doit y être ouvert pour être sauvé. Il faut trouver sa propre lumière et être en paix avec soi-même.

 

Qu’est-ce que vous tirez de vos dix années de carrière ? C’est une belle histoire ?

Je pense qu’on est chanceux (rires).

 

Comptez-vous refaire un album dans la veine de Howl, proche de l’acoustique ?

Peut-être. Je ne sais pas vraiment, si ça vient, oui certainement. Ce sera une surprise et on le fera si l’inspiration nous vient. Je ne sais pas si c’est vraiment un besoin de refaire un album dans cette veine car on vient de l’acoustique. Pour nous, l’acoustique ou l’électrique c’est la même chose à un certain niveau. C’est du rock’n’roll…

 

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Alex Maas des Black Angels affirme faire partie de la scène psychédélique, vous sentez-vous proche de cette scène ?

On la supporte. Je ne sais pas si on fait partie de ces groupes. On ne fait pas vraiment la même musique qu’eux… Pour moi tout est psyché, l’accordéon, le mur de son ou chanter à capella (rires). Le plus scandaleux aujourd’hui, c’est que certains groupes donnent l’impression que nous sommes les meilleurs, à cause de leur arrogance. Mais c’est faux, j’espère que c’est bien clair et que ça ressort dans nos interviews. On ne se sent pas meilleurs qu’un autre groupe.

 

Seriez-vous tentés d’entamer une aventure avec un artiste en particulier, comme Dan Auerbach l’a beaucoup fait ? Et si oui, avec qui ?

On est ouvert à ça mais c’est une chose compliquée. J’aime l’idée de pouvoir aider quelqu’un mais c’est difficile d’entamer ce genre de projet. Je ne me sens pas capable de m’engager dans un processus de création avec quelqu’un d’autre. C’est une démarche trop personnelle d’écrire des morceaux pour quelqu’un. Je trouve même ça un peu dangereux. On a beaucoup de respect pour les autres groupes et on ne veut pas tout foutre en l’air.

 

Vous avez composé la B.O du film Life After Beth. Pouvez-vous nous en dire plus sur le sujet ?

Il sera présenté au Sundance Film Festival. C’est un ami de Robert (ndlr : Robert Levon Been, guitariste du groupe) qui est écrivain et a écrit quelques scénarios, qui le réalise. C’est le premier film qu’il fait tout seul, par ses propres moyens et il n’avait pas beaucoup d’argent. Il avait besoin d’aide pour son art. C’était une bonne collaboration.

 

Y-a-t-il un ou plusieurs concerts qui vous ont particulièrement marqué ?

De nos concerts, pas vraiment, surtout ceux qui se sont mal passés. Ça me surprendra toujours de faire des dates dans le monde entier, de jouer de la musique pour des gens… ça me surprendra toujours que les salles soient pleines (rires). Ça sera toujours une véritable surprise… En ce qui concerne les concerts d’autres groupes, je me rappelle surtout d’une prestation de Johnny Cash, son live était un véritable antidote,  c’était magique de le regarder jouer.

 Propos recueillis par Mona Gautier

2 réflexions sur “Black Rebel Motorcycle Club : réaction psychotique et carburateur flingué

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